‹ Relation de l'expedition d'Afrique en 1830 et de la conquête d'AlgerChapitre 10 sur 16 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Nouvelle officielle de la révolution de juillet 1830 parvenue à Alger le il août* *~ Refus du maréchal de Bour* mont de Toffire qui lui (ht foite par la dépêche du général

comte Gérard, ministre de la guerre du gouvernemcnl provisoire, d cl! c main u nn d ms ses emplois et dans ses traitements, cl rècoaipensc (\c sa conquête. — Rcsoltition immédiate prise par le maréclial de s'embarquer à la tête de deux divisions de l'armce, pour débarquer sur la côte de Provence, et marcher vers Paris. — Refus de Tamiral Duperré de coopérer à Texécution de celte ré$o^ lutlon. Départ du maréchal pour se rendre à Edimbouig auprès du roi Charles X, après avoir remis le commandement de Tannée au général Clauzel. Aveu de lord Wellington de la participation de la politique anglaise à la révolu liuii de juillet, cL au renvcrscmoiu en France de la monarcliie lépritime, parce quelle avait conquis Alger malgré rAngleterre.

Le maréchal, dont la correspondance avec Paris était toujours très-active de son côté,

n'avait reçu, depuis les dépécbes.que lui avait apportées le major Debois Le Comte, dans la nuit du 24 juillet, que deux communications sans importance du président dn conseil des ministres. L'année s'élounait, s'inquiétait d'être sans nouvelles de France, d'autant pins qu'elle ne pouvait s en prendre ni à la mer ni au

L'BXPÉ0ITIO1f d'AFRIQUE. 41B

vent, puisque des bâtiments venus des ports d'Ëspagae et d'Italie entraient continueileoient dans la rade. Le il août, à dix heures du matin, M. Schneider (1), principal agent de la maison Seillière, s'adressa k moi, et me demanda à être introduit auprès du maicckai pour lui donner connaissance d'une lettre de Marseille arrivée, au lever du soleil, par un bâtiment de commerce de cette maison. Écrite avec trouble, cette lettre, qui fut aussitôt communiquée au maréchal, racontait que Paris avait été le théâtre d'une luUe sanglante et très-meurtrière, et que les troupes royales y avaient succombé. Apporté par ce bâtiment, le bruit d'une révolution survenue en France, et du départ de Saint-Cloud de toute la famille royale, se répandit dans la ville et dans l'armcc, ei y jeta la consternation. Le maréchal s'empressa de publier Tordre du jour suivant :

« A la Gassauba, le 11 août 1830.

« Des bruiis étranges circulent dans Tarmée. « Le maréchal commandant en chet n'a reçu

fl) Paronr du lieutenant général Schneider, miuislre de lu guenv du mois de mai 1839 au mois de mars I8t0,et frère de M. Schneider, député, mort en 1845» M. Schneider fut élu membre de la Chambre des députés en remplacement de son frère atné, et réélu en 184e. Il

BELATiOK D£

« aucun avis officiel qui puisse les accréditer. 0 Dans tous les cas, la ligne des devoirs de « Tarmée lui sera iracée par ses sermeois et la

loi fondamentale de l'État. )»

Cet ordre du jour, dans sa laconique expression , concordait parfaitement avec les sentiments de l'armée, et, s'il ne calma pas les ciîprits, c'est que Tavenir de notre patrie était en jeo tout entier dans Taunonce des événement extraordinaires qui avait produit Fémotion générale. Dans ^uli iuuiicnse majorité, notre vaillante armée, toute chaude encore de la victoire dont elle s enorgueillissait à si juste tilre, était franchemeut disposée à tenir ses serments et à remplir Ions ses devoirs. C'est un témoignage qu'un témoin est consciencieusement obligé de lui rendre. Si quelques officiers inclinaient intérieurement du coté de la révolution annoncée^ ils formaient une minorité aussi faible qu'impuissante. M. Feruel, ckef de bataillon appartenant à Tétat-major général de l'armée, était k même d en bien connaître lesprit, et capable en même temps de Tapprécier impartialement. Je dois donc faire observer ici que sou témoignage

occupa leJminislèMo de ragricuUurc cl du commerce du 20janvier au !() avril IHijl. KiUré au Corps législatif en 1832, il en fut uoinmé vicc-pr(^skloiit, et succéda dans la présidence au comte Walevvski, en OM.

l'expédition D'AFRIQUE* 447

est ooDforme à TassertioD que j'émets. C'est eu

reproduisant ses ijnpressiuns de la belle campape à laquelle il veuait de prendre part que cet officier supérieur a eu occasion J'expriaier, avaut moi, ce témoignage, que je joins au mien : « Les officiers les plus dévoués, et ils étaient « nombreux, étaient d'avis qu'on formât une « division d'élite, qu'on rembarquât avec ou « sans Tassentiment de Tamirai, peu importait, « et qu'on allât débarquer sur les cotes de a France, oiilevent conduirait.

Le maréchal, que l'expérience d'une longue carrière militante avait habitué à envisager de sang-froid les orages politiques, comme les périls de la guerre, était plus calme que nous tous. Il pensait que l'amplification avait joué son rôle accoutumé dans le récit des nouvelles alarmantes venues de France. Resté ministre titulaire de la guerre, pour obéir à la volonté du roi, et pour se conformer au désir de M. le Dauphin, il avait d'autant plus droit de croire qu'il ne serait pris aucune décision importante contre la conjuralion révolutionnaiie qui menaçait la royauté, sans qull en fût informé. Le comte de Guernon- Ranville, ministre de Finstruclion publique et des affaires ecclésiastiques dans le cabinet dont le maréchal de Bourmont était demeuré membre, a laissé un journal des délibérations du conseil

RBUTIOM m

do rai, rédigé par lui-même avec la plos soi~

gueuse exactitude. Ce précieux document fait coonattre que ce fut dans les séances du d et du 7 juiUei que le conseil, sur une triple proposition du comte de Peyronnet, ministre de Tintériour, commença à s'occuper des projets qui furent la base des ordonnances du juillet; niais ces projets ne furent définitivement adop^ tés que dans le conseil du 24. a Un des ministres « demanda au prince de Polignac qui, en Pab- « sence de M. de Bourmont, était charge du « portefeuille de la guerre, quelles précautions « militaires avaient été prises pour assurer « Texécution des ordonnances. M. de Polignac a répondit^ avec une espèce de négligence, qu'il ce pouvait rassembler en quelques heures dix«n iiuii mille hommes autour de lacapitale(l). ^ Le conseil du roi n'avait pas eu k se préoe* cuper, avant noire départ de Touluu pour TAfrique, le S5 mai, des mesures extraordi-

(1) Ces lignes sont textuellement extraites de la NoUûi biographique sur le eomU de Guernm-RaiwiUe^'puhiièe

en isé? par M. BouUée, ancien magistrat, que l'ancien niliiistre, mort on 186G, a iiisiiluô dépositaire <le l .uitographe de son journal des d(^libérations du ronseil de CliarlcsX» destiné U être dé pubc dans la hiblKdlièque publique de la ville de Cacn, patrie de M. Gucrnon-Ranville. C'est dans ce journal qu'on! ôié puisées toutes les informations contenues dans la Naliee»

l'expédition D'AFBiaUB. 419

naires que provoqua le déli jeté k la royauté pur le résultat des élections, à la fin de juin et au commeii cernent de juillet. Lorsque la nécessité de recourir à ces mesures parut impérieusement exigée par le désir de sauver la monarchie, (c à « laqueUeenvoulaientleshommesdelagauclie, » suivant les propres paroles du roi Cbarles X (1), le maréchal n'en fut prévenu par aucune cornffiuuication ollicielle ou coiilidentielle. Mais il avait k confiance que, si les circonstances

commandaient (|ae quelque grave résolution fût

prise, il serait pourvu à ce que les moyens dWcution n'y fissent pas défaut.

Dans la journée du il août, où se répandirent dans Tarmée les premiers bruits delà révolution sui'venue en France, nous vimes, du haut des terrasses de la Casba, un bâtiment venant de Toulon, communiquer avec le vaisseau amiral, vers trois heures de l'après-midi. Mais la journée se passa pleine d inquiétude, dans une poignante attente. Ce ne fut qu'à dix heures du soir qu'un élève de manne, M. F. de la Ferronnays, si mamémoire'est fidèle, envoyé du vaisseau amiral, où il était embarqué, apporta dans la Casba la seule dépêche arrivée de France

(I) Journal des délibérations du conseil du roi, cité

dans la Police Biogrd plaque sur le comte de Guernon^ lianvUle^ par M. Bouiiée.

pour le maréchal ; c éuii une lettre du général camte Gérard, ministre de la guerre du gonvei^ uemeut provisoire. Nous nous empressâmes, mes camarades de la Myre-Mory, Charles de Bourmont et moi, de la remettre au maréchal, qui rouvrit aussitôt, et la lut en notre présence. Elle lui auuouçait, eu peu de Ugues, la révolution accomplie à Paris, lui faisait connattre les dispositions qui avaient été prises relativemeot an voyage du roi et de la famille royale de Rambouillet à Gherl)ourg, et à leur embarquemeat pour quitter le territoire français, lui transraeltait Tordre donné aux troupes par Mgr le duc d Orléans, nommé lieutenant général du royaume, de prendre le drapeau et la cocarde tricolores, Tiavitait à rester à la tête de son armée pour con* server remportante conquête dont la France lui savait gré, et dont le gouverneuiciil saurait le récompenser, et le félicitait de ses succès et des heureuses circonstances qui avaient séparé sa cause de celle des ministres ses collègues.

i\près la lecture de cette lettre, inaccessible aux offres et aux promesses engageantes qu'elle faisait luire à ses yeux, eLfermenu iit résolu à y répondre par un refus, le maréchal n'eut qu'une seule pensée. S'inspiranl de son inébranlable dévouement à la monarchie, il conçut Tespoir d'arriver encore à temps pour la sauver, par

l'expédition D'àFRiUCË. AU

rappariuoii souJaiae sur la cote ile France Ju drapeau qu'il avait si glorieusement conduit à la vicioire, el autour duquel la fidélité ro)aiibte serait appelée à se rallier. Le concours de la flotte étant indispensable puui i exécution de ce hardi projet, il écrivit immédiatement à Tami* rai Duperré puur l mv iier à venir k terre s en entretenir avec lui, « Gomme il s'agirait, disait (( le maréchal, dans sa lettre à i amiral, de c( traiter jusqu^au détail des mesures k concer- « ter, peut-être jugeriez-vous cuuv euable d'amea ner H. Tamiral major-général de Tarmée a navale, qui s enlcndrait avec nous, el avec le « lieutenant général Desprez. » L'amiral Du* perré s'abstint de répondre k cette invitation.

Le maréchal n'assembla pas moins dans la Casba le lendemain, dès huit heures du matin, tous les officiers généraux et tous les chefe de corps de Tannée. Envoyé par l'amiral Duperré, dont Tabsence produisit la plus défavorable impression, le contre-amiral Mailei, major-général delà flotte, assista à cette réunion. Le maréchal y exposa tout d'abord, en quelques paroles nettes et précises, un plan qui consistait à laisser une division de douze mille hommes k la garde de notre conquête, et à embarquer les deux autres divisions, qui, descendues sur la côte provençale, où elles trouveraient la division

RSLATiOM Dfi

de réserve de notre armée d'Âixiquet se Tadjoindraient, et, grossies des autres troupes qu elles reocontreraient, marcheraient rapidement vers Lyon. U est glorieux, pour Thonneur mililaire français, que les témoins d'une aussi imposante réunion d'officiers généraux et supérieuib puissent redire que cette généreuse pro position fut accueillie par des applaudissements eniliuusiastes. U fut convenu qull en serait donné communication sur^en^hamp à Tamiral Duperré, et, séance leDaiUe,le aiarédial désigna, pour remplir cette mission, son chef d'étatrmajor, le lieuicricUii i^énéral Desprez, et les maréchaux de camp delà liitte et Munck d'Uzer. Ces trois officiers généraux se rendirent sans aucun retard à bord du vaisseau de l'amiral Duperré, qui, rejetant Tinvitation qui lui fut faite de coopérer à l'exécution du projet par rembarquement de deux divisions de Tannée, résuma après une conférence de plusieurs heures, le double motif de son refus, en Tappuyant d'abord sur l'absence des bâtiments déiacliés alors de la flotte pour les expéditions d'Oran et de Bone, et en déclarant enfin qu il avait déjà pris une résolution opposée à celle pour laquelle on lai demandait sa participation, en envoyant sou adhésion au gouvernement provisoire.

Cet aveu final portait un coup irrémédiable k

l'expAdition d'afriqub. 433

notre dernier espoir d*épai^er à la France la

chute de sa royauté séculaire. Les sentiments qui avaient été si hautement exprimés dans la Casba n'étaient pas sans être partagés par plusieurs olliciers de i armée navale, mais la majo* rité des officiers de ce corps manifestaient, comme Tamiral Duperré, leur adhésion à la révolution contre laquelle nous voulions protester par un acte d'énergique insistance. Cette attitude de la flotte consommait une scission entre les forces expéditiouDaires de mer et de terre, et ne laissait pas même au maréchal la ressource extrême de penser à faire usage des pleins pouvoirs qui, conférés par une ordonnance du roi dont il était secrètement poi leur, rautorisaient, comme il a été dit précédemment, à prendre le commandement de Tarmée navale en cas de nécessité absolue* 11 ne pouvait donc plus être question de nous embarquer, « avec « ou sans Tassentiment de l'amiral, » comme on vient de voir, par le témoignage du chef de bataillon d'état-major Fernel, qu'un grand nombre d*offlciers l'avaient ardemment demandé. Les derniers millions de la Régence avaient été envoyés en France , le service de la solde et celui des vivres n'étaient assurés que pour un mois, et notre armée se trouvait dans Fimpossibilité d'interrompre sescommunicatious avec la France*

Teh sont les faits qui réduisirent le maréchal

de iiourmoûi à i mipuisbaoce d agir, et FeiDpéchèrent de voler au secours de la royauté ; tel fut l'obstacle insunuoiUable qui arrêta sou dévouement et l'élan de sa loyale armée, « prison- « liière dausles murs qu'elle avait conquis ^1). »

Spolié de son patrimoine par la première révolution, le laaiechal de Bourmout u'hésita pask refuser de celle de 1830 roffre qui lui était faite d'être maintenu dans ses emplois cl dans ses traitements^ et récompensé de la conquête qu'il veiKiit ^li' faiie. Dans ce courageux et irrévocable sacritice de sa fortune militaire et de sa carrière politique, de son avenir et de celui de ses fils, dans cette renonciation volontaire à tous les titres, à tous les honneurs acquis au prix de son sang répandu sur les champs de bataille, où il s'était successivement élevé de grade en grade jusqu a la dignité de maréchal de France, dont une ordonnance de Louis^^Philippe le déclara démissioiiiiaire pour relus de serment le 10 avril 1832, il ne faisait qu'une seule réserve,

(I) Sic war in deusclben Mauern gefangen^ die sic erohert halle* Telle est rexpressioii dont se sert un (émojo étranger à notre armée,lle prince Frcticnc de Schwarzenberg exposant la situation où il Ta vue, dans sa relation de notre campagne, RUckblicke auf Algier und dmenEroberung.

L^BXPiDiTiO!! d'afiiqcb. 425

celle de la qualité de Fraocais. « Bien qu'il ne

« uic convienne pas, dans les circonstaitces a présentes, écrivit-il au géoéral Gérard, « ministre de la guerre, de rentrer en France, « j'entends néanmoins conserver la qualité de <r Françam ; fentends vivre ei mourir Français, n L achainemeui des passions révolutionnaires et des ven^reances politiques rentendil autrement, et prétendit, comme on le verra dans le dernier chapitre de cette Relalion^ dépouiller de la qualité de Français le iundatenr de la puissance française sur le continent africain.

DouhlemeuL frappé dansses convictions iioliuquesetdans ses affections privées les plus chères, le maréchal ne succonil>a pas cependant sous le poids accablant de sa position, et se résigna à le

porler jusqu'à la fin. lîaliiluc à se sacrilui au

service de la France comme à celui de la monarchie, il puisa dans la irempe éprouvée de son caractère la iorce de donner à ses compagnons d'armes un dernier gage de son attachement, en restant à leur tète jusqu'à larrivée de son successeur dans le commandement en chef, qu il « appelait de tous ses vœux, » répétait-il dans une lettre adressée au ministre de la guerre, à la date du 28 août. Un apprit bientôt que le successeur entre les mains duquel il s'était imposé le devoir de remettre lui-même larmée qui lu'

RËLÂTlODi DE

avait été confiée était le général comte GlauzeL Gomme les ordi*es prescrits dans la lettre que le maréchal avait reçue le il août du général Gérard, ministre de la guerre du gouvernement provisoire, étaient notifiés au nom du duc d'Orléans, nommélieutenant général du royaume par le roi (i), l'exécution en était légalement obligatoire. Il fut décidé, d'un commun accord, entre lainiral et le maréchal ([ue la substitution du drapeau tricolore au drapeau blanc serait simultanée surlaflotleetdansrarmée. « Plusieurs « régiments avaient résolu de ne pa$ changer de « cocarde; dans quelques autres nne grande (c quantité d officiers et de sous-ofiicierss' étaient « donné leur parole de n'adopter aucun chance gement; Tarmée était donc à la veille d'être « déchirée par les dissensions. » Avec ce fait, cousiaté par le chef de bataillon d état-major Fernel, coïncidait, d'un autre côté, au vn et au su d'autres témoins oculaires, la distribution

clandestine de cocardes tricolores faite aux sol-

(1; Le duc d'Orléans avait ôlô proclamé lieutenant général du royaume par une déclaration des députés le aijuUlet, lorsquil reçut de RambouUlet, le 1» août, m acte du roi Charles X ainsi conçu : « Le roî, voulant a mettre fin aux troubles qui existent dans la capitale « et dans une partie de la France, comptant d*aUlenrs « sur le sincère attachement de son cousin, le duc d'Or- « léans, le nomme lieuicnaal ^t^iiéidi du loyaume. »

l'expédjtiok d'Afrique. 427

da(s par des marins venus à terre de la floUe. Il était notoire qae le maréchal ne conservait son

conamandemeut que pour le déposer entre les mains de son successeur demandé et attendu : ce lut doue par son ascendant peisonnel sur les troupes^ acquis dans l'exercice de sa position à leur tête, que, réduit à une autorité désormais morale plutôt qu'officielle, il sut maintenir dans tons les rangs, au milieu de Texcitatiou si diverse des esprits. Tordre et la résignation aux événements. C'est Thonneur de la brave armée d'Afrique, comme la gloire de son chef,qne, dans cette situation, périlleuse pour robéissaiice hiérarchique, ou tant d'offîciers manifestaient la volonté de renoncer au service par attachement au drapeau qui avait reçu leurs serments, la discipline ait traversé, exempte de toute infraction, cette pénible épreuve.

Laisser intacte à la France la précieuse conquête qu elle lui doit était encore un devoir que le maréchal voulut et sut remplir. Dans la situation incertaine faite à iiolre patrie parla révolution annoncée, il jugea prudent de concentrer autour de lui toutes ses foi tes, et s'empressa de rappeler à Âlger les deux corps expéditionnaires d'Oran et de Boue. La prompte cxéculion des ordres qu il donna à cet effet a été précédemment mentionnée. Apres notre retour de Blidah,

428 RELÂTIOM DE

lorsque les bruits qui s'ensuivirent firent croire aux populations arabes et kabyles que nous avions éprouvé uq échec, le bey de Titery commença à laisser poindre sa félonie. Son alliiude étaat devenue plus suspecte quand les tribus voisines d'Alger s'émurent à la nouvelle de la révoliuion survenue en France, le maréchal le mit aussitôt dans Tobligation de manifester ses dispositions relatives aux engagements qa il avait pris par serment, et lui écrivit pour lloviter à venir rendre compte de la situation de son beylik. a Dans peu de jours, répondit le « tratlre en sedémasquant, je serai sous les murs a d'Âlger avec deux cent mille hommes ; c'est c( sur la plage orientale que j'attaquerai Tar- « mée française, si elle ose m'atteudre. » Le maréchal lui fit savoir que Tarmée française Tatlendait, lui et ses deux cent mille honunes, avec la plus grande impatieoce, et que, s'il tardait à arriver, elle irait le trouver dans sa résidence de Médéah (1), et le châtier de son parjure et de sa jactance.

C'est ainsi que, plein d'une iualiérable contiance dans la valeur de son armée et dans le dévouement qu'il luiavaitinspiré, le maréchal de

(l) Médéah, capiLalc du bcylik de Tilery, sous la duiiiinatiou turque» est située à ÛO kiiuinèlres au bud d'Alger.

l'expédition d'afiuûlë. 429

Boormont veilla soigneusement à la garde de sa couquéte, jusqu'au dernier jour do la responsabilité à laquelle sa conscience Tobligea de

renoncer.

Après le retour des deux corps expédition*

iiajres d'Oi au cl de lione, on fit la récapitulation des pertes qoe l'armée avait éprouvées depuis le commencement de la campagne. Il fut constaté que quatre cent quinze hommes avaient été tués ou étaient morts de leurs blessures, et que deux mille cent soixante hommes avaient été blessés. La France n'a eu ni à prodiguer son sang, ni h s imposer aucune dépense, « pour faire tomber « cette puissance devant laquelle tant de hHes a couronnées s'étaient inclinées, d comme s'exprime, dans une lettre écrite de la Casba, dès le 9 juilietf au marquis, plus tard duc de Glermont-Tonnerre, notre chef d'état-major, le général Desprez, qui ajoute : « L armée a montré ce pendant ces vingt jours de campagne une « ardeur que je n'ai jamais vue plus vive. Après et avoir dit que nous étions dispersés par les <( flots, que nous mourions de faim, et que nous «c avions cent mille Arabes sur les bras, on pré- « tendra que nous n'avons rien fait; mais je €( suis convaincu que, malgré toutes ces perfides « déclamations, le public aura accueilli avec <( enthousiasme la nouvelle de notre entrée dans

RELÀTIOlf DS

a Alger, il resuit eocore an argument : on se

« disposait à dire que la conquête ne valait pas « ce qu'elle coûtait. Mais les frais de la guerre c< seront payés, et on aura eu de la gloire sans a l'acheter. Le nombre des hommes atteints « par le feu n'est pas tel que toute la France « soit en deuil; mais il est suffisant pour quon « ne dise pas que nons avons vaincu sans péril... K Je suis heureux, écrit le signataire, en terrui- H nant cette lettre tout intime (1), d'avoir &it « la campagne qui a été irès-hrillante et qui a c( fixé Tattention de toute l'Europe. »

C'est une gloire toute particulière du règne de Charles X que, dans les deux expéditions de Grèce et d'Afrique qui Tont illustré, les Français n'aient eu à répandre d'autre sang chrétien qoe le leur, et n'aient combattu que pour le triouîplie de la croix sur le croissant. L'Algérie est la conquête la plus légitime que la France ail jamais faite, et elle lui a mérité la reconnaissance de toutes les nations civilisées, cl les bénédictions de la chrétienté. Si Tattente de tous les avantages k recueillir delà possession de celle précieuse colonie, située en face de notre UUo-

(l; Je (lois encore la coiiiiuunicaiion de celte lellre à la bienveillante obligeance clc madame la Duchesse de ClermonL-Tdiiiici To, par rinierrnôdiaire de monexceU^al ami, le comte de la Myre-Mory.

L EXPÉDITION D AFRiaUB. 431

ral méiicUoaal, esl eucore retardée, le gouvernement renversé parla révolution de juillet 1830 n'ea est certainement pas responsable. Mais la guerre d'Afrique, qu'il a inaugurée avec tant d'éclat par la mémorable expédition que couronna la prise d'Alger, a lii j^our la France un prompt résultat de la plus haute importance politique : elle a été la rude et grande école militaire pratique, d'où est sortie cette incomparable armée, qui, essentiellement identifiée avec les habitudes et les allures de la vie de campagne, après avoir sauvé le pays des ennemis du dedans en 1848 (1), lui a conquis Tadmiration de ceux du dehors sur tous les champs de bataille cil elle a été appelée à figurer, d'une extrémité du inonde à Taulre.

Il avait été convenu que la substitution du drapeau tricolore au drapeau blanc sur la flotte serait annoncée au maréchal au moins vingtquatre heures d avance. Il reçut le 16 août une lettre de Tamiral Duperré, qui Tinformait, en quelques lignes^ que Tarmée navale arboreiaii

(1) Après les anVeuses journées de juin 1848, le général Gavaignac, revenant vainqueur des Bédouins des bords de la Seine» s'acheminait vers l'Assemblée nationale, qui

aUait déclarer qu'il avait bien mérité de la patrie, lorsqu une voix lui cria : a Général, nous sommes sauvi^s. — Oui, réj)on(lî(-il, mais, sans les Africains, nous élions pm'duSf » pour ne pas écrire le mot qui lui prononcé.

les nouvelles couleurs le leodemain, à huit heures du matin, Veuillez bien, si vousle jugez a eonveuable, ajoutait l amiial, me commuoi- « quer les ordres que vous croirez devoir donner « à l aimée de terre. » C'était un avertissement au maréchal, qui n'était resté à son poste, jusqu'à l'arrivée de son successeur, que puur assurer la sécurité de Tannée, d'accomplir, sans délai, le sacrifice de laisser disparaître le dm* peau auquel il demeurait fidèle. Il adressa donc à Tarmée, k la date du ,t 6 août, un ordre da jour ainsi conçu :

« Sa Majesté le roi Charles X et Monseigueur d le Dauphin ont, le t août 1830, renoncé à « leurs droits à la ( ou i onne eu faveur de Monsei- « gneur le duc de Bordeaux. Le maréchal com* « mandant en chef transmet à l'année lacté qui « comprend cette double abdication, et qui a reconnaît Monseigneur le duc d'Orleaiis « comme lieutenant général du royaume.

a Conformément aux ordres de Monseigneur a le lieutenant général, la cocarde et le pavillon « tricolores seront substitués à la cocarde et au « pavillon blancs.

tt Demain, à huit heures du uiaiin, on arbore rera le pavillon tricolore. Les drapeaux et les « étendards des régiments demeureront enferce més dans leurs étuis. Les troupes cesseront

l'expédition UAFKiaLE

« de imiLer la cocarde blanche. La cocarde « tricolore ia remplacera lorsqu'on en aura

« reçu une assez giande quantité pour que

« louies les troupes puissent ia prendre à la

« fois. »

Ainsi disparut, au sein et sur le théâtre de sa

gloire, le drapeau qui, rendu à la France par son antique royauté, avait rappris, après le grand désastre de 1815, le chemin de la victoire à DOS armes, constamment triomphantes désormais, en Espagne en 18*23, à Navarin en 1827, et dans cette merveilleuse expédition de la con^ quête d'Alger, dunL la dernière scène était si sombre. La loyauté militaire répugne naturellement à subir les tristes conséquences des révolutions politiques. L'armée d'Afrique n'accepta le changement de gouvernement et de drapeau qu'avec une douloureuse résignation» Un brave colouel, vieux soldat plein de franchise, disait à un officier supérieur de son régiment, qui venait d'envoyer sa démission par la voie hiérarchique : « J*ai déjà prêté trop de serments ; je n'en veux « plus prêter d'autres, et je m'embarquerai avec « vous, pour retourner en France, d

L'avaut-veille de cette journée de deuil pour tant de cœurs, le duc des Gars, après avoir déposé le commandement de sa division, était parti d'Alger, avec ses deux officiers d'ordon^-

R£LATiOK hE

uaoce et beaux-frëres^ le comte de Lorge (i) et le marquis deTourzel, sur un petit bâtiment nar politaio de Sorrente, qu li avait loaé pour se rendre à Gibraltar. Il passa de là^ par la voie de mer, en Angleterre, où il voulait porter au roi Charles X, et au Dauphin, son fils, auquel il était attaché, comme aide de camp, depuis 1814, rhommage de son dévouement au malheur et à Texil. « Parmi ceux-là même qui

(1) Le conilo, puis duc de Lorgo, d^'^ missionnaire pour refus de sermenl au gouvernemeui issu de la révolution, venait d'accompagner, sous un eostume de domeslique. Madame la Duchesse de Berry, des environs de Marseille jusqu à quelcpies lienes de Nantes, lorsqu'il prit part au soulèvement de la Vendée en 1839. Au mois d'août l^siiO, il conduisit à Rome le second de ses fil», le Vicomte Auiruslin de Durfort de Lorge, et l'offrit au Souverain Ponlile, qui Taccepta au nombre de ses défenseurs, dans les volontaires pontificaux à cheval, désignés sous le nom de guides. Il présenta lui-même son fils au général de la Moricière )i Osimo, et raccompagna de là à Spolète, oOt il partagea pendant quelques jours la vie frugale des guides^ rapporte Fun d'eux, dans le Correspondant du2o octobre 1800, le comte Philippe de Tournon, qui ajoute: (( Cette marque de confiance cl de « sympathie de la pari d uu si bon juge en matière de (c devoir et de dévouement était pour nous le plus ilata teur des encouragements. » A la première noufeUe de rinvasion du territoire pontifical par les troupes sar» des, les guides marchèrent ii leur rencontre avec le général de la Moricière. Le duc de Lorge, déplorant de n être plus d'Age à reparaître utilement, pensait-il» sur un champ de balailie, reprit tristement le chemio de

l'expédition D'AFRIQUE. 435

fl^ avaient le plus applaudi à la révolutioû, per-«

« sonne, suivant une observalion du général «t Desprez (1), ne blâma sa démarche ; loyal, « bienveillant, exempt de préventions, il mérita « et obtint Testime des hon^mes de tous les

(( pLii tis (2). »

Le 18 août, ramiraldouoa communication au maréclial de deux dépêches lélégrapliiques. L'une de ces dépêches nous apprit, sans que nous en

Rome, où il apin ii l)ientot qu'après la glorieuse défaite de CsLSlclMdiTûo les guides prisonuiers rivaient été conduits à la frontière française. Quand le choléra éclata à Âlbano en iSe?» le duc de Lorge alors à Rome, où il était venu en pèlerinage pour le centenaire de saint Pierre, et où son fils, retenu près de sa femme malade, n'avait pu retourner, aHa prodiguer aux victimes de Tépldémie les soins les plus dévoués, et se signala ensuite à Rome [)iir tous les services ((ue sou zèle lui iuspira de rendre, dans les graves circonstances qui précédèrent la victoire de Mcntana.

(1 ) Journal d'un officier de V armée d'Afrique. (2) Dans celte campagne à laquelle il a si honorablement attaché son nom, le duc des Gars avait acquis ainsi, avec la confiance des troupes placées sous ses ordres, le respect et TafTection de ses compagnons d'armes dans toute l'armée. Aux éminentes qualités qui le distinguaient, il unissait une constante api>licalion au travail et une scrupuleuse exactitude dans l'exercice de ses fonctions. En môme temps (i i'il renonçait à remploi de son grade de lieutenant général, qu'il avait concpiis, dans la campagne d'Espagne en 1823, par sa participation au brillant fait d'armes de la prise du Trocadero, où il avait conduit une des colonnes d'attaque, à la téte d'une bri-

lussions élonoés, après ce que nous connaissions des événements, que le duc d'Orléans avait été proclamé m des Français^ sous le uooi de Louis-Philippe le 7 août, par la Gbambra des députés avec Fadhésion de la Cliambre des pairs. La seconde dépêche annonçait que le viceamiral Duperré avait été promu à la di^^uité d'amiraL Les journaux nous apportèrent, deux jours après, la confirmation de ces faits. Mais le marécUul ne reçut ni l'avis officiel de Tavéoement du nouveau roi, ni Tordre de le faire reconnaître par Farmée.

Le maréchal avait eu la pensée et Finlention de fornaer un corps d'éclaireurs, destinés à être placés en avant de nos positions, et recrutés parmi les indigènes. C'est à ce sujet qu'il adressa, le S3 août, au ministre de la guerre, comte Gérard, une dépèche, où il disait : « Il existe a dans les montagnes situées à Fest d'Alger

gade de la garde royale, il sacrifiait aussi à son inviolable fidélité nu principe monarchique la pairie, qu'il avait héritée de son père en l.sii. Dans la retraite que lui imposa sa conscience, il fut ce qu'il avait été daus sa carricre publique, homme de devoir et de dévouement, obligeant, génér>'u\ et sfcourahle à toutes les infortunes. Admirateur de la haute résignation de Pie IX aux desseins providentiels, il s'y conHait avec espérance, sans chercher, disait-il, à les pénétrer, il mourut à Cannes en 1808, dans la sérénité d'Ame que lui inspirait sa foi catholique.

L'EXPftDino?! dVpriqoc. 437

« une peuplade considérable qui donne des

« soldats aux goiivciiieiiiejits d'Afrique qui « veulent les soudoyer. Les hommes dont elle « se compose se nomment Zoimue^ (i). Deux oc mille m'ont offert leurs services; cinq cents cr sont déjà réunis à Alger. J'ai cru devoir susce pendre leur organisation jusqu à Tarrivée de « mon successeur. »

C'est ainsi que remonte au maréchal deBourmont la première réunion de ces zouaves qui ont laissé leur nom à deux milices célèbres, celle des zouaves français, proclamés a les premiers « soldais (tu monde, » parle maréchal de Saint- Arnaud après leur brillante participation à la victoire de TAlma, et celle des vaillants zouaves pontiâcauxi qui ont acquis, sur le champ de bataille de Nentana, une gloire plus qu'égale à celle des croisés, conquérants du tombeau de Jésus^Ghrist, en défendant Jésus*Ghrist luimême dans [la personne de son vicaire sur la terre.

La dispariliùii du drapeau blanc fut, poui les officiers résolus à y demeurer fidèles, le signal de consommer le sacrifice de leur carrière militaire à leurs principes politiques. Le maréchal veilla avec un soin attentif à ce quMIs trouvassent

(1) Proprement Zouaouas»

AËLATION OË

à bord des bâtimeots de I Étal les moyens de rentrer suecessivement en France, pour s'y déclarer démissionnaires. Ce fut sur la Victoire, nom qui venait d'être imposé à la frégate la Duchesse deBemj, ([uenous nous embanj liâmes, mon sympathique camarade et ami, le comte de la Myre-Mory (1) et moi, le 22 août. Je ne

(1) Le comlc de la iMyre-Mory avait épousé dès 18â4 mademoiselle de Lur-Saluces, fille du comte de Lur-- Saluées, oOicier supérieur des gardes du corps du roi. Fixé dans le Bordelais par suite de cette union ])énie de la Providence, et d*où sont issus plus de trente-cinq enfànts et petitsrenfiints, il coopéra, au printemps de 1833» à faciliter le passage à travers ceUc province de Madame la Duchesse de Berry, se rendant secrètement dans la Vendée. Ce fut sous le nom de comtesse de la Myre^ supposée ya cousine, que la i)rinccsse traversa le Bordelais. 11 lui j)orta au ciiâteau du marquis de DaTn|»ierrc, où elle s'était arrêtée, en Saialonge, trois passe ports et quelques fonds qu'il fut heureux de pouvoir mettre à sa disposition. 11 fut autorisé, lorsque cet argent lui futeo^ suite remboursé, à conserver dans les archives de sa famille le reçu que la princesse lui eo avait envoyé. Le voyage de la Duchesse de Bcrry a travers le Bordelais et la Saintonge, sous le nom de madame de la MyrCy est mentionné dans les Mémoires du général Dermoncouru qui commandaiL le département de la Loire-Infincure a Nantes, lors de rarreslalion de la princesse dans cette ville, par l'effet de la trahison de Deutz. Héiitier des principes et du dévouement paternels, l'ainé des nombreux petits-lils du comte de la iMyre-Mory, Jean de Vassal, s'est enrôlé u Rome, au commencement de 1868, dans la vaillante milice des zouaves pontidcaux.

l'£xpé5IT10!i d'apriois. 430

saurais exprimer les émotions qui attristèrent

notre dernier regard de douloureux adieu jeté sar cette terre d'Afrique, que nous avions saluée de tant d'espérances, en Tabordant deux mois auparafant, le 14 juin. La plupart de nos compagnons de traversée retournaient eu France avec les mêmes intentions et les mêmes convictions qui nous y ramenaient. De ce nombre étaient le général Clouet ( I), avec lequel j'étais en intimes relations depuis de longues années, le général de Moutlivault, et le lieutenant-colonel de Neuilly, qui avait commandé la gendarmerie de notre corps expéditionnaire. Mêlant à

(1) J'avais été témoin» i'avant-veille de mon départ d*Alger, des regrets que manifesta la brigade sous les ordres du général Clouet» en voyant s'éloigner d'elle un chef que lous, officiers et soldats, estimaient et affeciionnaient» parce qu'ils avaient pu Tapprécier. C'était, comme on l'a ûèjh vu i)rccédenunciit (hiiis ce récit, un véritable croisé par la loi, par le dévouement et par la valeur. 11 sortit de l'inaclivilé à laquelle sa conscience l'avait condaniiié pour j)rendro pari, avec son ardeur chevaleresque, au souléveniont de la Vendée en 183^. Il passa ensuite en Angleterre, et accompagna delà en IH.j^j le maréchal de Bourmont en Portugal, où, dans la lutte de dom Miguel contre dom Pedro, soutenu par Tinfluence an* glaise, dont son frère voulait affranchir sa patrie, il commanda successivement Tarmée devant Porto et Tannée devant Lisbonne. Rentré en France, il acheva dans la relraîte sa vie de soldat sans peur et sans reproche, et de chretieii exeii^ilan e, cL muurul en 1861,

BBUTIOll DB

ramertume des déceptions présentes le souvenir

des iiiicciiUoDs d uii lointain passé, cet officier supérieur d'une vieille expérience de Tadversîté me rappelait qu'il avait faii la campagne de 1792, à l'armée des Princes^ dans tes gardes du corps du roi, avec mon vieux père, (pfe j'allais retrouver en France. Le ciel était beau, la brise était favorable, la frégate marchait bien, la navigation lut rapide, et nous mouillâmes le il août daos la rade de Marseille.

Le vaisseau de guerre YAlgesiras^ qui portait le général comte Glauzel, mouilla dans la rade d'Algérie 2 septembre, et le maréchal annouça le même jour l'arrivée de son successeur à Tarniée dont il déposait le coiiiuuuidement, en lui faisant ses adieux dans un ordre du jour conçu en ces termes :

Le lieutenant général comte Clauzel vient d prendre le commandement de l'armée. Aa « moment de s'éloigner des troupes dont la « direction lui a été confiée dans une campagne (( qui n est pas sans gloire, le maréchal éprouve « des regrets qu'il a besoin de leur exprimer ; « les iiiai ques de conliauce qu'il a regiios d'elles « Tont pénétré d'une vive reconnaissance. Il (( eût été heureux pour lui qu'avant son départ a ceux dont il a signalé le dévouement en « eussent reçu le prix; mais cette dette ne tar-

L EXPÉDITION D AKAiQUB. 441

a cl6ra pas à élre âcquillée. Le maréchal ea cf trouve la garantie dans le choix de son suca cesseur : les titres qu'ont acquis les aûlitaires (( de rarmée dWfrique auront désormais un « défenseur de plus. »

Le général Dcsprcz, resté témoin des premiers laits qui suivirent l'arrivée du géaéral Clauzel h Alger, eu a été le narrateur dans son Journal d'un officier de l'armée d'Afrique. « A peine, dil-il, tut-il au milieu de nous (juMl «c reconnut la fausseté des accusations faites et « accueillies avec une égale légèreté. On avait a cherché à lui faire croire que Tarmée était (( livrée à lanarchie; il lui fut bientôt démontré « que les derniers événements même n'y avaient (( point affaibli les liens de la discipline. On lui a avait peint nos soldats tristes, abattus, expi- « rant de faim ; en les passant en revue, le « général en chef parut également satisfait de « leur belle tenue et de leur attitude guerrière. « Dans aucune autre armée* les distributions « de vivres ne s'étaient taiiesavec plus de régule larité, Tapprovisionneroent en farine qui se (( trouvait dans les magasins suiiisait pour la « consommation de soixante-dix jours. »

La gloire de Tarméc d'Afrique a passé par toutes les épreuves, et celle de la calomnie ne lui a pas même été épargnée ; mais elle n en est

442 atLAllON DE

sortie que plus brîllanle. Une commission d'enquête, annoncée dans un ordre du jour que le général Clauzel 'adressa k Farmée le lendemain de son arrivée, fut instituée pour rechercher et faire connaître la vérité sur les bruits répandas relativement au trésor de la Casba.Fouctiouuaut après une révolution politique qui ne permet pas dedouterdelasévéritéavec laquelle les opérations et les recherches ont été faites, cette commission l'ut présidée par le général Delon, qui avait remplacé le général Desprez dans remploi de chef d'état-major de Tarmée. Le Moniteur du 21 octobre publia le résultat de Tenquéte eu ces termes : « La commission a déclaré que, « dans sa conviction proioude, il n'y a eu (c aucun détournement de fonds, aucune dilapi- « dation du trésor de la Régence, ei elle proie clame hautement que tous les bruits de « soustraction et d'infidélité qui ont circulé (c dans le public sont autant de fables dénuées « de fondement, et, daiis le sentiment profond « de son devoir, elle se fait une loi de les dé- {< mentir de tout le poids de Tautoriié de sa (c mission. »

Le général Clauzel exprima à Tannée, dans un ordre du jour, la satisfaction qu'il éprouvait en lui faisant part de ce résultat de Tenquéte sur « le prétendu pillage du trésor de la Gasba. »

« Il oe se coiucnta pas, dit encore le général « Desprez, à la fin de son Jmmal (Tun officier ic de t armée d'Afrique^ de repousser des c< soupçons dont il reconnaissait Tinjuslice; il a Hi valoir auprès du gouveraemeut les services « qui avaient été rendus avant qu'il coramandàt « Tarmée ; chargé de donner son avis sur les « propositions d'avancenient ([ifcuait faites a M. de Bourmont, il écrivit qu elles lui paraisse salent consciencieuses, et qu'il croyait de son

€( devoir de les renouveler Ainsi, la con-

« fiance qu'avait exprimée Tordre du joui du « Sseptembrefut pleinement justifiée, d

Le général Clauzel fit, avec une mesure pleine de convenance, tous ses efforts pour conserver à larmée les officiers qu'il u ouva disposés à s'en éloigner. Dans la réception officielle de tous les corps d ofiicicrs réunis le lendemain de son arrivée à Alger, s'adressant à un chef de baiaiilon qui lui était annoncé comme démissionnaire : « Monsieur le commandant, je .« pense que vos motifs pour quitter Tarmée « sont des raisons d'affaire, ou de famille/ » L'officier lui répondit : « Je n'ai, mon général, a aucune affaire personnelle qui puisse motiver « une pareille rébuiution ; je n^ii d'autre motif, «r pour la prendre, que les récents événements H puiiiiques, et je ne pense pasqueje puisse rester

« désormais au vice avec avaiilage pom lar- « mée et pour moi. » Da tan le plos gracieux, le général Clauzel dit alors à cet oflicier : d GommandaDt, vous comprendrez facilement « (jifarrivé liicr, ayant pris le commandement « des maios du maréchal cette nuit, je ne « connais pus encore assez le personnel des « officiers de Tarmée pour remplacer imm^ « dialement ceux qui croient devoir nousquit- <t ter. Je vous prie doue de vouloir bien garder <ï votre poste, pendant quelque temps encore. « Je ne vous oublierai pas, et comme Testime <x qu'on t pour vous vos su périeors vient de m'élre ce exprimée, j'opère que le délai que je vou^ de- « mande voos laissera le loisir de faire de non* « vellesreilexiûUi>,ci que vous reviendrezsur uoe « décision qui m'afflige. L'officier remereia le général, en ajouiant que les paroles bienveillantes qu'il venait d'entendre lui étaient pltis agréables qu'un grade sujiérieur. 11 persista d'ailleurs dans son inébranlable résolution.

Méconnus en France par Tesprit de parti, les services du commandant en chef de Tannée d'Afrique fureul voués à l'oubli sur les monuments destinés à perpétuer la mémoire de Texpédiiion, comme s'il eût Mifh d'y dénaturer les faits pour en dérober la connaissance à la postérité. Vous n'arj-aclicrez pas les fleurs de lis

l'expédition d'afrique.

de rhistoire, disait M. Guizol» tlu haut delà tribuDe, au vaodaiisme qui les arrachait des monuments de Paris, après la révolution de juillet 1830. Vous n'avez pas arraché de This* toire la paç^e où il est écrit que c'est le maréclial de BourmoDt qui a conçu, proposé, fait adopter et exécuté le généreux dessein de conquérir Alger, peut-oû dire aussi au gouvernement qui omit volootairement le nom du commandant en cheidel armée expéditionnaire sur lepiédestal de la colonne triomphale érigée à Brest, en 1833, et formée de la pièce de canon colossale, dite la CmsuUUre, prise sur les murs d'Alger avec dixneuf cents autres, l^ur qu'une telle altération d*un grand fait historique soit croyable, il faut re^iruduire Tinscription que porte le piédestal de ce monument; la voici :

La Consulaire, prise à Alger le & juillet 1830, jour de la conquête de cette ville par les armées françaises^

Vomirai baron Duperré

commandant l armée navale,

érigée à Brest^ le 27 juillet 1833, Sa Majesté Louis-Philippe régnant.

Après avoir rempli, avec une consciencieuse persévérance, tous ses devoirs en Afrique, le

UELATION DE

maréchal se voua ii 1 acconii>Iissement du dernier el suprême devoir d'aller à Edimbourg, exilé volontaire, rendre compte de la grande missioû dont il veoait de s'acquitter si parfaitement au roi qui la lui avait confiée. Il voolait aussi offrir à Charles X, détrôné par une révolution qu'il re£!;rettail de n'avoir pu eombattre^ Ihommagc de sa reconnaissance de Tavoir élevé à la dignité de maréchal de France. Il quitta Alger le lendemain de rarrivéc de son successeur, le général Glauzel. Le refus de Taoïiral Duperré de uietlre a sa dispusiLiou un bâtiment de la flotte Tobligea de noliser à ses frais un petit brick anliicliien de comiuerce, YAmatissimo^ oh il ne trouva d'autre couche que le hamac des iuatdots de TAilri ulique. Il s'embarqua le 3 septembre, accompagné de deux de ses fils, Charles et xVdolphe de Bourmont (1), et suivi de deux domestiques.

(1) Le comte Charles de Bourmont resta consiammenl auprès de son père jusi^u'en 1839. 11 accompagna le maréchal en 1831 dans le voyage d'Angleterre en Italie, el participa à Nice et à Massa aux i)ré[iaralirs du soulèvement projeté par Madame la Duclu^sse de Bcrr\dans le midi et dans 1 ouest de la France. Embarqué ea avril 18:^:2, avec la princesse et avec le maréchal, sur le Carlo-Alberto^ et arrivé de la c6te d'Italie dans la rade de Marseille, où Madame la Duchesse de Berry cl le maréchal descendirent à terre nuitamment, il débarqua à la Ciotat au moment de Tarreslalion du Carlo-

L^EXPÉDITIOM D*AF]|1QUE« 447

« Lear bagage était si minime, que deux de a mes marins oui sutii pour le porter aisé- « ment » a déclaré le capitaine Gagrizza, commaûdaot du brick auiricbieD, dans uue proies-

AlbertOf pénétra dans Marseille, et y resta caché pendant plusieurs jours, après que le mouvemciU royaliste y (Hit échoué. Il rojoi^Miil de là le marf^chal aux environs de Nantes, et, quand, aid és l'arreslalion de la Duchesse de Berry, il fallut renoncer à la lutte inéj,^Ue tentée par h; courage vendéen, il prépara la rctraile et renibarquemenl de son père à Saint-Malo, le suivit à Jersey, en Angleterre, puis en Hollande, et arriva avec lui à Genève auprès de sa mère et de ses sœurs. Il partit en 1833 avec le maréchal se rendant en Portugal, en passant par FAngletcrre, pour répondre à rappclûittà son èpée par le roi dom Miguel. Ce fut avec le grade de major, correspondant à celui de ciief de bataillon ou d cscadrou en France, qu'il fu à i éluL-niajor général de Parmée (;ette pénible campagne de Portugal, où il se signala, comme en Afrique, par sa brillante valeur. Après rattaquc infructueuse de Porto, et l échée que Tarmée de dom Miguel, paralysée dans son action par une organisation défectueuse et par l'indiscipline, et en proie au typhus et au choléra, éprouva encore devant Lisbonne, il suivit ie maréchal obligé de renoncer à un commandement que la désobéissance a ses ordies rendait impuissant à remédier aux abus. 11 s'embarqua avec lui à Gibraltar à la fin de Tan née, et raccompagna à Malle, à Rome, et jusqu'à Genève, où l'arrivée de Taîné et du dernier de ses frères ne larda pas à compléter la réunion de toute sa famille. Ils se dirigèrent de là tous ensemble vers rilalie, où ils s^établirenl à Bagnsya, près de Viterbe, dans les Ëtats-Pontlficaux. Il rentra une première fois en France en 1839, puis une seconde fois en 1840, après un retour a Rome dans cotte même anoée. Vivement

tation, qui fut publiée plus tard par la Gazette

du Midi^ contre les bruits inventés par la malveillance.

On lit dans une brochure écrite en 1860 par

indignô des calomnies qui» propagées avec acbarnement par les journaux organes des passions poliliques, 6nirenl par provoquer à Marseille en 1810 un guct-apens attentatoire à la vie de son père, et où coula le sang de son frère César, il se donna la mission filiale d'élever haulemeiU hi voix conlrc ces appels au nu ui irc. Prenant la pîiimc avec le m^me coura^^e (ju'il avait nionlré sur les chaiDjKs (le bataille, il demanda jusliee à la France. « Celte justice, (lit-il dans un Appel à lotis les Français « contre les calomnies par lesquelles on a cherché à « flétrir la conduite du comte de Bounnont en 18!â, « je suis résolu à rohtenir a tout prix, de toutes les ma* « nières, par la publicité, devant les tribunaux ; la téna- « cité de mes démentis égalera la ténacité des men* (c songes de mes adversaires. J'apporte des faits , des « documents, des preuves. » Une NoUee pour sermr à la biographie de M, le maréchal comte de Bourmont^ qu'il puhliîi à Cacn , on 18 16, cl que MM. Germain Sarrut cl S.uut-Ednic avaienl insérée dans leur hioijraphie des hommes du jour, est une réfulalion complète de toutes les calomnies oîi les faits sont ineonlestablemenl ojiposés à chaque accusation. La Itrocliurc comprenant cette Notice contient aussi VAppel à tous les l'Irançais^ une tiote qu'il adressa au journal le National, et nue Lettre qu'il écrivit le 15 juillet 1810 au garde des sceaux pour signaler à rattenlion de la justice ratlental commis à Marseille. Cette légitime réclamation ne fut point accueillie, et il y Ait répondu que le marécbal de Bounnont ayant accepté un commandement militaire en Portugal avait cessé (VùXrc Français.

Le comte Adolphe de Bourmout qui ua l'Angleterre en

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