‹ Relation de l'expedition d'Afrique en 1830 et de la conquête d'AlgerChapitre 5 sur 16 · A£LAT10M DE · texte numérisé non relu

A£LAT10M DE

sive, lorsque les négociations ponr la conclusion de la paix farent entamées. H (nU si^oc le comte de Frotté et Georges Cadoudal, Tun des trois chefs qui voulaient continuer la lutte ; mais force lui lut enfin de signer, le 4 février 18ÛÛ, ia paix que Gadoudal avait signée deux jours auparavant. Sou ami, le comte de Frotté, qui était entré en négociation de son cAté, fut attiré dans ^ un guet-apens, et fusillé.

S'étant rendu k Paris, comme les autres chefs vendéens, le comte de Bourmoni se ût remarquer par Fhabileté qu'il montra dans la condusion de la paciiicaiion, et fut appelé plusieurs fois chez le premier consul. Inébranlable à l'offre du grade de générai de division, que lui lit Bonaparte, il refusa pareillement le commandement d'une expédition qui aurait été envoyée dans llnde, pour y reconquérir les anciennes possessions françaises, et dont les oiiiciers auraient été pris principalement parmi les chefs vendéens et les émigrés rentrés en France, auxquels on aurait accordé des conditions avantageuses. Ce fut alors quil contracta Tunion qui a fait le charme et la consolation de sa vie si tourmentée, en épousant sa cousine germaine, mademoiselle de Becdeiièvre, fille du marquis de Becdeiièvre, dernier président de la cour des comptes au Parlement de Bretagne. II jouissait des premiers momeats de

iraûquilliléet de bonbeitr qa il eût jaouU ^oâ vs, lorsqae, quelqnes jours après rexpl*>iû)a de h michiiie injernale^ le ii dccetnbre '1 î^ai ordre de compandtre àenni fouchi. mi?.viir^ de la police. Complétemeni éiran^vr à c*:t 4:^ 3tat, il put affirmer qnll ii*ea coaaaûdait aii:!<-

I ment les auteurs, mais que, daas o'jr*\i\::x*)ù^ les royalistes n'en der aiaii pas être a«i*n^«i«s. Il

I renouvela la même ailircuay on le knrieriiain «i»^vaot le premier consul, cbez lequel il ai ait été

' mandé. PendaiU cetle au«lieij€e, on aon^.n^a le ministre de la police, et Bonaparte, qoi avnii dit, d'un ton de mécoûteateme&i, qu'on le ta SLittndre, lai reproda aree TÎoleoce ét Tooloir le tromper, lorsque le comte de IkiUtm^ni fut sorti-

j Le général Glarke, pins tard doe de Feltre, fut îéiijoiu de cet ciuporitment ilu premier consul,

I ei Fooehé, s'imaginant à tort qnll devait s en

1 prendre au comte de BouxmoQU dcviut dès loir>

I son acharné et constant persécnleor .

Le comte de Bourmoui éprouva bieniut 1 eflet

I de cette injuste rancune. 11 pooTait être mis au iiumbrc de royali:jieâ qui refusaieai de S€ r^lher au gouTemement consulaire, et il fut arrêté et

j enfermé au lumple, oii il ftii teuu au secret

1 qa'aa 9 février 1 801 . Quelques mois après, il fut transféré, à Tinsu de sa famille, dans la citadelle

i de Besançon, oh on le laissa d'abord sur la paille,

au foDdd'uQ cachot, peodaDt vingt-quatre heures,

avant de lui apporter une soupe au lard pour toute fiourriture» Il ne fut traité moins bnitaiementqu'à la suite tl une lettre qu'il avait écrite au premier consul. Ce ne fut qu'à force d'instan- 1 ces que la couitcsse de Bourmonl put arracher à Fouché le secret du lieu oii était incarcéré son mari. Elle sollicita alors et obtint la faveur de partager sa captivité. Contrainte par Téui de sa santé, que deux années de séjour dans la citadelle de Besançon avaient altérée, de retourner à Paris, elle fit, de sa propre résoluuou, deux icutauvcs auprès du premier consul, pour obtenir la liberté de son mari, qui, fort de sou innocence, ne voulait rien demander au pouvoir qui la méconnaissait. Dans la seconde de ces tentatives, elle se précipita et s'attacha, au péril d'être écrasée, à la portière de la voiture de Bonaparte, pour le forcer à prendre un placet. L'héroïsme de ce dévouemeut conjugal fut saus succès.

Le comte de Bourmont, voyant croître chaque jour les rigueurs de sa captivité, conçut, vers la fin de Tannée 1804, le dessein de s'évader, et y réussit, en perçant le mur de sa prison, eteo franchissant, à Taide d'une corde, les remparts w de la citadelle, après avoir échappé à la vigilance d'une triple ligne de sentinelles. La bienvéiltànle hospitalité qu'il trouva dans plusieurs honora-

bles maisons, en Fraucke-Coniié, dans lu lii'es.se, et aux environs de Lyon, loi facilita les moyens de se soustraire d abord aux recberciues de la police de Fouché. Déterminé ensuite à s^expa<* trier, il arriva à Perpignan, où il fui vu grand danger d^étre arrêté avant de passer la frontière*

I Réfugié à Lisbonne, il y vit entrer, en 1807, l'armée française qui avait envabi le Portugal,

' ms le commandi ment de Junot. A Tordre,

^ veno de Paris, qui lui fui alors signifié de passer aux Etats-Unis de rÂiuérique du ^iord, il répondit par un refus positif, et, grâces sans doute h liaterveniioa de Junot, il put rester à Lisbonne, estoaré de sa femme, qui l'y était venue rejoin-

i dre, avec leurs enfants.

" Involontairement jeté sur la terre étrangère, le comte de Bourmout y portail un cœur constamment français. Il nTiésita pas à le prouver,

, lorsqu'une armée anglaise, s'avançant à travers lePorlugal, soulevé contre Tinvasion française, avec Tassistance d'un corps auxiliaire espagnol, marchait sur Lisbonne, où le duc d'Abranlès uavait pas dix mille hommes à opposer aux fcrcesqui venaient fondre sur lui.

« M. le comte de Bourmont, dit la duchesse

« d'Abranles dans ses Mémoires, était du nom- <t bre des Français réfugiés; il pouvait dès lors ^ passer aux Anglais ou aux insurgés; il ne fit ni

« TuD oil'autrô; il vÎDt trouver Juoot, ei, comme « un Fi aurais parlant a iinFraïK^'ais, il lui dit : ce Monsieur le duc^ je n'ai pas reoié ma pairie ; « je suis Français ; vous êtes attaqué ; un homme « résolu et deux bras de plus peuvent vous être « utiles, je viens vous les offrir; voulez-vous <K m'attacher à votre état-major? — Junot, de « tous les hommes de l'armée, était eeluisurqui ce une semblable conduite devait faire la plus « profonde impression. Ils appiuclia Je M. de « Bourmont, lui prit la main, la lui serra, et ce lui dit d une voix émue, car lui-même Tétait <i beaucoup : Monsieur de Bourmont, non*sea- « lement j'accepte vos services, mais je vous « engage ma parole que votre rentrée en France « ne souffrira aucune difficulté; je vous en doune « ma parole d'honneur > et je n'y manqne « jamais. »

Chargé par Junot des fonctions de chef d'étatmajor de la division du général Loison, le comte de Bourmont prit part à la bataille de Vimieiro, où la valeur française, suceomljtiiii daus uue lutte démesurément inégale, conquit néanmoins une honorable capitulation, qui fui signée à Cintra, le 30 août 1808. Ëmbarqué, avec toute sa famille, sur uu des t ransports qui ramenaient le corps d'armée en France, il fut jeté par la tempête sur les cotes de Bretagne, dans la baie de

l'expédition U AFAïaiiË* 14S

QuiberoD. A peine avait-il mis le pied sur le sol de sa patrie, qu'il fui saisi par les agenls.de Fûuché^ et emprisooQé à Nantes.

C'est à La Rochelle, où il avait reçu, à son débarquement,UDeleltrede rempereurNapoléon I^% qui lui interdisait de rentrer h Paris, que Junot connut l'arrestation du comte de Bourmont. a Un jour, dit encore la duchesse d'Abranlès c dans ses Mémoires^ tandis que nous étions à « table, Junot reçut une lettre de Nauies; à t peine Feat-il lue, que son visage s'enflamma^ « et il laissa échapper un terrible jurement. Il a apprenait Tarrestation de M. de Bourmont. — « Et moi i^ui lui ai donné ma parole d honneur et qu'il pourrait aborder en toute sûreté ! s'écria- « l-il en se levant avec lureur. C est un tour de < Fouché. Mais nous verrons qui l'emportera,

Ce fut, en eûet, par son énergique intervention que Junot fit rendre la liberté au comte de Bourmont. 11 demanda ensuite pour lui à Tempereur, passant k Angouléme pour se rendre en Espagne, un emploi dans l'armée, et 1 obtint.

Le comte de Bourmont, de son côté, n^aspirait qu à recueillir les débris de sa fortune et à relever les ruines de son château, lorsqu'il reçut le brevet d'adjudant commandant, avec l'ordre de rejoindre Tarmée française à Naples. Le prélet du département de Maine et-Loire l'infor*

mait, en lui traosmettaot cette dépêche, qu'en

cas (le refus, il devait le faire arrêter el conduire à la frontière^ Napoléon dictait alors la loi du vainqueur k la majeure partie de TEurope, et le comte de Bourmont se trouvait eu foee d'une volonté contre laiiuelle aucune résistance ii*était possible. Le drapeau dont il avait été u& des derniers soutiens ne flottait plus nulle part depuis dix ans. Force lui était donc d'obéir à 1 autorité qui s iiuposaii à toutes les puissances du monde. Son sang maintes fois vené sous le drapeau de reiapire témoigna de la loyauté du serment qu'il lui avait prêté.

Arrivé en Italie, le comte de Bourmont, que le général Partouneaux avait choisi pour soo chef d état-major, mérita, à Taffaire de Bagnara, d'être mis à Tordre du jour. Mais les Êiti^nes de la guerre, sous le climat du midi, altérèieot sa santé, et il fut chargé du commandement d'un département à Ghiavari. Il fut appelé de là à Milan par le prince Eugène, vice-roi d'Italie, qui rattacha à son état-major, etieuvoya ensuite k Inspruck, pour préparer le pas* sage des troupes qui formèrent le qualrièûie corps de ia grande armée dans la campagne de Russii , on 1812. Il prit part, avec une remarquable distinciion, à toutes les opérations de ce corps, pendant cette célèbre campagne. La bra-

L^EXPÉDITIOH D^AFaiftUE. 145

Yoare et rintelligence de ia guerre dont il fit

preuve à la bataille de la Moskowa lui valurent les éloges du prince Eugène, et la garde du champ de bataille lui lut coutiée*

Dans la désastreuse retraite, il reçut un bis* caiea à la jambe au passage du Wop, et le viceroi lui dit, à la suite de cette déplorable journée, après ravoir compUmeuté sur les services quil avait rendus : « J'ai encore demandé pour vous a le grade de général de brigade, mais je u es- « père pas Tobtenir. Trois fois déjà TEmpereur « m'a renvoyé votre nom rayé sur les listes de « propositions que je lui avais soumises. II en a <i été de même pour ia croix de la Légion d 'bon* « neur. Cependant je renouvellerai mes ins- I « tances ; je le dois, car vous avez bien des fois « mérité- récompense. »

Les débris de l'armée parvinrent enfin à ia frontière de Pnisse, le 13 décciiibrc 181:2. Sue-

I Gombant aux souffrances de cette horrible re- ! traite, qui moissouna tant de milliers dlionuBes, ! le comte de Bourmont fut laissé mourant à I Marienwerder. 11 était prisonnier des Russes lorsqu'il recouvra la santé ; mais il réussit à leur échapper, et à rejoindre l uimée, oii il fut placé dans le onzième corps, commandé par le général guier, sous les ordres du maréchal Macdonald. Le lendemain de la bataille de Lutzen,

I4t> HELAiiO> DE

Napoléon pas^a la revue du uuzièuie corps sur le terrain même où il avait eombatta, et le maréchal Macdonald lui dit : « Sire, je vûus « demande la croix poar M. de Bonrmont, qai « acoutiibué au gain de la bataille. » Napoléon I'' hésitait, lorsque le maréchal ajouta : « Pour le bien de son service, Je souhailerais ^ à r£mpereur beaucoup d'officiers comme celui- <c là. » Napoléon dit enfin : a Ëli bien, je « raccorde,

Dansectie même campagne de 1813, chargé parle général Gérard de soutenir, à Rostnottsitz, les tirailleurs repoussés par la cavaleiie pru^ sienne, le colonel de Bourmont exécuta cet ordre avec la plus grande vigueur, reçut deux coups de lance et sept coups de sabre, et te grade de général de brigade, plusieurs fois déjà demandé pour lui par le général Gérard, ne lui fut plus refuse par r£mpereur.

Les blessures du général de Bourmont, qui Ta valent obligé de se rendre à Dresde, n'étaient pas encore cicatrisées lorsqu'il rejoignit Tannée, où il eut le commandement d une brigade dans la division du général Ledru des Essarts. A la bataille de Leipsick, il disputa énergiquemeut aux Russes la possession d'un faubourg de la ville, et marchant, Tépée à la main, à la tète de • ses colonnes, en repoussa trois fois Tennemi à

la baïonnetie. Forcé de céder enfui au nombre, il fit retraite à travers la ville, et passa le poat dix luin aies avant qu'on le fît sauter. A Hanau, se trouvant, à onze heures du matin» leseul otticier géDéral reste à cheval dans la forêt, il prit le commandement de toute Tinfanterte, qui ne préseu-» tait plus guère que li uis mille combattants, avec lesquels il conserva, pendant toute la journée, ses positions contre trente mille Autrichiens et quinze bouches à feu. Sa brigade était réduite à six cents hommes, lorsque l'armcc a)aul reiiugradé jusqu'à Mayenee, il obtint un congé de convalescence, que réclamaient les soias à donner atuL blessures qu'il avait reçues à la téte.

Dans la campagne de France, en 1814, sa brigade, placée sous lesordres du général Gérard, fut reieaue à Troyes par le maréchal Mortier, et coopéra à la défense de cette ville, après la bataille de Brienae. Dans la retraite de Fanuée vers Nogent, le général de Bourmont, posté à Tarrière-garde, fut laissé à iNogeiit par le duc de Bellune, avec ordre de défendre cette ville jusqu'à la dernière extrémité. « C'est pour con-» « smer le pont que l'Empereur vous place ici, » lui dit le maréchal* Le passage de la Seine, défendu pendant trois jours par douze cents bommes contre une infanterie d environ quinze nulle Russes et une nombreuse cavalerie au tri-

cbienne, justifia, par Thabileté des roesares que

prit le général de Bourmoût, cl par le courage qa'il déploya, la eonfiaoce qui lai avait été accordée. 11 fut grièveuieoL blessé d'uue balle, qui le frappa au genou, dans cette lotte si glorieusemeui inégale, et Napoléon P'', à qui il donna, en arrêtant Farinée austro-russe devant Nogeot, le temps de battre les alliés à Gliampaubert et k Hontmirail, reconnut cet importaot service en le nommant général de division.

Lorsque la Restauration arriva, le comte de Bourmout attendait ciiez lui, en Anjou, la guérlson de ses blessures. Avec la modestie qui le caractérisait, 1 honneur de se remettre à la disposition du roi, et de pouvoir se vouer de noo^ veau à la cause pour laquelle il avait été emprisonné et exilé, après Tavoir soutenue jusqu'à la dernière extrémité^ était tout ce qu'il aml)iiionnait, sans même le solliciter. Appelé à un emploi de son grade, il reçut le commandement de la sixième division militaire, dont Besançon était le chef-lieu, il occupait ce poste depuis Tannée précédente, lorsqu'à la nouvelle du débarque* ment en France de Napoléon i ', au mois de mars 1815, il fut chargé par le ministre de la guerre de réunir un corps de troupes destiué à être dirigé sur Lyon. Le maréchal Ney prit à Lons-le-Saulnier le commandement de ce corpst

avec les lieuteuanis généraux Lecoui be et de Bonnnont sous ses ordres. Lorsque, cédant à rascendani de son aucieo maître, le maréchal Ney se laissa tout à coup entraîner, suivant sa propre expression, à une déplorable défection, le 44 mars 4818, lesdeux'lieutenants généraux Leeûurl>e et de Bourmont s'efforcèrent en vain de le dissuader de cette fatale résolution. L'un et Tautre se séparèrent alors du maréchal pour se rendre à Paris en toute hâte. Le comte de Bourmont y arriva dans la nuit du lôau 19 mars, et annonça au roi, dès le matin, les événemenls dout il venait d'êire témoin à Lon&-le-Saulnier. La nuit suivante Louis XVIII quitta Paris, ou Napoléon l^^ entra le 20 mars.

Le comte de Bournionl fui ol)Iigé de se cacher, pour se soustraire à un ordre d'arrestation qui avait été lancé cuulre lui par le maréchal Ney. L'apposition du séquestre avait été, en outre, ordonnée sur ses propriétés. Néanmoins lorsque Tintégrité du territoire français lui parut menacée ^1), daas rinccrtilude où chacun était des

(t) Avant de parUr pour suivre le roi Jusqu'à la fronlière, le général DessoUe avait rapporté au général de Bourmont que Louis XVItl lui avait dit : « Il est probacbleque les alliés voul prendre les armes, et celle fois « peu!-;''lre feronl-ils là guerre pour leur proijre compte : V b ii eu est ainsi, agissez Uaus i iaiérct de la pairie.

150 REUkTlOU Dfi

événements imminents, ne prenant conseil que

de son pairiolisme, il accepta le commandement d'ane division que le général Gérard, qui Festimail et Taimait, avait demandé et obtenu pour lui dans le corps d'armée placé sous ses

ordres.

Hais lorsque ÏActe additionnel aux constiui*

tioiiii de TEmpiie fut présenté, à la fin d avril, à Tacceptation de Tannée comme à celle de la naiiuii, le général de liourmont refusa par écrit d'adhérer à cet acte, dont Tarticle 67 proscri* vaii du troue à perpéiuilc la maison de BourboD. li si^a son refus, auquel s'adjoignirent, à sod exemple, tous ie.s otâciers de son état-major particulier. Ne voyant pas venir sa destitution, qu'il avait provoquée par ce refus de serment, il demanda un congé pour aller aux eaux. Mais il n'avait ni reçu sa destiiation, ni obtenu un congé, lorsque Tarmée se mit en marche vers la ironlicrc*

La lettre qu'il écrivit, avant le commencement des hostilités, au général Gérard, le 15 juin ISirJ, après avoir remis le commandement de sa division au général Hulot, le plus aucien général de brigade, expose les raisons qui Tavaient empêché jusque-là de s'éloigner de Farmée, à laquelle il n'appartenait plus, après avoir rompu le lien du serment qui Vy attachait.

L'EXPfDITIOIf D'AFRIQUE. 151

Voici cette lettre, datée de Florence, petit village situé sur le territoire français près de la frontière belge, etcertifiée conforme à roriginal parle maréchal comte Gérard, le 14 juin 1840.

« Non général, si quelque chose au monde « avait pu, dans les cireonslances acluelles, « me déterminer à servir l'Empereur, c'eût été a votre exemple et mon attachement pour vous, « car je vous aime et vous honore bien sincère- Cl ment. 11 m'est impossible de combattre pour « afferinir un gouvernement qui proscrit mes « parents etpresque tousles propriétaires de ma « province. Je ne veux pas contribuer à établir « en France un despotisme sanglant qui per- « drait mon pays, el il m'est démontré que le « despotisme serait le résultat certain du succès « que nous pourrions obtenir.

c( On ne me verra pas dans les rangs des I (( étrangers; ils n auroui de moi aucun rcnsei- « gnement capable de nuire à Tarmée française, « composée d'hommes que j atmc et auxquels « je ne cesserai de prendre un vif intérêt ; mais « je lâcherai d'aller défendre les proscrits fran- « çais, de chasser loin de la patrie le système

de coiiliscation, sans perdre de vue la conser- « vation de Tiodépendance nationale.

« J aurais donné ma démission et serais ailé

K chez moi, si j avais pu croire qu'on m'en

15â RELATION DE

« laissâtie maître. Gelane m'apasparu vraisem- « blable dans le moment actuel, et j ai dn assoit rer par d'autres voies ma liberté, afin de ne « pas perdre tout moyen de concourir au réla- « blissemeiit d'un meilleur ordre de choses eo « France.

« J'éprouve uu proibnd chagrin deFidéede

« la contrariété que vous causera mon départ, et Pour vous éviter un désagrément, j'expose- « rais cent fois ma vie, mais je ne peux renoncer et à l'espoir d'être encore utile à mon pays.

« Toujoursct quoi qu'il arrive, je conserverai « pour vous rattachement le plus sincère et le « plus respectueux. »

«( de BOURMONT. »

. 11 y avait un genre de courage bien supérieur

h celui que le comte de Bourmont avait tant de fois déployé sur les champs de bataille, à abandonner seul, avec son t^tai-major particulier, une armée familière avec la victoire, à laisser sa

famille exposée au ressentiment de Napoléon F,

si la cause impériale eut triomphé, à s'exiler volontairement, en uu mot, pourobéiràsacons* cience, lorsque les chances de succès semblaient

contraires au parti qu il embrassait. On voit qu'en agissant ainsi le comte de

Bourmout cuicndait remettre dans le fourreau

l'expédition dafriqub. iHi

Tépée qu'il avait cru tirer cootre Tétrauger, niais qiril ne pouvait tourner contre la rovaaté qu'on lui avait demandé de renier, et à laquelle il voulait et espérait être utile. Il arriva à Gand, auprès du roi Louis XVHI, le 16 juin, le jour même où les Français gagnèrent sur les Prussiens la bataille de Ligny, après avoir surpris les alliés et s être emparés de Charleroi. Ce sont donc les faits eux-mêmes qui donnent un irrécusable démenti à cette mensongère invention de l'esprit de parti que le général de Bourmont aurait communiqué aux étrangers les plans de ' Napaléon I*"'. La fausseté de cette absurde imputation ne résulte-t-elle pas évidemment de ce que, si le comte de Bourmont, qui traversa les lignes prussiennes sans communiquer avec elles autrement que pour prendre un sauf-con* duit, eût éclairé les généraux des armées allit^es, non pas sur les plans de Napoléon P% qu'il ne connaissait certainement pas (1), mais sur les dispositions de l'armée française, ces généraux n eussent pas manqué de proliter de l'avertisse-

;i) Le général do BouniionL pouvait bien avoir des iiislrn îions relatives au service particulier de sa division; niais, outre qu'il les avait toutes remises au général Huloi, comment admettre, ci à quel homme qui réfléchit un peu fera-t-on Jamais croire qu an simple général de dtvisioa ait pu être dans le secret de Tensemble des opérations projetées par TEmperear ?

RELATIOR DE

ment pour ne pas se laisser surprendre? Mais la

dispersion de leurs forces, lorsqu ils furent attaqués, atteste incontestablement, au contraire, qu'ils ignoraient que celles des Français iussenl massées pour entrer en Belgique. Le Moniteur d'alors a été Torgane obligé d'une accusation calomnieuse, lorsqu'il a annoncé que le général de Bourmonl avait passé à rennemi^ en allant rejoindre le roi à Gand. C'est s'il eût fait le contraire de ce qu'il a fait, c'esl-à-dire s il eût adhéré à VActe additionnel, et combattu ensuite sous le drapeau impérial, que le comte de Boiirniont eut pu être uccusé d'avoir iralii la cause à laquelle il a sacrifié tous les jours de sa vie dont il lui a été permis de disposer librement*

Lorsque Louis XVIII reprit la route de Paris, accueilliavec unvéritableet sincère enthousiasme par les populations du nord de la France, lecomte de Bourmont, nommé gouverneur de la seizième division militaire, passa la frontière, suivi de ving-cinq officiers français, de cent volontaires, avec quinze cents fusils dans des caisses, se fit rendre la place de Lille, fit reconnaître Tautorité royale, sans rintervention d'un seul étranger, dans toutes les forteresses des déparlements do Nord et du Pas-de-Calais, en empêcha les arsenaux de tomber aux mains des alliés, et conserva

l'ekpéjutiou d'afrique. lÔS

à la France qaatre mille pièces de caDOD, quarante mille fusils et six uiilUons de francs.

Lors de la formation de la garde royale, le comte de Bourmont reçut le eoiamandemeat de la deuxième division d'infanterie de ce corps d'élite, et c'est à la tête de la divisiou dite de réserve, ou figurait Tinfanterie de la garde royale, qu'il se signala dans la campagne d Espagne en 1823. Arrivé à Madrid, il marcha sur Séville, où ilfut chargé de préparer lafloltille deslinéekbumbarder Cadix. Lorsque Topinion de prolonger le blocus de cette place avait prévalu dans les conseils du duc d'Angoulême, ce fut son avis qui détermina le prince généralissioie de Tarmée à prendre la résolution d*une attaque immédiate. Le prince lui confia alors le commandement des troupes que Tescadre placée sous les ordres du contre-amiral ûuperré devait débarquer dans File de Léon. Les retranchements du Troeadero turent enlevés avant que Tétat de la mer permit de mettre les troupes à terre, et le but de la guerre fut atteint.

Chargé de prendre possession de Cadix, le comte de Bourmoni donna une nouvelle preuve de là fermeté en même temps que de la modération de sou caractère. Le général d'Aulnoy, nommé par Ferdinand VII commandant de la ville, ayant persisté à vouloir taire arrêter, en vert**

iB6 REIATIOlf DE

d'ordres reçus de son gouventenient, les prinei-* paux chefs du régime auquel nos armes venaient de mettre fin, le général de Boarmont lai sîpifia qu ils étaient placés sous la protection deTarmée française par la capitulation qui avait rendu la liberté au roi d Espagne, et le lit sortir de Cadix sur-le-chanop.

La pairie fut la récompense des services éminents rendus par le comte de Boarmont dans cette importante campagne de 1823, et, lorsque le duc d'Angoulème quitta TEspagne, ce fut au général dont il avait pu apprécier le mérite qnll laissa le commandement en chef de Tarmée d'oocupation. Ce choix, sanctionné par le roi Louis XVIII, fut accueilli, avec une reconnaissance chaque jour croissante, par les Espagnols de toutes les classes de la société qui désiraient le rétablissement et raffermissement, dans leur patrie, de Tordre monarchique et d'une sage liberté. Le roi Ferdinand VII, partageant Testime générale qu'inspiraient le caractère do commandant en chef de Tarmée française et lesprit de conciliation qu'il unissait à Ténergie de la volonté, lui accorda une confiance pleine et entière, et lui en donna de nombreux témoignages.

Cependant un ministère bien intentionné envers la France ayant été subitement renversé par

l'expédition D'AFRIQUE. 187

des intrigues diplomatiques, et remplacé pardes mioistres subissaui des iollueûces iaquiéiauies pour les intérêts français en Espagne, le comte de Bourmoni engagea fortement notre ambassadeur à Madrid, le marquis deTalaru, son ami et son parent, à protester avec vigueur contre cette grave mesure politique, qui avait élé prise à son insu. Le marquis de Talaru ne crut pas devoir suivre ce conseil, et le comte de Bourraont aima mieux être rappelé à Paris, pour y reprendre le commandement de sa divisioii de la garJc royale, que de prolonger à Madrid les inconvénients d'un désaccord entre Tambassadeur et le commandant en chef de l'armée d'occupation .

Rentré à Paris en 1824, lecomie de Bourmont, cédant plus tard aux instances du prince de Polipaeetdu comtedela Bourdonnaye, et au désir formellement exprimé du roi Charles X, accepta le portefeuille de la guerre dans le cabinet du 8 août 1839. Dès le début de son court ministère, il domui à 1 ai mée une preuve sympathique de son active sollicitude, en réalisant une mesure qui lui permit d augmenter la solde des retraites, I sans accroître le chiffre du budget, au moyen des I économies administratives qu'il sut faire, nolammeDtdansrhabillement des troupes. L'ordonnance royale du i 0 octobre 1 829, qui établit cette améiioration de la solde des retraites, servit plus tard

1S8 UUTlOIf DE

de base à la loi du M avril i 831 sur les pensions militaires. Le temps lui manqua pour réaliser aussi un système de recrutement qui devait concilier, sur un principe équitable, 1 inicrèi des familles avec celui de l'armée, et dont il faisait préparer le projet par le générai Clouei, son ancien chef d*état-ma]or en 1815, et son ami, qu'il avait adjoiiu à ses vues élevées comme directeur de Tadministration de la guerre.

Mais un mnustrc de la guerre capable, et Armement dévoué à Taccomplissement de tous ses devoirs, parut redoutable à la grande conjuration qui sapait les fondements de la royauté. Les attaques dirigées contre les souiiens du trùuc étaient un acheminement à le renverser, et les joui fiaux au service des trames révolutionnaires s'acharnèrent, avec une violence excessive, à vociiérer contre le comte de Bourmont les impuations calomnieuses renouvelées de 1815. Le sentiment de sa dignité lui imposait le dédain de ces clameurs, et la modération de son caractère lui inspirait une invincible répugnance à engag( r uni5 polémique avec la presse, organe des passions politiques. 11 pensait que c'était à la Chambre des i>;iirs, dont il était membre, qu'il apparienaitd'entendrelesexplications péremptoiresqu'il aurait données, si Toccasion s'en était pré. sentée,dansie court espace de tempsquiséparason

l'expédition d'afriquë. 1Ô9

entrée au miuistëre de sou départ pour l'Alrique. Ce fat donc par uo nouveau service rendu à son pays, par uae éclatante victoire, qui dota la France d'une précieuse colonie, qu1l répondit aux déclamations de Tesprit de parti, avec uue véritable c^randeur d anae.

Cet aperçu biographique était nécessaire pour donner une idée du caractère et de la ca()acilé, comme homnae de guerre et comme homme politique, du général appelé parla confiance du roi à diriger l'expédition d'Afrique. Si on doit la vérité et la justice aux morts, ce devoir est plus sacré encore quand il s'agit du maréchal de Bourmoni, dont la vie tout cuiière, fidèlement exposée par un narrateur qui a été en position de le connaître, est unecon)plète réfuiaiioa des imputations passionnées dont il a été injustement l'objet.

RELATION DB

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