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dique qu'il appartenait à la classe des lettrés. Ce prince passe en effet pour l’homme le plus iustruit de la régence, mais on appréciera cette réputation à sa juste valeur en apprenant qu’il n'existe pas à Alger trois membres du divan qui lisent et écrivent correctement leur langue.
Quelque longue et animée que fût cette conférence, la rigueur de l'étiquette s'opposa à ce qu'on nous offrît des rafraîchissemens, qu’aurait rendus nécessaires l’excès de la chaleur et de la fatigue. De temps en temps seulement, Son Altesse nous faisait présenter sa tabatière par l’un des officiers de sa maison. En prenant congé, le dey nous invita obligeamment à parcourir Alger, ses environs , et même à v:' séjourner si la chose pouvait nous être agréable, nous assurant que partout nous trouverions sûreté et protection.
En sortant de chez Son Altesse, M. de La Bretonnière crut devoir faire une visite d’étiquette aux membres les plus influens du divan, qui lui
furent indiqués par M. le consul de Sardaigne.
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Nous fûmes successivement chez le khaznadji , ou premier ministre , le mufti ,-chef de la religion, le bèitulmaldji, ou intendant général du fisc , le vèkili-Hardj, ou ministre de la marine et des affaires étrangères , et enfin chez l’agha, ou commandant des forces militaires (1). Tous ces personnages , excepté le dernier, nous parurent des êtres insignifians , ou contraires aux intérêts de la France. L’agha seul , gendre du dey, désigné par la voix publique comme son successeur, est un homme aussi distingué par son beau physique que par l’affabilité et l'agrément de ses manières. Il nous fit l'accueil le plus affectueux et manifesta au commandant , avec autant de franchise que d’em-
e pressement , ses bonnes dispositions personnelles
envers la France.
(1) On rend ordinairement de grands honneurs à cet agha. Lorsqu'il passe dans les rues, deux tchaouch le précèdent, et crient : Rangez-vous, voilà Pagha qui passe. Gest chez ce dignitaire qu'on porte tous les soirs les clefs de la ville; et c'est chez lui que l'on inflige les punitions aux
Turcs, telles que la bastonnade ou la peine de mort,
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En sortant de chez l’agha, M.le comte Datili, qui nous avait accompagnés ét dirigés dans toutesles visites que nous venions de faire, nous invita à nous reposer quelques instans chez lui. Dans une rue assezétroite,commele sontpresquetoutescellesd”’Alger; une porte de moyenne grandeur, surmontée d’un auvent avec un banc de chaque côté, sert d'entrée au consulat général de Sardaigne: Cette maison à deux étages, comme la plupart de celles d'Alger, se compose intérieurement d’une courcarrée assez vaste, appelée en arabe ouast ou milieu ; celle-ci est entourée de deux galeries placées parallèlement l’une au-dessus de l’autre , et soutenues par des colonnes. De ces galeries on passe dans les appartemens, dont toutes les fenêtres donnent sur la cour ; de grandes portes servent d'entrée aux chambres, qui en général sont vastes et bien aérées. Les planchers sont en briques ou d’une espèce de stuc blanc , les plafonds sont presque tous boisés ou peints avec beaucoup d'art, et
divisés en compartimens ou panneaux, avec des
moulures peintes et dorées. Suivant la richesse du propriétaire, le pavé de la cour est en marbre ou en matières qui ne conservent pas l’humidité. Toutes les maisons, au lieu de toits, se terminent généralement en terrasses, forme com: mode et agréable à l’œil ; elles sont entourées d’un mur d'appui qui leur sert de balustrade. Ce mur est même quelquefois si bas, qu’on peut sans beaucoup de difficulté aller d’une maison à l’autre. Cette facilité de communication explique la nécessité des grilles de fer qu'on voit dans toutes Îles maisons, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Ces terrasses sont d’une grande utilité pour les besoins domestiques d’une famille et pour tout le service d’une maison; on s’y réunit les soirs de préférence pour prendre le frais, causer ou faire de la musique; et elles sont d'autant plus agréables, qu’Alger étant bâti en amphithéâtre sur le penchant d'une colline assez rapide , on y jouit presque partout de la vue de la mer et du spectacle magnifique de
Ja baie.
Arrivés chez le consul de Sardaigne, nous présentâmes nos hommages à madame la comtesse Datili. Cette dame, fille de M. Chirico, dernier consul de Raguse à Constantinople , est née à Péra. À tous les avantages de la nature, à un esprit cultivé et à beaucoup d’amabilité, madame Datili réunit la connaissance des langues française, italienne, russe , grecque moderne et turque , et elle s'exprime dans toutes ces langues avec la plus grande facilité. Cette dame a surtout des droits à la reconnaissance des Francais, pour les soins touchans qu’elle et son mari ne cessent depuis le commencement de cette guerre de prodiguer à nos malheureux compatriotes prisonniers à Alger.
C’est par la bienveillante intervention de M. Datili que déjà plusieurs d’entre eux ont été rendus à leur patrie. Peu de temps avant notre ie à Alger , le dey, dans un de ses momens d’heureuse inspiration, avait, de son propre mou-
vement, accordé la délivrance de sept de ces in-
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5/ fortunés au consul de Sardaigne ; mais ils étaient au nombre de quarante-quatre, il fallut donc tirer au sort. Cette opération, qui se fit dans la maison du consul de Sardaigne, fut un spectacle bien dée A e ? à!
chirant ; ceux même que le sort favorisa n’osèrent manifester leur Joie ; et c'était encore les larmes aux yeux que madame Datili nous racontait toutes les circonstances de cette scène de douleur. Il reste donc encore à Alger trente-sept de ces prisonniers dont nous aurons bientôt lieu de parler.
En sortant, M. et madame Datili invitèrent le commandant et les personnes qui l’accompae \ e pe e \ .
gnaient à venir déjeuner le lendemain à leur maison de campagne , située à environ une lieue et demie d'Alger. Cette invitation nous fut d'autant L4 L] 1 e plus agréable qu'elle était pour nous une occasion de reconnaître plus aisément une partie des environs de la ville, que jusqu'alors nous n’avions
fait qu'entrevair.
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