CHAPITRE VI
Kogjnfiûe sommaire du marëehal de Boannont, poslè rienre à la conqaéle d* Alger.
Le maréchal de BourmoDt qaitfa FAngleterre en i831, et» avec les quain tiU qui lui res* taiem, LouiSt Charles, Adolphe et César de
Buuiuiunt, rejoigoit eu Italie Madame la Duehesse de Berry qai, ioTestie par le roi Charles X du titre de régente, organisa à Massa les préparatifs d'uQ soulèvement dans le Midi et dans rOuest de la France pour le rétablissement de la monarciiie légitime. Parti de la cote dltalie avec la princesse sar le Carlo-^Albertole 24 avril 1832, il débarqua avec elle dans la rade de Marseille, pendant la nnit du 28. Mais le mouveuieut royaliste ayant échoué à MarscilL, Madame la Duchesse de Berry, que les hommes de dévouement qui rentoiuaient (i) ne purent déterminer à retourner en Italie, prit la résolution de se rendre dans la Vendée. Pour
(i) Le comte de llenars,le comte Emmanuel de Brissac, le vicomte de Saint-Priest, le comte Florian de Kergorlay, ete.
(^ue le voyage à travers la France fûl nmm hasardeux, elle se dirigea par le Languedoc et le Borddais vers les enviruiis Je rsautes, où le maréchal arriva de son côté par la voie de Valence, Lyon ei Angers. Le soulèvement vendéen était loin d'être sultisamment préparé, et le maréchal était trop homme de gaerre pour ne pas reconnailre tout d'abord qu'il devait être différé. Le sort des armes fut tenté cependant au mois de juin dans quelques combats partiels; mais la lutte était trop inégale, et Tintrépide courage des royalistes y succomba. Le maréchal, qui avait vainement pressé la Duchesse de Berry de s'éloigner du ihcàire de cette tentative infructueuse, ne consentit à quitter le pays qu'après avoir appiis lai'restatiou de la princesse. Il s'embarqua secrètement à Saint-Malo pour Jersey, d'où il passa en Angleterre.
Le maréchal avait rejoint la maréchale de Bourmont retirée en Suisse avec ses filles, depuis qu'elle avait quitté TAngleterre, où toute la famille avait été réunie, au printemps de 1832, et vivait à Genève, entouré de tous ceux qui lui étaient chers, lorsque le roi dom Miguel fit à son dévouement aux causes justes, au comaiencc' ment de 4833, un appel auquel il répondit. En acceptant le comuiaudement de Tarmée de ce prince, proclamé roi de de Portugal par
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les Cortès da royaume, et aspiranl à aliiaiichir sa patrie du joug de l'Angleterre, le maréchal mettail Tépée do vain<|ueur d'Alger au service de la souveraioeté iégiiime et nationale en Portugal. Il y fat accompagné des généraux de la Rochejaqucieiû ^1) et Clouet et de divers autres officiers français distingués, au noiiiljie desquels étaient ses trois fils, Louis, Charles et César de Bourmont« Ce fut par lAn-> glelerre, après s'èlre embaniué à Portsmoiilh, qu'il arriva au mois de juillet en Portugal, où il trouva dom Miguel assiégeant Porto, base des opéraiioiis militaires de son frère dom Pedro
^1) Le comte Auguste de la Rocbejaquelein était le frère
puîné des deux héros vendéens, Henri et Loofs de la Rochejaquelein, luis les armes a ia inain dans ia Vendée, le premier en 179i, et le second en 1810, au combat des Malhes, où il fut lui-même hie^sé. Il avait regu,a la bataille de la Moskowa, un coup de sabre dont la cicatrice lui sillonnait la figure, et ajoutait un trait remarquable à son air nalureUement martial. Devenu maréchal de camp, après avoir commandé comme colonel le !«»■ régiment de grenadiers à cheval de la garde royale, il eut ensuite le comnumdement de la brigade de la garde composée des deux régiments de grenadiers ^ cheval, et le conserva Jusqu^à la révolution de Juillet 1830. 11 refusa alors de servir le gouvernement qui s^ensuivit. Noble type de loyauté et de bravoure, et parfait Vendéen par sa fol chrétienne el ijar son dévouement royaliste, le comte A. de la Rochejaquelciu muuiul, en novembre lii68, plus qu'octogénaire.
qui, ai>j>iiyé et souleiiu j)ar la politique britannique, lui disputait le troue d'où Texcluait, en vertu du droit portuguais, sa qualité d'empereur du Brésil et de souverain étranger. Le maréclial jugea aussitôt que le sort de la guerre serait décidé s'il réussissait à couper les communications de la place assiégée avec la mer, par oii ellerecevaitlesapprûvisiûiHiemuiitSjlesmunilioiis et les secours que lui fournissait le gouvernement anglais. L'attaque qu'il dirigea vers ce but le 25 juillet échoua, malgré It brillante valeur qu*y déployèrent les officiers français, par le défaut d'ensemble dans les efforts d'ailleurs courageux des troupes portugaises.
Le maréchal allait introduire dans Tarmée royale les réformes et les améliorations nécessaires pour y rétablir Tordre et la discipline, lorsqu'il apprit que la capitale du royaume, Lisbonne, venait de tomber sans coup férir, le 24 juillet, au pouvoir de dom Pedro. Au milieu de la conslernalion et du découragement de Tenlourage de dom Miguel, il ne désespéra pas de la cause dont il estimait le salut possible par le succès d'une marche prompte et rapide sur Lisbonne. Retardée par des obstacles qui ne purent être surmontés qu'au prix d un temps précieux, Texécution de cette résolution énergique lut encore contrariée par le mauvais vou-
l'expédition D AFRIQUE.
loir des hommes dont la présomptueuse incapacité fut si funeste au jeuue roi. L'armée avec laquelle le maréchal, laissant une division devant
Porio, s'avança vers Lisboune, en ralliant, chemin faisant, les troupes qui avaient aban-
donnéla capitale, était mal velue, mal chaussée, mal soldée, et insuffisamment pourvue de vivres
et de miiiiitiuiis. Ce fut dans ce donùment, au
milieu duquel le relàcliement delà discipline fit des progrès inévitables, qu'il fallut supporter, sous Tardante chaleur du mois d'août, les fatigues d'une marche que les difficultés du terrain coiicoururent à aggraver. Le tjphus et le choléra vinrent enfin mettre le comble à tous les maux. Anivé le 4 septembre devant Lisbonne, que les forces de dom Pedro, munies de tous les moyens de délense, occiii)aient depuis plus d'un mois, le maréchal n'hésita pas néanmoins à préparer les chances de succès d'une attaque dont la réussite n'eût pas trompé son attente, si les différents, corps portugais eussent obéi, d'un commuD accord, à Thabile impulsion du commendement en chef, au lieu d'agir séparément chacun pour son propre compte.
Habitué à faire face aux déceptions de la fortune avec une inébranlable fermeté de caractère et une opiniâtre force de volonté, le maréchal nourrissait encore Tespoir de remédier à celle ac-
RBUTIOIf DE
cuinalation de désastres. Il puisait cette confiaDce
dans l\3lude quH avait faite de la situation da Portugal, depuis son arrivée dans le pays, et il proposa au roi un plau d'opérations mililaircs combiné avec les aiesures politiques propres à en faciliter l'application. Il s'ai^nssait de ne pas s'exposer à un nouvel échec devant Lisbonne, et de n*en renouveler l'attaque qu'après avoir pris mùremeut toutes les dispositions qui devaient ouvrir au roi rentrée de sa capitale. Hais des serviteurs d'un dévouement aveugle, dupes des intrigues anglaises qui avaient trouvé des complices autour de dom Miguel, le fortifièrent dans 1 illusion où il était que ce résultat pouvait être brusquement obtenu. Reconnaissant alors rimpossibilité défaire prévaloir les conseils de sa longue et grande expérience, et prévoyant que les fautes déjà commises, parce que ses ordres avaient été ou méconnus ou mal exécutés, allaient se reproduire avec une gravité désormais irréparable, le maréchal se devait à lui* morne de ne pas paraître participer, en conservant le commandement de Tarmée, avec le titre de maréclial général, à la ruine de la cause qu'il avait voulu servir et faire triompher. Ce bc fut pas toutefois sans regretter d'être obligé de se séparer d'un prince dont il appréciait les nobles sentiments, les intentions patriotiques et
la bravoure sur les champs de bataille, qu'il lui demanda la pennission de se retirer. Dom Miguel, que les journaux anglais, ei, à leur suite, les journaux français organes du laui lil)éralisn)e, calouiuièrenl iii(ligiioiiiciil en le représentant comme un tyran cruel, pécha, au contraire, parla bonté du cœur poussée jusqu'à la faiblesse, et par la mansuétude de sou pouvoir. C'est ce qu'attestent incontestablement les faits! L'un des plus convaincants est ceriiûé par un témoin oculaire, le comte Charles de Bourmont, qui a lait la campagne de Portugal comme officier supérieur à Tétat-major général de l'ar-mée. Un officier général, le maréchal de camp Aparicio, k la première nouvelle de révacualion de Lisbonne par les troupes royales, sehftta dV baudouoer une place inexpugnable. Péniche, qu'il occupait avec une garnison de deux mille hommes, lorsque reunemi ue s était pas encore présenté devant les murs dont la garde lui avait été confiée. C'était le devoir du maréchal de Bourmont de demander au roi que cet officier général fût mis en ju-cmenl ; mais dom Miguel, comprenant qu'une condamnation a mort s'ensuivrait inévitablement, répondît au maréchal : ft C'est plus ma faute que la sienne : c'est moi (K qui Tai nommé commandant de Péniche, et K j'aurais du savoir qu'il n'était pas capable de
(( remplir le poste que je lui avais confié; ce ce D^est pas une trahison cbez lui, c'est seule- « ment manque décourage (IV » Voilà Texcès de clémeuce qu'inspirait liiorreur du saag répandu, en vertu même des arrêts de la justice, à ce prince que les journaux qui s'étaient donné ou avaient reçu la mission mensongère de le décrier dans ropinion publique égarée et faussée ont appelé un monstre sanguinaire.
Le maréchal de Bourmont, après avoir fait une quarantame k la frontière d'Espagne, se dirigea au mois de novembre, vers Gibraltar, où il s'embarqua pour se rendre à Malte. 11 passa lio là en Italie,oû il reçutà Rome dupape Grégoire XVi laccucil ic plus bienveillant et la bénédiction que le père de la chrétienté donna^avecTefFusion de la reconnaissance, au destructeur de la piraterie musulmane et de Tesclavage des chrétiens dans les régences barbaresques. Réuni à Genève, au printemps de 1834, à la maréctale de Bourmont et à ses deux filles, et entouré bientôt de ses quatre iils, il reprit ensuite le chemin de ritalie, oh il avait acquis une propriété dans les Ëtats-Ponliûcaux, s établit à Bagnaja près de
(1) Notice pour servir à la biographie de M, le maréchal comte de Bourmont^ par le comte Charles de Bour-
m ont, Cacn, 1840,
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l'expéditio>* d'afriqle
Viierbe, et y goûta, pendant plusieurs années de repos, dans les mutuelles atïectioos de la vie de famille, le plus doux des allégemeols aux ennuis de 1 exil.
Quand une amnistie générale fut proclamée parle gouvernemeDt français, en 1840, le marcehal de Bourmont pensa que Theure était venue de iïicUre un terme à sua exil volouiairc. Allaibli par une maladie grave, en proie aux souffiaiices (lu corps en mémo temps (|u'au\ peines
du cceur, il se sentit pris d un vit désir, ou plutôt du besoin de respirer Taîr nalal. Ni la perspective des fatigues d*un long voyage, ni l'impossibilité de supporter le mouvement d'une voiture n arrêtèrent son impatience de revoir la France. Ce fut par mer qu'il se rendit d'Italie à Marseille, et de Marseille à Cette, par le canal du Midi qoll traversa le Languedoc jusqu'à Toulouse,
d^)ii il descendit la Garonne jusqu'à lîfirdcaiix ; ce lui par mer qu'il atteignit Nantes, et par la Loire qu'il arriva enfin en Anjou. Accompagné seulement du dernier de ses lils, César de Bourmont, il débarqua obscurément, le 4 juillet i 840, h Marseille, oii dix an.-» auparavant il avait été applaudi avec enthousiasme, lorsqu'il se disposait à laiie voile vers TAfrique a la ittUt (U' la vaillante armée qu'il condaisil, en vingt jour«(f de la pres([u'ile de ^idi-1 ci ruch dans les umn
HELATIO.N DE
de la capitale de la régence algérienne, pendant Irois siècles la terreur de la Méditerranée, et contre laquelle s'était brisée la puissance de Charles-ûuint. 11 alla à pied, ot sans suite, se loger modestement dans un hôtel non loin du port, où il attendit pendant trois jours le dcpart du bateau à vapeur qui devait le porter à Cette.
I! n'avait d'autre ambition que celle de revenir s'asseoir au foyer domestique, pour y achever, sous le toit de ses ancêtres, une vie usée tout en tière au service de la France et de la monarchie, et, loin de désirer que sa rentrée dans sa patrie, par la ville dont la conquête d'Alger a inauguré la merveilleuse prospérité commerciale, fût celle d'un triomphateur, il avait prié ses amis particuliers de faire usage de leur influence pour que les seiiliinents de reconnaissance de la majorité des habitants à son égard ne se manifestassent par aucune démonstration publique. Ses intentions furent respectées, et les nombreuses marques de sympathie qui lui furent témoignées se maintinrent dans une silencieuse réserve, il n*échappa néanmoins que par une circonstance fortuite a un guet-apens ourdi parles liaiiits politiques pour lapider le martyr de la fidélité royaliste, coiiiineles juifs ont laïudé le premier martyr de la foi chrétienne. Le jour du départ venu, les exécuteurs des hautes œuvres révolu-