CHAPITRE IV
Etablissement de l'armée dans la pres(]irîlo de Sidi-Fcrruch.— Bataille do Sluuuéli. — Cuiubat de Sidi-Khalef. — Journées des 23, 26, 27 ei -28 juin. — Combat du -29 juin, invc&lissemeiit, siège et prise du cli4teau deTEmpereur.
Le premier soin du général Valazé, commandant le génie de 1 expédilion, avait été de tracer, conformément au plan de campape projeté
d avance par le général en chef, un retranchement qui fermât l'entrée de la presqu'île, et qui en fît une place d'armes sûre pour le ckpùL des approvisionnements de Tannée. La construction de ce retranchement fut conimencéo aussitôt et poursuivie par deux mille cinq cents travailleurs, employés a la fois jour et nuit, et fournis principalement par la division du duc des Cars, « avec une exactitude et un empressement qui a n'ont pas peu contribué à faire avancer les « travaux, » suivant un rapport du général Valazé au général en chel. Un fossé large et profond, et une ligne de palissades rendirent ce retranchement, armé de viDgt-qualre pièces de
BELATIOR DE
eanon de huit et de douze, inattaquable par les Algériens.
Le cap qui termine la presqu'île de Sidi-Fer«»
ruch(l) est un rocher calcaire, élevé d'environ trente mètres au-dessus du niveau de la mer.
Celle presqu'île paraît avoir reçu son nom d'ua marabout, qui y aurait fixé sa demeure. On a vu, dans Vfntroduction qui précède cette Relation^ qu'uu marabout est, chez les musulmans de TAfrique, un homme distingué par sa science religieuse et par ses vertus. On appelle aussi marabout une mosquée à laquelle est attachée la mémoire d un de ces hommes vénérés parmi eux. Le marabout qui couronnait le sommet du rocher de Sidi-Ferruch se composait d'une petite mosquée, où Ton voyait le tombeau du persouuage {i) qui a sans doute doiiué ^ou nom à la presqu'île, et de quelques constructions a tenantes à cette mosquée^ dont la petite tour carrée, dite Tarre Chica en espagnol, était le
(1) Cette presqu'île, devenue célèbre, forme à droite et à gauche deux baies très-ouvertes, d*uD fond de saUe
et d'une pente douce, et remarquables par les grandes
plages cl les dunes qui les bordent. Celle de Touest est la plus vaste. La presqu'île esl d une éicudue de 80 beclares.
f^) Sidi signifie monseigneur en arabe. Ce liire et ses abré\ iations, si et sid^ ne s'appUquent guère qu'à des chefs religieux.
l'expédition o'iJRlQLË. 213
j minaret. Plusieurs pièces d*étoffe de différentes couleurs était appeudues, eu mauière d ex-voto^ aux murailles intérieures de la mosquée. Tout y lui respecté.
C'était la première condition matérielle de réussite dans une expédition contre Alger de débarquer à Sidi*Ferruch. Car sur tout lelitto^ ral, depuis le cap Matifou jusqu'à rembouciiure du Mazafrao, il n*y avait que cette presqu'île, située à environ six lieues k l'ouest d'Alger, qoi présentât un point où Ton pût improviser un établissement solide, et se retrancher învîndblemeot avant de commencer à opérer. On
sait que Charles-QuiiiL débarqua, en ioil, sur la plage à environ deux lieues k Test d'Alger, et que, sans s'assurer sur la côte un point d'appui à la base de sa ligne d'opération, en contact avec sa flotte, il investit aussitôt la place. Mais une tempête horrible engloutit ou dispersa ses vais* seaux, et une pluie tombant par torrents noya son armée, dont un tiers succomba dans ce désastre. Ne s'étant point préparé un refuge en cas d ecliec, il fut obligé de faire retraite le long de la plage vers le cap Matifou, oh ses troupes sereuibarquèrent en désordre. 0 Reilly, qui conduisit si mal Texpédition espagnole entreprise contre Alger en Î775, ayant débarqué à peu près à la même distance k Test de la
ville, fit âttssi, entre autres fautes, celle de laisser ; avancer son avant-garde contre les Algériens ' avaut de s'être reiraocbé convenablement. Après 1 avoir cssiivé laïc défaite, il fui forcé de se rem- , barquer à la hâte. Ainsi ces deux grands désas- | très démon traicat la nécessité d'établir, au ! point de départ de la ligne d'opération, noe place d armes k répreuve des attaques algériennes, où Ton pût se réfugier à tout événement, soit pour reprendre ensuite lolieusive, soit pour se rembarquer avec sécurité. Or, une presqu iie, où il est facile de s enfermer promptement, en coupant Hsthme dans sa largeur par un relrancliement, était le lieu qui présentait le plus d'avantages naturels. Partout ailleurs il y avait trop à faire pour qu'on put espérer dy parvenir assez vite.
Le général en chef établit son quarlier-f éoéral au marabout, d abord daus les constructions attenantes à la petite mosquée, puis soos la tente. De cette éminence la vue doiniaaii la presqu'île, : les deùx^ baies qui s'arrondissent à l'est et à rouest, et toutes les collines qui, séparées par d'étroits vallons, s'échelonnent et grandissent successivement jusqu'au plateau de btaouéli« La pente du rocher du côté de la terre est assez escarpée. Au pied de cette hauteur s'élevait ua beau j)aliiiîer, auprès duquel uu |)uîts abouJaiit
l'bxpéditiom d'afrique. si 5
put fournir une eau préeieuse. G*est là que Tin-
tendant en chel de Tarmée se plaça au centre de tout rétablissement de Tadministration ; il y dé« ploya une acùvité qui fut universellciiient admirée. Dans cette presqu'île, queles Français avaient trouvée déserte et embarrassée d'épaisses broussailles et de massifs de eactiers, repaires de quelques chiens abandonnés, lart, en moins de deux jours, triompha, comme par magie, d*une
nature sauvage. D'immenses liaiii;ar5, construits en planches couvertes de toiles imperméables, présentaient des hôpitaux, des magasins, des dépôts d'approvisionnements et de munitions. Des tentes et des baraques de feuillage s'élevaient de toutes parts au milieu de haies d'aloès que Ton I avait conser^'ées; des fours en tôle et en briques, apportés de France, fumaient déjà lorsque le canon du 14 juin tonnait encore, et, le surlende- I main, toute l'armée reçut du pain frais. Les dif- I férents services s'organisaient de tous côtés dans I un ordre parfait. Tous les efforts concouraient au même but, et de cette harmonie de volonté et d'action naquireal le bicii-èlre et la force de Tarmée.
Dès que le débarquement du personnel avait été terminé, la marine avait immédiatement ! commencé celui du matériel, et elle poursuivit I cette longue et pénible opération avec un zèle
RELATION DB
infatigable, dont M. Deloffire (1), capitaine de frégate, donna l'exemple dans les fonctions de capitaine de plage. Le rivage offrit bientdt Taspect animé d'un i;rand port de commerce : les tonneaux, les barils, les caisses et les ballots s> amoncelaient incessamment; mille bœufs avaient été apportés de France, et les distributions de vivres de loutenaturu se faisaient avec régularité. Un négociant nantais intelligent, arrivé dans la rade où la flotte était mouillée, avec une cargai* son de denrées et de provisions de toute espèce, avait improvisé un magasin d'objets de première nécessité, avec une sorte de restaurant et de café, et vendait, suivant un tarif qui avait été réglé au quartier-général, par ordre du général en chef, à un prix inférieur tout ce qui était à Tasage des soldats, et à un prix supérieur tout ce qui i>ouvait convenir plus particulièrement aux officiers. L'établissement du Pourvoyeur de Nantes était connu de toute l'armée. La gaieté française, soos lebenu ciel d'Afrique, allégeait le poids des travaux et aidait à braver la chaleur. A ce spectacle, le souvenir indigène de Carthage naissante se réveilla sans doute dans plus d une imagination. Quand la nuit succédait au jour, les feuxinnooh
(l) Cet officier distingué, un des plus instruits de la marine française, parvint au grade de contre-amiraly et mourut en 1864 avec rhumiUté d*ua vrai cbréti^.
l'expédition d'afaiûue. 21?
brahles des bivouacs, auxquels les broussailles iûuruissaieat ud alimeat abondant, éclairaient encore cette scène d*un effet si pittoresque jusque sur les hauteurs que couroiiuaieiu les deux premières divisions de Tarmée, à portée de canon en avaDl du retrauchement.
Le front des deux premières brigades de la . deuxième division était couvert par un ravin profond, dont les berges étaient hérissées d'épaisses broussailles. Au Ibiid de ce ravin coulait UQ ruisseau qui, vers son embouchure, servit à abreuver les clicvaux du camp établi dans la presqulle; des laurien^roses croissaieui sur ses rives. Gomme les Arabes, à la faveur des broussailles et des plis du terrain, pouvaieut, sans être aperçus, se glisser jusqu'à petite portée de fusil du ruisseau, lorsqu on y allait faire boire les chevaux, il fallait les faire escorter par des tirailleurs. Mais on lit couper les broussailles qui couvraient le point oii Ton conduisait les chevaux.
Les précautions extrêmes que les deux divisions placées en avant de la presqu'île prirent d'aboi d, contre un ennemi dont on ignorait les habitudes et le mode de guerre, ont été ainsi décriles par un témoin oculaire (1),
(I) Mémoires d'un oflicier d! état-major^ par ie baron Barchou de PenhoëD. Capitaine d'état-majort et aide
KEIATSON D£
« A i ârnvee de la iiuii, cUacuu ileaosrégi- « mants se formait en carré, sur trois rangs, c eouime de coutume; deux de ces rangs pouc Tiienl se Umr an sommeil, chaque soldat
<c assis, ou la tète appuyée sur son sac; le troit sièmeveillait debout pour répondre aux appels,
« qui recoaiuiuu^ieDt d'heure en heure au « milieu dn pins profond silenee. Quelquefois
« cependant, et surtout daus nos premières « nnits« ce silence était autrement troublé : de
a temps à autre un coup de fusil était tiré aux « avant-postes. D'autres coups suivaient, et « parfois la fusillade devenait assez vive ; des li- « gnes de feux s'agitaient de divers côtés dans les « ténèbres. On s'apercevait enfin que ce n'était
decampdtt licotenant général Berttiezène, Tauteur de celle fnléressante publlcatton étiUt un officier très-distingué. Après avoir renoncé à la carrière des armes, k la suite de la révolution de 1830, il se voua aux éludes j)hilns(>[ihiquos cl historiiiues, avec une intelligence supérit urc, et publia divers ouvraj^es, dont les plus importauU soul : Histoire de la conquête et de la fondation de rempive anglais dans Vlnde; l'Inde sous la domination anglaise; Histoire de la philosophie allemande depuis LeilmU» jusqu'à Bê§el, et Dislinatian de Vhomme de Fichle» traduite de l*allemand. Jl siégea à rAssemblée législative, de 1849 à 1851, et fut élu membre libre de TAcadémie des inseriptioiis el belles-lettres en 1Rî«). Tl lravail!ailà un ouvrage sur la philosophie de riii.^iuii f, lorsqu'il lut t nlevé par une mort prématurée en 1855.
« qu'une fausse alerte, causée d'oi^dioaire par « les cris sauvages des chacals et leur course « bruyante à travers les broussailles. La chose « éclaircie, le tamulres^apaisait par de^és, les a officiers renouveiaieni les recouimaudalioos « d'osage, puis etaacun reprenait sa première a position pour tâcher de retrouver uu peu de « sommeil.
« Au lever du soleil, nous aperceviuns les « Arabes, que leurs burnous blancs rendaient « faciles à discerner au luilieu des broussailles K et de répais brouillard du matin. Ils se répan- « daienL par Landes nombreuses sur les collines . K qui nous faisaient face, et là se disséminaient « par groupes de trois, quatre, cinq ou six, puur «( se mieux abri 1er d'arbustes, de broussailles, « des divers accidents du terrain. Pendant ce « temps, nos sentinelles, le fusil armé, suivaient « tous leurs mouvements d'un œil attentif. Oq « échangeait quelques coups de fusil; ils deve- « naient de plus en plus fréquents ; et sur tonte « la ligne seugageaient bientôt des combats «( partiels, rarement suspendus tant que le soleil a restait sur rhoiizou, mais n'aboutissant jafc mais non plus à une attaque vigoureuse et « générale. Ce geiu e de guerre doiiuait aux sol- « dats du calme, du sang-froid, de Taplomb, par « rhabitudc d être sans cesse en présence de
HELATIOM DE
a Tennemi ; il lui apprenait a étudier le terrain m pour s'en couvrir, à viser longtemps avant de « tirer, au lieu de tirer au hasard coaiiiie dans (X le rang ; il lobligeait à compter sur lui-même « et sur suii adresse. »
Informé par les espions qu'il entretenait en France des préparatifs de notre expédition, le dey s'était etïorcé de se rendre iavorable la population indigène, et avait prodigué les promesses, accom-* pagnées de prcsenis, aux Maures, aux Arabes et aux Kabyles. 11 avait fait tout en même temps pour enflammer parmi ces peuples le lanaiisme musulman. La milice turque, an moyen delàquelle il opprimait celle population indigène, ne pouvant plus, par Teffet du blocus français et des causes qui en découlaient, se recruter en Turquie, était réduite à une dizaine de mille hommes, et les faveurs accordées h la populaiion du pays avaient suscité parmi ces Turcs ombrageux un souid niccontentenient cujilre Hussein. Il faillit même être victime d'une conspiration conti'e sa vie, dont il fit étrangler les principaux agents, qu'un de leurs complices avait denoucés. Les préparatifs de défense du dey n'avaient eu en vue que d augmenter les moyens de résistance du port d'Alger à une attaque par mer. Il était d'ailleuis dans une entière sécurité du côté de la terre.
On acquit postérieurement la certitude qu'il
était eiiué daos le plau de campague ordoaoé par le dey de laisser débarifuer sans résistance toute Tarmée fraoçaise, aiiu de i exlei niiner eositite entièrement, el que pas un seul homme 11 échappai pour rapporier en France la nouyelle de cette destruction complète. Cette folle présoiupliûu avait sa source daos 1 aveugle orgueil masulmaUi et aussi dans Fissue des malheureuses entreprises de Charles-Quini el d O lleilly.
La journée du i4 juin avait suffi pour apprendre à nus soldais le Iraik inent destiné à ceux qui tomberaient vivants aux mains des ennemis du nom chrélien. Ils trouvèrent dans les broussailles le cadavre mutilé d'un lieutenant de voltigeurs, -ï du 1*' régiment de marche, auquel les Arabes avaient tranché la téte, les pieds et les mains* A la vue de ce spectacle atroce, qui devint fréquent , les cœurs déchirés s'indignèrent; il ne lut plus possible de maiiriser Texaspération des esprits, et une guerre à mort s'ensuivit . Les broussailles, qui s'élevaient progressivement, à mesure qu'on s éloignait de la mer, jusqu'à la hauteur d'environ cinq pieds, favorisaient les attaques couvertes des Arabes, qui venaient tirailler devant les bivouacs, et auxquels le dey payait cinquante francs chaque lêle fraiu aise ([irilslni apportaient.
L'ordre régnait partout, et Tabondance des provisions se répandait dans le camp et dans les
RELATION ÛE
bivouacs, lorsque la uiaiiuée du 16 vint troaUer de si grandes espérances. La baie oii élait mouillée loiiie la llotle est ouverte au vent du uordouest, ei il se prit à souffler avec violence. Une
|)luie a larges gouttes tombait abondamment, et
le tonnerre retentissait avec éclat. On eut bientôt lieu de craindre que tant de bâtiments de grandeurs ditférentes^ mouillés à peu de dislance les uns des autres, ne vinssent à s'entre-ehoquer. Plusieurs chassèrent sur leurs ancres^ firent des avaries dans leurs amarres, et furent menacés d'une perte prochaine. 11 y avait à peine pour vingt jours de vivres h terre ; mais comme on avait eu la précaution de garnir de doubles enveloppes imperméables les caisses et les ballots contenant les approv isionnemenls de toute nature et les munitions, on se hâta d'en jeter à la mer le plus que Ton put, avec des tonneaux devin, d'eau-de-vie et de farine, afin que le vent qui chassait à la côlc les y poriât. Dans une lettre adressée le lendemain au général en chef, l'amiral Duperré disait que, « si la tempête avait duré a deux heures de plus, c'en était fait de la « flotte. » Mais vers onze heures le vent passa à Test, et l éiat plus calme de la mer fit renaître la sérénité dans les esprits. Le général en chef ne s'était ni dissimulé, ni exagéré le danger. Notre chef d^état-major, le général Desprez, avait ma-
LEXPÉDiliON UAFaXQLE*
nifesté son itiquiélude par celte exclamation : conme Charles^Quintl
Après ce coup de vent, la nécessité de redoubler daciivité dans le débarquemeot du matériel^ poor débarrasser la rade de son eoeambremeDU devint encore plus évidente.
Le fea de nos canoDS et de nos obnsiers contribuait à diminuer Taudace de rennemi devant nos deux premières divisions* Dès qne fonle TarLillerie de campagne fut attelée, le général de la Hitie conduisit des boodies à feu sur les points qu*il avait jugés favorables, a Jamais, dit « le général Desprez on ne l'entendit expri- ^ merlacrainie delcscoinproiiit'lre. Uassurépar a lear extrême mobilité, il les plaça constamment n en pi emière liijne dans les terrains même les « plus accidentés. »
Adressées aux populations qu 0|)[>riinail k despotisme turc» des proclamations, rédigées en arabe et revêtues du cachet du général en ebef, furent portées et déposées par des oiliciers an delà des avant-postes. Mais on n*en recneillit presque aucun iruit. Cependant un vieil Arabe à la barbe blanche se présen ta le 1 7 aux avant-postes de lu division Bertbc/ène, et lut conduit an quartier-général. C'était le premier Africain qne
(1) Jowmal (f un officier de Varméê d:Âfriqat.
l'armée pût voir de près, et toui en lui éuit iuconnu Sa* taille, son attitude, ses gestes, soo habillement, sa figure excilcrcul vivemeot U curiosité des officiers et des soldats, qui se pressaient en foule autour de lui. Interrogé par on prêtre catholique, né à Damas, qui était attaché au quartier-général en qualité d'interprète, il parla de la puissance de Dieu avec un désordre d'idées peut-être plus apparent que réel, et ne fit / rien connaître de ce qu'on aurait voulu savoir de lui. La folie est réputée inspiration sainte chez les mahométans, et, à entendre ce vieillard, on jugea qu'il devait passer pour inspiré. On le traiîa bien, et ou le renvoya le lendemain matin pour apprendre aux siens comment les Français en agissaient envers les Arabes. Il partit, et ne revint pas.
11 n'était entré que cinq hommes à Thopital depuis le débarquement. Toutes les précautions d'hygiène avaient été prises; l'abondance était dans Tarmée ; le pain et le vin de distribution ne laissaient rien à désirer.
Dans raprès-midi du 18, les avant-postes de la division Loverdo virent veiiir a eux quatre chefs arabes ; on les accueillit, et ils échaugèreot leurs armes avec l'officier chargé de parleaicnler avec eux. Ils déclarèrent quïls s'absiiendraienl de coiiibaïu ecouire nous, si on leur garantissait
l'expédition d'afkique
le respect de leur relis^ion, de leurs femmes et la sûreté de leurs propriétés* Rien oe fui négligé pour qu'ils retournassent satisfaits de leur démarche. Elle û cul toutefois aucune suite. Vers le soir, M. de Béarn, officier d'ordonnance du général Clouet, amena au quar lier-général un jenne Arabe, qu'à la vue de son vêlement, qui ne consistait qu'en un burnous, espèce de cape en laine avee un capuchon, on avait pris d'abord pour une femme ; il répondit ingénument aux diverses questions qui lui furent faites. Il se plaignit de la dureté du joug turc, et annonça que la milice de la Régence et les différents contingeuls des beyliks étanl réunis dans le camp de StaouéliiTarmée ne larderaii pas à ètreatiaquée. Ce jeune homme paraissait intelliiçent ; il répétait et prononçait, avec une facilité surprenauie, des phrases françaises tout entières.
Depuis deux jours des salves de mousquelerîe, des nuages de poussière évidemment soulevés par des mouvements de troupes, et TaugmentatioD sensible du nombre des tentes dans le camp de Staouéli, révélaient à Tarmée lagglomération des forces algériennes sur ce point. On apercevait aussi 1 ennemi remuer la terre, et construire des batteries. Le 19, à quatre heures du matin, un coup de canon, parli d'une de ces balleries, donna le signal dune attaque générale, dont
rimmioence avait été signalée la veille au général en chef parle général Beriliezène, et que nous étions prêts à bien reeevoir. Elle eommença coatre toute noire ligne avec la plus grande impétuosité.
La ilivisioii iieriliezcne et les deux premières brigades de la division Loverdo formaient cette ligne, brisée par les accidents du tei l aia, qui se développait en arc de cercle saillant en avant, d'un rivage jusque vers Tautre, sur les collines à environ une lieue du rocher de Sidi-Ferruch. La première division, s'appuyant aux dunes de la baie de Test, occupait la gauche et le centre de Parmée, et les deux premières brigades de la deuxième division, se prolongeant le long d un pelit ruisseau jusque vers la baie de Touest^ tenaient la droite. Des ouvrages de campagne couvraient le front de chaque régiment. La troisic'me brigade de la deuxième division, sous les ordres du général Gollomb d'Arcine, était en seconde ligne, derrière notre gauche. L horizon éti*;it chargé d'un brouillard très-épais, et ce ne fut guère que, vers six heures du matin, quand le soleil commença à dissiper cette brume, qu'on put découvrir ce qui se passait. Cependant la fusillade et la canonnade roulaient sur toute la ligne. La pensée dominante de l'ennemi était évidemment dç vouloir forcer et tourner laile
, l'expédition D AFRIQUE. 337
gauche de notre armée, et, pour exécuter ce plao,
sa principale ailaque fut celle de sa droite, par où quatre mille hommes de la milice turque, sa meilleure troupe, fondirent, conduits par Taga de cette milice, commaudaul eu chei des forces algériennes, et suivis du contingent du bey de liiery, sur noire extrême gauche, occupée par la troisième brigade de la première division. Celle brigade, eomiuaiidec par le général Clouel, el formée du 30* et du de ligne, eut besoin de tout son courage, de tout raplouib cl de toute la valeur son général, pour résister à ce choc. Une lettre écrite au duc des Cars (1), longtemps après notre expédition, par le principal acteur dans cet imporlaul épisode de la bataille de Staouéli, en expose les incidents si bien circonstanciés, qu'il suffit de les résumer pour faire assister le lecteur à lactiou. Vers le centre de la position qui avait été assignée à cette troisième brigade de la première division, s'élevait un mamelon, sur lequel le général Clouet avait établi une batterie, composée d uu
(!) Je dois la eommunîcaUon de celte importante lettre du géoèral Clouet à la bienveillaoce dont m'honorait
M. le duc des Cars, qui a bien voulu me communi(|uer
aussi son journal in!lil.i;r(\ on y joiijnanl toiilcs les explicdliuns iju il nT.ivail aiilorisé a lui (IcMnander sur i'enscmble et sur les ddails- <los opéralions de ta troisième division, duraul toute ia tauipague.