‹ Relation de l'expedition d'Afrique en 1830 et de la conquête d'AlgerChapitre 6 sur 16 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Derniers préparali fs do rexpcdilion. — Embanjucmenl de Tarméc ii Toulon. — Navigation. — Débarquement sur la côte d Afrique.

Père de sept enfants, le comte de BourmoDt,

partant pour une uouvclle croisade, qui allait, au nom d'un descendant de saint Louis, venger par la prise d'Âlger la mort du pieux rot devant Tunis, emmenait avec lui ses quatre premiers fils(l),ea)pressésdcmarcliersurseslraces.Lecmquième et dernier (â) était inconsolable de son âge,

(i) Le comte Louis de Bourmont, capitaine délaimajor, aide de camp de son père et chef de son cabinet ;Amédée de Eourmont, lieutenant de grenadiers ao

49« régiment de li^nc; Charles de Bounnont, lieuie- , nant aide-major au 3^ de lifine, cl Adolphe de lUuirniout, soLis-lienlf'iiaîil (rélal-major, attaché au l.'i^ doligoe.

(i) César de Uourniont, qui, sorti du collège de Juilly aussitôt après la révolution de Juillet, aila rejoindre en Angleterre ses trois frères et son père. Lorsque le maréchal quitta l'Angleterre en 1831, pour se rendre à Massa auprès de la duchesse de Bcrry, il fit à pied, avec son U'brc aîné et son Irêre Adolphe, la roule de Rollerdaw en Suisse. Il passa dii lienève, où il avait retrouvé lu maréchale, sa mère, et ses deux soeurs, dans la Vendée, et fut, au printemps de 183â, un des premiers royali&les

l'expédition D'AFRIQUE. i6i

qui retenait sa jeaneardear au collège de Jailly.

Avâût de porter k Hslâmisme le coup qui devait le frapper dans son repaire le plus redouté, le destructeur de la piraterie barbai cstiiie alla, suivi de ses quatre fils, démander à Tarchevéque de Paris sa bénédiction pastorale, et, la veille de leur départ, les cinq eroisésreçurentensemble la sainte

qui prirent les armes. Il se signala tout d abord par la bravoure héréditaire doai ii avait le fea dans le toear. Le soulèvement vendéen ayani échoué» il échappa aux poarsnites dirigées contre ceux qui y avaient pris part. Lorsque le maréchal de Boarmont, répondant à Fappel fait à sonépéc par le roi dom iMi^uel, se rendit en Poriupal en 1833, il le suivit, el arriva avec lui devant Porto. 11 se distingua, comme ofticier d'élal-major, dans cette lutte de la nationalité portugaise contre l inHueuce étrangère, se fit remarquer, sur les bords du Dooro et sur les riyes du Tage, n^ayant pas encore vingt ans, par son sang-frotd, sa présence d^esprit et son coupd'œil ïTîiliiaire, mérita deux fois d'être décoré sur les champs (le bataille, et reçut de la main même du roi dom Miguel la croix de Tordre de Notre-Dame de la Couceptioii, el celle de Tordre de la Tour et de Î1 pée. II resta, avec son frère aîné, au service de dom Miguel, lorsque le maréchal, leur pére, fût obligé d'y renoncer par Timpossibilité où lise vit de fiùre adopter les conseils et les mesures propres à assurer le succès de la cause de ce prince. Après la capUuUilion qui mit iia a la luUc, et qui fut signée à Evoraen mai i83i, il somlmnpia avec son frère le comte l.ouis de Bourmont, et iih redirigèrent, à travers la Méditerranée, vers la Suisse, où leur arrivée compléta la réunion de leur famUle, qu'ils suivirent en Italie. 11 accompagna en 1810 le maréchal rentrant en France après un exU volontaire de dix années, et à peine

162 RBUTIOll M

communion, de la main de Mgr de Qiiélen, dans la chapelle du ministère de la guerre.

Le commandant en chef de rcxpédilion arriva à Toulon le 27 avril, et fut logé à 1 Uôtel de ville. Son élat-raajor particuliei se composait de sept officiers, dont deux aides de camp, MM* de Trélan et Louis de Bourmont, et cinq officiers d'oriioa-

convalescent d'une maladie grave, qui ne lui pennetlail | de voyager que par eau. Après trois jours passés à Mar- j

seillo il a Uendrc le bateau à vapeur qui devait les conduire ;i Celle, il faillit être vicllme d*un guet-apens i préparé par les haines politiques. Précédant le maréchal dans leur embarquement, ii s acbeminait vers le bâUment lorsque les assassins, croyant que la voilure qui le portait contenait aussi son père, Fassaniirent i coups de pierres» Voulant faire tôte à Toragc, cl proléger les amis qui raccompagnaient, il se préscnla a la jmrlière, ; et fut aUeiiit au front d'un pavé qui le renversa baigni'^ I dans son sang. Ce fut grâce à l énergie d*Qii détache- j ment du S0« régiment d'iofanterie légère, eommandè | par un capiutine, notre ancien compagnon d'armes ea ÂfHque, qu'on put le placer dans une barque, que les | forcenés, furieux d'avoir in itiqué le coup [prémédité coiilrc le maréchal, ])Oiirsuivircnt dans une embarcation en lançant des pierres. Ils furent même sur le point de l'atteindre pour la couler bas, avant qu'eUe parvînt au bateau à vapeur. Saisi d*un refroidissement & la chasse, le comte César de Bourmont fut enlevé li sa famille par une pleurésie, à Tàge de 39 ans et six mois, ea 1^. 11 mourut au château de Bourmont, en bon chrétien comme il avait vécu, et fut vivement regretté des nombreux amis que lui avaient ac(iuis sa loyale franchise, la noblesse de son cœur, Télévation de son esprit et la distinction de ses manières.

l'expédition d*afriqob. 463

nance, MM. de la Myre-Morv, d'Arlhel, d'Aull- Dumesnil, de Maillé et de BieDcourt. Quatre jeunes sous-lieutenants de cavalerie, MM. de fieUevue, de Betbisy, de Noailies et le prince de Chalais, avaient été autorisés par le roi à faire la eampagne à la suite de Tétat-major particulier du général en clief*

On s'était assuré des ressources que pouvaient offrir TEspagne et les lies Baléares^ et le gouvernement du roi s'était entendu avec le gouvernement espagnol pour 1 établissement d'un Wpîtal à Mahon, où Ton évacuerait au besoin des blessés et des malades. Il avait aussi obtenu delà cour de Madrid que les bâtiments français de guerre et de transport pussent relâcher et stationner, s'il y avait lieu, daiis tous les ports d'Espagne. Les relations d'estime et de confiance réciiiruqucs coii tractées par le comte de BourmoQt avec les principaux hommes d'État espagnols, pendant son séjour ;i Madrid, comme eommandant en chef de Tarmée française d'occapaiiûu, avaient contribué à établir cette entente entre les deux gouvernements.

Trois agents français, MM. d'Âubignosc, Rrimbert et Gerardin, qui avaient une connaissaocepraiique des pays musulmans, acquise dans le Levant et en xVfrique, avaient été rliiirgés de reconnailre les dispositions du bey de Tunis, et

le général en chef apprit, a?ant le départ de

Toulon, par le retour des deux premiers, et par un rapport très-détaiUé de M. d'Âubignosc, le résultat saiidfaisant de leur missiou. Il reçat aussi des renseignements précieux de M. de Lesseps, consul général de France à Tunis, Tous ces documents annonçaient que la poUtiqoe anglaise agissait secrètement par ses émissaires sur les populations maures et arabes pour les rendre hostiles à rcxpédîtion française.

Je n'ai pas besoin de dire que ce ne fut point sans éveiller Tattention de rËurope, que la France av ait improvise en trois mois cet immense armement qui allait descendre sur la côte d'Afrique. Mais toules les puissances chrétiennes, à Texception de Tégoïste Angleterre, applaudirent à la généreuse résolution du gouvernement du roi, exprimée par le prince de Polignac, ministre des affaires étrangères, en termes noblement conformes à la politique extérieure de la Restauration, qui fut toujours ferme, grande et nationale. Aux jalouses inquiétudes du cabinet britannique, qui, craignant les résultats de nos succès probables, mettait tout en œuvre pour tâcher de nous détourner de notre belle enrre* prise, le prince de Polignac répondit, le 42 mars i830, par une note diplomatique adressée au duc de Laval, notre ambassadeur

L'£XPÉUiliU.\ DAFRliiUË

a Londres, et doiu il fut aussi donné communieatioû k toutes les autres puissances par les

représentants de la Fiance auprès des cours élraogères

Le prince de Polignac faisait entendre des paroles dignes de la nation française dans cette note, où il disait :

t Obtenir une satisfaction pour i insulte laite « à un de ses agents, une réparation légitime « des préjudices éprouves par la France et « raccomplissement des engagements que le « dey se refusait à remplir, tel a été d abord le « but que le roi s'est proposé d'atteindre. Les « événements ont donné ensuite un développeff ment plus étendu auK projets de Sa Majesté. « Le dey a détruit et ruiné de fond en comble « tous nos état>lissements de la côte d'Afrique, « trois ans de blocus n'ont fiiit qu'accroître son a insolence, et au lieu de réparation à nous « donner, il n'a plus parlé que des exigences et « des prétentions qu'il comptait faire valoir lui- « même contre la France ; enfin, il n'a répondu « aux propositions pacitiques qu un des com« c mandants de notre marine a été lui porter, jusa que dans son palais, que par un refus absolu, « et, au moment où le vaisseau parlementaire « se disposait à sortir du porl, cebàliment s'est « ?a tout à coup assailli par le feu de toutes les

« baltei ies les plus rapprochées, sur uu signal

<x parti du château même occupe par le chef de

a la liégeoce. Le roi a donc été forcé de recon-

c( naître qu'aucun arrangement n'était praticable

a avec le dey, et que, quand bien même on

« parviendrait h ramener à conclure un traité

« quelconque, la conduite précédente de la Ré- ,

(( gcnce, rapproché c des évcneiueiUs plus ré- |

« cents, ne laissait aucune garantie que cet ar* >

« rangement fût mieux observé que ae Tavaient ;

a été nos conventions tant de fois renouvelées, j

(( et violées tant de fois par le gouvcruemeot i

K algérien. Ces considérations nous ont con*

« vaincus de la nécessité de donner à la guerre

« un plus grand développement. Dès lors nous

« avons du aussi penser à assigner k celle guerre

« un but dont Hmportance répondit à Tétendue

« des sacrifices qu'elle allait nous imposer, et i

« le roi, ne bornant plus ses desseins à obtenir

a la réparation des griefs particuliers de la i

a France, a résolu de faire tourner au profil de

« la chrétienté tout entière Texpédition dont il | « ordoniiaii les préparatifs, et il a adopté, pour ce but et pour prix de ses efforts : la deslruc- (( tion dtiliuitive de la piraterie i iai>olitiofl « absolue de l'esclavage des chrétiens ; la supa pression du tribut que les puissances chié a tiennes payent à la Régence. »

l'expédition d^fbiqob. 101

Lord Stuart, ambassadeur d'Angleterre à

Paris, obsédait deses iioies le pniJcedePûiigûaCt poar lui arracher une parole de désa?eu de cette généreuse et grande xc^olutioQ, invariableuiciit prise par le gouvernement du roi. Impatient de voir toutes ses instances éludées, il tiigagea une fois, dans une soirée de réception au mini&tère dcsaffoires étrangères, avec le l)aron d'Haussez, une conversation particulière, où il alla jusqu^à déclarer que l'Angleterre s'opposerait à Texpédition. Mais il reçut immédiatement la réponse explicite qu'il avait provoquée. <( La France ne « tiendrait aucun compte de ropposition de « VAngleterre^i» lui fut-il vivement répliqué, en termes plus énergiques que la plume ue peut les reproduire. « Cette réponse, ajouta le baron « d'Haussez, est celle du ministre de la marine, « si vous la voulez traduite en langage diplo- « matique, adressez-vous au prince de Polignac, <c ministre des affaires étrangères, qui est « ici (1). »

L'insistance réitérée de la Grande-Bretagne

lui donc impuissante à obtenir de la France au-

(1) C cbt à l'inlimité amicale donl m'honorait le baron d'Haussez que j'ai dû la coiinaissaiice des parliculai iiés de colle conversation, où raulrccuidancc anglaise fut vericmeui réprimée à la façon française, comme cUe avait mérité de l'être*

RËLATlOiN DE

cun engagemeut contraire à sa résoluiiou ullcrieure, relativement à la conquête qae lui assureraient ses armes. Pour âtlciudre le iriple but que le gouvernement du roi avait déclaré avoir en vue, cette résolution ne pouvait être qu^ la conservation du pays conquis. A la veille du départ de la flotte, le prince de Polignac annonça encore une fois à toutes les puissances étrangères, dans une nouvelle note du 12 mai, que la France, en entreprenant l'expédition «dans rintérèt delà chrétienté touten* tière, » entendait deuicurer (( exempte de tout engagement antérieur. » Le comte de Bourmont, qui connaissait certaineuieiii bien les intentions gouvernementales qu'il avait si puissamment contribué à faire adopter, comme membre influent du ministère, et dont il avait été chargé de préparer la réalisation, a constamment agi dans le sens du langage diplomatique tenu par le prince de Poiignac, depuis le jour où il a mis le pied sur la terre d'Afrique. Plus tard enfin, dans une lettre écrite de Yiterbe^ en 1838, à M. Abel, rédacteur eu chef delà Gazette du Midi (1), il a dit explicitement : «Je « suis convaincu que le cabinet de Charles X

(1) On trouvera plus loin cette lettre citée tout entière.

« n'a jamais eu Fiiitentioii d'abaQdoniief TAl*

a gérie. »

l'Angleterre, aprèss^étreavaDeéejosqo'àlame-

ûace, laissa notre tloue, portant r^^Tînée expéditionnaîre, sillonnerpaisibiemenl la Méditerranée* Nous ajjpi iiiies eu Afrique, par une dt^pêche do imnce de PoUgnac ao général eo chtf , datée da 10 juin, que le ton du Foreign-Office s élaii adouci. Mais il gardait et dissimalait sa raoenne : il se parduiuiapasau gouvernemeut deCliarlesX d'avoir bravé ses prétentionsà entraver notre liberté daciion dans les conséquences d'une i^LitMre l^time^ et d'avoir bumilié Torgueil briianiiique, en détruisant, aux acclamations du monde civilisé, la piraterie barbaresque dans son repaire d'Alger, contre lequel lord Exmoatli avait échoué eu 1816. J apporterai, dans la suite dece récit, la preuve irrtoisable que le cabinet anglais, présidé par lord Wellington, s'in^^pira de ses jaloux ressentiments pour eoopérerà la révolaiion de juillet 1830, et au renversement de noire antique royauté nationale, gardienne trop fidèle, son gré, de Thonneur et de la dignité de la France.

L'expédition projetée était très- populaire DOS provinces méridionales, où cbacnn était à même d'en juger de plu^ près Turgence et d'en mieux évaluer la portée que dans le reste du

pays. Les dépaiiemeuis méridionaux, il faut le dire aussi, étaient particulièrement intéressés à la questioQ de la sécurité du commerce de la Méditerranée. L'appaiiiion sur les cùies de la Provence d'une armée et d'une flotte, dont la vue présageait la vicioue, exalta les esprits ardents de ce peuple si inflammable. Â cette chaleureuse sympathie des habitants de la Provence pour tous ces braves, (}ui allaient faire repentir les Algériens de leurs mélaits, a succédé une vive reconnaissance pour les vainqueurs à leur retour* La réception la plus hospitalière attendait, k la sortie du lazaret, les blessés et les malades queTespoir de respirer la sauté dans Fair natal avait ramenés en France. Tous le& secours, tous les égards, tous les éloges leur étaient prodigues. Le souvenir de cet accueil si français est resté d'autant plus cher aux soldats de l'armée d'Afrique, qu'ils ont connu d ailleurs les dédains, les jalousies, l'ingratitude et les injustices de Tesprit de parti.

A la fin d'avril, l'armée expéditionnaire était réunie, la première divisiou à Toulon, la seconde à Marseille, et la troisième à Aix. Bien que quelques voiles, venant des ports de l'Océan, n'eussent pas encore rallié la flotte, roriiaiiisation de Tarmée navale était également terminée; et c'est en moins de trois mois qu ou était arrivé

l'expédition d'atmûub. 171

à cet immense résultat 1 Les revues que le Dauphin passa de rarmée et de la flotte doivent preodre place ici daus une relation exacte de cette campagne. Qu'il fut vif renthousiasme des Marseillais, le â mai, à la vue de ces superbes régiments qui défilaient devant eux ! Un spectacle admirable aussi fut celui que présenta la grande et belle rade de Toulon, le 4 mai, lorsque le canot qui portait le Dauphin la sillonnait, au milieu d'une multitude de bâtiments. Rangés sur les vergues, tous les équipages faisaient entendre leurs solennelles acclamations, trois fois répétées, et les bâtiments portant pavillon de coranuindement saluaient du feu de leurs batteries. Lu essai de débarquement fut exécuté, à Test de la rade, avec une promptitude qui paraissait lenir de rencliantenienl. « J'envie votre bonheur de commander une si belle armée, x> dit le Dauphin au général en chef. Toute la population de Toulon, grossie de la toule des étrangers que la curiosité avait attirés, admirait cette manœuvre de bon augure, ou des hauteurs qui environnent la rade, ou dans les innombrables canots qui se pressaient à la suite des bateaux plats chargés de grenadiers et de voltigeurs. Le lendemain, 5 mai, le prince passa en revue la première division sur les glacis de la place, et pariu pour Aix. La revue de la troisième division

^^% EELATIOM DE

eut lieu, le 6 mai, dans uoe plaine voisine de

cette ville, sur la route d'Avignon.

Le 10 mai, le général en chef adressa à Tarmée cet ordre du jour :

a Soldats,

« L'insulte faite au pavillon français vous m appelle au delà des mers : c'est pour le ven- « ger que vous avez couru aux armes, et quau « signal donné du haut du trône, beaucoup de « vous ont quitté le foyer paternel. Déjà les « étendards français ont flotté sur la plage afrn « caine; la chaleur du climat, la iatigue des « marches, les privations du désert, rien ne put « ébranler ceux qui vous y ont devaucëb ; leur <c courage tranquille a suffi pour repousser les (( attaques tumultueuses d'une cavalerie brave, « mais indisciplinée. Vous suivrez leurs glorieux « exemples. Soldats, les nations civilisées des « deux mondes ont les yeux fixés sur vous; « leurs vœux vous accompagnent. La cause de « la France est celle de Thumanité : montrez- « vous dignes de celte noble mission. Qu'aucun « excès ne ternisse l'éclat de vos exploits ; terribles « dans le combat, soyez justes et humains après « la victoire; votre intérêt le commande autant « que le devoir. Longtemps opprimé par une « milice avide et cruelle, l'Arabe verra en vous

l'expédition d'afrique. 173

ic des libérateurs ; il implorera notre alliance* « Rassuré par votre bonne loi, il appui lera dans it DOS camps le produit de son soL C'est ainsi

« que, rendant la guerre moins longue et « moins sanglante, vous remplireas les vœux « d'un prince aussi avare du sang de ses sujets « que jaloux de Thonneur de la France. Soldats, « \m prince aiii^iiste vient de parcourir vos « rangs; il a voulu se convaincre lui-même que « rien n'avait été négligé pour assurer vos suc- « cès et pourvoir à vos besoins. Sa constante «t sollicitude vous suivra dans les contrées inhos-

pitalières oii vous allez combaitre. Vous vous « en rendrez dignes en observant cette disciu pline sévère qui valut à 1 armée qu'il conduisit tt à la victoire Testime de FEspagne et celle de « TEurope entière. »

Le général en chef, désirant ne pas laisser au dey le temps d'appeler à Alger tous les secours des beyliks, pressait le départ de Texpédilion. L amiral, à qui sa responsabilité, dans une entreprise dont il s'était tout d'abord exagéré les difficultés, inspirait une prudence extrême,

apportait des retards. 11 ne voulait pas partir

avaiii d'avoir reçu des cables en fer, qu il attendait d'Angleterre, pour assurer les vaisseaux <laiis leurs mouillages. « Plusieurs marins pen- ^ saîent que jamais le temps n'avait été plus

174 UUTIOlf DE

I « précieux, dit le général Desprez dans son

« Journal d un officier de l'armée iTAfrique^ H et qu'il y avait plus d'inconvénient à suspendre « le départ de quelques jours qu'à mouiller sur « la côte d'Afrique avec des câbles ordi- <( naires, »

L'embarquement des troupes ne put commen- : cer que le il mai. Cette grande opération, quoique contrariée pendant plusieurs jours par ' une pluie abondante et par un violent mistraii u'en fut pas moins poursuivie sans accident, • Pendant les huit jours que dura l'embarquement de Farmée, Toulon releniii des joyeux chants de départ de nos soldats. C'était une fête guerrière difficile à dépeindre. Mais des milliers de témoins, accourus de toutes les parties de la France, ont pu redire i enthousiasme de ces vaillants jeunes gens en abordant rélémoiU inconnu qui les séparait de l'ennemi de leur patrie. Tel soldat, qui voyait la mer pour la première loks s'embarquait d'un pas ferme et décidé ; il avait déjà le pied marin : c'est que le cœur le donne comme rbabitude. Alger! Alger! était son cri d'adieu à la France, et les tambours battaient, et les claironssonnaient, et les musiques jouaient. Ni le vent ni la pluie, 411e la troisième brigade de la première division, commandée par le général Olouet^ et la seconde division endu-

l'expédition D'AFAïaUE. 175

rèrent au bivouac, sur les glacis de la place, et

pendant leur cmliarquement, ne purent amortir cet élao généreux. Jamais armée peut-être ue se précipita avec plus d'entraînement dans une apéditioQ loiaUine. Le général Desprez écrivait, le 49 mai, au marquis, plus tard duc de Clermoûi-ïaDoerre (1) : « Clouet pleurait eu « entendant les cris de joie de nos soldats. » C est que le général Clouet était un véritable croisé : même foi, même ardeur de sacrifice, même exaltation d àme, même générosité de cœur, même valeur chevaleresque. Dans sa conviction les cris qui lui arrachaient des larmes étaient, à travers plus de sept siècles écoulés, I echo du cri des croisés partant pour la conquête de Jérusalem : a Dieu le veut ! »

Tandis que rembarquement s'effectuait , le général en chet en rendait compte en ces termes, dans une dépêche adressée au ministre de la , guerre par intérim (â) : a Jamais acclamations ne

! (i) Je dois encore la communication de cette lettre à robtigeance de madame la duchesse de Glermont-Tonaem et à rentremise de mon bon camarade le comte delà Myre-Mory.

(2) Le roi, e:i nommant le corn le de Bourmont commanddiit encheî Je Tarmée d'Afrique, avait voulu, avec S!. le Dauphin, qu'il restai ministre de la guerre eu litre» ei riniérim du minislère était occuiyé par le prince de Po%Qac»

« furent plus spontanées. C'est la plus éloquente « réponse que Ton puisse opposer aux déclama- <c lions de Fesprit de parti. Si renihousiasme « des troupes est la roeilîeure garantie du succès, a il n'y eut jamais d espérances mieux fondées « que les nôtres,

Le 18 mai enfin tout était terminé, et rembarquement du personnel à Toulon et celui da matériel à Marseille. Les bâtiments du convoi étaient ou ralliés à la flotte dans la rade de Toa- Ion, ou rassemblés dans celle d'Hyères. Le pavillon du vice-amiral flottait à bord du yaissean la Provence, Ccmème jour Tamiralet le général en chef, suivi de ses deux aides de camp, de Trélan cl Louis de Duui mont, et de deux de ses officiers d'ordonnance, de la Myre-Mory et d'Âuii- Dumesnil, avec son chef d'état-niajor, le lieutenant général Desprez, le général de la Hiue, commandant rartillerie, le général Valazé, commandant le génie, et Tinteudant en cbei de Tarmée, baron Denniée, s'embarquèrent sur ce même vaisseau. L'amiral Duperré adressa alors è la flotte Tordre du jour suivant :

« Officiers^ sous-officiers et marins^

« Appelés, avec vos frères d'armes de larmée (K expéditionnaire, à prendre pari aux chaDCt.'

« d'une entreprise que I honneur et rhumaaiié «c cofflmaudeD^ vous devez smsi en partager la « gloire. C'est de nos efforts communs ei de ft notre parfaite uqIoo que le roi et la France « attendent la réparation de llnralte faîte av « pavilloD français. Recueillons les souvenirs c( qu'en pareille circonstance nous ont légoés nos a pères. Imitons-les, et le succès est assuré. « Partons! Vive le roi!

La flottille de débarquciuent eut ordre, ce même jour 18 mai, de se metlre en route poor aller attendre la iloUe à Palnia. Mais l'inapétueuse ardeur de l'araiée fut enchaioée par des vents coiUraires dans la rade de Toulon jusqu'au â4 mai. Le dimanche 23^ les deux étatSHmajors généraux de la flotte et deFarmée expéditionnaire assistèrent à la messe, qui lut célébrée par un aumônier dans la batterie de irenie-six du vaisseau amiral. Le lendemain, 2i mai, le général en chef apprit le matin, par la lecture des journaux que nous lui faisions sur la duneiie du vaisseau, son fils aîné et moi, que M. de Gonrvoisier, garde des sceaux, et ie comte de Chabrol, ministre des finances, avaient donné leur démission, que M. de Chanlclauze, premier pitisidcnL de la cour royale de Grenoble, était nommé garde des sceaux, que le baron de Mon (bel passait du ministère de Tintérieur à celui des finances, que

178 MUTION DE

le comte de Peyromet était nommé ministre de

rintérieur, et le baron Capelie ministre des travaux publics. Il parut très-contrarié de cet événemeut inattendu, « non pas, dit-il, qu il eût h « moindre objection à faire contre Ventrée des « nouveaux minisires dansle cabiaet, maisparce « que c'était un changement, et qu'on lui avait % promis qu'il n'en serait pas fait en son ab* « sence. »

U souffla, le â5 au matin, le ventsiiaipaûemuient désiré. Ce fut une grande joie dans toute Tarmée. A onze heures le vaisseau amiral fit signal à toute la Hotte de se tenir prête à appareiller» Partout on leva l'ancre, et à une heure le mouvemeni de départ commença. À cinq heures et demie le vaisseau amiral mettait à la voile. Quoique la rade fût couverte de bâtiments^ il y eut à peine deux légères avaries dans Tappareil* lage de toute cette ilotte. La fumée noire des bâtiments a vapeur contrastait merveilleusement au milieu de tant de voiles blanches. Un boa vent, sous un ciel pur, enflait toutes ces voiles. Du fort Lamalgue et de toutes les hauteurs qui dominent la rade, des groupes nombreux de spectateurs envoyaient leurs adieux et leurs vœux à nos marins et ii nos soldats. Des femmes accourues en foule élevaient et agitaient de légers mouchoirs, et sur les ponts et les dunettes des

l'expéditio.n dâfriqub* 179

viisseaiix des mouchoirs flottaient ao vent pour

leur répondre < Debout, nu-iéte, sur le haut de sa doDette, ramiral Duperré faisait entendre le tonnerre de sa voix, et semblait prendre possession de U Méditerrannée.

L'armée navale se fuinia immédiatement sur trois lignes : à droite et à l'oaest naviguait l*es-cadre de réserve, conduite par le capiiaiae de vaisseau Lemoine, que portait la frégate ta Théiis\ k Test et à gauche deFescadie de réserve, s'avançait Tescadrede débarquement commandée par le contre-amiral de Rosamel, dout le pavillon flottait à bord du vaisseau le Trident^ et qui avait à sa gaucho riscadre debutaille dirigée par le vice-amiral Duperré* Cinquante-cinq voiles du convoi, qui, escorté par quelques bâtiments de guerre, fut conduit avec la plus habile iatellig<»ee par le capitaine de vaisseau Hugon, se teaaieui au large plus à 1 est, à la gauche de Tescadre de bataille. Le reste du convoi avait été laissé dans la rade de Toulon, avec ordre de partir vingt-quatre et quarante4iuit heures après !a flotte qu ii devait rallier.

Le 26 le vent était bon, le ciel beau, et la mer calme. Dès le matin on aperçut à Test, derrière le convoi, deux voiles étrangères à la flotte. On reconnut que c'était une iïégaïc Uii que, accompagnée de jaZ)ticAesseciei9arry, frégate française,

AELÀTION

venaot de la slaùou devant Alger. La frégate française ayant signalé qu elle avait desdépèdies pour TamiraU le bâtiment à vapeur U Sphinx vola h sa reiicouiie, el, rejoignant bientôt le vaisseau amiral^ amena M. de Kerdrain, capitaine de vaisseau, coainiaiulant la Duchesse de Berry^ qui remit à Tamiral Duperré des dépêches du capitaine de vaisseau Massieu de ClairvaK commandant de la station devant Alger, etannonça que la frégate turque qu il accompagnait éiaii montée par Tabir-Pacha, envoyé de la Porte- Ottomane auprès du dey.

A cette nouvelle, Famiral fit signal à la flotte qu'il rendait sa manœuvre iudépendante, vira de bord et marcba k la rencontre de la voile turque. Quand le vaisseau fut parvenu, vers une heuie de rapres-midi, a quelques encablures de cette frégate, on mit eu panne de part et d autre, et, comme celle-ci avait le pavillon d amiral, tandis que nous n'avions que le pavillon de vice^miral, le vaisseau français fit le premier le salut de vingt et un coups de canon. Sar rinvilation de Tamiral, qui lui fut portée par le capiiaiue de frégate Salvi, commandant en second du vatsseaa la Provence^ Taliir-Paclia se rendit à notre iioiti dans son canot ; il était suivi de deux drogmans. La garde était sous les armes, la musique du 6^^ régiment de ligne jouait, et tout le monde

était en grande tenue lorsqu'il parut sur le pont

du vaisseau amiral, au milieu de letat-major de Farmée navale et de celui de Tarmée expéditionnaire. Tahir-Pacha avait lair noble, sa démarclie était grave, et son regard scrutateur trahissait rinquiélude de sa pensée. Son entrevue avec l'amiral, le général en chef et les offîders-géné* raux des deux états-majors dura une deiuî heure. On y prit le café, suivant Tusage oriental. La mission confiée a Tahii-Paclia ne se bornait certaioeiuent pas à engager le dey à donner satisfaction à la France. Il faut croire que la Porte l'avait chargé de s'introduire dans Alger pour presser le dey de satisfaire le gouvernement français, et, en cas de refus de sa part, de lui faire trancher la téte. L'envoyé ottoman aurait ensuite oitert de traiter avec la France, au nom de la Porte, suzeraine de la régence algérienne. Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne fut pas question de cette mission dans l'entrevue de Tahir- Pacha avec le général en chet et 1 amiral. N'ayant pu échapper k la surveillance de notre station, et, après avoir tenté en vain de pénétrer dans Alger, Tamiral turc s'était décidé à prendre la route de Toulon. A bord du vaisseau amiral français, il reconnut qu'il arrivait trop tard, et que la longanimité chréiienne a aussi ses bornes. Il repassa sur sa frégate, et le lendemain il était

REUTIÛN DE

daos la rade de iouloii, où il fut retenu en quarantaine. Le refus de la conciliation qu'il proposa, au nom de la Porte, dans une dépêche adressée au prince de Polignac, est une preuve qui atteste encore que le gouvernement du roi Charles X avait pris Tinébranlable résolution de mettre un terme à la barbarie musulmane à Alger, et d'implanter le drapeau de la France et la civilisation fille de rÉvangile sur le sol africain. GeUe tardive intervention de laTui quie dansla question algérienne était évidemment Feffet d'un conseil de la politique anglaise, recourant a cette dernière tentative d^opposition à Texpédition française.

Ce fut le commandant de la frégate la Dur chme de Berry qui nous donna la première noavelie de la perte déplorable» dont nous apprîmes ensuite les terribles détails, des deux bricks rAventure^ commandé par le lieutenant de vaisseau d'AssigiiY, et le Silène^ commandé par le lieutenant de vaisseau Bruat (l). Ces deux bricks, qui

(I) Cet officier distingué, dont réncrgic contribua ft

assurer le saluL de ceux de ses compagnons d'infortune qui survécuronî à cedrsaslic, coiiLinua h se signaler par ses services. Parvi nu au gracie de vice-amiral en 1852, il commanda en second la flotte de la mer N oirei sons Tamiral Hamelin, qu'U remplaça» en i85Sfi, dans le commandement en chef* Créé amiral pour la prise de Kinboom et ponr sa participation à la prise de Sébastopol, il revenait en France lorsqu'il mourut en mer cette môme année.

L^EXPÉDITION d'aFRIQUB. 483

faisaient partie de la station navale devant Alger,

avaient échoué dans les parages du cap Caxinc (1 Les équipages tombés aux mains des Kabyles, accourus de leurs montagnes, furent partagés en deux bandes. L'une fut conduite à Alger, et l'autre retenue par les Kabyles, qui massacrèrent leurs prisonniers, et en envoyèrent les têtes au dey, au nombre de cent dix, pour en recevoir le prix. Les quatre-vingt-six naufragés de Tautre bande, au nombre desquels étaient MM. dWssigny et Bruat, arrivèrent à Alger* Quelle est donc cette côte, disaient avec nous nos frores d'armes de l armée navale, en entendant le récit de ces cruautés, où Ton ne saurait échapper au naufrage sans s'exposer à avoir la tête tranchée par ces barbares Africains? N'est*il pas temps enfin d'y faire respecter les droits de Thumanité?

A trois heures moins un quart, le vaisseau amiral fit voile i)our rallier la flotte, qui avait perdu de vue les côtes de France vers midi* Elle fut solennelle la navigation de cette lauiiciise armée navale à travers la Méditerranée. Vais* seaux, frégates et autres bàumenls s avançaient en lignes parallèles dans un ordre parfait. Quelle idée donnait ce spectacle de la puissance qui venait d'organiser en quelques mois un tel arme- Ci) Situé sur la côte à Touest d'Alger.

REUTlOlf DE

ment ! L'amiral chargea la corvette la Perle de

porti r à la flottille de débarquement, qui, partie de Toulon le 18 mai, était réunie dans la rade de Palma, l'ordre de se diriger vers la côte d'Afrir que, au point de ralliement général de Tarmée navale. Le 27 on aperçut Minorque. Â la fin de cetJe journée, Tai inoe navale élait à quarantesept lieues marines de Toulon. Le 28, elle trouva un vent fort, souillant du uoid-ouest, à h hauteur de Hinorque et de Majorqoe ; mais Faminl l'abrita en se rapprochant de cette dernière île. II envoya Tordre au capitaine de vaisseau Uogon de conduire la première section du convoi dans la rade de Palma, d> mouiller, et d'y rester jusqu'à ce qu on lui prescrivit de continuer sa routa vers la côte d'Afrique. 11 fit aussi porter Tordre aux deux dernières divisions du convoi, parties de Toulon successivement le 26 et le 27, des arrêter dans la rade de Palma. Il commanda en même temps à la flottille, par un bâtiment expédié à cet effet, d'attendre dans cette rade de nouvelles instructions, aulicud exécuter celles qu'elle avait reçues précédemment. Il révoqua ensuite Tordre envoyé k la première section du convoi, qui n'était encore qu'à une petite distance des escadres, et qui reprit sa marche avec elles. Le beau temps revint avec le matin du 29, et on navigua lentement dans une mer calme. A dix heures du

l'expédition D^AFAlûtE. 185

malio, Tamiral fil prévenir la flotiille de débarquement, qui était en relâche dans la rade de Palma, de se niellre en rouie pour rallier la floUe le surlendemain à Tatterrage du cap Gaxine. Il envoya aussi le brick Œndymion annoncer à la station devant Alger Tarrivée de la flotte le même jour au même point. Dans raprès-iuidi, la brise fraîchit, et 1 horizon s'obscurcit.

Le 30, on découvrit la terre dWfriciue, mais ce fut à peine si on putTentrevoir k travers les nuages dont le ciel était chargé, et il ventait fort. Suivant un rapport de Tamiral au ministre de la marine du 2 juin, on n'était qu'à cinq ou six lieues au plus du cap Caxine. La frégate la Sirène, de la station qui bloquait le port d'Alger, communiqua avec la Hotte. Le 31, le vent augmenta encore, et le temps devint mau- Tais. Le convoi tint bon, mais la réserve fut entraînée sons le vent, ce On pouvait espérer, dit « le général Desprez, dans son Journal dun « officier de l'armée d'Afrique, que près de la tt côte, et surtout dans la baie occidentale de « Sidi-Ferrucb, la mer serait beaucoup plus « calme qu'au large. Telle était l'opinion de a quelques marins; mais le chef de Tarmée « navale croyait le vent trop fort pour que Ton « pût, sans imprudence, tenter le débarque-* a ment. La flottille n'ayant point été signalée, il

R£UTIOri DE

i( supposa quelle était retirée chius la baie de « Palma, pour échapper au danger d'une tenn « pête^ et il ordonna, pendant la nuit, que Tod « fit route droit au nord. La force et la directe tion du vent rendirent la marche extrêmement « rapide, el le l®"" juin, à six heures du matin, « on était aussi près deTile Majorque que de la « côle d'Afrique. »

L'amiral Duperré jugea alors, sans en avoir préalablement prévenu le général en chel. qu il n^y avait d'autre parti à prendre que celui de rallier toute Tarmée navale dans la rade de Palma. Dans son rapport du 2 juin au ministre de la marine, il résuma en ces termes les motifs qui l'avaient forcé d'à Jopier cette résolution : «Taî (( trouvé les éléments contraires; je n'ai pu leur « opposer que des efforts humains. »

La question est donc de savoir s'il y avait réellement iiiiposbibiliic de tenir la Uuiie ralliée au large, si le vent et la mer s'opposaient irrésistiblement a cette manœuvre. J'ai fait la traversée à bord du vaisseau amiral, et c'est mon rapport de témoin oculaire que je soumets aux | lumières de ceux qui se sentent aptes à prononcer sur une question de celte nature. Mon ignorance de la science aiaiiiime ne m'a pas empêché d'entendre ce que l'on ordonnait, de remar-quer ce que I on faisait. Narrateur iidèle et

L'EXF£i>inOiN D AFRIQUE

impartial des faits, je puis aiïii mei qu cu voyant i la flotte, arrivée devant la cale d' Afrique, rétro- I gfâder tout à coup, 1 année expéditionnaire manifesta une surprise générale, on méoonten- ' teraent universel; je puis atiestei*, avec le général Desprez, notre chef d'état-major, que «tons « les officiers de mai iae ne regardaient point le t mouvement rétrograde comme nécessité par « Tétat de la mer, la force ou la dneclion du « vent. On s'imagina, ajoute lauteur du Journal « d'un officier de l'armée d'Afrique, que la « mission de Takir-PacUa en ciait la véritable « cause, qu'un arrangement avait été proposé, « etqueles deux chefs croyaient devoir alitndre c la réponse du gouvernement français. » Chez l'amiral Duperré, homme de mer d'une grande expérience et d'un courage h toute épreuve, celte déierminalion de faire retraite dans la rade dePalma, ces ordres donnés et conlremandés, celte hésitation à maintenir toute la Uolle ralliée, eia la conduire direclenient vers la côle d'Ah'jque, ne pouvaient provenir que de la disposition d esprit qui lui avait présenté Texpédition comme impraticable, dès qu'il en avait été question. Lourd pour ses forces, le poids de la responsabilité dont il avait néanmoins accepté la charge lui pesait évidemment. Ainsi se trouvent expliquées les prévisions exagérées de Tamiral

lorsqu'il jugea, le 31 mai, que le temps deviea-

drail redoutaLle, cl c'est un fait qu'il était juste de constaler pour ne rieu omettre de ce qu'il importe de faire connaître. Mais il ne me semble pas qu'il détruise ce qui vient d'être dit, ni ce quivaTéire, et je persiste à croire, sauf avis moins incompéieni, qu'on aurait pu tenter sans imprudence, ou de conserver la flotte ralliée an large, ou de rallier la Houille avant d opérer un mouvement rétrograde.

Ce mouvement contraria vivement le général en chef ; mais, avec sa prudence consommée, et avec la modération qui le caractérisait, il ne crut pas devoir faire connaître les pleins pou-* voirs que lui conférait une ordonnance du roi, dont il était porteur, et qui Tautorisait à prendre le commandement de Tarmée navale, en cas de nécessité absolue, et si Tintérét du service lui semblait Texiger. Il garda même consLamniciii secrète Texistence de cette disposition royale, et ne se départit jamais de sa patience inallcrable dans ses rapports avec l'amiral Duperré. Mais, dans une dépcclic expédiée de la rade de Palma, il exprima son opinion et sa contrariété, en termes dubitatifs, parce qu'il avait Thabîtude de la réserve lorsqu'il appréciait les cUoses et jugeait les hommes. «Le 6 juin, écrivait-il au (i ministre de la guerre par intérim, à quatre

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l'exildiiio^ d'.vfriule. 189

a heures de rapits-uuJi, deux bàuuiciaj> du « roi, venant du snd, commnniqoèrent avec le « vaisseau amiral ; l uo deux, la Badine^ appar- « tenait à la station devant Âlger, Tanlre, la

BayonnaisBy avait quiilé Tunis le 2 juin, tr Depuis cette époque, le temps a été constam- « ment beau sur la côte d'Afrique. Peut-être « est-il à regretter que rariuée navale, au lieu d de faire un mouvement rétrograde, n'ait pas « attendu sous voiles que le retour du calme t rendu le débarquement possible?»

C'est au creuset d'une critique sincère que s élabore la vérité historique, et, comme je me fais un devoir d'y apporier mon tribut, je dirai encore qu'un marin d'une longue et vieille expérience de la Méditerranée, M. Bavastre, qui s'était acquis un nom sur cette mer, ni*a dit le 1^ juin, à bord du vaisseau amiral, où il était embarqué coainie passager apte àduuiierdes reoseignements utiles, que jamais, dans cette saison, il n avait rencoiuré, dans ces parages, UD temps semblable à celui de la veille. Cet état accidonlel de la mer et du vent était donc tout à fait insolite, et il ne dura pas, comme on vient de le voir par les rapports des deux bàtiaienls qui communiquèrent avec le vaisseau amiral, le

juin. La frégate VJphigénie^ envoyée à la recherche des bâtiments de la flottille, reconnut

qu'ils étaient arrivés au point du rendez-vous générai de la flotte, près de la côte d'Afrique^ ce qui prouve évidemment que les escadres, avec le convoi, auraient pucoaiinuerà naviguer vers le sud, bien que la mer fât un peu forte.

Les eseadi es ai rivèrent le 1" juin au soir à rentrée de la rade de Palma. Elles y furent rejoiuies deux ou trois jours plus tard par la première section du convoi, et bientôt après par les deux autres sections. L'escadre de réserve et le convoi mouillèrent dans le fond de la rade« non loin de la ville de Palma. Les officiers, les marins et les soldats, qui allèrent visiter cette ville, y reçuieat les témoignages de riio.spitalité la plus amicale. Il s'ensuivit des fêtes, des bals, où régna l'union la plus franche. Un bal fut offert aux dames de Palma, par les oûiciers français, h bord du ])àtimenta vapeur le Sphinx. La fermeté ei la prudence du gouverneur, marquis de la Uomana, prévinrent quelques rixes de soldats que le vin de Palma aurait pu faire éclater. Les habitants de la capitale de Ftle Majorque sympaihisaieut voioutiers avec les destructeurs prochains de la piraterie algérienne et de recela vage des chrétiens. Les deux autres escadres restèrent sous voiles à courir des bordées dans la rade, qui est spacieuse et bonne, et dont la sortie est très-large. Une innombrable quantité de

l'expédition D'ÂHliaiîi::* 191

bâtiments de diverses dimeusiuus y croisaieut dans toutes les directions.

La soirée du 3 juin otfrit surtout uo tableau d'une admirable variété. Vaisseaux, frégates, corvettes, bricks et goélettes, à la faveur d'uu vent frais et léger, sillonnaient la rade en tons

sens. L'ordre de former les lignes avait ôté donné, et chaque bâtiment, pour exécuter cet ordre, venait passer près du vaisseau amiral, (|ui se trouvait placé au centre de cet immense mouve^ inent. Les soldats et les équipages se pressaient sur les ponts, Fair retentissait de leurs chants, et, sur différents bords, les musiques des régiments jouaient alternativement. Merveilleuse harmonie dont le désaccord même avait son charme. Dans le fond de la baie s élevait une forêt de mâts immobiles ; c'était le mouillage de la partie de la flotte qui avait jeté Tancre. Non loin de là, sur le bord de la mer, la cathédrale de Palma aiiirait les regards vers la ville, qui apparaissait ceinte d'une abondante verdure. Los montagnes pittoresques de Tîle se dessinaient plus loin, sur deux et trois plans, graduellement plus élevés, et terminaient le tableau. Les derniers rayons du soleil, disparaissant derrièic l'ile, éclair, tient cette scène ijrandiose, que la brise du soir ratraicbissait.

Mais il n'y avait pas de spectacle qui pût dis-

KELATlOrf DE

traire les esprits de la pensée d'aborder la côte d'Afrique. Quand sorliroDs-nous enfin de cette rade ? Voila ce que répétaient toutes les bouches, iia rencontre de Ïahir-Pacba, et le mouvement rclrogade de la flotte, qu'on ne s'expliquait sur les différents bords qui étaient sans communication orale avec le vaisseau amiral, qu'en se livrant à des conjectures poignantes, avaient mis les imaginations en travail. Partout on était inquiet, impatient. L'état sanitaire de Tarmée navale et de Tarmée expéditionnaire était néanmoins au-dessus de toutes les espérances. Du* rant un mois d'embarquement on compta à peine un malade sur cinq cents liommes ; il est rare que, même dans les meilleures garnisons, la santé des troupes soit aussi satisfaisante.

Par rarrivée en rade de Palma du briciL la Badine elAe la Bayonnaise, corvette sur laquelle revenait de Tunis M. Gérardin, qui en était parti le 2 juin, le général en chef apprit, le 6, que le dey d'Âlger faisait des préparatifs de défense, mais sans augmenter les fortilîca lions de la ville du côté de la terre, qu'il demandait les contingents des beys de Corjslanline, de Titery et d'Oran, et que le bey de Tunis n'osait faire pour nous que des vœux. 31. Gérardin annonçait aussi que les Algériens se proposaient de lancer coiurc nous des troupes de chameaux,

l'bxpédition d^afriqub. 198

pour épouvanter les chevaux, qui ont effectivement 1 horreur de ces animaux lorsqu ils ne sont pas habitués à vivre avec eux. Ce strata* gème dei^uene, icnoiivelé de Tanliiiailé (1), eut été vain contre notre armée, où ne figurait qu'un seul régiment de cavalerie, et dont la force consistait en une solide infanterie et en une excellente artillerie, qui ont prouvé que des l)audes de chameaux n'auraient point arrêté leur marche. Il en a été de cette menace, qui ne fut pas réalisée, comme de celle des tigres, des lions, des hyènes, des serpents et des nuées de sauterelles dont les journaux opposés à 1 expédition, parce qu'ils étaient hostiles au gouvernement du roi, avaient essayé d'effrayer nos soldats, avant leur départ. Sur le rapport de

(1) On liL dans le Hérodote il, LXXX) que Cyrus, marchant contre Crôsus, voiiiul inellrc à profit Thorreur que le cheval a du chameau, doni il ne peut souffrir la Toe, ni supporter Todeur, dit rtiistorien grec. Il iil ras^ sembler tous les chameaux qui suivaient son armée, et qui portaient les vivres et les bagi^s, les fit décharger, lesfitmonter par des hommes vêtus en cavaliers, et les lança contre la nombreuse et redoutable cavalerie de Crésus. Les chevaux de hi cavalerie lydienne, ajoute Hérodote, prirent lafuiledès t^u ils eurent vu et senti les chameaux. Mais les Lydiens, sans s épouvanter, déjouèrent le stratagème, en mettant pied A (erre pour combattre les Perses, qui néanmoins lurent vainqueurs, sans que ce fut par le moyen qu'ils avaient cru pouvoir employer avec succès*

M. Gérardio, le géoéral en chef crut devoir toutefois mettre r;i! niée en garde contre la surprise que lui aurait causée lapparitioa subite de troupes de chameaux, et il publia, le 7 juin, un ordre du jour, où il disait :

«( L'année, que des vents contraires avaient « éloignée de la cote d'Afrique, va s'en rappro- « cher. Impatiente de combattre, elle ne tara dera pas à voir ses vœux accomplis. Le géué- <c ral en chef vient d'apprendre que des hordes « nombreuses de cavalerie irrégulière nous « attendaient sur le rivage, et se disposaient à « couvrir leur front par des milliers de cba- « meaux. Les soldats français ne seront pas « plus étonnés par laspcct de ces animaux « qu'intimidés par le nombre de leurs ennemis. « Ils auraient regretté que la victoire leur coulât ce trop peu d'efforts. »

Ils avaient été longs à rimpaiience du caractère français les huit mortels jours pendant lesquels Famiral attendit, dans la rade de Palm. i, le ralliement complet de la flotte. Ce séjour aurait été évidemment abrégé, si toute Tarmée navale avait exécuté ensemble le mouvement rétrograde qui fut jugé nécessaire. Elle n'aurait pas perdu une semaine k attendre Tarrivée successive des petits bâtiments de la flottille, qui avaient lutté contre les éléments au point indiqué pour le

RELAT10I9 DE

l'expédition D'AFRIQUE. 19K

reDdez-voQS général de la flotte, jusqu'à ce qu'ils

eussent appris qu elle avait fait retraite à Paliaa, Llotendant en chef de Tarmée profita de ce séjourpourraviiailler de fourrages les bâlimenls qui portaient les chevaux, et cette précaution ne fut pas inutile, car plusieurs bàtimenls-écuries sont restés plus de quarante jours en mer.

Le 8 juin, lamiral se monua résolu à reprendre la mer, mais un calme presque absolu retint eaeore la flotte dans la rade. Le 9, dans raprèsHmidi, le général en chef, suivi de ses deux aides de camp et de ses deux oiiicier^ d ordonnance embarqués avec lui, et accompagné de son chef d'éiat-major, le général Desprez, et du général de la Hitte, se rendit, dans un canot, à bord de la frégate VAréthuse. Il y appela auprès de lui le lieutenant général Bertbezène, qui était sur le vaisseau la Ville de Marseille^ et dont la division, était embarquée sur Tescadre de débarquement, et le lieutenant général Loverdo, qui était sur le vaisseau le Breslau^ et Junt la division était embarquée sur lescadrc de bataille. Le lieutenant général duc des Gars, qui était embarqué, avec sa division, sur Tescadre de réserve, mouillée au fond de la rade, près de la ville de Palma, ne put pas être convoqué à cette coulcreuce du général eu cliet avec

les deux commaodaols de la première el de la deuxième division. Nous trouvâmes ces deux lieutenants généraux et les officiers qui les accompagiiaient très-ioquiets, et nesackaul que penser de notre retour et de notre séjour dans la rade de Palma. ils craignaient qu a la suite de la rencontre du vaisseau amiral avec la frégate : turque, des ax raugemeols n'eussent été proposés, et qu'on n'atiendit plus qu'un ordre pour retour- . uer eu France. Us dirent que plusieurs ofticiers , de marine de leurs bords ne comprenaient pas plus qu'eux le retard apporté dans l'expédition. La visite du général en chef àbordde VAréthuse, où il donna ses dernières instructions pour le ! débarquement, produisit donc un bon effet.

Le 10 juin, au matin, la corvette la Perie était venue annoncer qu elle avait rallié les derniers bâtiments de la flottille qu'elle eAt reneon-» trés« L'escadre de réserve et une partie des bâtimcnls du convoi qui étaient au uiouillage mirent à la voile, et, la brise s'étant faite vers 002e heures, la flotte, parfaitement ralliée, mais | n^emmenant que la première division du convoi, commença a faire route vers la côte d'Afrique. Avant le départ, nous avions expédié des dépêches et des lettres eu France, et le général en chef, me donnant ses ordres à cette occasioo, m'exprima ses regrets de n'avoir pu obteair de

lamirai, malgré les plus vives iosiance^, qu'il fit ptrtir avec tonte la flotte, oa aa plus tard le

kademaio, les deux dernières sections du coovoi« C'était, à son avis, ne pas embrasser convena- Ueinent Tensemble de notre grande opération, que de laisser derrière nous, dans lu rade de Pabna^ la seconde et la troisième seetioo do convoi, qui portaient les chevaux de TadûiiiJi»- Intion et ceux de rartillerie de siège, avee ordre dê ne mettre à la voile que le 12 et le 14 juin, n prévoyait que cette précaution, inspirée par uae prudence excessive, de ne pas faire naviguer tonte la flotte réunie, escadres, eon?oi et flottille, pourrait retarder la marche de nos opérations après le débarquement, et on verra que ses prévisions ne se sont que trop réalisées.

Tuuic lïlendue de mer que Toeil embrassait, dans cette navigation du 10 juin, était couverte dévoiles, et cette iiuposaate armée navales avançait lentement et dans le meitlenr ordre de mar-che, pour atterrir compléleuicut ralliée. Des bâtiments à vapeur circolaient avec célérité an milieu de cet le immense flotte, portant partout les ordres de Tamiral. Les petits bateanx bœnis contrastaient singulièrement à côté de la masse éoorme des vaisseaux et des frégates. Le soir, le brick le Voltigeur^ arrivant de la station devant Al^er, demanda à commuiiit^uer avec

ramiraU qui lui fit répondre : « demain matin. »

Il plut dans la matiûée du 10, cl le lendemain 11 le vent augmenta avec la pluie. Le 13, à Faute du jour, rarmée découvrit la côte d'AiVique, mais le vent était fort et la mer houleuse. Le temps ne fut pas jugé favorable pour opérer un débarquement, et la flotte reprit le large* En dépit des progrès incommensurables rie la marine, depuis les jours deSalluste jusqu'aux nôtres, il fallait doncencore redire, comme lui, de la mer d'Afrique, mare sœvum (1). Mais Tétat de la mer et du vent permit le soir de remet li e le cap à terre, et, le 13 dès le matin, Tarmée navale parut en vue de la côte désirée. Le soleil eut bientôt dissipé la brume, presque quotidienne dans ces parages, et un beau jour luisait enfin pour la gloire de la France.

L'heure d'aborder la côte africaine allait sonner, et il ne pouvait plus y être apporté aucun retard, le général en chef en avait exprimé sa volonté formelle à i amiral, à qui lemioisirede la marine avait prescrit, dans les instructions écrites qu*il lui avait données, à'^obtempérer dans toutes les circùMtanoes aux invitations et réquisitions du coinmandant de rarmée de terre^ et dene faire rien qui n'ait été préalablement concerté avec

(1) D$ beHJIo Jugurthlno.

L*BXPAunO!f D*AFUftCB. 19d

G6 iriângle blanc qui ^H^niiasiit sut

une terre riche de verdure, c était Aker avec ses maisons et ses murailles A um édaUote blanclieur. Les iraijsports d'une joie enilioiisiaste éclaièreat sur tous les bords» Vive le Moi . Alger ! Alger! étaient les cris qui relenlissaienl partout. On voyait uue partie de la populatioa algérieune, a?ide et inquiète do spectacle de notre flotte abordant la côte d'Afrique» se presser su r le môle, et dire sans doute : les voici donc ces Français, ces cliréiieus que nous allons tous exterminer. Cependant on avait commandé le branle-bas de corobalisurladuneltedu vaisseau la Provence^Vamirai, serrant lamain du général en chef, luiavait dit avec émotion ; « vous pouvez compter sur moi,

(1) Voici le texte des inslriiclions du ministre de la marine au vice-amiral Duporré relatif à cette injonction: « Vous ne perdrez pas do vue que iHUenlion du roi est « que h direction de l'ensemble de l'expédition appar- « tienne au mini^ de Sa M^estë, commandant de .tFarmèe de terre, et que les opérations de Tannée i navale soient subordonnées au plan arrêté par € H. le comte de Bounnonl, aux invitations et réqul- « sitiotts duquel vous voudrez bien obtempérer dans « toutes les circonstances où il jugera utile le concours « de la flotte. )) Je me rappelle avoir été ohar^ré par le baron d Haussez, avant notre départ de Paris, de i euiettrc au général on chef, uîi jour où je ictournais du ministère de la marine au ministère de la guerre, le dupli* cata des instructions très-détaillées données au viceamiral Doperré.

200 KEIATION DE

ic comme je compte sur vous, n et le général en

chef lui avait répondu : « Monsieur ramiral, j'ai « toujours compté sur vous. »

L'armée navale, (jui arrivait perpendiculairement à la côte, un peu à 1 ouest de la ville, changea de direction à droite, et, conduite par le commandant de la station, que suivaient les bâtiments armés en guerre placés en tête delà flotte, ' se prolongea parallèlement à la terre. Parvenus à la hauteur de Sidi-Ferruch, ces bâtiments | étaient prêts à riposter au premier feu de Torre | Ghica. L*amiral, avec Tétat-major général de ' rarmée navale, et le général en chef, avec Téiatmajor général de rarmée expéditionnaire, étaient sur la dunette du vaisseau amiral. Ce moment fut d*autant plus solennel que c^était le même vaisseau la Provence, qui avait reçu Tinsulte partie des batteries algériennes, qui apportait la réponse. Mais m la tour, ni une baiterie nouvellement construite pour battre la baie qui est à Touestde la presqu'ile, n étaient anuées, et, au grand regret de notre marine, il fallut songer à mouiller sans obstacle dans cette baie. Elle présentait une étendue convenable; et la tenue en fui jugée bonne.

Il était plus de dix heures du matin lorsque la tête de l'armée navale, poussée par un vent d'esi, avait doublé, en rasant la terre, la pointe de la

LSlLPÉDiTiOK OAPRIQUE* SOI

presqu'île de Sidi-Ferruch, pour eolrer daus la baie qui en est à Touest. Les prch en lions de lamîral ûuperré contre la possibilité du succès de rexpëditton s'évanouirentalors. « Si j'avais connu « cette baie, dit*il, il y a quinze jours que nous « serions ici ; la flotte y sera aussi en sûreté que « dans la rade de louioo* » Ce n était pas trop du reste de la journée pour établir au mouillage une flotte aussi nombreuse, composée de tant de bâtiments divers. Il fut donc décidé qu'on n'opérerait le débarquement que le lendemain , à la pointe du jour.

Taudis que larmée navale mouillait avec autant d'ordre que de célérité, quelques cavaliers arabes arrivèrent sur la plage en biaudissant leurs armes, et offrirent un exemple delà vitesse et de la légèreté de leurs chevaux. La presqu île était déserte et inanimée. Plus loin, au milieu des vertes broussailles dont les collines qui bordent le rivage se montraient partout couvertes, s'élevaient qiH^li[iies tentes blanches, autour desquelles se groupaient des cavaliers arabes* On doutait s'il y avait du canon auprès de ces tentes, et, à bord du vaisseau amiral, plusieurs officiers niaient Texistence de deux batteries que d'autres affirmaient apercevoir, lorsque Tamiral Duperré ordonna à M. Louvrier, commandant le bâtiment à vapeur le Nagmr^ d'accoster la plage, et de

soi

provoquer une riposte par son feu. Ëlle ne se fit

pas attendre, mais le feu intelligent du Nageur obligea bientôt Tennemi d'évaeuer une batterie, et les bombes et les boulets lancés contre uoas n'eurent d'autre résultat que de blesser un matelot surle vaisseau le Breslau. Qiuuid vintlesoir, toute la flotte était à Tancre. La nuit se passa sans qu'un seul coup de canon fut tiré. On se préparait, sur ehaque bord, au débarquement qui devait commencer avec le jour; on descendait k la mer les embarcations et les cbalands ; c'était une joie générale, un enthousiasme universel

Le soleil du 14 juin luisait à peine sur unemer calme, lorsque les premiers bataillons de la première division abordèrent la terre. Chaque homme était porteur de vivres pour cinq jours et d une gibern.e bien garnie de cariouciies. La batterie neuve que Tennemi avait laissée désarmée fut immédiatement occupée. Ou s assura que la tour appelée par les Espagnols Torre Chka^ petite tour, etle Marabout, c'est-à-dire ermitage, qu'elle surmontait, n'étaient point minés, et ont ♦reconnut qn'on pouvait y entrer sans dauger. Le drapeau blanc y fut arboré par deux matelots. Àvaiil cinq heures du matin toute la première division était à terre, avec six pièces de canon et deux obusiers. Elle avait débaïqiié sans opposition de la part de Tennemi, qui se tenait éloigné

L'fiXPKDiTION d'aPRIOUE.

de la cote d'enviroauoedeaiMieue commune. Le général Berthezène fit avancer de quelques centaines de pas sa division formée en masse et couverte de tirailleurs. Il laissait ainsi derrière lui un terrain libre et assuré pour le débarquement et la formation des troupes qui devaient le suivre. Les batteries que renoemi avait établies en avant de la presqu'île ne tardèrent pas k dirif^er leurs feux sur les masses et sur le point de débarquement.

Le général en chef débarqua, vers six heuresi avec tout rétatrmajor général de Tannée, en même temps que la deuxième division, qui fut aussitôt suivie par la troisième. Il se porta k pied, car on n'avait pas encore débarqué un seul cheval, k la hauteur de la première division, pour reconnaiLie le terrain et les positions de Tennemi. Les plumets blancs, bleus et rouges des olôciers de Tétat-major appelèrent l'attention de rartiilerie algérienne^ et, tandis que le général en chef, debout sur une petite dune, observait le pays, un boulet vint s'enfoncer sous ses pieds, et faire jaillir le sable. Il en fut couvert, ainsi que les officiers qui se trouvaient k côté de lui. J'étais, avec mon camarade le capitaine d'Arthel, Funde ces otticiers, et je pus 1 entendre rassurer rétat-major général, qui s'était précipité auprès de lui, par ces simples paroles dites avec son im-

I âû4 RELÀTlOlf DE

perlurbable aplomb : « Celte artillerie aigérieaae ne vise pas trop mal. »

La corvette la £ayonnaise^ et les deux bricks la Badineei ri4cfcon(l)avaientreçuordredelV miralde prendre poste dans la baie située à Test de la presqu'île de Sidi*Ferruch , pour seconder de leurs feux 1 attaque dirigée coutre les batteries de rennemi : ces bâtiments les prenaient d'écharpe, landis que lartillerie de campagne, placée à l'entrée de la presqu'île, les battait directement. La première division, dont la brigade Poret de Morvao, composée du 1*^' régiment de marche, couuuundé par le colonel de Fresclieville, et du 3^ régiment d'infanterie de ligne, conduit par le colonel Roussel, le lieutenantcolonel de TAubepin, et le chef de bataillon de Lavaa (2), marchant à la tète du premier Laiaii-

{[) Co Ijrick élail commandé parle capitaine de frégate Hamelin, qui, devenu capitaine de vaisseau en 1836, contre-amiral en 1842, et vice-amiral en 1848, partit de Toulon en 1853 comme chef d^une division navale dans rexpëdlUoQ d'Orient, bombarda le port d'Oder eu 1854, et 86 signala dans l'attaque des forts de Sébastopol. Rentré en France & rexpiralîon de son eommandement, î! fbt feit amiral à la fin de cette même année 1854. U lui appelé au luiuislèrc de la marine eu I83j, nommé grand-chancelier de la Légion d'iionneur en 1860, el mourut en 18Gi.

(2) Cet officier supérieur, dont le frère aîné Hait conseiller d'fitat et avait été préfet depolice^ fit la campagne avec une distinction qui fut remarquée par les oAi-

Ion, formait l avant-garde, tourna par leur gauche la position et les batleries de Fennemi, et s'en empara- On y trouva quelques livres français, un Mémorial de VoffMer dariiUêrie^ et un fragment de la fin du premier livre d une traduction en vers français des odes d'Horace (1). Malgré les assertions postérieures d'un jeune fils du bey de Titery, et la description qu'il fit, au quartier-général dans la Casba, de Thabillemeut et de la coilfure d'un européen qui se serait trouvé dans les rangs musulmans, il ne me semble pas croyable, sans une meilleure preuve, qu'un

ciers généraux sous lesquels il servait ; mais il sacrilia sa carrière militaire ^ sa fidélilé aux principes monarchiques, et envoya sa démission au ^gouvernement issu de ta révoluUou de JuiUet, dès que la nouvelle eu parvint au camp de Staouôii, qu'occupait alors le régiment doot il commandait le premier bataiUon« Rentré dans la vie privée» M. de Lavau figura constamment au premier rang des hommes de dévouement dont Tactivilé édairèe s^attaeha à propager les saines doctrines religieuses et politiques, au moyen des œuvres propres à atteindre ce but. 11 fut, en 1841, le fondateur du jourual quotidien VUruon catholique, (ju'il dirigea, avec une sage et intelligente mesure, sans prendre part à la rédaction, jusqu'à la fusion en un seul journal des deux feuilles religieuses V Univers et V Union caUwligue^ en 1843.

(t) L'auteur de cette Relation est possesseur de ce fragment qui» trouvé par le lieutenant aide-miy'or an 3* ré* gtment de ligne, Charles de Bourmont, dans la première iMtlerie enlevée aux Algériens^ fut apporté par lui au quartier-général.

RELATION DB

Français ait porté les armes contre ses compatriotes avec les ennemis de la chrctienlé. Le^ Algériens n'auraient-ils pas plutôt abandonné i dessein, dans la première batterie qui leur fu enlevée, ces livres, qui leur auraient été procurés peut-être par le consul d'Agleterre, pou. nous persuader qu'ils avaient contre nous ave* eux uu officier français? Â ooze heures du matio le combat avait cessé.

Dès que le général en chef vit la division Barthezène maîtresse de Farlillerie et des position, de rennemi, il écrivit, du point du champ dt bataille ou il s'était porté, 'debout et la niair appuyée sur le chapeau de Tun de nous, qut nous tenions devant lui, le rapport de ce premier et important succès de Tannée expéditionnaire. J'ai conservé précieusement la minute de ce premier-bulletin de Tarmée d'Afrique, écrite delà maiu du général en chef, et dont les lignes sont sans doute les premières qui aient été tracées, par une plume française, sur cette terre de la régence d'Alger qui allait devenir la conquête et la possession de la France. J en reproduis ici la teneur, remarquable par sa précise simplicité :

« Presqulle de âidi-Ferruch, le 14 juin, à «10 heures du matin.

a Le débarquement a commencé à 4 heures « du matin; toutes les troupes sont k terre;

l'expédition D'AFRIQUE. S07

reouemi a été chassé de la position qu'il avait « prise en arrière. La division Berthezène lui « a eulevé 9 pièces (1) de canon et deux morte tiers.

ce La rade à l'ouest de Sidi-Ferruch est « bonne ; la flotte y restera mouillée.

« Le iieuteuaut-général «t Commandant en chef ,

« CoUlle DE BOURMOHT. »

Ce fut le bâtiment à vapeur le Sphinx qui porta en France les dépêches du général en chef et celles de Tamiral aDnouçautle succès de notre débarquement, un des plus mémorables

événements de l'histoire moderne, dit le Manuel descriptif et statistique de l'Algérie^ i^BT'tA. J. Duval.

A midi les trois divisions d'infanterie, presque toute l'artillerie de campagne, avec soixantequatrechevaux, et unegrande partie des sapeurs,

étaient à terre, et Tarmée pouvait dire enfin : Terre d'Afrique, je te tiens 1 M. Lemarié, lieutenant de vaisseau, officier très-instruit, avait été

(I) Le nombre lotal des pièces de canon enlevées à l'en**

nemi, dans cette journée, iut de treize, sans compter les deux mortiers.

208 HËLATIO» DE

détaché de la siatioû devant Alger à bord du vaisseau la Provence, pour y être consulté par Tamiral Duperré sur rimportaule opéraliou du débarquemeiil, et les rensLignements qu'il lui fouroit « u'ont pas peu contribué à Ttieureux c( résultat qui fut obtenu, d au témoignage d'un rapport de Tamiral au ministre de la maiiue. Le débarquement des troupes fut opéré, en grande partie, sur des chalands on grands bateaux plats, remorques par des canots. Les officiers de marine dirigèrent ces manœuvres avec une intelligence parfaite et avec une activité infatigable. Le zèle des matelots fut admirable : il laiiaii les voir se jeter à 1 eau pour pousser les embarcations à la côte! Si les dispositions prescrites ne furent pas exactement observées, ce fut au profit de h promptitude dans Texécution. Un matelot de la frégate la Surveillante eut la cuisse emportée.

La première division prit position sur les collines d où elle avait débusqué Tennemi, sa gauche appuyée à la mer, et les deux premières brigades de la deuxième division s'étendirent en arc de cercle, à droite de la première. La troisième brigade de cette division fut placée en seconde ligne. Ces deux divisions se trouvaient ainsi établies à portée de canon eu avant de rentrée delà presqu'île, où la troisième resta en

t*EXPÉDlT10!f D'AFRIQUE. 209

réserve, avec sa troisième brigade ea dehors du retraneberoent, qoi fut aussitôt construit. -

Celle journée ne coûta la vie qu'à une viDgtaioe dlionuDes, mais le poids en fut iourd k porter. Engourdis par un séjour de plus d un mois à bord des bâtiments où ils avaient été nécessairement entassés les uns sur les autres, chargés de munitions et de vivres pour cinq jours, les soldats souffrirent beaucoup de la chaleur et des difficultés d'un terrain sablonneux, ne présenlauL pari eut que des collines couvertes de broussailles. Ils firent

preuve du courage le plus pcisuvciaut.

Parmi les officiers qui se signalèrent particulièremenl dans cette journée, le général Berlhezène cita HM. Charles de fiourmont, lieutenant aide-major au 3* régiment de ligne, et Bessières, sous-lieutenant au même régiment, qui entrérenl les premiers dans une des batteries enlevées àTennemi.

La crainte de manquer d*eau n'avait pas été

sans préoccuper le général en chef. L'un de ses officiers d'ordonnance^ celui qui écrit ces lignes, fut envoyé, vers dix heures du matin^ k la recherche d'un ruisseau dont Tembouchure devait se trouver, croyait-on, sur la côte de la presqulle, dans la baie à l'est de Sidi-Ferruch. Après une marche de plusieurs heures dans le

210 RELAT10f< DE

sable, très-péoible pour la eompagnie de voltigeurs qui lui servait d'escorte, cet officier rentra, au commencement de Taprès-midi, au quartier^ général, avec le resrret de ne pas rapporter une réponse satisfaisante. Mais toute inquiétude avait cessé : il suilisait de creuser la terre de quatre ou cinq mètres pour se procurer en abondance une eau potable.

Dans une lettre écrite d'Âlger, lel2 juillet, au marquis, plus tard duc de Glermont-Tonnerre, et où sont résumées les opérations de la campagne» M.deLigniville, capitaine d éiat*major, employé Il l'état-major général de Tarraée, fait celte juste observation : a Cette première partie de la cam* « pagne, regardée en France par la plupart des « militaires comme devant présenter le plus « d'eniptchement, offrir le plus de danger, a été « par le fait la plus facile. »

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