A MONSIEVR
MONSIEYR
L’ABBE' PECOIL,
Chanoine de F Eglise Collegiale de saint Inst , etc.
Mes occupations ne m’ont pas permis jusqu’à présent de vous faire la description de l’illustre et ancienne ville cFAthenes , que vous me demandâtes étant à Constantinople, et à Smyrne , et que vous me fîtes encore demander apres A vôtre
vôtre départ de Chio , par un de vos amis. I’employeray le peu de tems que j’ay maintenant, à satisfaire à ma promesse; et j’espere que la lecture de cette relation ne vous sera pas désagréable, et que vôtre pieté et vôtre curiosité y trouveront quelque satisfaction : lorsque je luy feray considérer les anciennes Eglises de cette ville, le puys de l’Apôtre des Gentils , et la maison de S . Denis Apôtre de France : et lorsque je vous entretiendray des temples des faux Dieux , de la lanterne ou étude de Demosthene , de l'Academie de Platon, du Lycée d'Aristote , des Palais de Tliesèe , de Themistocles et de l’Empereur Hadrian ; des Colomnes , des arcs de
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triomphe, et des autres superbes restes de l’antiquité, qui subsistent encores apres tant de diverses guerres, dont ce pais a été affligé en divers tems.
Si vous recevés quelque contentement lorsque vous entendés dire des choses qui ne sont plus, ou lorsqu’on vous parle de l’état de l’ Amérique ou du Canada, qui sont des pais sauvages : je croy que vôtre satisfaction sera plus grande d’entendre parler de ce qui subsiste encore, et d’apprendre des nouvelles d’une ville qui a été et qui pourroit en quelque façon estre appellée l’œil et 1 e Soleil de la Grece, qui se piquoit autrefois d’estre le pais le plus éclairé du monde, et qui ne A 2 don
donnoit point d’autres noms à toutes les autres Nations , que celuy de sauvages et de barbares.
Vous pourrés trouver dans plusieurs livres la description de Rome , de Constantinople , de Ierusalem , et des autres villes les plus considérables du monde , telles qu’elles sont présentement ; mais je ne say pas quel livre décrit Athènes , telle que je l’ay vue, et l’on ne pourroit trouver cette ville, si on la cherclioit comme elle est représentée dans Pausanias , et quelques autres anciens Àutheurs : mais vous la verres icy au même état qu’elle est aujourd’lmy, qui est tel que parmi ses ruines elle ne laisse pas pourtant d’inspirer un certain
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certain respect pour elle tant aux personnes pieuses, qui en vovent les Eglises , qu’aux Savans qui la reconnoissent pour la mere des sciences, et aux personnes guerrières et genereuses , qui la considèrent, comme le champ de Mars, et le lheaire où les plus grands conquerans de l’antiquité ont signalé leur valeur, et ont fait paroître avec éclat leur force, leur courage et leur industrie : et ces ruines sont enfin assés précieuses pour marquer sa première noblesse , et pour faire voir qu’elle a été autrefois l’objet de l’admiration de l’Vnivers.
Pour moy je vous avoüe que d’aussi loin que je la découvris de dessus la mer avec des lunettes de longue vue, A3 et
Situation ri\4- Ihene s.
et que je vis quantité de grandes colomnes de marbre, qui paroissent de loin, et rendent témoignage de son ancienne magnificence , je me sentis touché de quelque respect pour elle.
Sa Situation me parut fort belle et fort avantageuse sur une colline au milieu d’une vaste campagne longue de 5.
ou 6. lieues, remplie en partie de vignes et de bled, et en partie d’Olivier s , qui la firent autrefois consacrer à Minerve , dont elle porte le nom , plûtôt qu’à Neptune, d’où vient qu’on la bâtit à plus d’une lieüe loin de la mer, ses fondateurs aimans mi eux avoir des peuples qui cultivassent la terre , et eussent soin des Oliviers, que d’avoir des Mariniers,
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riniers, des Pêcheurs, des Marchands , ou des Pirates.
Cette grande plaine est comme le milieu et le centre d’un vaste Amphiteatre , que font le mont Hy mette, le mont Cithœron, la colline du Cheval , le mont Pentelius et quantité d’autres montagnes couvertes de quelques arbres, et de toutes sortes de simples, qui remplissent Pair d’une odeur fort agreabîe : d’où vient que le miel du mont Hymette passe encore pour le plus excellent qui soit au monde.
On ne voit plus sur ce mont la statue de lupiter, non plus que sur le mont Parnethe , et sur la petite montagne d’Anchesmus : comme les autels de Minerve et de Neptune A 4
ne
11e paroissent plus sur la colline du Cheval, non plus que ceux de Pyrithoiis, de Thesée , à'Edipe, et d 'Adraste. Toutes ces montagnes n’empêchent pas que Vair d' Athènes ne soit excellent; * Les Médecins ne peu veut s’y enrichir, les maladies y étans très rares. La peste qui ravage souvent les villes voisines , comme Thebes et Negrepont , semble n’oser par respect s’approcher de cette illustre ville, qui en est rarement infectée.
Du Port Le Port d’Athenes est fort
d'Atlie- , -,
nés. beau et surpasse en largeur et en longueur celuy de Mar- 9 seille :
* C’est ce que dit Cicéron au livre de Fato : Alhenis tenue cœlum , ex quo aculiores etiam putanlur Allici. et Aristote dit la même chose % Vair de VAltique est très bon et très pur , et particulièrement celuy de la ville.
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seille : mais il a ce désavantagé qu’il n’est défendu par aucune forteresse pour la sûreté des vaisseaux , qui y sont exposés aux courses des Pirates , et en ce qu’il est éloigné de la ville de plus d’une grande lieüe : les Italiens content cinq milles. On voit encore au bord de l’eau les fondemens d’un quay, et d’une ancienne Citadelle, et les restes des piliers ou probablement étoit la chaîne, qui sont maintenant à fleur d’eau comme deux écueils à l’entrée du Port , qu’on appelle le Port Lyon , à cause d’un grand Lyon de marbre blanc qui est à l’extremité du côté de la ville, proche d’une seule maison inhabitée que l’on a bâtie, pour y mettre les mar- A 5 chan
Dinar -
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rue du
Pyræe.
chandises avant d’en charger les vaisseaux : C’est là où le Doüanier en fait peser une partie pour en tirer son droit.
Quoy que ce Lyon soit assis sur son derrière, il porte sa tète aussi haut que sauroit faire un des plus beaux chevaux.
Pansanias nous apprend que Themistocles fit faire ce Port, qui est appelle Pyrée par Plutarque , lequel dit que le Roy Cecrops fit bâtir une longue rue entourée de murailles, desquelles les fondèmens paroissent encore. L’endroit où étoit cette rue est maintenant un grand chemin, aux côtés duquel on voit une campagne, où l’on seme du bled durant une bonne demy lieüe en suite on marche en-
tre
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tre des vignes et sous des oliviers durant une autre demy lieüe ; après quoy dans le reste du chemin , qui est le plus proche de la ville , l’on rencontre encore une campagne semblable à la première, l’espace d’une autre demie lieüe.
L’on peut entrer dans la Batimens
d’Athe-
ville sans passer par aucune nes.
porte, quoyque j’en ay remarqué deux ou trois qui ne se ferment jamais , n’y ayant point de murailles de Ville.
* La plus part des rues ressemblent
* Meursius dans le livre intitulé, Athenœ Atticæ , fait mention de plusieurs Portes qu’elle avoit autrefois , dont voicy les noms traduits du Grec. Porta Ægei. Acharnica. Diomeia. Eria. Thracia. Thriasia, quæ et Dipylus et Ceramica. Sacra. Equestris. iLonia. Melitensis . Pyræa . Scœa. Dicœarchus dans la description de la Grèce, dit la même chose que l’Auteur, savoir que ses rües sont mal commodes à cause de leur antiquité,
Kaxüç ip^uyLOxojxoupuév'iQ Bià tvjv àp^aiO'cirjTa.
semblent à celles d’un village.
Au lieu de ces superbes édifices , de ces trophées glorieux, et de ces riches Temples qui faisoient autrefois l’ornement de cette ville, Ton ne voit que des rües étroites sans pavé, que des maisons sans aucune magnificence , faites des ruines anciennes, ayans pour tout ornement quelques pièces de colomnes de marbre mises dans les murailles sans ordre , et à la façon des autres pierres; ou quelques degrez de marbre marquez de croix , qui ont servy autrefois sur les portes ou fenêtres des Eglises ruinées. Les maisons sont presque toutes de pierre, au lieu qu’à Constantinople la plus part sont de bois. On en void . même
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même quelques unes assés belles pour le pays, où il n’est pas maintenant permis d’estre magnifiques en bâti— mens.
Pour ce qui est des fontaines , j’en vis une fort belle avec diverses figures sur le marbre, je crois que c’est celle dont parle Pausanias , qui dit qu’il n’y en a qu’une, à laquelle on en a donc ajouté six ou sept autres qui ne sont pas si abondantes en eau que celle cy, ny accompagnées de colomnes et figures de marbre, quoy qu’elles ayent pourtant quelques grandes pièces de marbre marquées et embellies de quelque croix, qui montrent qu’elles ont été tirées des ruines de quelques Eglises anciennes.
Des Fontaines.
le
le ne vis point proche de cette fontaine la statue de Bacchus , ni le Temple de Xerces, ou celuy de Proserpine, qui y étoient encore du teins de Pausanias, qui dit que cette fontaine que Pisistrate fit embellir de diverses figures, s’appelloit Enneacrunon , à cause qu’elle avoit neuf xtuvre -2. yaux. Thucydide la nomme aussi de même , et ajoute qu’elle s’appelloit avant ce tems là Calliroëy lors qu’il y avoit quelques fontaines dans la ville. Maintenant elle n’a que trois ou quatre tuyaux.
Au dessus de cette fontaine, il y a une grande salle pleine de dorures soutenue par des colomnes de marbre , où l’on dit qu’il vient des Esprits, ainsi que la voulu faire croire
un
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un Drogman qui y avoit couché. Monsieur le Consul de France qui demeure dans ce beau logis appartenant à un riche Turc , assure que souvent il y entend du bruit la nuit, et que le matin il trouve les hardes toutes sans dessus dessous.
Avant que parler des autres antiquités qui restent dans Athènes y je veux dire quelque chose des principales Eglises y que les Chrétiens de la Religion Grecque y conservent , après que les Turcs leur en ont pris plusieurs des plus belles pour les changer en Mosquées. La plus grande que j’y a y vûe c’est celle qu’on appelle le Catholicon ; c’est la Métropolitaine où l’Archevêque Grec a son thrône. le
Des
Eglises .