CHAPITRE V
Ciipiiiilulion accordée au dey Uusscin-Pacha. — Kiilrèe de rarmèc française dans la Casba et dans la villo d'Alger. Etablissement de Tautoritô et de la sonveraînetô de la France dans le pays conquis.
A deux heures de raprès-midi^uu parlementaire turc se prcbeuta devaut le général en chef; c'était Mustapha, premier secrétaire du dey. li était, aauoûça-t-il, autorisé par sou maître à offrir de payer les frais de la guerre, à la coiidilioû que les troupes françaises n'entreraieDt pas dans Alger. Le général en chef répondit que, de la posiiion qu'il occupait, il pouvait avec son artillerie foudroyer Alger et la Gasba, et que le feu allait commencer, si le dey ne consentait pas, comme premier point de la capitulation, à livrer à nos troupes la Caîiba, les forts extérieurs et les portes de la ville. Mustapha convint que la proposition dont il était porteur aurait dû être faite plus tôt. a Lorsque les Algériens, « ajouLa-i-il,sonten guei re avecle roi de France, a ils ne doivent pas faire la prière du soir avant (( d'avoir conclu la paix. » Le général eu chef lui lit comprendre par un sourire expressif <{ue Taveu
R£LÂTiOr«I DE
élail u op tardif ; mais à ToBre inattendue que le parlementaire lui fit de lui apporter la téte de son maitre, il s'empressa de répondre (jue, loin d accepter cet horrible genre de satisfaction, ilassu* rait la vie au de) et à tous ses sujets.
Deux Maures, au teint blanc, succédèrent bientôt à ce premier parlementaire. Ils paiiaieul français Tun et rautre, et l'un deux, nommé Âbmed-bou-Derbah, avec une facilité acquise dans plusieurs voyages en Europe, où des affaires de commerce Tavaient conduit, lis avouèrent que répouvanic était grande daus Alger, et ils demandèrent une suspension des hostiiilés, qui leur fut accordée. Avant la cessation réciproque du feu, le général delà Hitte, présent à la conférence, avait remarqué que le sifflement des projectiles partis des batteries algériennes produisait sur les deux parleuieotaires maures Timpression qui fait saluer le boulet, comme disent nos soldats, et saisissaut le bras de Fun d'eux, « lic failes pas allenlion, a lui dit-il, ce n'est pas sur vous que Ton « lire. »
Les deux Maures étaient encore auprès du
général en chef, dans un cliainp, ombragé par quelques arbres, à la gaucbe de la Voie romaine, sur la droite de laquelle s élevait le ehàteaa de Tempereur, lorsque le Turc Mustapha reparut,
l'expédition d'afriûue. 323
accompagné du consul et du vice-consul d'Angleterre. Ce n'était pas comme agent du gouvernement britannique, qu'il se présentait devant son ËxcelieDce, dit le consul d'Angleterre au général en chef, mais, cédant aux instances du dey, avec lequel il avait été eu relation amicale, il venait, dans une démarche simplement officieuse, tenter d arrêter 1 eilusion du sang, et d'empêcher Hussein-Pacha, qui voyait sa perte inévitable, de se porter aux dernières extrémités, en faisant sauter la Casba, si on lui imposait des conditions trop dures. Cette intervention, dont il y avait lieu de se méfier, ne fut point acceptée. Les Turcs ne pouvaient être admis qu'à se rendre k discrétion ; mais Mustapha ayant demandé que les conditions de la capitulation fussent écrites, le général en chef, représentant de la générosité française, consentit à lui accorder cette garantie. Après s'être entendu sur les termes de la capitulation avec les généraux Berthezène, des Cars, Desprez, de la Hitte, Valazé, ïholosé et Tintendant en chef Denniée, qui étaient présents à cette conférence, le général en chef, entouré de tout son état-major, dicta cette pièce importante k son chef d'étatmajor, le générai Desprez, dans les termes que voici :
<c Le fort de la Gasauba, tous les autres forts
« qui (lc()eiid6Dt d'Alger, et le port de cette ville, seront remis aux troupes françaises le « S juillet à dix heures du matin (heure frao- (( çaise).
K Le général en chef de l a nuée française «t s'engage envers son Altesse le dey d'Alger a à lui laisser sa liberté et la po^sesâion de « toutes ses richesses personnelles.
« Le dey sera libre de se retirer, avec sa a famille et ses richesses, dans le lieu qu'il « aura fixé. Tant qu'il restera à Alger, il y « sera, lui et sa famille^ sous la proteetion do « général en chef de rarméc française. Une <x garde garantira la sûreté de sa personne et « celle de sa famille.
« Le général en chef assure à tous les soldats <K de la milice les mêmes avantages et la même a protection.
« L'exercice de la religion mahoaiclane res- « tera libre ; la liberté des habitants de toutes (( les classes, leur religion, leurs propnéit^, « leur commerce, leur industrie, ne recevront « aucune atteinte. Leurs femmes seront respec- <c tées ; le général en chef en prend rengagement a sur rhouueur.
« L'échange de cette convention sera fait le « 5 avant dix heures du matin. Les troupes ce françaises entreront aussitôt après dans la
l'expédition ll'A>MlUtË. 32S
« Casâuba ei dans tous les lui is de la ville et c de la marine, n
11 était Ciûq heures de l'aprèsHiudi lorsque le général en chef signa cette convention, que le baroa Deuniée avait copiée pour seconde expédition, en même tcuips qu'elle avait été écrite par le général Desprez. Comme le dey avait fait deuiaader par son secrétaire qu'on lui envojai QD interprète pour lai expliquer les conditions de la capitulaiion, M. Braceviti, le plus ancien des interprètes de Tannée (1), fut chargé de cette mission. Porteur de la conveutiuu, et aceompagné dn parlementaire tare, il partit a siji heures pour se rendre auprès du dey, qoll trouva dans la Gasba, entonré d'un grand liombre de miliciens. Après avoir euteadu la lecture et l'explication des stipulations dictées par le général en chef, le souverain de la Régence ordonna aux miliciens de se retirer. Heslé seul avec Tinterprète français, il lui fit observer que, comme il s'agissait de faire comprendre à ces hommes exaspérés qu^il fallait obéir à la dure loi de la accessité, il avait besoin que le délai fixé pour la remise de la place fût prolongé de vingt-quatre heures, et il
(1) Ce bon vieillard, qui avait pris part à la guorre ^'^Ry pie, dans le môme emploi d'inlerprùle, iiiourulpeu lie temps aprè^i s'être acquiue de ce dernier devoir,
ajouta que soi) secrétaire se présenterait le ieudemain, vers le lever du soleil^ au quartiergénéral français pour recevoir la réponse à celle demande. Confiant d'ailleurs dans les dispositions du général eu chef à son égard, il apposa son' sceau sur la capitulation, pour témoigner qu'il y adhérait. Il était nuit lorsque M. Bracevitz revint au quartier-général, encore toat troul)lé des émotions qu'il avait éprouvées, rendre compte de raccomplissemeot de sa mission.
Depuis la suspension des hostilités, vers le milieu de Taprès-midi, le général Valazé avait fait continuer les travaux contre la ville, et, à sept heures du soir, le général en chel retourna de son quartier-général au chftteau de r Empereur^ pour se concerter, avec les générais Valazé, de la Hitte et Berthezëne, sur les dispositions à prendre le lendemain à tout événement.
Le chef de la marine algérienne s était présenté, comme parlementaire, à bord du vaisseao de Tamiral Duperré en même temps que k secrétaire du dey était venu, pour la première lois, demander au général en chef à traiter delà paix, et l'amiral avait déclaré qull ne pouvait entendre aucune proposition avant de connaîtra les intentions du général en chef, qu'il avait
l'expédition d AFPiiai'E, 827
informé de cette réponse aussitôt après l'avoir taite. Le lendemaio matin, & juillet, par uoe note dont il envoya communication au général en chef, l'amiral lit savoir au dey qu'il se cousidérerait en état d'hostilité tant que le pavillon de ia Régeuce flotterait sur la ville. Cette déclaration était superflue, puisque la capitulation avait été acceptée par le dey la veille au soir.
Le 5 juillet, dès six heures du matin, Mustapha, secrétaire du dey, arriva au quartier* général : il insista d'abord, au nom de son maiire, pour obteuir que notre entrée daos la Casba et dans la place d'Alger fut retardée de vingt-quatre heures ; mais ce délai lui lut refusé. Il demanda ensuite que M. Bracevitz retournât auprès du dey pour lui interpréter les articles de la capitulation dont il ne comprenait pas bien le sens, et il fut accédé à cette demande. M. Bracevitz fut même autorisé k accorder de vivevoixquenotreeutrée n'aurait lieu qu à midi, mats il dut exiger que les naufragés des bricks lé Silène et t Aventure lussent mis immédiatement en liberté. Ce message eut pour résultat la ratification délioitive de la capitulation par le dey, qui y apposa encore une fois son sceau.
Pendant ce temps, nos troupes se préparaient h prendre possession de cette ville d'Alger, dont les portes, restées fermées pour Charles-Quint,
pour O'ReiUy et pour lord Ëmouth, allaient
abaisser leur orgueil devant une ai niée française, commandée par le comie de Bourmont. Âvani son dépari de la maison de campagne qu'il avait occupée pendant le siège, le général en chef reçut les félicitalionsde plusieurs consuls étrangers. Celui d'Angleterre était venu, dès le malin, puur un autre aiotifau quartier-général, ou il avait encore fait acte d'intervention en faveur du dey, en joignant ses instances aux demandes de Mustapha. Le général en cfael reçut aussi, dans la matinée, les remercimenis des commandants des bricks l'Aventure et le Silène^ MM. d*Assigny etBruat, qiril accueillit avec le plus vif intérêt, et dont la présence au milieu de nous suscita les plus sympathiques émotions. Trois officiers avaient été envoyés en avant* pour préparer le logement de Véiat-major général dans la Casba. C'étaient le colonel de Bartillat, commandant du quailler-général, le chef de bataillon de ïrélan, aide de camp du général en chef, et le cai)iiaine Iliukr (1), officier d'ordonnance du général Guillemiûot, ambassadeur de France à Constanlinople, qui, après avoir rempli une mission en France, avait
f1) C'était un oflBder fort instruit, donl la mort fui une perle f c^roitnble pour Tarmée d'Afrique, lorsqu'il fui lué à Boue en
l'expédition d'afrioiie. dS9
été autorisé à faire la campagne à la suite du
quarLicr-gcuéral. Ils étaient accompagnés de M. Lauxerrois(l), interprète de première classe, • qui s'est fait remaitiuer dans Texereice de ses fonctions. Ces trois officiers étaient chargés d'engager le dey, au nom du général en chef, à se retirer dans une partie de son palais, et à nous en abaridoiuierle reste. Mais Uussein-Paclia, effrayé de ridée de cohabiter avec nous, répondit qu il irait occuper, jusqu a son départ d'Alger, une maison qui était sa propriété particulière dans la ville, et il deaiandait trois heures pour sortir de ia Gasba avec toute sa suite. Apportée au général en chef par le capitaine Iluder, cette demande ne pouvait être admise, et elle ne le fut pas. Après avoir parcouru un chemin presque impraticable, un détachement d'artillerie arriva, vers mIJi, à la porte d'Alger dite Porte-Neuve, et pénétra de là dans la Casba, dont cette porte était rapprochée; il y fut bientôt suivi de tout Tétat-major général et d'un bîiiaillûii du 6® régimeiU d'infanterie de ligue* L'entrée de celte forteresse était singulièrement étroite, tortueuse et escarpée, et noire
(1) Ce fut pour moi un agréable souvenir de noire entrée dans Alger de rolrouver, en 18io, M. Lauxerrois, employé alors à Constantinople, cl toujours parfaitement obligeant.
UËLATIOM B£
occupation Q a^anl pas pu être réglée d'avance par des ordres précis, dans rempressement.oà chacun était de voirce repaire Jusqu'aiorsimpénétrahie de la piraterie, la prise de possession s'en fit sans aucune solennité. Le dey s'étani retiré précipitamment de sa demeure, les premiers Français arrivèrent au milieu du désni dro, de l'enlèvement et da pillage de son mobilier par ses propres esclaves, par des juifs et par des Maures. Les troupes auxquelles il avait été ordonné dentrer dans la ville y prirent en même temps les positions qui leur avaient été assignées. La curiosité n'avait pas amené un seul Algérien au-devant de nous ; quelques-uns se moiilrcrcul à pciue devant leurs maisons; ils ne paraissaient pas plus étonnés que s'ils eussent eu riiabitude de nous- voir entrer chez eux tous les matins. G*était la résignation du fatalisme mahométan, dans toute son insensibilité; chaque figure qu*on apercevait semblait dire seulement : Dieu la voulu !
Une grande question était résolue. Alger, dont le nom avait jusque là imposé au monde; Alger, cet asile inabordable de forbans orgueilleux et cruels, Alger, la métropole de l'islamisme en Afrique, la ville guerrière^ comme elle s'appelait, si longtemps k terreur des chrétiens, Alger était à la France; elle était conquise à la civilisation
chiélienne; elle entrait dans la graude famille des cités catholiques. Ainsi tomba, à la satisfac*tiou de la Frauce et au\ acclamations de l'Europe et du monde, cet Etat dont l'existeDce insultait aux droits de rhuuiaaité, dont la vie était une guerre à mort à la chrétienté. Gomme les croisades, la guerre contre Alger fut une guerre nécessaire et juste, qu'il est même permis d appeler sainte. Par la .victoire à laquelle nous avions été provoqués, nous mîmes fin à la traite des blancs, aux exactions de tous ces tributs honteux que des puissances chré^ tiennes payaient à des régences Lai baresques, et aux avanies, si souvent répétées, que la civilisation européenne avait trop longtemps souffertes. La Méditerranée devenait libre, la croix était replantée en Afrique : la gluiie de la France n'avait jamais été portée plus haut.
La prise d'Alger par une puissance chrétienne
est un événement qui, dans rhistoire, n'est pas sans analogie avec la fameuse bataille de Lépan te, d'où date la décadence de Tempire du Croissant. On sait que Cervantes était fier d'avoir versé son sang dans cette « journée si heureuse pour la « chrétienté, a-t-il dit, puisqu'elle désabusa « toutes les nations du monde de Terreur qui « leur faisait croire que les Turcs étaient invin-
RELATiOri DE
a Cibles sur mer* (l)i>Maissi l'issue de la bataille de LépaDte prouva ao inonde que les Tores n'étâiciu pas invincibles sur mer, le succès - de Texpédition française contre Alger fit voir qu'ils n'étaient pas non plus iiiexpugnables dans ce repaire de la piraterie. Comme Cervantes se glorifiant d'avoir reçu à la journée de Lépaoïe une blessure qui le priva, pour le reste de ses jours, de Tusage de la aiaiu gauche, chaque soldat de Texpédition de la conquête d'Alger peut se glorifier aussi d avoir pris une bouorable part à cette grande victoire, et redire avec rimmortel Castillan :
Tuve, aunque bumUde, parte en la vitoria C^).
Mais n a-i-un pas imposé aux Turcs vaincus des conditions dictées par une trop grande mansuétude? M aurait-on pas pu exiger d'eux une sonime de deux cents millions, par exemple? Telles sont les questions qui ont été faites, et auxquelles le baron Denniée, intendant en cbef de l'armée, à répondu négativement, en parfaite connaissance de cause, d'une manière aussi satisfaisante que pérempioire, dans le Précis historique et administratif de la campagne d'Afiri-
(1) Don Quîxote, part. I» cap. xxxix«
(2) Viage al Pamaso.
jftie qu'il a publié. 11 est douteax qu'en pressurant tous les Turcs on en eût pu obtenir une somme de deux cents millions. Mais il n'est pas
douteux que, si on les cûl poussés au désespoir., ils ne se fussent fait sauter avec tous leurs trésors, et qu'ils n'eussent enseveli avec eux, sous les ruines d'Alger et de la Casba, les cinquante iiii!lions, iVuitde notre conquête. Lorsque le dey fut forcé de reconnaître que le château de TËmpereur n'était pas imprenable, ne voulut-il pas, dans la fureur de son exaspération , mettre luimême le feu au grand magasin à poudre de la Casba, et ne se serait-il pas fait sauter avec toute 'avilie, si ceux qui l'ciiiouraicnL n'étaient parvenus à le retenir, en lui faisant entrevoir la possibilité d'obtenir des condilions? Il dcnieiue donc incontestable que notre intérêt bien entendu nous défendait de provoquer une explosion qui n'eût pas manqué d'éclater. L'humanité d'ailleurs nous en faisait un devoir ; les Turcs sont hommes, et sacrés, à ce titre, aux yeux de la cliarilé cbrétienne.
Le général en chef avait nommé d'avance une commission des finances, qui devait inventorier le trésor d'Alger. Cette commission était composée du baron Denniée, intendant en chef de l'armée, du général iholosé, sous-chef d étatmajor général, et de M. Firino, payeur général.
Lekhaznadji, mÎDistredes financesde la Régence, qui attendit ilaus la cour de la Casba rarrivée des Français, remit à M. Firino les clefs du tré* î>or. Le général Desprez a très-bien dit(l)qu elles ne pouvaient être confiées à des mains plus pures. Le khaznadji répondit à toutes les questions que lui adressa la commission, et ses réponses furent consignées dans le procès-verbal d'inventaire du Trésor. Il déclara qu'il livrait le trésor de la liégeuce iniact, qu il n'existait point de registres constatant les recettes et les dépenses faites par le trésor, que les sorties de tonds ne s'opéraient jamais que sur une décision du divan, et que le dey lui-même ne pouvait pénétrer dans le trésor qu^accompagné du khaznadji. Le trésor était rentermé dans une salle basse qui ouvrait sur une galerie du rez-de-chaussée de la Casba. Un triple scellé fut apposé sur la porte de cette salle, dont la garde fut confiée à douze gendarmes qu ou relevait deux fois par jour. 11 n'aurait pas suffi, pour qu'une soustraction frauduleuse eut lieu, que les gendarmes fussent corrompus ; car la cour sur laquelle ouvrait la salle du trésor était le lieu le plus fréquenté de la Casba, et des officiers et des soldats s'y trouvaient jour et nuit, a Ainsi, suivant une juste
(1} Jourml (i'm olficier de L'armée d'Afrique.
l'euéditio:! dVriqce* 335
a observation du i^énéral Desprez (1), l'armée «( tout eatière exerçait uue sorte de surveilUoce « et de contrôle sur les opérations de la corn*tt mission. )»
La première des opérations de la commission fut la reconnaissance des valeurs existantes dans le trésor : elles furent évaluées an poids, et il fnt constaté, quand l'inventaire fut terminé, qu elles s'élevaient à quarante hoit millions six cent quatre-vingt-quatre mille cinq cent vingt-sept francs, quatre-vingt-quatorze centimes. Dès le lendemain de uolre entrée dans xUgcr,M. Firino, payeur général de Farmée, et membre de la comuiission, se promenant dans la cour de la Casba avec mon camarade, le comte de la Mvre* Mory, lui dit que l eutassemeuL des espèces métalliques sans aucun ordre, et dans une même pièce, lui rendait bien difliciie Testimatiou approximative du trésor; mais (|iril serait très* étonne s il contenait plus de ciiiquauie millions. 00 ne saurait guère mieux estimer, ou mieux rencontrer.
Cette somme trouvée dans le trésor, dont une moitié environ était en or et Taulre en argent, se composait de monnaies diverses et de lingots. Quarante- trois millions trois cent quaue-viugt-
(I) JoumuL d'un aflicier de i année d'Afrique^
dix-huit mille sept cent quatre vingt-dix-liuiL francs furent successivement envoyés en Fraoee par les vaisseaux le Marengo, te Daquesne^ te Scipian et le Nestor^ et par la frégate la Venm. On conserva à Alger cinq millions deux cent quatre-vingts cinq mille sept cent vingt-neuf francs quatre-vingL-quaioize centimes, pour être affectés aux besoins de Tarmée.
Les imaginations avaient depuis longtemps amoncelé dans le trésor de la régence des som-^ mes incalculables ; et c'était une hallucination presque générale, que nous devions trouver dans les caves du dey des sources intarissables d'or et d'argent. Dans les comparaisons hyperboliques des Maures, la richesse iiapui.sablc de ce trésor était le nec plus ultrà des superlatifs. Enfoui au fond des caves de la Casba, il prétait naturellement, jce mystérieux trésor, à toutes ces exagérâlions qui semblaient inspirées par la lecture des Mille et une Nuits. Mais ces espérances chi«mériiiues éiaieul purement iiriai;iiiaires, puisque le secret qui enveloppait le trésor avait toujours été inaccessible, et qu'aucune donnée n'avait jamais pu servir à hasarder même une évaluation approximative. Enfin on acquit la preuve que le khazuadji, et un trésorier maure plaeé auprès de lui ignoraient eux-mêmes la somme des valeurs existantes, et qu'ils faisaient
l'expédition d'afriuie. 387
les receltes et les payemenfs sans en conserver aucune trace écrite* Le khazoadji, qu'on avait eu soin de ne pas comprendre dans la première déportation des Turcs, fut pressé de questions par le général Dcsprez, cL il répondît toujours que le trésor avait été remis intact entre dos mains. Le trésorier maure qui lui élaii adjoint lut également interrogé, et ses réponses demeu* rèrent parfaitement conformes à celles du khaznadji. Ces deux hommes religieux étaient prêts àjurer surle Coran la vérité de leurs déclaialions, et ils consentaient à perdre la téte si on pouvait les convaincre du mensonge. Xhisl h supposition que le dey aurait distribué à plusieurs Turcs, à tllredcdon ou de dépôt, des fonds tirés du trésor de la Régence, n est pas admissible. Mais il est certain que les revenus de la Régence proprement dits, et la somme des tributs qu'elle avait imposés à plusieurs puissances européennes, avec celui que la France lui payait pour la pèche du corail, ne suffisaient jdus aux dépenses annuelles depuis environ vingt ans. On avait donc été obligé de puiser souvent au trésor, fruit de la piraterie, qu'on avait jusque-là tenu en réserve pour les cas extraordinaires. L'établissement de noire blocus maritime, qui survint alors, fut mortel à la piraterie, source abondante de la riclicsse algérienne; et, depuis trois ans qu'il
existait, les produits de la douane étaient abso* lument nuls. Malgré les conGscaiious ei les avanies auxquelles le dey n'hésita pas à avoir recours, force lui Tut de faire contribuer le trésor aux dépenses ordinaires de TËtat. Il en tira encore des sommes considérables pour faire marcher contre nous les Arabes et les Maures : nous tivons eu plusieurs preuves écrites delà certitude de ce fait. Des papiers trouvés sur an TuK* tuédevaut nos attaques contre le château de rËmpereur ne nous ont laissé aucun doute à cet égard. On voit que ce trésor, auquel la piraterie ajoutait chaque jour alors qu'on n'y puisait jamais, depuis qu elle ne lalimeiUait plus, était soumis à des soustractions fréqueptes ; et c*est ainsi qu'il allait se vidant.
L'exagération se mêle presque toujours, comme un alliage iucuiable, au rapport de la prise de sommes considérables : de là à la calomnie il n'y a souvent qu'un pas, et ici il fat franchi avec une animosité passionnéoi que les coupables auraient du être honteux d'avoir à se reprocher, après la déclaration si formellement explicite delà coiiunissiun d'enquête, si lesprit de parti savait rougir de ses excès. Avant de connaiire le résultat des opérations delacoffi* mission des finances, le général en chef avait annoncé tout d abord au président du conseil
L £xpÉDiTiOM d'afrique. 339
des miuistres que revaluatioii tolaie du irésor, de la nombreuse artillerie tombée en notre pouvoir, et de toutes les valeurs de diverses espèces que renfermaient les magasins d*Aiger pouvait être portée à la souime d'envirou qualre-viugt millions de francs. La malveillance politique se fit de cette estimaiion trop élevée, el pour ainsi dire improvisée, nn moyen d'attaque, dont Tabsurdité était cependant d autaut plus évideuie que celui qui aurait pu penser à s'approprier une partie du trésor se serait soigneusemeut abstenu d'en exagérer le chiffre. Dans sa correspondance avec le ministre de la marine, postérieure à la connaissance de la révolution survenue en France, lamiial Duperré regarda comme un devoir, cette justice doit être rendue a la franchise de son caractère, d'affirmer que les imputations d'intidélité répandues relativement à la prise de possession du trésor étaient fausses.
A son arrivée d'Alger, le général Gollomb d'Arcine, commandant la troisième brigade de la deuxième division del'arméeexpéditionnaire, adressa du lazaret de Mai*seille, le â4 septembre,
au Sémaphore une lettre que ce journal publia,
et où ce brave et loyal général repoussait avec
indignation les bruits propagés^ et attestait, ^wr son honneur, qu'ils étaient mensongers. <( Je
<i déclare danc, ajoutait le général GoUomb
<i d'Ârcine, fausses et calomnieuses quci(][ucb fc perfides insinuations faites à la tribune, et les K arUcle:>(lesjouruaux co ntre lesquels je léclaïuê « au nom de Tannée d'Afrique, le somme leurs tt auteurs de se faire coauailre, de désiguer c( nominativement les coupables, ou de se taire ' « et de rentrer dans Tombre. ^ Le baron Louis, | ministre des fiiianecs Ju gouvernenieni que la révolution de juillet venait de substituer à celui i de la Restauration, avait reçu du payeur géûéral j de Tarmée des rapports trop détaillés et trop positifs pour ne pas connaître la vérité. line | s'abstint pas cependant de prononcer à la tribane de la Chambre des députés des paroles propres à accréditer la calomnie. Le général Desprez rapporte, dans son Journal d'un officier de Farmée d'Afrique, qu'il a entendu le baron Louis a exprimer des regrets sur le sens qu'on | « avait donné à ses paroles ; mais Timpression i c( était produite, » ajoute le général Desprez, et i si bien produite qu'aucun journal de Paris ne voulut ouvrir ses colonnes à une note écrite le 26 octobre suivant parle comte de la Myre- Mory, officier d'ordonnance du maréchal de Buui liiotii, et où ce témoin oculaire- de tout ce ] qui s'était passé faisait justice, en termes irré- | cusabics, du preieudu pillage de la Gasba, et
L'iiXPtUlTlON u'AFiuaiit. 341
« des rumeurs qui, accrues par la dislance, et c( accueillies surtout par uae malveillaoce ré- « fléchie, avaient laissé planer les soupçons les «( plus gravçs sur uae partie de 1 état-major de « Tarmée d'Afrique et sur le chef de rarniée lui- K même. »
Il est permis de dire que la calomnie clioisissait mal sa victime eu s'attaquaut à la réputation du maréchal deBourmont, dont le désintéressement couûualla toujours jusqu'au sacrifice de ses intérêts privés à ses devoirs publics. SU pouvait être question de dcleiidrc sa délicatesse, il y aurait lieu de faire observer ici qu'un crédit d un million de francs avait été ouvert au général en chef pour les dépenses secrètes que nécessiterait Texpédition. Sur ce million mis à sa libre et entière disposition, sans qu'aucun contrôle fût possible, le maréchal de Bourmont ne demanda au trésor de TËtat que trente mille francs, pour être employés à leur destination*
Le quartier-général s'établit dans laCasba. Le général en chef occupa Tappartement du dey. Le S juillet, jour de noire entrée dans Alger, à six heures du soir, il avait terminé et clos les dépêches par lesquelles il annonçait au roi qu'Alger appartenait à la France. Ce fut encore le bâtiment à vapeur le Sphinx, commandé par le lieutenant de vaisseau Sarlat, qui porta cette
â4S RBLATIO!( DB
grande nouTelle à Toulon. Transmise à Paris
pai^ le télégraphe, elle y arriva le 9 juillet au matin, et lorsque le ministre de la marine se présenta devant le roi, pour la lui apprendre, Charles X lui dit (je tiens le récit de cette scène touchante de la bouche même du baron d'Haussez) : « Je vois à votre air. Monsieur, qu'Alger est pris; uu jour comme celui-ci on s embrasse, » et roxcellent prince tendit les bras à son ministre, qui voulait lui baiser la main. Le roi annonça au baron d'IIaussez que le général de Bourmont était nommé maréchal de France, et Tamiral Duperré fut créé pair.
Si les vestiges d'une certaine confusion, dont rorigine fut, comme on Ta vu, étrangère à l'armée française, se laissèrent apercevoir pendant les premiers jours de notre occupaaon, il y a loin de là au pillage supposé de la Casba. Cette invention de la haine à Tusage de la crédulité, accueillie d'abord par la passion, tomba ensuite dans le mépris dont elle fut toujours digue. Le dey ayant évacué précipitamment la Casba, avant notre arrivée, pour se retirer dans uoe maison qu'il possédait en ville, le déménagement de son mobilier se fit à la hâte, et plusieurs objets furent pillés d'abord par ses esclaves, puis par des juifs et par des Maures : c'est au milieu de cette couiusion, comme on Ta vu précédemmeut,
l'expédition d'AFE1QII£. 348
que parurent les premiers Fraoçais. Ils irouvèreot
une demeure al)aiulonMée et des appartemeiiis déserts, où des cassettes, de riches coussins, des étoffes broehées d'or et d'arp:enl, des vases de porcelaioe, des tapis, des armes et des véte* menls d'hommes et de femmes, épars eii et là, avaient échappé au pillage des serviteurs du dey, des juifs et des Maures. Tous ces objets élaieul nouveaux pour eux, et ceux qui eurent le tort de s'en approprier quelques-uns cédèrent à la tentation de la curiosité, pure de tout autre désir que celui de recueillir an souvenir de la Casba. Personne n'entra ni dans Tappartement des femmes; ni dans celui du dey, où étaient déposées des armes précieuses, et où des factionnaires avaient été placés. Sur une invitation du clief d'état-major général, tous les objets qui étaient de quelque valeur furent versés au trésor par ceux qui les avaient trouvés* Voilà le récit exact des faits, tel que je m'attache à le donner dans cette Aelaiion^ avec une impartiale véracité, tel pareillement que je Tai sous les yeux dans la note, restée manuscrite par la raison qui a été dite précédemment, de mon camarade, le comte de la Myre-Mory, témoin, comme moi, de notre entrée dans la Casba. Je citerai aussi le témoignage du baron Denniée, intendant en chef de Farmée. « Il y eut, dit-il dans son Précis /lis-
« torique et administratif de la campagne dA" a frique, u a désordre plus appareut que réel; « et, je te dirai, parce qne ma voii a Faolorité
a d une iougue expérîeoce, jamais dans aucune « de nos campagnes une ville n'a été occupée « avec autant de ménagement. Pas un seul « officier, ])as un sokliit n'a franchi le seuil de « la demeure d'un Maure, d'un Turc ou dun « juif, CL la ville d'Alger n'a pas mcme subi la « charge d'un logement militaire. »
Est-ce à dire qu'aucun reproche individuel n'ait élé eficouru ? Non vraiment. Je sais, pour ravoir v u de mes yeux, que des autruches ont été plumées, et je ne dois ni ne veux le taire; mais uû iail particulier el isolé ne détruit pas Tassertion unanime de tous les témoins oculaires.
On ne plaça que peu de troupes dans la ville, faute d'établissements qui pussent servir de casernes, et aussi parce que la prudence défeu* dait d'enfermer nos régiments dans une ville dont les rues n'avaient guère plus de trois pieds de largeur, et où il n'y avait pas une seule place qui pût permettre à un demi-bataillon de se dé^ ployer. L ordre, le calme el la irauquillité signalèrent roccupation de la ville par nos troupes, et le jour même de notre entrée, le raoudzen appelait, comme à l'ordinaire, du haut des minarets, les mahométans à la prière. Les Arabes com-
L ËXPKDillU^ D AFRIQUE. 345
mencèrentle lemlomaiu à venir approvisionner de fruits et de volailles le marché d*Alger. Tout ce qu ils apporiaieot leur était aclieié, ei sera- * puleusement payé.
Uq bataillon de la division Loverdo et deux compapies d'artillerie fonnèrem la garaisoo de la Casba. Deux batailloub de cette même division occupèrent la partie de la ville rapprochée de la porte Bab-Azoun. La porte, le fui i de ce nom et trois batteries intermédiaires farent occupés par le 34* de ligne de la division des Cars* Le 35^ de ligne (1) de la même division, les sapeurs et la plus grande partie des canon niers furent logés dans les établissements de la marine, où nous trouvâmes des magasins considérai)] es de toute espèce* Les autres corps de la division des Cars furent répartis sur les collines qui dominent la plage du côté du fort Bab-Azoun. Le reste de notre armée prit position et campa sur les hauteurs qui environnent Alger, et nos avanl-posles lurent maintenus circulairement à environ une lieue de la ville. La division Loverdo, à Texception des bataillons entrés en ville, campa autour du château de TEmpereur. La brigade
(i) A ce régiment appartenait le lieutenant aide-major de Noyant qui\ après avoir fait la campagne avec distinction, renonça à la carrière militaire par fidélité à ses principes poliiiques.
Achard, la seconde de la première division, conserva sa position au nord de la ville, ou le général Berthezène se logea dans ta maison de campagne du dey. L'arliilerie de campagne demeura en ballerie sur la plage voisine du fort Bab-Azoun et près du cbàleaude rËmpereur. Lù régiment des chasseurs à clieval campa dans le voisinage du fort Bab-Azouo. La brigade Glouet, la troisième de la première division, se rapprocha d'Alger, et la brigade Poret de Morvan, k pre* ^ mièrc de cette luèaie division, resta au camp de Staottéli. Des détachements de cette brigade formèrent la garnison des redoutes et Tescorle des convois. Le général de Montlivault eut ensuite mission de reconuaitre, à la lèie du 34^ de ligne (1), Tun des deux régiments de sa brigade, la côte depuis Alger jusqu'au cap Matifou. Il trouva cent-vingt bouches à feu, presque loules en fonte, dans les forts et dans les batteries qu'il renconiia. Dès le 8 juillet, il revînt prendre sa place au camp de la troisième division. , L'amiral établit la lluUe au mouillage dans * la rade devant Alger, et prit possession de la marine et du port. Il ne contenait que quelques
(11 A ('(^n'gimenl était altaché le sous-lioutcnant dVlatmajorde LÉaveaucoupet, qui préludait à la carrière militaire dans laqucUe U devint général de brigade en i^t et général de dt vison enl86a«
L^BXPâDITION D'AFBiaUB* 347
bâtiments, presque tous impropres au service.
Le lendemain de notre entrée dans Alger, le géoéral eu chef adressa à 1 armée Tordre du jour suivant, daté de la Casba le 0 juillol.
« La prise d'Alger était le but de la campa- « gne. Le dévouement de Tarmée a avancé a l'époque où ce but semblait devoir être atteint. c( Vingt jours ont suffi pour la destruction d'un «c État donirexisteuce iatiguait i Europe depuis « trois siècles. La reconnaissance de toutes les « nations civilisées sera pour Tarmee d cxpédi- « lion le fruit le plus précieux de ses victoires. « L'éclat qui doit en rejaillir sur le mm français « aurait largement compensé les frais de la « guerre ; mais ces frais même serouL payés par <i la conquête. Un trésor considérable existe « daus la Casba. Une coauiiission, coaiposée et de M. rintendant en chef, de M. le générai a Tholosé, et de M. le payeur général, est c( chargée par le général en chef d'en faire Tin* « ventaire ; elle s'occupe sans relâche de ce li a- K vail; et bientôt le trésor conquis sur la « Régence ira enrichir le trésor français. »
La ville d'Alger (1) est bâtie en'amphithéàtre
(1) Icosium des anciens, a W rebâtie par les Berbères Bcni-Mczeghenna, et appelée, par les corsaires, Af-Dje- %aïr^ c'esi-k-diro les îles* £Ue est située à 800 kilomètres deVaraeiUe, et à 1644 kilomètres de Paris.
sur un roclier dont TincUnaison est tournée vers Test. L'enceinte de cette étrange cité, telle que nous la trouvâmes, avait la figure d*un triangle, dont la base, formant une ligne brisée tracée par le rivage, présentait le cdtéleplus étendu « Les deux autres côtés inon talent jusqu'à la Gasba , située au sommet du triangle. Un mur à Tanlique, avec des tours de distance en distance, et avec une espèce de fossé du côté sud et un rav in profond du côté nord, fermait celle enceinte. La ville offrait Taspect d'une masse de maisons recouvertes d'un enduit d iineblancheur éblouissante, que sillonnaient des ruelles étroites et tortueuses, où deux mulets ne pouvaient se croiser qu'au moyen des retraites qu'on avaient pratiquées çà et là. L'usage des ' voitures était eniièrement inconnu dans la ville et dans tout le pays. Des marches construites en pierres étaient espacées de six pieds en six pieds dans la plupart de ces ruelles, pour en faciliter la descente, qui serpentait sur un pian trèsincliné. L'extérieur des maisons ne présentait que des murailles élevées, sans autre ouverture que quelques petits soupiraux rectangulaires pratiqués dans leurs parties supérieures ; mais l'intérieur, dont une petite porte basse fermait rentrée» avait parfois toute Télégance de Tarchitecture moresque, avec son luxe de
coloiiiics en marbre. « Dans le^ Étals despoli- « qaes, chaque maison est on empire séparé, » adit Moalcsiiuieu. La vue d'Alger suffisait pour constater la vérité de cette observation de Tau** teurde VE,^)rit des lois. 11 y avait des citernes et des fontaines dans les maisons et dans les
rues de la ville. On n'y apercevait aucun nioinimeot : les nombreuses mosquées qu'elle possédait n'étaient pas dignes de ce nom. La petite Ile sur laquelle étaient établies les batteries qui rendaient Alsrer formidable du côté de la mer était rattackée k la terre par un môle. C'était cette tle qui, avec le môle, muni de batteries casematées, enfermait le port ou la darse. La ville avait cinq portes : deux ouvraient sur le côté de 1 euceiuie triangulaire régnant le long de la mer ; deux autres se trouvaient aux extrémités inférieures des deux autres côtés de l'enceinte, Fane appelée Bab-Azoun, c'est-àdire porte d'Azoun, au bas du côté sud, et l'autre, dite Bab-d-Oued^ c'est-à-dire porte du ruisseau^ au bas du côté nord. La cinquième, nommée Porte-Neuve^ se trouvait à environ cent vingt mètres au-dessous de la Gasba, sur le même côté de Tenceinte que la porte Bab-Azoun. Hors des deux portes Bab-el- Oued et fiab-Azoun étaient deux faubourgs, dits faubourg de Bab-el-Oued et faubourg de Bab-
HfiLATION DE
Azoao. Hors de ces deux portes la ville était aus&i
llauquéc de deux forts, élevés sur les bords de la mer. L'un, appelé Fort-Neuf^ était voisin de la puitc Bab-cl-Oued, et armé de trente-six bouches à feu; Tautre, situé à trois cents mètres de la porte Bab-Azouu, ei appelé Fori-Bab- Azcun^ était armé de quarante-huit bouches ï feu.
Au sommet de Tenceinte triangulaire de la ville s'élevait la Casba, se présentant aussi sous la foraie d'un liiaiii;le, dont la base était le côté faisant face à Alger. Les deux autres côtés s'étendaient sur le prolongement des côtés nord et sud du périmètre de La ville. Ce que lord Byron a dit de la demeure du pacha de Janioa, je puis le répéter de celle du dey de la régence algérienne, véritable repaire d'un chef de pirates:
Witfain, a palace, and witbout, a fort (1).
Au dedans, cest un palaia; au dehors^ c est uns forteresse.
Séparée de la ville par une muraille trèsélevée,celte forteresse, bâtie pour menacer plutôt que pour détendre Alger, était garnie d uu grand nombre de canons, montés sur de mauvais affûts. Les Turcs avaient amassé , sans
(i) QJiilde Uarold's PU^image^ caai, II, lvi.
L^BXPtoiTioR d'atrioub. 381
aucune précaution, nue grande quantité de
|)uu(iie daûs uo maga.^iii consuuil au milieu de la forteresse, et il fallut tous les soins que notre artillerie apporta à reulevcaient de cette masse de pondre pour préserver la Casba d'un rcdouiaiiic accideul. Non loin de là s'élevait un beau platane» que la tradition faisait contemporain de Barberousse. La cour carrée de la demeure du dey était pavée en marbre blanc, et entourée sur trois côtés de galeries supportées par des colonnes torses. Deux citronniers, dont les braiielies pliaient sous le poids de leurs gros fruits dorés, s otlraient à rentrée de cette cour. Au second étage, rapparlemenl du dey se composait de plusieurs pièces rectaugulaires, plus longues que larges, sans autres meubles que quelques pendules gothiques et quelques énormes et vieux coffres. Ces chambres étaient garnies de lapis assez beaux et d'une grande quantité de coussins brochés d*or et d'argent. On y voyait aussi deux fauteuils dorés très-grands et très-élevés. Une porte tort basse et un escalier étroit conduisaient, non sans détours, au barem, où les Français entrèrent lorsque les femmes en furent sorties. J'ai occupé, avec mes camarades, une chambre du hareaide laCasba. Rien ne ressemblait moins à un boudoir de Paris, et nous ne nous y trou-
RELATION DB
vions guère mieux logés qu'au bivouac : pas de
li(s, pas de meubles, pas de fenétre*s, des tapis, quelques coussios, quelques rideaux brochés d'or ou d'argent, une malpropreté inexprimable, voilà <;e qu'était le harem du souveraia de la Régence d*Alger. Tout était nouveau, étrange, inconnu dans les mystères de ces appartameuts, où des Européens pénétraient pour la première fois. Un mélaugebizarre de luxe et de grossièreté caractérisait tout ce qu'on y remarquait. La curiosité, vivement aiguiiluiiace, meitait tout le monde en mouvement. Denrées et objets de toute espèce étaient entassés pêle-mêle dans cette singulière demeure, d'où le dey ne sortait jamais. Il y passait sa vie à fumer, à prciidre du café, à caresser un petit tigre, à rendre la justice turque à ses sujets, et à laire (Quelquefois trancher des têtes.
Lra population d'Alger, après s'èlre élevée peut-être à soixantenlix mille habitants, était à peine de trente-cinq mille lors de notre prise de possession. Je nen puis d'ailleurs indiquer qu'une évaluation présumée, puisque les premières données nécessaires pour en établir le chiffre à peu près exact manquaient absolument. Cette population, comme celle de toute la Régence, était un mélange hétérogène de diverses races, dont l'origine, autant qu'il est possi-
l'eXPÉDIIIU?! DAFRIQLË. 853
ble d'y remonter, a été indiquée dans Viniro^ duction qui précède celte Relation, lia nombre relaiivemenl petit d'aventuriers turcs, qu'alimeataieûl iucessaanueol des recrues tirées du Levant.exerçait dans cet étrange État le despotisme le plus barbare cl le ]>lus incompreliensible qui eût jamais foit honte èThumanité, si on compare le eluiire des oppresseurs k celui des opprimés. Il n'y avait vraisemblablement pas plus de dix mille Turcs dans toute Téteudue de la Régence algérienne, lorsque nous en Qmes la conquête. Le Koulouglis, nuiu sous lequel ou désignait les fils des Turcs, nés de leur union avec les feruiiies indigènes, ne participaient pas à la domination qui était le privilège de leurs pères. Les Maures habitaient les villes, principalement celles du littoral, et se livraient au corn* raerce. Les Arabes, qui avaient envahi le pays dans la seconde moiiic du vu^ siècle de Tère chrétienne, y avaient apporté Tislamisme avec tous les maux dont il est la source. Dépossédés de leur souveraineté par les Turcs, ils avaient conservé une certaine indépendance en se retirant dans les plaines et dans les montagnes. Gouvernés par leurs cheilis, ils ne payaient pas sans difficulté les tributs que le dey leur imposait. Guerriers, pasteurs, et volontiers nomades, ils se souciaient peu de la culture de la terr"
HEUUlOrS DE
Les Kabyles, qui sont les anciens Berbères, et se rattachent vraisemblablement anx Libyens et aii\ Gétiiles, premiers babilanls de celte parlie de TAfrique, représentaient la population abo« risènc. Travailleurs, industrieux, pleins d'une active énergie, et impatients de toute espèce de sujétion, ils vivaient à Técart de celle des Turcs dans les montagnes de TAtlas, ou ils tormaieat une apf^lomération de tribus se gouvernant elles-mêmes, suivant des principes traditionnels. Les juifs étaient nombreux à Alger et dans les autres villes de la Régence, et s\v adonnaient aa trafic. Sous le joug du despotisme turc, ils étaient descendus à un degré de bassesse pénible à voir. Des nègres, libres ou esclaves, forinaieni le septième élément de la populatiou algérienne.
• Dès le 6 juillet, lendemain de notre entrée dans Alger, un jeune fils du bey de Titery se présentai! nos avant-postes, et de là au quartiergénéral. Il venait annoncer que son père, Mustapha, dont il apportait une lettre au général en chef, était disposé à se soumettre à la France. C'élail un jeune liomme d'environ seize ans, d'une physionomie intelligente et spirituelle. 11 répondit avec iniçénuité et avec l'apparence de la franchise à toutes les questions qui lui furent adressées par Tintermédiaire d'un
iDierprèle. Il repartit porteur du sauf-conduit demandé par son père pour se rendre à A1i;c r. Arrivé le surlendemain dansla Gasba, le Im'V fit acte de soumission à la France devant le général en cliei, qiu lui remit, le 15 juillet suivant, au nom du roi Charles X, auquel il prêta serment de iidélité, Tinveslilure de sou beylik, aux mêmes conditions qu'il la tenait du dey. La félonie de ce bey éclata plus tard.
Le 7 juillet, les soldats de la milice turque furent désarmés, sans aucune résistance de leur part, dans les casernes, et dans les maisons parliculières qu'liabilaienL ceux qui étaient mariés avec des femmes du pays. Ces derniers et ceux qui étaient d'nn âge très-avancé fnrent autorisés à rester à Alger. Les célibataires, au nombre d'environ deux mille cinq cents, furent embarqués sur des bâtiments français qui les transportèrent en Asie Mineure. Ils eurent la faculté d'emporter avec eux leur avoir particulier, et chacnn d'eux reçut cinq piastres d'Espagne, comme indemnité des armes qu il avait remises. Vaincus, ils apprirent, à leur grand étonnement, jusqu'où peut aller la générosité des Français victorieux.
Ce même jour, 7 juillet, le général en chef revut dans la Casba la visite du dey, à qui il lit rendre les honneurs militaires par une compagnie (le grenadiers, et qu'il accueillit avec tous les
R£LÂT10?i DE
égards dus au malheur. Il lui |)eruui de faire enlever de la Gasba tout ce qu*il y avait laissé de son mobilier particulier, et lui promit qu'une somme d'argent qu'il réclamait lui serait remise. L'amiral Duperré assista à cette entrevue. Hussein-Pacha était un homme de soixante ans an moins, replet, et d'une taille au-dessous de là moyenne. Sa barbe était blanche, son regard annonçait une astucieuse finesse, et le malheur était empreint sur ses traits. Mais il conserva une dignité convenable en présence de son vainqueur. 11 était velu très-simplement. Quelques lurc^el plusieurs Maures raccompagnaient. Tandis que le général en chef faisait au dey les honneurs de la générosité française, un esclave de la suite de celui-ci dérobait la montre du général Despreis, qui était suspendue dans sa chambre. Mais le dey la fit restituer, désigna les hommes de confiance qui devaient emporter ce qui restait encore de son mobilier dans la Casba, et ajouta que s'il s'en présentait d'autres, il priait le général en
chef de leur faire trancher la tête. On ne lui
laissa pas ignorer que cette justice expéditive n'était pas française.
M. Fcrnel(l), chef de bataillon d état-major,
(i) Loyalement dévoué à la royauté quil servait avec dislinclion, M. Ferncl, chef de bataiUon d'êlal-major depuis l823,sacnUa l'avenir d une beiic carrière miJi-
l'expédition D*AmocE. 357
aUâché à 1 éiat-msfjor général de l'armée, présent h cette visite, en profits très-habilement pour dessiuer d après nature le portrait du dernier dey d'Alger. €e porlniit, très-bien saisi, figura ensuite Utiiographié en tête d une intéressante relation de notre ex[)édition, qae eet officier supérieur publia, en 1831, sous le titre Campagne d'Afrique en i 830.
Les liouiuius au service du dey usèrent et abusèrent, pendant deux on trois jonrs, de l'autorisation accordée par le général en chef d'eukver les objets du mobilier particulier de leur maître restés dans la Gasba, et en vendirent une partie à des juifs, qui revendirent plusieurs de ces
objets aux Français.
Ce fut le 7 juillet qu'Amédée de Bourmont, après avoir survécu douze jours h sa blessure, mourut k Sidi-Ferruch. Nous apprîmes à Alger le soir de ce même jour que notre dernière lueur d'espérance était éteinte* Le lendemain, 8 juillet, le général en chef écrivait, dans une dépêche
lairc à la fidélité au drapeau auquel il était inviolablemcnl attaché. Il fut ensuite, en 1833, Ju iionibrc des ollicîers français qui, avec le maréchal de Dourniont, mirent leur ôpée au service de doni Mi.^ucl, luttant, corrinne roi légitime de Portugal, pour alïrancliir sa patrie de la domination anglaise. II se signala, dans celte campagne, d'abord comme colonel, puis comme brigadier général.
358 AELATION DE j
adressée an prince de Polignac, présideot du
conseil des miuistres : a Le second de mes tlls « avait reçu une blessure grave dans le eombat « du 24 juin. Lorsque j'ai eu 1 huuueur de l aa- ' « noncer à votre Excellence, j'étais plein de l'es- ; «( poir de le conserver. Cti espoir a été Uompé: ■ « il vient de succomber. L'armée perd un brave | «( soldat; je pleure un excellent ills. Je prie | « votre Excellence de dire au roi que, quoique j « frappé par ce malheur de familière ne rempli- « rai pas avec moins de vigueur les devoin | « sacrés que m impose sa coniiancc. » | Dans Taprès-midi du 8 juillet, le général en ! chef rendit au dey la visite qu'il en av ait re(;ue ' la veille. Selon Tusage oriental, Hussein-Pacha j offrit le café au général en chef qui raccepl^i. j Leur conversation fut longue et inféressaole. ; «( Voire souverain doit être bien grand, bicu | « généreux, disait le dey au général en cbef, ft puisqu'il vous a commandé d'agir à mou éganl « comme vous le faites. J'avais cru ma cause « juste, mais j'ai été vaincu, et je reconnais moa | « erreur. Vous avez perdu un fils, et je plains a d'autant plus votre malheur, que j'ai moi* « même perdu un neveu tendreraenl aimé. Dieu « Ta voulu. » Uussein-Pacba était Turc, et, . suivant un proverbe lurc, la victoire est une perle suspendue au fil des décrets célestes. It !
recomaïaDda aussi ses sujets au géDéral eu cbef. Il avait d'abord exprimé rinieniion de se rciiier à Halte. Sur le refus du général eu chef d accéder à celte demande, il avaii désigné Livoiinic. Mais, dans celte seconde entrevue, il oianifesu le désir d'être condiii: aNaples. Le 10 juillet, il s'embarqua avec une suite de centdixpersonnes^ Iiommes et femmes, sur la frégate française la Jeanne d'Arc, qui le transporta à Mahon, où il devait faire (juaiaiiuiiie avant de prendre la route d'Italie. 11 arriva à Naples le 9 août.
La douiiuaiion despoliijae des Turcs uvaii disparu : le gonveraement du pays, laissé sans direction, réclauiaii les premiers soins ilu général en chef. Il institua, dès son ratrée dans Alger, une cûiiuiiiâbiuii dite de gouvernement, chargée d'établir l'exercice de notre souveraineté, et de rechercher les moyens d'organiser i administration générale et les divers services publics dans la ville d'Alger, et le pays devenu la possttfiion de la France. Cette commission fut com^ posée du baron Denniée, intendant en chef de larmée, président, du général Tholosé, sous^ chef d'état-major général, nommé commandant delà place d'Alger, de M. Firino, payeur général de Larmée, et de M. Deval, neveu de 1 ancien eoQsol général de France. M. Edmond de Bus-* sière fut nommé secrétaire général de cette
RËLâTIU?! de
commission. Elle agissait sous lautorilé du général en chef ; elle provoqua d'abord la crJatioD d une coumiissiou muaicipale^oiiles Maures qui avaient le plus d'influence furent appelés k siéger avec plusieurs juifs. La présidence de cette commission fut confiée à Ahmed-bou-Der* bab, Tun des deux Maures qui avaient été envoyés par le dey comme parlementaires auprès du général en chef le 4 juillet; jeune encore, il parlait français avec une grande facilité^ et ne manquait ni d'esprit ni d'une certaine instruction. M. Bruguière, sous-intendant militaire, qui connaissait les langues et les mœurs de rOrient, tut chargé des fonctions de commissaire du roi auprès de cette commission municipale d'Âlger, fonctions dans lesquelles il fut quelque* fois suppléé par M. Dubois, adjoint k Vint&h dance, qui se signala par les services qu'il rendit pendant toute la campagne. Par la nomination d'un syndic des Ârabes, le général en chei se mit en relation avec les cheiks d'un grand nombre de tribus. L'Arabe dont il lit choix pour cet emploi, sur la désignation de la commission municipale, se nommait Hamden ; il se montra très-attaché aux Français, et fut un intermédiaire utile entre uous et les Arabes.
La commission de gouvernement s'occupa aussi de ladmluistration de la justice. L^expul-
L^BXPÉDITIO^ D*AFHIÛl*E. 361
sien de la tyrannie turque étant le but de Texpédition française, les tribunaux turcs lurcui supprimés; mais les tribunaux maures et les tribunaux juifs furent sageuieni cunservés, ei la j ustice continua provisoirement à être administrée d'une manière couforme aux croyauces, aux mœurs, aux usages, aux coutumes et aux besoins du pajs. Les Arabes comparurent toujours devant le cadi maure, et les Turcs autorisés à rester à Alger durent se soumettre à cette même juridiction. L'autorité française s'était réservé le droit de confirmer et de faire exécuter les jugoincnts. Le général en chef chargea M. d'Aubignosc, homme d'esprit et d'expérience, des fondions de lieuteuaul générai de police. On institua une administration des douanes, et un octroi de la ville d Alger fut établi. L'oidie s'introduisit successivement partout, et notre autorité se légitimait par une action à laquelle la justice présidait.
L'armée ne recueillit de la prise d'Alger, métropole d un pays rendu siérile par Tincurie mahométane, aucun produit applicable à Famélioration immédiate de sa position matérielle. Le pays ne lui fournit guère que quelques bœufs, et elle n'en resta pas moins obligée de vivre des ressources que la flotte lui avait apportées de France. Pendant plus de vingt joui\> eiu oic après nu entrée dans Alger^ ce fut de Sidi-Ferruch <
Tannée lira sesapprovisionnements, qui y avaient
été débarqués. Tandis que notre «larine, toujours infatigable, en rembarquait une partie qu'elle venait décliargcr à Alii^er, il fallut qu'une autre partie y fut transportée par terre, sous le poids d'une chaleur intense, sur une route de plus de cinq lieues, improvisée dans un pays difficile. Le premier fruit de la conquête ne put malheureusemeut pas être le repos sous un toit, dont DOS soldats avaient un si grand besoin, et qu'ils avaient si bien mérué. Mais il fallut transformer en bdpitanx les casernes disponibles, et on a vo que quelques bataillons seulement tron\eicût place dans Alger même. Force fnt donc d'établir les troupes au bivouac sur les collines brAlantes qui dominent la ville. Lk elles étaient exposées i la chaleur accablaule des jours et à l'humidité pernicieuse des nuits. Les effets de campement,
qui avaient été débarqués à Sidi-Ferruch, furent
apportés par mer à Alger ; mais les tentes qui furent distribuées aux soldats, inhabitables sous l'ardeur du soleil, ne pouvaient être occupées que pendant la nuit. Les fièvres intermittentes, les dyssenterics se multiplièrent rapidement dai^ i l'armée . L'air de Sidi-Fermch, longtemps le dé> | pot générai de nos malades et de nos blessés, et | le séjonr du camp de Staouéli étaient devenus i irès-maisaîns. Au premier rang des causes ^ui
L^EXPÉDlIIOiN u'AFRiaUE. 363
eagendrèrent ces déplorables maladies, il faut placer le passage subit de ractivité la plus grande à un repos absolu au bivouac, iuacLion qui pèse eomme un caucbemar au caractère français, et I mipoisibilité où se trouvait le soldat de se garantir de Hnfluence trop contrastée des jours et des nuits. Promptemciit arrivée à iurcc de valeur et de courage au terme de ses nobles travaux,
Tarmée se trouvait dans une position matériille plus pénible que celle où elle avait été durant les fatigues cl les privations inévitables de la campagne. Ët les souffrances morales aussi vinrent ajouter leur poids au faidcau des peines physiques.
Si le soldat français est impatient de vaincre, il ne Test pas moins de voir ses services justement reconnus. De nombreuses actions d'éclat, des traits brillants de valeur renouvelés tous les jours, en présence d'un ennemi avide de trancber chaque téte que pouvait atteindre son yatagan, avaient marqué d'un sceau particulier cette campagne, où la palme ambitionnée depuis plus de trois siècles par les plus puissantes nations de l'Europe avait été cueillie en vingt et un jours par les enfants de la France. Jamais nos soldats fl avaient mieux répondu k latlenle de la patrie.
A la première nouvelle arrivée àParis qu'Amédée de Bourmont avait été grièvement blessé au com-
364 UKLAilON DE *
bat (loSidi-Klialef, le 24 juin, M. leDauphin avait écrit une lettre touchante au général en chef, qui ne put la lire sans verser des larmes, répondit-il au prince, en lui témoignant sa reconnaissance. c( J'ai la confiance, ajoutait le Dauphin, quevous « serez (lans Alger, lorsque cette leiire vous « parviendra (1). Vous pourrez alors demander « pour votre belle et bonne ai mée les récoai- ■ « penses qu'elle aura si bien méritées. Je m'em* « presserai de les appuyer auprès du roi. «>
Les propositions de récompenses honorifiques et militaires dont le tableau fut dressé par le général en chef furent pesées néanmoins avec une si scrupuleuse réserve, que, même en y faisant droit, on eut été accusé de parcimonie* Sous Tinfluence de conseils regrettables, le gouvernemeni eut le tort de ne pas reconnaître que le juge compétent des services de larmée qui avait combattu sous le général de Bourmont était le chei expérimenté qui Tavait si glorieusement conduite à la victoire. Le général en chef se ût un devoir deconsciencede réclamer contre lesréduciionsqui moditiaient ses demandes. « Jamais guerre, écri* <c vit-il dans une dépèche adressée au DaaphîDi « n'a été plus active que celle que nous
(1) Ce fut, en effet, dans la Casba que le général en chef reçut cette lettre le ib juillet.
L'EXPÉIim05 AfmiQCE. 365
« veooQs de laire. Toojoais zm bivouac « « dans one espère de désert^ oa nous ne a trouvions pour louiâ ressource que du bois et % de I*eaa, pas dliabilanis, les offiders n^ayaDt « pour subsister que leurs niious, les officiers « d*état-major faisant leor service h pied, parte a que les clievaux étaieui retenus eu mer, t<iul « ce qu'a eu de pénible one situation pareille ne « roérite-t-il pas d'être pris eu coosidémiiou, et « Monseigneur ne daignera-t-il pas en parier ao
« roi ? Jet r tsseaiiel de récomi^eoser d'abord
« les sous-ofiiciers et soldats, et les officiers des
« compagnies; cepeiitla m les officiers supérieurs, « et même les officiers généraox, ont été pre&>
<c que tous les jours aux coups (le fusil. Comment « pourrais-je ne pas solliciter les grâces du roi « pour ceux qui les ont si bien méritées? »
Le 11 juillet tut le premier dimanche que les Français solennisèrent dans Alger. Un autel fut dressé au fond de la cour principale de la Casba ; le signe du salut du monde apparut au milieu de cette forteresse bâtie par les enfants de Mahomet contre les peuples du Christ. Les paroles de TE* vaugile furent proclamées dajis ces lieux encore tout pleins des souvenirs de Tislamisme ; et devant la lettre morte du Coran, gravée sur tous les murs, la voix du doyen des aumôniers de rarmée, vieillard courbé sous le poids de soixante-
366 IIËLÀTIOÎH DE
:>eize aiiuces, réalisa la présence du Verbe éternel. Généraux, officiers et soldats environnaient 1 autel; et après la célébration du saint sacrifice, le prêtre vénérable entonna, de tonte la force que l àge lui laissait, le cliant d'acii | de grâces au Dieu des armées, le glorieux Je | Deum.
Le 12 juillet, le général en chef passa la revue, sur un champ voisin de la mer, au delà du fort Bab-Azoun, de la deuxième et de la iroisiètnedivision d infanterie, des troupes d'artillerie eidu génie, et du régiment de chasseurs. Le lendemain, m il passa pareillement la revue, au nord de la ville, de la brigade Achai d, la deuxième de la première division. Il trouva toute Tarmée aussi belle, bien qu'encore au bivouac, qu'à rouverlure de la campape, suivant sa propre expression.
Le bâliment à vapeur le Sphinx^ qui avait porté en France la nouvelle du succès de Texpé^ dition, rentra le 18 juillet dans le port d'Alger, et annonça qu*on avait appris à Toulon, par une dépêche télégraphique, an ivce au mouitiU de son départ, que le général en chef avait été créé maréchal, et le vice-amiral Duperré pair de France. Il n'était certainement pas sans titres à la première dignité militaire du pays, celui qui, après avoir brillé sur tant de champs de bataille, avaii cuuçu et exécuté le plan d une
L*EXPÉDITIOn D'AFRIQUE. 367
campagne à laquelle applaudissait le monde
eiilicr, recoiiiiaissaQt de la destruclion de la piraterie barbaresque; celui qui avait noblenienl vengé, par une victoire ebrélienne, une avanie £iite à notre honneur national, qui avait dirigé une expédition où la guerre j>avail la guerre, qui avait donné à la France la vie d un fils si digne de la tendresse paternelle. Mais le général en chet de Tarmée d'Afrique tut protondément peiné de voir ses services récompensés avant ceux de ses compagnons d armes. Ceux qui ont été témoins des sentiments qu'il éprouva peuvent dire que sa modestie tut mise k la torture.
On âvaii trouvé dans la Ca^iia des armes, fusils, pistolets, sabres, yatagans, qui n'étaient point la propriété persoiiuelic du dey ; le maréchal ordonna qu'elles fussent distribuées aux of liciers généraux, supérieurs et autres, de toute Farmée. Les magasins de là Régence à Alger renfermaient des niarcLaudises et des denrées, telles que blé, gruau, bois, sel, lin, toiles, cuivre, ploiiil), huile, marbre, cuirs, cire et laine. Je ne saurais donner une détermination précise de la valeur de ces marchandises et de ces denrées diverses, mais il est certain qu'elles représentaient plusieurs millions. Nous trouvâmes aussi dans la place d'Alger et dans les forts environ-
368 RELATION OE
naots dix-neuf cents bouches k feu, dont la
moitié environ était en bronze, avec une grande quantité de poudre, en majeure partie fabriquée en Angleterre, et de projectiles qui ne laissaient pas d^avoir leur prix. En égalant à dix millions la valeur de ces premiers fruits de notre conquête, on est sûr de rester au-dessous du montaïit d'une apprcciaiion exacte. Ajoutés a la somme de quarante-huit millions six cent quatrevingt quatre mille cinq cent vingt-sept francs, trouvée dans le trésor de la Gasba, ces dix millions produisaient un total de cinquante-huit millions six cent quatre-vingt-quatre nulle cinq cent vingt-sept francs. Or les frais de i expédition, aussi bien pour le compte du département de la guerre que pour celui du département delà marine, au l""' octobre 16(iO, ne s'élevaient qa'àofuarante lrois millions cinq cent mille francs. Nos annales militaires, si riches de gloire, offrent-elles beaucoup d'exem* pies d'une semblable campagne, suivie d'un tel résultat immédiat, et mettant, en outre, la France en possession d'une riche et belle colonie en regard de ses côtes méridionales.
Une gralilication de trois mois de soble, disiribuée à l'armée dont le courage avait conquis tant dominions à la France, auiaitété une rémunération de ses services dont le maréchal fit
LËXPÉiiiiiUiN D AfttlUUb* * 369
vainemeiit la proposition au gouveruemeiit. 11 avait eu aussi la pensée d'afTecter au payement de Tarriéré de la Légion diiouneur ei à une dotation pour Tordre de Saint-Louis le reliquat du produit immédiat de la conquête, après le règlement des frais de Texpédition. Mais il en fut de celte proposition comme de celle d'une graliûcation à accorder à l'armée, elle resta sans réponse.
Dans ses dépèches réitérées, le miaréchal ne
laissait pas ignorer à M. le Dauphin combien il importait qu'un favorable et prompt accueil fût f;ii! aux proposilions (ravancement et .\\\\ demandes de décorations qu'il avait adressées au i-ouvcrnement. « Je ne crois pas, écrivait-il a dans une de ces dépêches, avoir demandé une « seule de ces grâces sans qu'elle fftt méritée « par une conduite distinguée sous le feu de a TeonemL » Énumérant les^ services particuliers des officiers supérieurs, après avoir dit des colonels « qu'il faudrait les nommer tous, d il ci lait le colonel d'Esclaibes, chef d'état-major de rartillerie, qui avait servi admirablement et mérité a tous égards, ajoutait-il, et les cuiunels Roussel du 3» de ligne, de la Villegille du 6^ de ligne, d'Armaillé du M*", Horric de la Motte du 30% de Goutefrey du 21% de Montboissier du 23% Mouuier du 28% de Lachau du 29%
EËLATIO?! tt£
lloucy du 34%Uuiiicre (1) du 3S% de Feuchèies da 37*, Léridant da 48*, Magnan dn 49*, de Frescheville (â) du 1'"' régiment de marche, de Neuclièze do 2« régiment de mar€lie,et le lieatenant-coloDel Baraguey d iiilliers (3) de ce même
(1) de colonel, que le maréchal de Bourmont recomcommandaît, comme capable de faire un exceUent offi* cier général, devint maréchal de camp en 1832, et lieu-
Icnant général en 1837. Il avait fait vingt-deux campa- ^^nes, dont plusieurs eu Afri(iae, lorsqu'il fut mis à la retraite par le Gouvernement provisoire en avril 18tX. Sous la République, il fut suocossivoment membre de TAssemblée nationale et de l'Assemblée i^islative. Relevé de la retraite en vertu de la loi du 11 août IM^ il ftil ministre de la guerre du mois de décembre IBIS au mois d'octobre 1819. Admis de nouveau à la retraite eu décembre ISol, il mourut en i8(]3.
(2) Ce brave colonel, qui avait été blessé à la téie de ses tirailleurs pendant la campagne, fut lâchement assassiné par les Arabes, lorsqu'elle était à peine terminée, en revenant, le â4 août, d'une reconnaissance quMl avait Aiile sans escorte, vers les bords de l'Arach.
(3) Fils du général Baraguey d'HiUiers, le lieutenant-» colonel du 2« régiment de marche, entré dau.^ l'armée, comme sous-îieutenant, en 181-2, avait eu le poignet gauclic! emporté par un boulet à la bataille de Leipsick. Nommé colonel à la suite de sa participation à la campagne de la conquête d'Alger, il fut appelé en 1832 au commandement en second de TÊcole miUtaire de Saint* Cyr, dont il eut le commandement en chef, comme maréchal de camp, de 1836 à 1840. Il relourna en Algérie en ISil, y devint lieutenant général et commandant de la division de Constanline. H commandait la divi^îioii
militaire à i^$auçoa lorsqu'il fut élu membre de l'As-
régiment. PariLÎ njârô.i^in Je câiijp. ïl meoâofiiiaîi tooi panicaîiènem^iii le ^roéral de la Hilte (1), cou i^^ii^iil riin:;>r' , > ^^^n^ral Vakué, comiiuiDdant le géoîe* le gc^^rral Achanl* commaDdaDt la deux!*;me bîij::iJ«.- de la mière divisioo, le général de DaiuréittoaU Gommaiidanl b première brigade delà deuxième
sembiée consUtuante, en fiir Je ;ari*:^mciit dîi Doubs, qui le révlut DîemLr*? do rjUseml/ièe k-gis^ve en 1840. Il eol, de 181» k 1830. nMMiorab:e mîssioa de eonmiaiider le corps Irançais d'ooni^atioa à ftome, et ranplaca le général Clianganiierdinsle eommaDdeineol de rannèe de tais, le 9 jasria» l«5t. Placé, dans la guerre conti -, la Russie, a la tôle du corps exf«éi!iliOQuaire de la Ballique, il s empara de la forlere>>*? iîc Uomarsund, en is:>{. et fui créé niart*chal tic France !e 2H août (\^' cette rntme annt*e. CornmaDdanl du preinicT corps de Tannée des Alpes en 1K>9, il se si^ala, daus la campagne d*Ualie, pnr te comlMt et la prise de Marignan, et par sa coopération au soeoès de la bataille de Solferino.
(!) Maréclialde camp depuis 1839, el aide de camp de
M. le Dauphin, le Ticomle de la Hîtle avait acquis, par son enicace coopération a la conquête d'AlLrer, si justement signalée [tar le maréchal de Bourmoni, les titres les plus légilinies et les plus éelalaïus au grade de lieutenant ^'éuéral. Mais il n'y parvint, sous le gouvernement fondé par la révoiation de juillet, qu'en !8i0, après deux années passées encore en Afrique. Il lût ministre des afCures étrangères de novembre 1819 à Janvier 1851»sous la République présidée par le prince Louis- Napoléon Bonaparte. II siégea à l'Assemblée législative comme représentant du département du i\urd, cl lui liouiiiië sénateur le 2G janvier 1851
REUTIOIf DE
division, le général de Bertier, commandant te première brigade de la troisième division, qui, ajoutait-il, « malgré son âge, a montré une acti- (( vité prodigieuse et toutes les qualités désirait bles dans un officier général, » et le général Hurel, comiDaudant la deuxième brigade de la troisième division. Les services des lieutenants généraux BerLliezcne (1), des Cars et Desprez, étaient appréciés et recommandés dans une dépèche que le maréchal terminait en disant au Dauphin : « J'ai demandé des décorations poar « de jeunes officiers attachés à mon quarlicra général. Si Monseigneur les avait vus au feo,
(1) Le ^énôral Bcrthezèiic avait été tiré de la disponibilité pour recevoir le commandcjnenl de la première division de l'armée d'Afrique, que lui avait contié le gouvernement du roi Charles X. A la téie de cette division il avait fsâi preuve, pendant la campagne» d^une vieifle expérience de la guerre k lat|uelle le maréchal de Bom^ mont s*étaU plu à pendre justice, en se louant du concours qu*elle lui avait pi clé, et en demandant qu*éUe fût convenablement récompensrc. 11 ne refusa pas son adhésion au pouvoir éialjli par la révolution de juillet, et il remplaça le général C'auzel, en janvier 1831, dans îc goiivernenient derAli^êric qu'il occupa jusqu'iui mois de janvier 183fî. Passant d'une position secondaire au premier poste dans la direction des affaires poliliquest administratives et militaires du pays» Il témoigna, par rhésiiationde ses acies de rinsunissncè de son aptitade gouvernemenUie« cl il n^avait pas préservé les armes françaises d*un échec, lorsque le général Savary, dut de Rovigo, vint lui succéder,
l'expédition D'AFRIQUE. 373
M il ne me pardonnerait point de les avoir
« oubliés (1). » Datée du 23 juillet, cette dernière dépêche n'arriva point à sa destination :
(1) Un des plus jeunes parmi les jeunes officiers pour lesquels le maréchal de Eourmont, qui se montra scru* puleuscment cooscicncieux dans lés demandes de décorations quil adressa au gouvernement, réclamait la ré*
compense de la valeur sur le champ de bataille, était le prince de Chalais, lils du duc de Talleyraad de Périgord, et l'nn des qualrc sous-lieutenants que le roi avait anlorîs(''s :i laii i^ la ram|)a^mc h la suite (h^ IVHal-major * particulier du général en chet. C elait la croix, de Saint- Louis que le maréchal avait demandée pour ee jeune ofAcier, parce qu'il Favait vu mettre constammenl en pratique la maiime noblesse oblige^ se signaler dans les diverses occasions que présenta la campagne, et aspirer partout et toujours à foire plus que son devoir. Renonçant, par fidélité à ses principes politiques, après la révolution de juillet 1830, à la carrière où il avait débuté avec distinction, le prince do Chilais-Périgord, rentré dans la vie privée, se vowa U i encouragcnK^nl, à la ^éucrcusc proleolionct au soutien eliarilablede toutes les bonnes œuvres.— Au nombre des officiers recommandés à M . le Dauphin dans la dépôchedu 23 juillet, et dont le maréchal jugeait que les services avalentmérité la croix de Saint-Louis, étaitcomprls le marquis de Filz*James, qui, arrivé à Sidi-Ferruch quelques Jours après le débarquement, avec une dépêche du priiico de Polignac, s'était fait remarquer ensuite par sa j)ravoure, dans les fonctions d onicior duLal-major, en poi lanldes oi dres aux avant-postes. Cette dépêche, parvenue au coniniandanl en chef de Texpèdition, au début de la cimpagne, et la première qu'il ait reçue du président du conseil des ministres, était en chiffres, et je me rappelle avoir participé à la déchiffrer avec mon camarade le comie Louis de Bourmont.
lorsqu'elle parvint à Paris, l'antique et nationale royauté à laquelle la France devait la conquête d'Alger avait été renversée par la tempête révolutionnaire, avant davoir eu le temps d'acquitter le prix du sang versé en Afrique pour I honneur et à la gloire de la patrie.
Plu,s impatiente chaque jour d'apprendre eiifm ce que la France pensait d'elle, Farmée, dont les souffrances physiques étaieni excessives, et oîi les fièvres intermittentes et les dyssenteries se multipliaient, succomba à un sourd et vague mécontentement ; ce sentiment, cette sorte de nostalgie, se glissa dans tous les rangs, et chacun aspirait à fuir cette terre où 1 on semblait n'avoir triomphé que pour recueillir des privations. (( Le désir de retourner en France, a écrivait le maréchal au prince de PoHgnac, a dans une de ses dernières dépêches, se fait « sentir dans tous les rangs de Farmée. Les « oliiciers généraux n'en sont pas plus exempta « que les autres. »
L'ElLPÉDlTiO!! d'xFBIQIE
GUAPITKË VI
Eipéditioiis de BUdah, Onm, Boue, Tunis, Tripoli et
Bocgic.
Pour icpondre pertinemment aux questions que pouvait lai adresser le gouveroemeDt sur la
colouisaliou du pays, le maréchâlâvail besoio de l'avoir un peu eiploré. 11 forma le projet de pousser uue reconnaissance jusqu'au pied du Petit-Atlas, et la ville der Blidah, située h qua* rante-liuù kilomètres sud-ouest d'Alger, mais que Ton en croyait plus rapprochée, fut le point surlequelil résolut de se diriger. Les habitants de cette ville imploraient la protection française contre les Kabyles. Cependant, le Juillet, la commission municipale avertit le maréchal (|ue le projet de Texcursioii qu'il se proposait défaire dans riutérieurdn pays s'étant ébruité, l'inquié* tude agitait les Arabes voisins d'Alger. La com* mission informait en même temps le maréchal que des députations d'Arabes et de Kabyles des diverses tribus environnantes devaient assister, le 25 du mois, dans un lieu non éloigné du cap Matifou, il une jjraude conférence où le syndic
RELATION DB
des Arabes d*Alger était invité à se trou ver, et oii
les tribus devaieut prendre rengagement de vivre en paix entre elles et avec larmée française* La coaiHiission faisait sentir combien il élait impuitant de ne mettre aucun obstacle à cette réunion. Il eût été pi lidenL peut-être de différer de quelques jours Texécution du projet de reconnais* sance; mais le général Desprez coii)bauit les raisons qui devaient engager k suspendre le départ, et son avis prévalut. Le marécLal partit d'Alger le juillet, à quatre heures du matin, suivi (le son aide de camp de Trélan, de ses officiers d'ordonnance de la Myre-Mory, d'ArtheU d'Ault-Dumesnil, de Maillé (i), et de son fils,
(i) Démissionnaire après la révolulion de juîllcl pour refus de sonnent au croiivernemcnl qui s'ensuivil, le* comle, puis marquis de MaiUc^, se gloritia plus tard d'être le pôrc de deux IHs entrés successivement au service du Souverain Pontife. L'un, admis en 1800 dans les volontaires pontificaux à cheval, dits guides de la Iforiciérc, partagea le sort de ce corps après la Journée de Castclfidardo, et fut amené prisonnier, avec ses camarades, jusqu'à la frontiiTt» rr;ini.'aise. Le plusjeunc venait deptîrdiesa mère lors(|u"il parlilen 1807 pourBoiDe, ou,
son c^rand reo^rct, il ne put arriver (ine le jour nirMue de la bataille de Mentana, pour s'enrôler dans les zouaves pontificaux. S'iospirant de son dévouement à la sainte cause delà papauté, le marquis de Maillé avait fait violence à sa douleur pour permettre à son fils de s*éloigner de lui^ au moment où les consolations chères À un cœur paternel lui étaient si nécessaires.
L'BXPfolTION d'apeique* 877
Charles de Bounnont, lieutenant aide-major au 3* régiment de ligne, qu il avait appelé à faire le service auprès de lui depuis le retour en France de plusieurs officiers de son état-major. Son escorte, doiil une partie s^étail mise en marche dans Taprès-midi du et l'attendait à trois lieues en avant, se composait d'un bataillon d'infanterie légère et de huit compagnies de voltigeurs, d'un escadron des cliasseurs d'Afrique, de deux obusiers de montagne, de deux pièces d'artillerie de campagne, et d'un détacliement de troupes du génie* avec un convoi de six voitures d'ariillene portant des vivres et des munitions. Celte force était placée sous le commandement du général Hurel, dont la longue expérience miliiaire datait, comme on Fa vu, de Texpédition d'Eg}pic. Le duc des Cars, dontla division avait fourni le détachement d'infanterie, accompagnait volonlairement rexpcdiiion, avec les généraux Desprez et de la Uitte, le lieutenant-colonel Dupau, cliel d état- major du génie, un grand nombre d'officiers d'élat-major, le colonel russe Philoso* piiulT, le capitaine de vaisseau Mansell de la marine anglaise, le prince de Schwarzenberg, major de cavalerie au service d'Autriche, et plusieurs autres volontaires et consuls étrangers, tous vivement désireux de voir une ville de l'inlériear inconna de l'Afrique. Le syndic des Arabes
d'Alger avait obieou du maréchal de lui prouver son attachement en le soivant, avec deux membres de la commission muuicipale^t une douzaine de cavaliers arabes. La reconnaissance s'avança dabord sur une route dite Voie romaine, rencontra ensuite un terrain hérissé de difficultés pour les voitures, franchit TOued-Keima, affluent de TArach, sur un pont en maçonnerie^ et entra dans la belle plaine de la Meiidja qu'elle trouva inculte et couverte d'une herbe abondante, mais brûlée par le soleil partout ou il n'y avait point d'eau. De grands troupeaux de bœufs et de moutons erraient au milieu de cette plaine sous la garde de bouviers et de pasteurs arabes à pied et à cheval. Nous i^assàmes près du village de BouffariiL (â), qui n'était qu'un amas de misérables huiles, et nous traversâmes successivement quatre cours d'eau, agréablement bordés de lauriers-roses. Nous fîmes une longue balte près du dernier de ces ruisseaux, et, après une marche d'environ douze lieues communes
(1) ta plaine de la Mélidja s'étend de l'ouest à rest, du pied du mont Ctieooua jusqu'au dcl)i du cap Matifoa, sur line lon^eur de 96 kilomètres, et une largeur moyen*
m de 2:2 kilonictres. EUo est arrosée par le Nador, le Mazafran, TArach et le Khamis.
(2) A Si kilomètres au sud-ouest d'Aller, cl ù l i kilomètres au nord do Blidah, au point de partage des bas- 3ius de TAracb et du Mazafran.
l'expédition d'Afrique. 379
de France, la petite ex pcdi lion arriva, irè&-fatiguée d'une route aussi longue, k cinq heures de raprès-raidi près de Blidah, A deux lieues environ de la Yîlle, une députation des principaux liaJjiianls, venue au-devant de nous, s'élait présentée au maréchal, pour faire acte de soumission à la France, et pour deaiandcr que le logemeiu des troupes, incompatible avec les mœurs et les usages musiihiiaiis, fût épargné à la ville. Le maréchal eut égard à cette demande, et promit que la religion, les lois et les coulumcs du pays seraient respectées. Le détachement bivouaqua en deçà et hors des enclos qui a voisinaient la ville, ei le maréchal s établit aussi au bivouac, avec tout son état-niajor, sous la ydi de de deux compagnies d'élite, dans uo beau et vaste clos d'orangers, arrosé par un ruisseau limpide, et situé au delà du camp de son escorte, près de la porte de Blidah, du côté d'Alger. I^a curiosité avait amené au-devant de nous une partie de la population de la ville. Ily avait de Ion gues années que le solde cettedélicieuse contrée n'avait pasételouié par les pas d'un Européen, et c'était un étrange spectacle que celui de l'arrivée criin état-major français au milieu de ces Africains demi-nus, que Tavidité de nous voir, bien différente de Tapathie des Algériens, lors de notre apparition parmi eux^ précipitait sous les pieds de nos chevaux.
dSO RËLATiOM DE
11& Dous oitraieni des citrons et des oraoges, el nous versaient à pleines coupes une fraiclie limooade, qu'uoe soif inextinguible nous faisait trouver encore meilleure. Une heure après notre arrivée, an marché, pourvu de bœufs, de moulons, d'orge, et de fruits, s'éiablii dans le camp.
Avant le tremblement de terre dont elle fait victime en 1825, la ville de Blidah comptait peut-être dix mille habitants ; mais nous y en trouvâmes à peiue quaiic mille. Elle était entourée d'un mur d'enceinte, et environnée dévastes cimetières. Les vestiges du désastre étaient partout visibles. Les habitations de blidah n'étaient i guère que des huiles ; les rue^ eu étaient éLi'ûiies et couvertes de roseaux, du haut d'uae maison à Fautre, pour empêcher les rayons du soleil d*y î pénétrer. Les portes de la ville avaient seoh» | quelque apiiari^nce arcliilecluraie. La situatioa de Blidah, à l'entrée d'une gorge de TAclas qu'arrose TOued-Sidi-el-iiebir (1), dans une contrée merveilleusement fertile, sur la route de communication entreÂlger etrintéricurdu pays, lui avait procuré les avantages qu'elle relirait du commerce. On ne saurait guère imaginer rien de plus délicieux que les environs de Blidah, la Voluptueuse^ comme rappelaient les Arabes. La
(I) Principal amuentdeU Ctiiffa.
l'expédition D^AFRIODE. 881
terre y est abondammenl couverte d'une verdure
riche el variée. L eau et le soleilsy rcaconfrent dans cette heureuse proportion qui produit la
véi^clalîoii la plus luxui iaiiLe. Toul le pays ii était
qu'un grand bosquet de lauriers-roses^ d'orangers,
de citronniers, de figuiers, de caroubiers el d'oliviers, dont plusieurs présentaient neuf à dix pieds de circonférence. Des eau aux J in i-^<iiioii, dirigés avec une admirable intelligence, y distri<- Luaient partout le bienfait des eaux.
Le 24, à quatre heures du matin, le maréchal monta à cheval, traversa la ville, et, suivi d un £aible détachement d iniauterie et de chasseurs à cheval, s'avança jusqu'à une lieue et demie au delà à la reconnaissance du pays vers le Maza* fran (1). Il aperçut en revenant des Kabyles qui erraient sur l Atlas, et avec iei>quels i m'rièrcgarde de son escorte échangea quelques coups de fuâiis. À dix heures du matin, le général Desprer, qui avait accompagné le maréchal dans la prenaere reconnaissance, en fit une nouvelle, suivi de deux officiers d'état-major et de quatre chasseurs à cheval. Il remonta jusqu'à une demilieue de Blidah le cours de rOued-Sidi-el-Kebir.
(î) Le Mazafrnn, formé delà réunion do la Chiffa el de rOued-Ouedjer, dans la partie occidentale de la plaine de la Métidja» se jette dans la Méditerranée, au nordest de Koléali, àS lieuesà Touest de SidI-Fcrrucli.
Le ehemio qu'il pâroourat était partout bordé de
précipices, de rut hr^rs, d arbres et de buissoas, au milieu desquels il vit aussi, k son retour, des hommes armés de fusils.
Le départ avait été ordoDué pour deux benres ; mais quelques coups de lusil se firent enleudre vers une heure. Le maréchal, qui venait de déjeuner, avec toute sa suite, sous i ombrage des orangers que nous ne nous lassions pas d'admirer, commauda au chef de bataillon d elat-major baron de Trélan, son aide de camp, de voir d'où partaient ces coups de lusiL A peine sorti du jardin d'orangers, cet officier reçut une balle à travers le bas-ventre, et tomba mortellemeot frappé. Des carabiniers le rapportèrent dans le jardiu.La fusillade devint vive autour du quartiergénéral. Le maréchal monta à cheval, et, suivi de sou état-major, rejoignit, au milieu des balles qui arrivaient de toutes parts, sa petite troupe, dont il était séparé de quelques centaines de pas. On empoiiait M. de Trélan sur un biaiicard improvisé avec des branches d'arbres lorsqu'il rendit le dernier soupir. Ce brave officier était époux et père, et aide de camp du comte de Bounnout depuis dix-huit ans. Sa uiori si laiale fut un coup douloureux pour un cœur déjà cruellemeiU déchiré. Le général Desprez, notre chef d'état-major, n'avait pas pris toutes les précao-
l'bxpéoitio» d'afriûue. âââ
tioQs nécessaires pour dous mettre à i'abri d'une
surprise, que facililrrent les massifs (Farbres et Tépaisseur des broussailles quicouvraientle pays. Loin d'avoir ignoré lesdesseinsdes Kabyles conlre nous, les babitanis de Blidab en avaient été les perfides complices. Environnée de toutes parts de nuées de Kabyles et d'Arabes, que quelques Turcs dirigeaient, notre colonne, si faible de nombre, commença eu bon oi di c sou mouvement de retour. Nos sauvages agresseurs poussaient des cns horribles, et nous affrontaient avec une témérité inconcevable. Notre petite troupe ne présentait guère qu un effectif de douze à quatorze cents hommes, et nous étions enveloppés par |)lusieurs milliers d'ennemis. Dans leur ignorance de la supériorité de Tordre sur le nombre, ils s'iiiiaginaiciil que nous allions tous être la proie de leur barbarie. Mais leur audace vint se briser contre le courage imperiurbable de nos soldats.
M. Chapelié, capitaine d'état-major, avait été envoyé, avant que nous fussions attaqués^ pour reconnaître le lieu oîi nous devions bivouaquer le soir. 11 précédait notre colonne avec deux compagnies d'infanterie et vingt-cinq chasseurs à cheval, et, à force de bravoure, cette petite troupe se frayait un chemin à travers les fourmilières d ennemis qui la cernaient de tor'
])arts^ lorsque notre escadron des chasseors d'A-
frique put profiler da terrain deveuu plus pralicable pour exécuter une charge, qui fit justice de celte multitude de kabyles et d'Arabes. Le prince Frédéric de Schwarzenberg^ qui avait mis pied à terre, et s était placé, un fusil à la muia, parmi les voltigeurs qui marchaient avec le capitaine Cliapelié, prit part à une charge à la baïonnette, et tua un Kabyle de sa main. Vigoureusement conduiLcs par le colonel Bontems- Dubarry, malgré les dUticuités du terrain, plusieurs charges successives de notre cavalerie lurent brillantes et meurtrières pour nos assaillants. Dans Tune de ces charges, le fils d'an héros polonais mort dans les rangs français, le jeune Poniatowski, maréchal des logis au régiment des chasseurs, s empara des armes d'un Kabyle tombé sous ses coups. G^était bien le spectacle du triomphe de la civilisation sur la barbarie, de voir notre mince colonne cheminer d'un pas assure au milieu des hordes de moula* gnards de TÂtlas qui Tenveloppaient entièrement Quand nous vojious qu'ils se groupaient sur un point, nous leur lancions des obus et des boulets, qui les dispersaient, et chaque fois que notre rapide escadron les chargeait , des officiers d'élal-iuajoi , aides de camp et officiers d ordonnancOf s'associaient à l'élan de nos chas-
l'expédition d'afuiûlë. 385
seurs (1). Le secrétaire du syndic des Arabes s'éCant laissé entraîner à s y assoeieraussi fut vie-* liioe de son excès d'ardeur ; irompé par la simiiilude de son costume avec celui des cavaliers en crais, un rte nos chasseurs le tua d'un coup de sabre. Hamden^ à qui le maréchal fit exprimer par un inLcrprète sa douleur de cette clcplur.ible méprise^ y trouva dans le fatalisme musulman une consolation, qu'il manifesta par cette exclamation : «c Dieu Ta voulu! »
Le général Desprez s'étant éloigné de la colonne^ avec trois otficiers d état-major.» allait mplorant le pays, lorsqu'il fut tout à coup menacé par i apparition d'un groupe de cavaliers arabes qu*un cheik conduisait, et quMl n'aperçut pas d'abord. An cri qui se iit eutendre dans les rangs, à la vue du danger que courait BOtre chef d'état-major, le maréchal tira Tépée, et s'élança de toute la vitesse de son cheval, accompagné seulement de ses ollicicrs d ordonnance et de quelques chasseurs, pour dégager le général Desprez qui, protégé par cette soudaine
( I) M . de Béarn, oflGcier cTordonnancedu général Clouet, qui accompagnait volontairement la reconnaissance, so fit parUcnKërement remarquer par l*ardente bravoure dont
U fit i»reuve ce jour-là, comme dans toutes les occasions. Après s^étre ainsi distingué pondant la campagne, ce jeune et brillant officier renonça à la carrière mililairc par fidélité à ses principes politiques.
démonstration, revint librement vers lacolonne«
Ce ne fut que vers huit heures du soir, et après avoir été repoassés encore une fois, dans le dernier des bois de lauriers-roses qui couvraient le terrain parcoarn jusque-là, que les Kabyles, qui, avec les Arabes, nous attaquaient et nous harcelaient sans relâche depnis deux heures de Taprès-midi, se reiirèreiU dans leurs montages. Après une halte d'une henre, nons continuâmes k marcher jusqua onze heures du soir, pour arriver à un puits voisin de quelques figuiers, où le syndic des Arabes nous avait conseillé d'établir notre bivouac pour la nuit. Le maréchal avait été rejoiUL, avant d'y parvenir, par M. Debois Le Comte, major de cavalerie, qui lui apportait des dépêches de Paris, une lettre de M. le Dauphin, le bâton de maréchal de France, et trois croix de Saiût- Louis, destinées h Amédée et à Charles de Bonrmont et au sous-lieutenant Bessières. Amédée de Bourraont avait payé de sa vie ce prix delà valeur guerrière (i), devenu, lorsqu il arriva en Afrique, un honneur posthume k sa mémoire. Le lieuteaaul aide-major au 3^ régiment de ligue Charles de Bourmont, et le sous-lieutenant
(1) BelUcœ virtutis prœmium est la légeodc qui accompaane Timage de saint Louis sur la croix de cet ordre royal cl mUitaire.
L'EXPÉDinO.N DAfRlQtE. 387
Bessicres du même régiitaiii, deux noms qui témoigûaientderardeur avec laquelle TaocieDDe el la nouvelle noblesse milii.iii L' rivalisaient de courage pour le service du roi ei pour la gloire de la France, avaient conquis les premiers iiU^ à la rémuuéraiiou des exploits de Tarmée en entrant les premiers, comme on Ta vu précédeiumeiit, dans uue baiierie enlevée aux Algériens le jour do débarquement. Mais le marécbal, par uu seuiimeat noblement délicat, ne voulut pas que son fils, inspiré aussi du même sentie meut, portai uue croix accordée avant toutes les récompenses demandées.
LeleQdeinain,au point du jour, la colonne se remit en marche. Le général de Moutlivault, sur Tordre qu'un officier d etat-major lui avait porté la veille au soir, avait fait avancer un bataillon jusqu à TOued-Kerma ; mais nous n'aperçûmes pas un seul homme armé dans toute rétendue de riiori/ou. Le maréchal rentra dans la Gasba le«25 juillet au matin. Il y avait eu taut d'ordre dans notre marche, quoique le retour nous eut été disputé pendant plus de six heures par un ennemi je ne sais combien de fois plus nombreux que nous, que notre perte ne s'élevait qu'à une soixantaine d'hommes mis hors de combat, dont quinze tués, a Nos jeunes « soldats, dit le général Desprez, dans son
RELATION DB
« Journal (tnn officier de Varmie d'Afrique,
<c avaient coDservé, au milieu du cercle dénie nemîs dont \h forent environnés pendant a cinq ou six lieui es, uo calme qui aurait hmm « des vétérans. »
Dans cette journée pleiue des iocideois divers d'une lutte prolongée contre un ennemi et une nature sauvages, les ofliciers firent preuve, sous les yeux du maréchal, d'nn dévouement, d^aoe intrépidité et d uu aplomb dont tous mériièrent véritablement d'être loués. Mais le bulletin dececombat si accidenté ne pouvait pas mentionner tous les noms. Les rapports du général Hurel et du maréchal citèrent particulièrement le capitaine d'état-major Dolmotte, aide de camp, et le sous-lieutenant Curial, officier d ordonnance du général Hurel, le lieutenant d'étatmajor de Salles, ofticier d'ordonnance du
général de la Ilitte, le lieutenant (rariilleric de
Kergorlay (1), le capitaine de Gambray, le
(1) Cité, comme on Ta vu, pour 8*étre signalé dans toutes les occasions pendant la campagne, lo vicomte Louis lie Kergorlay s'élait placé par sa br.ivf mn', par son insiruciion ol par sa capacité au rang des (^iticiers les f lus distingués de Parme de l'artillerie, dès son début dans la carrière militaire , À laquelle il re* nonça par fidélité à ses prin^pes politiques après la révolution do juillet. Lorsque Madame la nuchesse de Berry tenta d*opérer un soulèvement légili-
L ËXPÉDlTlOfi d'aFAIÛUE. 389
Ueuicuant Maix et le sous-lieulenani Maissiat du 2' régiment de marche, le capitaine Rélhoré, et le lieutenant Uaiiary du 30* de ligne, le lieutenant d'état-major de Uuatrebarbes, attaclié au Si"" de ligne, et les sous-lieutenants Herbinger et Esmangart de Bournonville du uièiuc régiment, et les capitaines Duez et Cazin de Gaumartin du régiment des chasseurs d'Afrique. (( Le lieutenant général et duc des Gars m'avait accompagné, dit le ma- « réchal dans son rapport. La confiance et ce raffection qu'il inspire aux troupes de sa « division contribuèrent à leur donner le calme et qu'elles montrèrent. »
Leblàuic n'a pas été épargné à cette excursion ; mais c'est n'en avoir pas compris le but que d'avoir reproché au maréchal de l'avoir dirigée lui même, puisqu'il voulait reconnaître
mislo dans lo midi de la France, en venant débarquer, av(*c le maréchal de Bourmont, sur la côte de Provence, il fut, comme son père, le comte Fiorian de Kergorlay, du nombre des royalistes dévoués qui, réunis à Massa autour de la princesse, au mois d*avril 1833, s'embarquèrent avec elle sur le CarlO'AWerto. Ayant été fait prisonnier lors dé rarrestalion de ce bftiîmentb laCiotat en môme temps qu Adolphe de Bourniont, son ancien conjpa;^qion d'armes en Afrique, et le génri al vicomte de Saint-l'riest, il subit une déiculion «h* onze mois, ot ue fut rem lu à la liberté, avec eux, qu'en mars par un jugement de la cour d assises de Montbrison.
UELATION DE
le pays. Elle fut intempestive, voilà ce que la critique doit constater ; mais la justice veut qu oa ajoute qu'il n'y a rien de plus à y reprendre.
Le maréchal était revenu à Alger avec k pensée, conçue an moment même où nous avions été trailreuscmeut assaillis, de reiouruer prochainement à Blidah, avec une force de trois mille hommes, pour chàiier les tribus qui nous avaient attaqués ; les événements qui survinrent robiigèrent de léguer Texécution de ce projet à son successeur dans le commandement en chet de Tarmée.
Notre retour de Blidah fut regardé comme une défaite par les populalious indigènes à Alger et dans tous les environs* Les Kabyles crurent nous avoir battus, les Arabes changèrent d'attitude dans leurs relations avec nous, et les Turcs maries, dont on avait toléré provisoirement le séjour à Alger, se mirent en rap* port avec les indigènes qui noub éLaient devenus hostiles. Plusieurs assassinats fureut. commis sur des soldais français ; des Arabes et des Kabyles fureut arrêtés aux portes d'Alger emporlaiU sous leurs burnous des armes et de la poudre, qui, de leur propre aveu, leur avaient été remises par des Turcs. Des bruits sinistres, occasionnés par ces menées menaçantes, se répandirent dans Tarmée, et prouvèrent qu'il
était temps d'eu iiûir avec les deroiers vestiges de la domination turque, et d'inspirer aux popu latioQs iudigcnes la conliauce que nous avious la ferme volonté de faire respecter notre souverainetét et de suiisuiuer le règuede la justice à Taffreux despotisme qui les avait jusqu'alors écrasées. Les Kabyles ei les Arabes qui avaient été saisis emportant des armes et des munitions fui eut traduits devant une commissiou mililaire, et deux Arabes ayant été condamnés à mort fuiciil exécutés. Les Turcs mariés» qui s elaieut rendus indignes de Tindulgence dont on avait usé b leur égard, en leur permettant de rester à Alger, furent embarqués, au nombre de mille environ, pour être dé|>oru> coiuuic 1 avaienl été les Turcs célibataires. Mais le maréchal, slnspiraut encore de la modération qui le caractérisait, leur fit grâce du châtiment encouru par leur ingratitude, et leur peniîit d'emporter leur mobilier et d'emmener avec eux leurs familles ; il autorisa même des exceptions en faveur des infirmes, des malades et des octogénaires. Le consul elle vice-consnhrAni^leterre s'élaicni mêlés aux intrigues ourdies contie nous par les Turcs. Le vice-consul avait ^été conférer, quoique Tautorisatiou lui en eut été refusée, pendant deux heures, le 3i juillet, avec ceux qui étaient embarqués sur le brick /'i4/ci6i(i
RELATION OB
Le maréchal en fut justement mécooteut, et
m'envoya, le lendemain matin, l*"aoûl,à bord du vaisseau Alger ^ pour inviter TamiralDuperré à interdire toute communication des Turcs embarqués avec qui que ce soit. Je revins porteur de Fassurance que des ordres avaient été sévèrement donnés à cet eiïet.
Le maréchal étendit aussi son attention au beylili d'Oran (1). llassan-Bey, qui gnuxcinait cette province, paraissait bien disposé à notre égard. Le maréchal donna mission au capitaine Louis de Bourmont, son fils aîné, et son aide de camp, d obtenir de ce bey la reconnaissance de la souveraineté française. Parti de la rade d'Alger à bord du brick le Dragon, \e ^^2 juillet, cet officier arriva le 24 en vue d'Oran. Le Z>ra- (/on, comiuainlc par le capitaine LjManc, rallia la petite station françaifiC qui croisait devant celle ville, et le capit.iiiic Louis de Bonniiunl lit connaître au bey, par un intermédiaire, Tobjet dosa mission, avec la promesse de respecter la religion, les usages et les habitudes du pays. Deux Turcs furent bientôt envoyés par Hassan- Bey à bord du Dragon, Le capitaine Louis de Bourmont apprit d'eux que le bey était prêt à se
(1) Oran, ancienne capitilo du hoylik de ce nom, est située à 410 kilomètres à l'ouest d'Alger, au fond du golfe d'Oran.
L'BlPÉDITIOIf d'aFRIQDE* 303
soumettre à notre autorité, mais qu'une partie
des membres de son divan, qn'il avait consulté à ce sujet, avaient manifesté des intentions contraires, et qu'ils rayaient même abandonné pour grossir les rangs des Arabes révoltés contre lui. Réduit a se défendre contre eux dans son palais, avec sept ou huit cents Turcs qui lui restaient fidèles, Hassan -Rey, oonvaineu (juc nous ne voudrions abuser ni de sa position, jai de sa confiance, sollicitait vivement Tappui des forces françaises. Les deux envoyés turcs ajoutèrent qu'il serait bon, pour rendre les communications mutuelles plus faciles, que la station française vint mouiller dans le port de Mers-el- Kebir (1), dont rentrée, selon les apparences, ne lui serait pas fortement contestée. Les Turcs étaient à peine partis, que les bricks français le Dragon, le Voltigeur et l'Endymion^ mouillaient déjà devant les batteries du fort de Mersel-Kebir. Force était d'occuper le fort pour tenir ce mouillage. Cent dix hommes pris dans les équipages des bricks s'élancent à terre, à la vue des consuls étonnés d Angleterre et de Sardalgne, qui avaient accompagné les deux envoyés du bey, et, conduits par leurs oUlcicrs, entrent
(1) C'est-à-dire grand /?or/ en arabe, Portus magnus des Romains, est situé k 8 kilomètres d'Oran.
HËLÂTlOiH D£
daus le ion au milieu delà gaïuison turque, stupéfaite de tant d'audace. Le capitaine Louis de Bourmont, qui dirigeait ce hardi cuup de main, fait entendre aux Turcs qu'ils n'ont rien à craindre, s'ils veuiciu demeurer tranquilk^s^niais qu'ils sont morts, s'ils tentent de se défendre : ilssabsliurent de toute résistance, et nos marins occupèrent le fort, où ils comptèrent quarantedeux pièces de ditierejiis calibres eu batierie. Le lendemain deux Turcs apportèrent à Taide de camp du maréchal la reconnaissance delà souveraineté de la France par le bey.
C'est ainsi qnele capitaine Louis de Bourmoni remplit avec autant d'habileté que de résolution la mission dont il avait été chargé. Lorsqu'il leva lancre, le 29 Juillet, pour faire voile vers Alger, il entendit le bruit d*une attaque des Arabes contre l'autorité du bey. Le Dragon avait mouillé le 3 août dans la rade d'Alger, et le GTexpéditioa desiinéeà proté^* r Hassan-Bey contre les Arabes révoltés prenait la mer. Une compagnie d'artillerie, un déiacbemeni de sapeurs et deux obusiers de montagne formaient, avec le 21^ de ligne, celte expédition, dont le commandement fut confié k M. de Goutefrey, colonel de ce régiment. Les deux frégates composant Tescadrille expéditionnaire mouillèrent le 13 août dans le port de Mers-el-Kebir. Le 14,
L^BXPÉDITION D^FRIQUB* 395
une compagnie dinfanterie remplaça les marins qui occupaient le fort, et uue autre compagnie prit possession d'un fort distant d'environ une lieue du fort de Mers-el-Kebir. Un chef de bataillon du 31^ de ligne, un capitaine d'artillerie et un capitaine du génie, avec MM. de Montholuu Semonville, sous-lieutenant d'état-major, et de Peyronnet, sous-lieutenant decavalerie, officiers attacliés à Tétat-major du maréchal, après lui avoir apporté des dépêches de France, se présentèrent chez le bey, et firent, accompagnés de plusieurs Turcs, la reconnaissance de tous les torts de la ville et des environs, pour déterminer ceux qui devaient être occupés par une garnison française. Mais au premier bruit des événements qui avaient éclaté en France, le maréchal sentit le besoin de coaceuirer toutes ses forces autour d'Aller. L'ordre d'y ramener l'expédition arriva k Onu ce même jour, 14 août, et il fut exécuté sans retard. Hassan-Bey déclara au colonel de Goutefrcy quil resterait le fidèle sujet du roi de France, et la frégate l'Amphitrite lut mise k sa disposiliou/pour quitter Orau, si la nécessité l'y obligeait.
Les documents autheniiques et officiels attestent invariablement, comme on l'a vu, que le gouveniemeat du loi Cliarles X, dès qu'il eut pris la décision de châtier Tinsolence du dey
par la deslruclion de la piraterie barbaresque, déclara ouverlemeol, dans ses relalioas diplomatiques avec toutes les puissances étrangères, et AOlammeot avec la difUcuUueuse Âogleterre, qu'il prétendait rester libre de tirer des droits de la guerre louies les conséqueuces qu'ils impliquent. Tous les actes du maréchal de Bour moDt, depuis le jour de son entrée dans Alger, furent confomoes à cette inébranlable résolution, annoncée à la lace du monde. Il institua d abord une commission de gouvernement, chargée de poser les bases de notre souveraineté au puiul de vue de l'administration du pays, il rétablit les consuls étrangers dans leurs aitributions, et il accorda aux beys de Titery et d'Oran Tinveslit lire de leurs be)liks au nom du roi de France, dont ils reconnurent Tautorité^ et auquel ils prêtèrent serment de lidélité. Aux preuves déjà mentionnées de ce que le gouvernement de la | Restauraiiou eiitendait faire, et de ee qu'il a pu réaliser avant d'avoir été renversé par une conjuration révolutionnaire, dans le mois même où il venait de fonder la puissance française efl Ali i iue, c*est ici le lieu d'ajouter, comiiic un témoignage irrécusable, celui d'une lettre écrite pai le maréchal de Bourmont, plusieurs années après la prise d'Alger, et que je vais transcrire sur une copie de ToriginaU Cette lettre expose.
LËXPKDlTiO.N DAflUQL'S. 397
avec la clarté et la stnipliciié accuuiuuices du signataire, sur que) généreux moiif d'hamanité, sur quel [h iiicipe chrétien Charles X et ses ministres établissaient la nécessité de sabstitaer b domination française au despotisme turc, la civilisation à la barbarie, sur le littoral africain.
(c A Monsieur Abel, rédacteur en clici de la G€UseUedu Midi.
« Vilerbe, leâOjuniei iâ38.
a MONSIBOB,
« J^ai reçu la lettre que vous m'avez tait a rhonnenr dem'écrire au sujet de I occupation « d*Âlger.
« Je m'empresse d'y répondre en vous disant « tout ce que je sais, et eiisst je moins de con- « fiance en vous, je le dirais de même, car nous ce n'avons rien k cacher dans des évéuemenis « où notre politique a été franche et forte.
a Avant d'entreprendre la conquête d'Alger, « le gouvernement du roi chargea le général (c Guilleminot, alors auibassadeur de France à ft Gonstantinople, de demander à la Porte d'em- « plo)cr son autorité sur le dey d'Alger pour a punir Toffense qu'il avait faite au roi dans la « personne de son consul. La Porte répondit
398 RELÂlIOr^ DE
« que, depuis longtemps, elle était sans autorité ce à Alger, et qu elle n avait aucun moyen d'ob- <i teoir du dey le redressement des griefs dont « se plaignait la France.
«[ Cette déclaration était de nature à taire « penser que la Porte considérait Alger comme a indépendant de &it, et qu'elle ne conservait « plus sur cet Étal qu uue suprématie nouiioale.
« Les événements antérieurs prouvaient d'ail- « leurs assez que toutes les puissances chré- « tiennes avaient considéré le dey d'Alger (( couuue prince indépendant de la Porte, « puisque toutes lui avaient fait la guerre sans « que la Porte ioiervint dans le conflit, et « avaient fait des traités avec Alger sans son u àssciitiment.
« Il serait cependant possible que le général « Guilleminot, qui est demeuré ambassadeur à
« Gonstantinople après la révolution de juillet,
« eût été autorisé par le miiiistre des affaires « étrangères à pressentir la Porte ottomane, (c pour savoir ce qu'elle aurait voulu obtenir en tt compensation de sou droit nominal à la sou- « veraineté d'Alger.
ce Mais, si cela était, ce serait une nouseile K preuve de Tintention qu'avait Charles X de <( consolider la conquête par le désistement des (c droits de la Porte, et de faciliter d'autant plus
l'expédition dàpbioue. 399
« la colonisation. Je n'ai point en connaissance
« des dépêches qu'a pu recevoir alors le géuéral « GniUeminot; mais je suis convaincu qae le « cabinet de Chai les X ii a juiuais eu i'iiUeiuiuu n d'abandonner TAlgérie.
« Au surplus^ le général Guilleminot n aurait « pu recevoir une semblable dépèche du mi* « nistre de Charles X qu au mois d'août 1830, « après les événements de juillet, et alors il u u aurait probablement pas été pressé de faire « cette ouverture avant d'avoir pris les ordres a du nouveau gouvernement.
« Lorsque Tahir*Pacha vint à Toulon offrir « enfin les bous offices de la Porte pour châtier « le dey d'Alger, ses offres ne furent point ac* « cueillies, et rexpédiiioii continua sa marche « vers l'Afrique. II y avait alors un double motif, « il est vrai. Car si on avait suspendu Texpé- « diUon pour entendre les propositions de cet « envoyé du Grand Seigneur, la conquête serait « devenue impossible en i830, et toutes les a dépenses faites pour préparer lexpédition « auraient été sans fruit. Mais on n^était point
engagé, et, en agissant ainsi qu'on Ta fait, « les dépenses ont été remboursées, et bien au ^ delà, par le trésor, les marciiandises, les « canons et les bâtiments pris à Alger. En effet, m au 1* ' août 1830, toutes les dépenses de l ex-
« pédition ne moDtaieut qu'à trente-deux mil-
« lions, et on avait trouvé dans le trésor qua- «( rante huit millious six ceut mille francs en (( espèces d'or et d'argent, puis dix neuf cents (( pièces de canon, les frégates, corvettes de « guerre, etc., les poudres, fers, cuivres, laines, « toiles et autres marciiandises d'une évaluation (x de vingt et quelques millions. Ainsi, toutes « dépenses payées, il devait rester au trésor «( une valeur de quarante millions environ, « somme qui, selon moi, éiaiL à cette époque <( plus que suffisante pour conserver le pays, et a établir la colonisation sur des bases fixes et « solides, en jetant ainsi pour la France les K fondements d'une laimeuse prospérité. Telle ce a toujours été mon opinion personnelle.
« Je peux vous avouer que, lors de mon dé- « part pour la conquête de TAlgérie, l'intention « du roi fut de venger une insulte faite à la « France, et de détruire la piraterie et Tescla- « vage des chrétiens, si Dieu permetlait que « ses armes fussent victorieuses. 11 ne fut point « question dans le conseil de Chaiies X de a rendre Alger à la Porte, après en avoir fait « la conquête, car persoune n'aiiiail douté que (K le rétablissement de la piraterie et de Tesclac( vage des chrétiens ne fût une conséquence « presque inévitable de la remise d'Alger à la
l'eXPÉDITIO?! D'AFRIQUE* 401
« Porte. On y traita de la colonisatiuu, luais les «[ bases d'cd furent pas arrêtées. Devait-oo « faire aiic colonie militaire ? Devait-on n'ad- « mettre que des coIods français, tous les « peuples riverains de la Méditerranée, ou tous « les étrangers sans distinction de nation, mais « toujours sous Tautorité du gouveriienienl (L français ? Ce ne sont pas là des idées d'à* « bandoQ.
« La nouvelle de la prise d'Alger n est arri- « vée à Paris que le 9 juillet, et dès le 25 ont a commencé dans la capitale les troubles qui a ont amené Tabdication de Charles X et Fabana don des droits de Louis XIX en faveur de « Monseigneur le duc de Bordeaux, et rien ne a m autorise à croire que, dans ce court inter- <x valle, le cabinet des Tuileries ait eu la volonté a d'abaiulunuci la toiu[uclc, et de renoncer « ainsi au but que s'était proposé le roi en or-
« doiiuant rcxpédilion.
a Mais il est prouvé que Charles X persistait
« dans >es premières iiitenlions, puisque, après « avoir reçu la nouvelle de la prise d'Alger, « l'ordre ïiii donné à ramiral de Rosamel de « se porter, avec une escadre, devant Tunis et « Tripoli, pour exiger de ces deux régences : « 1^ le redressement des torts qu'elles avaient « eus envers la France (Tripoli paya huit cent
RBLATiaN DE
« mille francs); 2* rengagement de ne jamais « avoir un plus grand nombre de bàtimenis de «( gaerre qu'elles n*en possédaient en ce moment,
<( et suivant le procès-verbal qui en serait signé « par Tamiral de Rosamel ; 3^ de ne jamais faire <( la guerre à des puissances chréUciiues, à K moins qu'elles ne fussent en guerre avec la « Porte ; 4"* de ne permettre en aucun cas la a course contre des nations chrétiennes, et de « ne jamais faire d'esclaves chrétiens ; 5^ que» « dans le cas oh un bâtiment chrétien viendrait « à périr sur les côtes de l'une de ces deux ré- « gences, le bey de Tunis et celui de Tripoli « s'engageaient a proléger la vie et la liberlé a des équipages naufragés, et s'il arrivait qu un « seul homme de l'équipage fût rais à mort par « les habitants, le bey serait tenu de payer la (c valeur du navire et de sa cargaison, si deux n hommes étaient mis à mort le double de la « valeur du navire et de sa cargaison.
« L'amiral de Rosamel revint à Alger avec « les traités signés. Ils ont été envoyés à Paris; « mais je n'ai pas eu connaissance que le nou-* «( veau gouvernement les eût fait publier, « quoique assurément ils fussent avantageux K pour le commerce des chrétiens et honorables « pour la France,
c< Je suis fort sensible auxsentiments que vous
L*BXPÉDITIOH d'AFRIQUB. 403
<t voulez bien m^exprimer, et je vous prie d'a-
« gréer en échange ceux de ma considératiou (V trèsHlistinguée.
« Comte de BouRMONT. »
Une dépêche du prmce de Poligaac, président du conseil des ministres, prescrivait au maréchal de faire occuper Bone, après la prise d'Alger, d'exiger des beys de Tunis et de Tripoli les engagenoents mentionnes dans la lettre précitée, et d'obtenir du chef de cette dernière régence la réparation d'un insulte faite à un agent du gou* vernement français. L'amiral Duperré, qui avait reçu, desoncùLé, des instructiuiis du ministre de la marine, fit savoir au maréchal queles forces navales sufliraienl seules pour imposer au bey de Tripoli la satisfaction réclamée par la France. Ce fui le contre-amiral de Rosamel qui fut chargé de se présenter successivement, à la téte d'une escadre, devant Tunis el devant Tripoli, et la même lettre précitée atteste qu'il accomplit cette mission avec toute la fermeté qu'elle exigeait (I). Son escadre, avant de sortir de la rade d'Alger,
(1) M. <lo MniUort, Hculenant vaisseau, se signala dans celte iiieiiiorable campagne, comme aide de camj) du coQire-amirai de Rosamel, et sacrifia à ses principes poUtiques, après la révolution de JuUlet, la carrière brUlanie d'avenir, qu'il suivait avec dislincUon.
REUTION DE
avait reçu, le 25 juillet, sur le vaisseau le Trident et sur les frégates la Guerrière et<aiSurt)ettlante^ le corps expéditionnaire destiné à s emparer de Boue, et composé du 6^ et du 49'' de ligne, formant la brigade Dannéniont, d'une compagnie de sapeurs, et de six pièces d'artillerie de campagne avec deux obusiers de montagne. M. Jules de Lesseps, fils du consul générai de France à Tripoli, M. Raimbert, et plusieurs Maures habitants de Bone, qui avaient été té-* moins de notre prise de possession d'Alger, arrivèrent à Bone avant Tescadre du contre-amiral de Rosamel, sur un bâtiment détaché de cette escadre, et ils avaient déjà obtenu que la ville reconnût la souveraineté de la France, lorsque l'expédition paruldevantleportleSaoût. Menacés par les Arabes, les habitants invoquaient vivement notre protection. Le contre-amiral de Rosauicl débarqua avec célérité les troupes et leur ma tériel, et continua ensuite sa roule vers Tunis el Tripoli. Le général de Damrémont occupa Bone (1),
(I) Bone, l'ancienne Aphrodisiumf appelée par les indigènes Beledr-d'Aneb^ e'est-ÂKlire la viUe des jujube»^ est située à 440 kilomètres à Test d'Alger, sur la cOte ouest du golfe de Bone« Elle est voisine de IVinplaee* ment de l^ancienne Hippone, sur lequel une chapelle bâtie par les Français a reçu, en 18^42. une partie des reliques de bainl Augustin solennellement rapportées de Pavie.
LEXPËoniOiN dâfriuue. 40o
où il irouva cent IreiUe-quatre pièces de canon, . établit un bataillon du 6* de ligne dans la Gasba de cette ville, plaça d'abord le second bataillon de ce régiment avec le 49^ de ligne sur la route de Constaniine, et s'empressa de couvrir celte position de deux redoutes armées. Ces troupes furenl ensuite logées en partie dans des nlai^uns de la ville mises à leur disposition par les habitants* Pendant ce temps, les populations guerrières des environs, aiguillonnées par le bey de Constantine, se réunissaient pour fondre sur les Français, et le 6 août les Arabes et les Kabyles se montrèrent en force; mais attaqués avec vigueur par notre infanterie, et battus habilement par notre artillerie, ils furent mis en fuite sur tous les points. Les dispositions les plus intellii;entes avaient été prises par le général de JJam-* rémont pour assurer le succès de ce mouvement offensif^ et il fut dignement secondé par la bravoure des troupes qui combattaient sous ses ordres. Environnés, dans les. journées du 7, du 8 et du 40, de nombreuses tribus d'Arabes trèsbelliqueux, le général, les officiers et les soldats du corps expcdilioiuiairc eurent de fréquentes occasions de faire briller leurs talents et leur intrépidité. Lennemi reconnut à ses dépens h supériorité de notre artillerie. Depuis que nous avions mis le pied sur la terre d'Afrique, nous
BEUTION DE
n'avions pas encore été attaqués sérieusement
une seule lois après le soir venu et avant le maûa arrivé. La gloire de rendre vaine ane audacieuse attaque de nuii était icscrvée à la brigade Damrémont. Dans la nuit du il au iS août, elle fut assailUe par une multitude d'Âiabes qui, à la faveur des accidents du terrain et derobscurité^ s'étaient glissés jusqu'aux redoutes qui couvraient sa position. Ils y furent reçus à la ba!oB* nette, et jonchèrent de leurs cadavres les fossés et les parapets qu ils avaient osé aborder. Les pertes quils fi i eut dans ce combat nocturne, ajoutées à celles des journées précédentes, les dégoûtèrent d'attaquer les positions de nolic brigade, autour de laquelle ils se contentèrent de rôder désormais. Nos pertes furent relativement peu considérables; mais deux otMclers d'une grande distinction furent grièvement blessés, le chef d'escadron de Foucauld, qui commandait rartillerie de l'expédition, et le capitaine du génie d'Oussières. On a vu que des considérations de prudence avaient déterminé le marécbal à réunir autour de lui toutes ses forces, à la première nouvelle des événements survenus en France : le 18 août le général de Damrémoni reçut Tordre qui le rappelait à Alger avec sa brigade. Les bâtiments qui devaient Ty transporter étaient arrivés devant Bone le même jour. L'embarquement du
l'expéditiois d'afriquë. 407
maicnel lut couirai ic par une forte brise, et les troupes ne imreDt commencer à passer à bord
que le 20 au soir. Le 21, à midi, elles étaient tontes embarquées. Il avait fallu jusqu'au dernier niouient tenir têle à l'ennemi, (jui occupait nos positions à mesure que nous les abandonnions. Le colonel Magnan (l), du 49'* de ligne, à la lèlc de ses compagnies d'élite, déploya, dans cette périlleuse situation, le brillant courage et les qualités mUiuires qui le distinguaient. Les Mâores de Boue, dont plusieurs avaient combattu avec nos troupes dans la nuit du 11 au 19 août, donnèrent, jusqu'au dernier moment, au corps expédition uaire les preuves les plus manifestes d'un invariable dévouement, et promirent de demeurer Udcles à leurs engage-
(1) Mis eu dispouibUité en ISSl ce briUant colonel passa au service de la Belgiqne, et y devint général de bngade en IS8S. Il reprit rang dans Tarmée française
comme maréchal de camp en 1836. Parvenu en IKi^iau grade (Je lieutenant général, U fut placé en 1848 à la tôle de la Iroihiémc division de l'armée des Alpes. Il coojiéra en 1849 k réprinicr avec énergie rinsurreclion qui éclata à Lyon, el fut fait commandant de la division militaire à Strasbourg. Élu, dans celle môme année, membre de l'Assemblée législalivei il reçut du président de la République» en juiUet 1851, le commandement en chef de rannée de Paris, et dut participer, en cette qualité, au coup d'État du 2 décembre suivant. Devenu maréchal de France en 1852, il muurulcoramandantdu premier corps d année en ibtki.
ments envers la France. Partis de Bone le âl août, les bàtiiueuts qui poriaieuL nos iroupes entrèrent trois jours après dans la rade d'Alger. Cette expédiUûu mil en relief la capacité expéri* montée et le sang-froid du général de Damrë* moDt(l). a II avait mon t ré, dit le maréchal de tt Bourmont dans une dépêche adressée au mia uistère de la guerre, autant de sagesse dans « les dispositions que de vigueur sur le champ a de bataille. Je renouvelle la demande que j'ai « déjà faite en sa faveur du grade de lieutenant « général, et je demaiiJe le grade de maréchal a de camp pour le colonel Magnan, dont j'ai
« plusieurs fois cité la brillante conduite. » Parmi les officiers qui s'étaient distingués dans Texpédilion, le géiiiral de Damrémont mention^ nait M. de Creny (2), lieutenant aide-m^yor au 6** de ligne.
(1) Elevé au grade de Ueutenant général, pour lequel il avait été proposé, à si Juste titre, par le maréchal de Bourmont, le comte Denys de namrémont commanda la division militaîre à MarsciUe. Appelé à remplacer,
comme gouvciiieui général de TAlgérie, le maréchal Clan/.pl, qui avait si imprudemment conduit en 1839 roxpetliliuii coutro ConslaïUinc , il dirigea avec une grande habileté celle qui coniiuit cotte ville à la France en 1837. Mais il fut luè d'un coup de canon à lal>auerie de brèche, lorsqu'il allait jouir de son triomphe.
(2) Cet officier préludait ainsi à une belle carri^ militaire, qu'il coQliaoa en Algérie, où, après avoir élé
l'eXPÉUITION Û AFaiûUE.
Deux Kabyles des montagnes voisines de Bougie (1), nommés Mourad et Ali, et se disant chefs (le tribus, arrivèrent sur uue barque le 3 août à Alger. Ils annoncèrent au maréchal que plusieurs tribus des euvirons de Bougie étaient disposées à se soumettre à la France sons la pro* messe que leur religion et leurs propriétés seraient respectées. Le maréchal leur en donna 1 assiiraiice, et la corvette la Bayonnaise eut ordre de les reconduire à Bougie, suivant leur désir. Elle prit en même temps à son l)ord M. de ttuatrebarbes, lieutenant d'état-major, chargé de faire la reconnaissance de la ville et de sa rade, de porter des présents à plusieurs chefs du pays, et de donner des sauf-condni(s aux habitants qui voudraient venir à Alger pour vendre ou échanger les productions de leur sol. Partie le 6 août d'Alger, la corvette arriva le 8 à 1 entrée de la rade de Bougie. Elle y fut reçue à coups de canon, quoiqu'elle eùl arboré le pavillon rouge, signal convenu, au dire de Mourad,
chef d état-major du général de ia Moricièrc de 1840 à 1846, il tut appelé, en 1S47, au poste de chef détatmajor général de Tannée par le duc d*Aumale, gouverneur général de la colonie, et parvint au grade de maréchal de camp. Il vivait dans la reuidte lorsqu'il mourut en IROî.
(1) Bougie est située à 45 lieues mariiicii à l'est d'Alger.
RLLATION DE
poar que les balleries de la côte s'absùnssenl de faire feo. Plusieurs ceutaiDes d hommes armés pai urcnt sur le rivage. Les deux Kal))'les persistèrent néanmoins dans la résolution de descendre à terre, et leur bnique, ([ue la corvette avait remorquée, les y transporta, avec quatre Arabes qui les accompagnaient pour rameurs. Vers neuf heures du soirées Arabes revinrent à bord de la corvette, et aiinoncèrent que Mourad, loin d'avoir été député vers les Français par les habiiaiils du pays, s'était enfui nuitamment pour se rendre à Alger sur une barque qu'il avait volée, après en avoir assassiné le patron, et qu*en arrivant à terre, il avait été entraîné, comme un traître, hors de la ville, où un Kabyle lui avait tranché la téte. Ils ajoutèrent qu'Ali n'avait échappé à la mort, après avoir été blessé, qu'en se réfugiant sous la protection d'un cheik des montagnes. Le 9 août au matin, M. de Quatrebarbes, se voyant dans Ti m possibilité de descendre à terre, demanda au commandaui de la corvette de mettre à sa disposition une embarcation avmée, sur laquelle il fit, avec la plus intelligente exactitude, en s'avançant jusqu'à une demi-portée de fusil du rivage et des remparts de la ville, la reconnaissance qui lui avait été prescrite. Le lendemain 10, on apprit a bord de la corvette que les Kabyles avaient pillé Bougie,
L'iXPÉDITlON d'aFRIQUE. 411
au miiiea du plus affreux désordre, et le chef
qui s'élait mis à leur téte ayant répondu à la sommatioo que lui adressa M. de Quatrebarbes de se soumettre à la France, en faisant arborer le pavillon rouge sur la citadelle et sur les batteries delà côte, évidemment en signe de guerre, la Bayonnaise leva Tauere, et fit voile vers Alger.
Le maréchal donna à son fils aîné, le capitaine
Louis de Bourmont, son aide de camp, la mission de porter au roi Charles X les drapeaux, au nombre de soixante-duaze, pris sur Tonnemi pendant la campagne. Accompagné du colonel de Bartillat, commandant du quartier-général, le fils du maréchal partit d'Alger le 9 août à 9 heures du soir, et apprit en mer, dans les parages des côtes de Provence, qu'une révolution avait éclaté en France. Le bâtiment sur lequel il venait de faire la traversée, VÉcho^ entra pendant la nuit dans le port de Toulon ; mais il ne fut pas permis au porteur des trophées de nos victoires d'y débarquer. Envoyé à Marseille sur un autre bâtiment, il fit au lazaret de cette ville la quarantaine qui était alors imposée à tout arrivant d Alrique. Il eut a surmonter divers obstacles avant de pouvoir prendre la route de Paris, oii il ne devait plus trouver le roi dont les armes avaient conquis les drapeaux qu'il était
chargé de lui présenter en hommage. Il s'adressa
donc au ministre de la guerre du nouveau gouvernement, et en reçut Tordre de les faire porter
de nuil à rhôleldes Invalides (1).
(1) Le comte Louis de Bourmom refusa de prêter sermeoi au gouvernement inauguré par la révolution qoi venait de s*accomplir, et aUa rejoindre sou père en Angleterre. Il passa de là, avec le maréchal et ses trois
frères, en Italie, lorscjuc Madame la Duchesse de Berry (imita rAnglelerre en 1831, p un se rendre a Massa. Aliu (le ne pas éveiller les soupi^uas, il fit à pied, avec ses deux frrres Adolplic et César, la route de Uotterdam en Suisse, tandis que son autre frère Charles accompagnait le maréchal voyageant par les bateaux do Rhin. De Massa il fut envoyé en mission successivement a Naples, à Gènes, ^ Nice, à Turin, et enfin dans la Vendée» pour y préparer le soulèvement projeté par la Ducliesae de Berry. Quand oe soulèvement eut échoué en 1839, il repassa en Angleterre, y rejoignit le maréchal se dispo- . sant à répondre à i appel fait à son épéc par le roi dom Miguel, au commencement de 1h;)3, le suivit en Portnij^al, et arriva avcclui devantPurlo.il fui chargé daburd de coopérer k la réorganisation des troupes portugaises, et eut le commandement de Pavant-garde dans la marche pénible de Porto sur Lisbonne* Devant cette oapi* taie, où Tarmée fut en proie au typhus et au cbotéra^ k la téte d*un régiment de cavalerie de la garde royale, dont II avait pris le commandement à GoTmbre, lise sigùtila dans vliisi<Hirs affaires. Promu brigadier général, « justice à laquelle rarmée applaudit, parce (pi elle « était rendue au plus digne par la bravoure et les laa lents militaires, » dit Pauteur des Campagnes de Par- LugaL en 1833 eL 1834, le baron de Saint-Pardûu.Y» officier français au service de dom Miguel, le comte
l'expédition D'AFRiaUE. ÀH
Louis de Bourmont fut fait goiiverueur des deux provinces de l'Algarve et de TAlemiejo. Le grade de maréctuil de camp fut la récompense dea succès qu'il . obtint dans ce poste important. Il était resté au service de dom Miguel, avec son jeune frère César» lorsque le maréchalfUt obligé d*y renoncer par l'impossibilité de faire adopter ses conseils et exécuter ses ordres. Quelques jours avant la capitulalion (jue dom Mi^^uel fui coiih iiiil designer à Evora le 2C mai 1831, le conile Louis de Bourmont reçut de don Carlos, réfugii^ en Porlugal, la proi)()sition de joindre ses troupes, (ju'il avait maintenues en bon ordre, et qui lui étaieat attachées, à celles dont ee prince pouvait encore disposer, de prendre le com-* mandement en chef de ces forces réunies, et de marcher h lear léte sur Madrid» Son dévouement chevaleresque ne reculait pas devant cette entreprise aventureuse; mats des obstacles préliminaires, qui ne purent être aplanis, empêchèrent d'en tenter Texéculion. Ce ne lui ni sans diffiQultcs, ni sans périls, qu après la capitulalion il parvint à s'embarquer. Il traversa encore une fois la Méditerranée, et rejoignit en Suisse sa famille, doul son an ivée, avec son frère César, compléta la réunion, lis s'acheminèrent ensuite tous ensemble, père, mère, sœurs et (irères vers litalie, où le maréchal avait acquis une propriété prés de Yiterbe* Après un séjour de trois ans dans les Etats*Pontificaux, il rentra enfin en France. €hréttennement résigné à Tadversité, et invariablement fidèle aux convictions auxquelles il avait sacrifié, sans hésitalion, mais non sans regret, îa carrière pour laquelle il se sentait nf\ iî se voua lout entier à adourir les amertumes dont rachurnement des haines politi»iues abréf,'ea les dernières années du maréchal, revenu malade en 1840 sous le toit de ses ancêtres, et l'entoura de son amour filial Jusqu*au jour où il lui ferma les yeux en 1846.