‹ Relation de l'ambassade au Kharezm (Khiva) de Riza Qouly KhanChapitre 25 sur 32 · Behmen, fils d'Isfendiar, fils de Gouchtasp · texte numérisé non relu

Behmen, fils d'Isfendiar, fils de Gouchtasp

étaient de couleur verte ; mais déjà le sabre de sa vie était rongé par la rouille du malheur. Il donna Tordre à ses troupes de marcher au combat : celles-ci se mirent en mouvement, avides de carnage. »

« Lorsque les nouvelles de ce qui se passait à Serakhs et de la conduite du Khan parvinrent au gouverneur du Khorassan, ce haut personnage, oncle du roi, l'auguste Feridoun, plus favorisé par la fortune que le roi Feridoun qui mérita le surnom d'heureux, sortit de Thous, semblable à Guiv et à Gouderz K 11 entra à Derbend et il coupa la route, pour pouvoir faire prisonniers ces ghouls à la course rapide. »

« L'armée persane n'avait que mille hommes à opposer à chaque dix mille Turkomans : elle se mit en marche vers Serakhs pour livrer bataille. Les soldats persans fondirent sur les troupes de Khiva, semblables à des faucons qui se jettent sur des canards et sur des hérons 2. »

« On aurait dit que les soldats persans étaient la chaîne d'une étoîfe, et les Khiviens, la trame. La mêlée fut telle, que ceux-ci devinrent la chaîne et ceux-là la trame. La boutique de l'espoir (d'avoir la vie sauve; n'avait pas de chalands; le bazar de la mort en était encombré. Le sabre, semblable au lis, se teignit de sang. Les fers de lances, qui ont la couleur du jasmin, se changèrent en fleurs de grenadiers. Tous les Khiviens étaient comme des chameaux et des béliers, tous les Persans étaient comme des bouchers et des sacrificateurs. »

« Les flots de sang roulèrent avec tant d'impétuosité du côté du Kharezm, que les eaux des canaux du Djihoun prirent une teinte rouge. »

« Le malheur s'associa aux Khiviens, le bonheur devint l'ami et l'auxiliaire des Persans. Les cavaliers du Roi aperçurent le Kharezm Chah établi au sommet d'une colline. Ils lâchèrent

i. Guiv et Gouderz sont deux héros persans dont Fridoussy a chanté les exploits.

2. Le texte persan porte bagh jardin) ce qui n'offre point un sens satisfaisant. Il faut substituer, ce me semble, au mot bagh celui de magh qui signifie canard et spécialement une espèce dont le plumage est noir.

la bride à leurs chevaux, dont la course était aussi rapide que le vol du gerfaut. On aurait cru qu'un faucon royal venait d'apercevoir une perdrix sur une hauteur. Les cavaliers se précipitèrent, gravirent 1'éminence,, et, arrivés au haut, ils mirent le sabre à la main. La colline et ses pentes furent changées en un champ de tulipes. Le front du Kharezm Chah fut dépouillé de son diadème, l'aigrette fut abattue de la tête de son cheval. Les officiers et les chefs furent tués; il ne resta ni mehter, ni dignitaires, ni généraux. Leurs corps furent allégés du poids de leurs têtes et leurs têtes n'eurent plus à supporter celui de leurs lourds bonnets. »

« La tête du prince qui avait formé le projet de se révolter contre le Roi des Rois, fut envoyée à la cour de Khosrau. Celles des généraux roulèrent à ses pieds et elles présentaient les excuses du crime qu'elles avaient commis. »

« La tête du Kharezm Chah fut apportée à Téhéran et son corps resta à Serakhs. Ceux qui purent s'échapper, couverts de blessures et de honte, se réfugièrent dans le Kharezm, en proie au désespoir. »

« Ils marchaient, succombant sous le poids de la fatigue, et leur démarche était celle de gens frappés d'apoplexie. Leurs corps, privés de force, ressemblaient à ceux des malades. »

« Les pleurs et les lamentations éclatèrent dans tout le Kharezm ; les plaintes et les gémissements retentirent dans toute la ville de Gourgandj. LeTurkestan tout entier fut rempli de gémissements semblables au bruit que font les vagues du Djihoun. Le deuil s'étendit de Boukhara à Ferkhar l. Les soupirs étaient aussi glacés que le vent d'Azer 2 ; les yeux étaient aussi humides que le nuage d'Azar 3. Tous se retirèrent, comme des hi-

i . Deux petites villes portent le nom de Ferkhar : l'une est située dans le Turkestan et a donné naissance au poète Ferkhary, l'autre se trouve sur la frontière de la Chine de Kachghar.

2. Azer mah est le neuvième mois du calendrier persan : il correspond aux mois de^ novembre et de décembre (du 21 novembre au 21 décembre).

3. Azar est le nom du mois de mars dans le calendrier grec oriental.

boux dans de tristes ruines, rongés par le chagrin. Tous étaient, comme la chouette, la proie de la tristesse. Le bonheur qui veille sur le Roi, les bonnes dispositions prises par le ministre menèrent facilement à bonne fin cette entreprise ardue. Un roi qui est assisté par un pareil vézir, voit toujours ses entreprises couronnées de semblables succès. Ces événements doivent être racontés en détail par l'histoire ; on ne peut en donner, en vers, qu'une brève relation. »

« Puissent, aussi longtemps que le firmament se servira du soleil et de la lune pour nous donner le spectacle des événements, puissent les têtes des ennemis du Roi rouler au pied des lances, et les corps des rivaux du souverain, qui est l'égal de Darius, être suspendus aux gibets! »

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