INTRODUCTION XV
compagner le prince, était porteur de cadeaux et d'une lettre rédigée selon les termes du protocole réglé entre les deux Etals.
Mohammed Chah ne voulut point tarder à reconnaître le bon procédé de Mohammed Emin Khan. Il donna V ordre à Mir\a Ri\a, Mi-an Agassy, de se rendre au Khare\m et d'offrir en son nom de riches présents. La lettre de créance remise à cet envoyé donnait au Khan le titre de Khare\m Chah. Cependant les relations amicales des deux Etais ne tardèrent pas à s'altérer, et, lorsque Nacir Eddin Chah succéda à son père, Mohammed Emin Khan s'abstint d'envoyer, selon f usage, un ambassadeur pour offrir ses félicitations au nouveau souverain. Cependant, lorsqu'il apprit la mort de Hassan Khan Salar qui avait été l'un des instigateurs et Vun des chefs de la révolte du Khorassan, il ne crut pas pouvoir persister dans sa ligne de conduite, et il fit partir pour Téhéran un de ses officiers, A la Nia\ Mahrem, qu'il chargea de présenter au Roi quelques chevaux tur* komans et deux faucons dressés.
La lettre remise par Aia Nia\Mahrem ne fut point agréée par les ministres; la rédaction en fut jugée blessante. Le conseil décida, en conséquence, qu'un personnage instruit et jouissant d'un rang élevé serait envoyé à Khiva pour faire au Khan les représentations les plus énergiques sur sa conduite et pour tâcher de le ramener, à t égard du Roi, à des sentiments de déférence et de respect. Ri\a Qouly Khan fut désigné pour remplir cette mission délicate ; il reçut, en outre, l'ordre de réclamer la mise en liberté des sujets persans enlevés par les Turkomans dans le Khorassan et le Ma\anderan et qui avaient été vendus comme esclaves à Khiva. Ri\a Qouly Khan reçut deux mille toumans pour ses frais de voyage, et on lui donna un fusil à deux coups et une paire de pistolets qu'il dut offrir comme cadeau personnel. Sa mission, dont la durée fut fixée à trois mois, n'eut point le succès que la cour espérait. A son retour d'un voyage qui ne fut pas exempt de périls, Ri\a Qouly Khan présenta au Roi la relation de son ambassade. Ce récit nous fournil sur le Khare\m des détails intéressants, et les auteurs contemporains qui ont entrepris d'écrire l'histoire des événements du règne de Nacir Eddin Chah en ont donné des extraits dans leurs ouvrages. Mir\a Si-
pehr, Lissan oui Mou Ik en a inséré des fragments dans le volume de son Nassikh out Tewarikh consacré à l'histoire de la dynastie des Qadjat*s. Son exemple a été suivi par l'historiographe Mir\a Djafer Khan et, en dernier lieu, par Mohammed Hassan Khan, Senyoud Daoulèh, dans son Miraat oui bouidan Naciry r. Ri\a Qouly Khan en avait lui-même donné un résumé dans son Raouzet ous Sefay Naciry.
Ri\a Qouly Khan, que Von peut, à juste titre, mettre au premier rang des littérateurs et des érudits qui ont fleuri en Perse dans le cours de notre siècle, descendait du célèbre poète Cheikh Kemal Khodjendy qui appartenait à Vune des familles les plus illustres de la Transoxiane. Cheikh Kemal, contemporain de Hafi\ et qui fut en relations littéraires avec lui, se fixa à Tebri{ et mourut dans cette ville en f]Q2 ( i38g). Ses descendants, par respect pour sa mémoire, se firent mie loi d'ajouter à leur nom celui de Kemal.
Ri\a Qouly Khan nous a raconté lui-même la fin tragique de son grand-père Ismayl Kemal, primat des notables de Tchardèh Kelatèh dans le district de He\ar Djerib, mis traîtreusement à mort par l'ordre de Zeky Khan Zend 2 .
Le fils d' Ismayl Kemal, Mohammed Hady Khan s'attacha à la personne de Djafer Qouly Khan Qadjar. A la mort de ce prince, il passa au service d'Aga Mohammed Chah qui en fit le chef des officiers de son service intime et son trésorier particulier \
Hady Khan entreprit , pendant la dernière année du règne dAga Mohammed Chah, le pèlerinage de Mechhed. Il apprit pendant son voyage qilunfils lui était rA à Téhéran le i5 Moharrem de tannée i2i5 (8 juin 1800).
Il se hâta de revenir du Khorassan dans la capitale et il donna au nouveau né le nom de Ri{a Qouly en l'honneur de l'Imam dont il venait de visiter le tombeau.
1. Nassikh out Tewarikh, tome III, 3« partie. Téhéran, in-folio, pages 124-127. — Haqa'iq oui Akhbar. Téhéran, 1269 (1872), tome Ier, pages m-112. — Miraat ou bouidan Naciry. Téhéran, 1295 (1878), tome II, pages 37 à 61.