RELAT1019 DE
obusier et d'uoe pièce de douze chargée à nit-
traille. Le 20^ de ligue occupait la droite da mameloD, elle second bataillon du 38^ de ligne la gauche. I-e premier bataillou de ce dernier régiment, commandé par M. de la Bigne, et à latéte duquel marchait le colonel Meunier, avait dû faire un long détour pour prendre position sur uii terrain siuié entre la mer et un raviji irèsprofond, quileséparailenlièrementde la brigade* Ce haLaillon formait ainsi rextréme grandie de toute notre ligne. Vers le soir du 18 on vit rennemi démasquer deux batteries en face de nous et se masser peu à peu sur ces deux points. Le et le second bataillon du 28*" eurent ordre de se replier en arrière du mamelon, la batterie restant ainsi isolée et ne paraissant défendue que par une centaine d'hommes placés en avant, et couverts parle revers d'un fossé creusé à la bâte. La nuit se passa tranquillement; mais avant le jour, les masses ennemies s'ébranlèrent, et se dirigèrent en silence vers le point occupé par la brigade, qui les attendit dans une complète immobilité. Lorstiu elles furent arrivées à portée de nos pièces, sur le signal du général Clouet, le colonel Morric dit à son réfçiment : Allons^ voici le moment^ et nos deux colonnes, formées du 20^ de ligne à droite, et du second bataillon du 2b' de ligne à gauche, se précipitèrent sur
L £Xi>lùi)lTia?i D AFEIQLË. 230
les ailes des assaillaots, doot noire artillerie, habilement dirigée par le lieutenaDt Delamarre, écrasait le centre par sa mitraille. L euuemi fit d'abord an monvement en arrière, mais» sou* tenu bientôt par une forle réserve, il arrêta sa marche rétrograde, et noos dispala le terrain
pied à jued, lorsqu'obliiré de céder à l iuijauiosiié et à la vigueur de notre eotraioemeoi, il fut repoussé jusque vers les hauteurs qui couvraient le camp de Staouéli. Le colonel Uorric, secondé j»ar des hommes dont il possédait loule la eonliance, lit là des prodiges de taleur. La cliakur du combat et la résistance deFennemi n'avaient pas permis au générai Clouet de garder la position qui lui avait été prescrite. En peu d'instants il avait dépassé de beaucoup la ligue de bataille, et la deuxième brigade, n*ayant point reçu d'ordre, ne pouvait appuyer son mouvement. « Notre situation était embarrassante, dit le « général Clouet, dans sa lettre, e t nos deux « flancs étaient découverts. Fallait-il se retirer, <( et rentrer dans la ligne? Le moindre mouve- « ment de retraite nous eût perdus et eut cornet promis peut-être le sort de l'armée. 11 valait cr encore mieux rester là, faire bonne contece nance, et attendre des secours. Nous pûmes a conserver notre position et attendre le « mouvement général de la ligne. Nos car-
HEUTION DE
« touches cependant étaient épuisées, et il
« ) auiaii eu lieu de s'inquiéter» si nous n'a- « vions pas en le bonheur d'avoir sous dos « ordres de telles troupes cuuiiuaiHlées par de <K tels officiers. » Pendant ce temps, le premier l)atail!on du ^28% sépare de sa bri-aJc par If ravin don il a été parlé, était entouré d'uue nuée de Turcs et d'Arabes, dont le nombre grossissait à chaque instant dune manière effrayante. Le général Glooet se trouvant alors dans la cruelle impossibilité de le secourir, avoue, dans sa lettre, qu'il se reprocha amèrement de Tavoir exposé à un tel danger. Le bataillon décimé se pelotonnait autour du drapeau, le commandant de la Bigne faisant tous ses efforts pour y maintenir Tordre, et le colonel Mounier venait d'être atteint d'une balle dans son liausse-col, lorsque lei?^néralCoUombd'Arcine, dont la brigade était ea seconde ligne, reconnut la gravité du périL I! marcha aussitôt à la téte du de ligne, commandé par le colonel de Lacbau, h Tappui da bataillon si vivement assailli, et Taida ainsi à reprendre TofTensive sous Fénergique impulsion du colonel Mounier (t). M. deSaint-^imoo,upi-
(1) Ce vieil ofïicicr, plein de bravoure el d'expérience, fui lu(^ par les insurgés dans une des émeutes qui ensanglanièrent Lyon à la suite de la rcvoiuUoa de juilkl im.
l'expédition D'ArftldlUE. Sdl
taine de voltigeurs au 29* de ligne, qui aceon^
rul le premier avec sa compagnie pour souieuir le bataillon du 28*, se distingua dans celte occasion.
Pendant que le 20* de ligne (1) luttait vaiU
(1) Ace réglmcutétail attaché le sous-Ueutenani d*ètal* major deMac-Mahon, qui fiiisaU ses premières armes on
combattant pour la con(|ut'lc (le l'Algérie, dont il devait devenir i;uuvcrncur général Irciite-iiualre ans plus tard. Bans celle niO me année l.s;JO, il eut un cheval lue sous lui, au passage do l'Atlas, marchant, comme ollii ior d'ordonnance du général Acliard, contre le beyde Titery. Jl ûlt encore à rétat-major du géni^ral Achard, la campagne du siège d'Anvers en 183^. Nommé capitaine à la fin de 1S33, ilretouroa en Afrique, où il se signala tout particulièrement» comme aide de camp du général de Damr^monl, à la prise de GoDstantine en 1837. Il passade rélat-major au commandemcnl du 10* bataillon de chasseurs à pied, fut lieutenant- colonel de la lé^^ion étrangère, et devint colonel en i8i5. Promu général de brigade en 1848, il commanda la subdivision del lemcen. Parvenu en 185:2 au grade dégénérai de division, il avait eommandé la division de ConstaoUne, lorsqu'il fut envoyé en Crimée en 18:)5, pour y prendre le commandement d'une division dans le corps d*armée du général Bosquet. Gtiargè le Jour de Tassant de Sébastopol d'enlever les ouvrages de Malakoff, Il inspira à ses troupes Tirrésîstible élan et Topinifttre bravoure que couronna le brillant succès de cette atla(iue. Il se distingua encore à la tôle d'une diM^ion d'inlauterie dans Icxpédition de la Kabyiie en 18o7. Commandant du i<* corps de Tarmce d'Italie en 1859, il sauva par la victoire de Magenta, le 4 juin, l'armée compromise par des disposilîons imprudentes, et tut créé le leudemain duc de Magenta et
lamment contre un nombreux ennemi, le due
des Cars, dont la division gardait la presqu'île, et qui avait reçu Tordre de tenir trois régiments prêts à marcher, avait envoyé son premier aide de camp, le chef de bataillon d'état-major Borne, demander au général Glouet s'il n'avait pas besoin d'être secouru ; mais, voyant le danger grossir et devenir urgent, il se poi la avec le 35^ de ligne, commandé parle colonel Rullière, vers le (hcàire du coaibal. Les voliigeurs du âS"" s'avançaient sur la dune, et le régiment traversait les broussailles qui le séparaient du 20% lorsque M. de besmaisons, officier d'ordonnance du général Glouet, vint prier le duc des Gars de prêter secours au preaiier bataillon du 28*. Quand le duc des Gars fut arrivé à environ trois cents pas de la brigade Glouet, il vit l ennemi se retirer et la brigade reprendre Toifensive, grâce à la v igueur du colonel Horric à la tête de son 20* régiment. Le 35' reçut donc Tordre de retourner à son poste.
Placés dans la baie de Test de Sidi-Ferrucb, les bricks /« Badine elle Griffon, ce dernier commandé par le capitaine de frégate Dupetit*
marf^chal de Fr-aiice. Rentré en France, il commanda successivement le 2^ et corps d'armée, el fui nommé, le l«r seplemtire itiM^ gouverneur général de l'Aigéric.
Tbouars (1), appuyèrent de leur feu cetie luite
héroïque de notre i^auclie coolre Télite des forces algériennes.
L'aita(iiie (m aussi in s-vive contre la brigade du général Achard, qui, souffrant de la goulte durant cette campagne, n*en déploya pas moins autant de courage que de capacité, f.e 37' de ligne, commandé par le colonel de Feochères, et TuD des régiments de la bii;;ade Acliard, opposa la plus ferme résistance à Tatlagne impé* tueuse des Algériens. L'ennemi, qui se pictipitait partout sur notre front avec la plus intrépide audace, fui encore reçu k la baïonueiie, et repoussé avec vigueur de nos retrancbements, qu'il laissa jonchés de morts, par le 14^ de lignCi
(t) L^uUle coopération de ees deux bàtiiDenls an succès de notre aile gauche, à la bataUle de Slaouélî, est reconnue par le général en chef, dans une lellre qu'il écrivit au ministre du lu uiarine, a la suiic df? cette gloncuse Jounue. Il y rccoinman le tout parlicaliiMcnienl le cnpilaiiio do frégate Dupolil-Thouars à la bieuvcUlancc du baron d'Haussez, « car, ajoulc le coniîe de liour- « mont, la inaniérn dont it s'est exprimé à Paris sur la « possibilité de l'expédition ne lui a pasyalu les suffrages • des officiers généraux de la narine, et il serait trèsm possible qull ne fût proposé à voire Excellence pour «c aucune récompense. » Cet éminent officier de manne, proposé au roi Charles X par le baron d'Hausses pour le grade de capitaine de vaisseau, ne Toblinl, sous Louisriiilippe, qu'en lS,^i. Il lui lait contre-amiral en iWl, vice-aniiral eu l^io, et mourut eu lti6-l.
234 HLLATlOiN DE
a]n>arleiiaiit à la même brigade, et coiiîmandé par le colonel vicomte d'Armaillé, et par k brigade Porel de Moi van, composée du l'** régiment de marche (1) et du 3* de ligne.
Le coiiliiigeût du bey de CoustauUûe, ayant franchi le ruisseau qui le séparait, à notredroite, de la première et de la deuxième brigade de la
(1} Dans Ci; i L'^^iiiient, composé des 1"^^ bataillons du cl du 4« régiment (riiilanterie légère, trois ofliciers prcludaîenl à un éminciu avenir militaire, le capitaine Ghangarnier, le iieuienaut aide-miyor Borel de BretizeU et le 8oas4ieulenant Forey« C'est en se signalant sur les divers champs de iNitaiUe de la guerre algérienne que le capitaine Ghangamîer devînt chef de bataillon en 1835^ lienlcnant-coloncl en 1837, apiè^i la retraite de Constanline, en 1830, où il se distingua i)arliculièrcmenl, colonel dui^ô léger en iS'MK maréchal de camp en 1810, et lieutenant-général eu 1843. 11 fut appelé, eu 1847, par le duc d'Aumale, gouverneur général de la colonie, k commander la division d^Alger. Il remplaça, en mat 1SI8^ le général Cavaignnc dans le gouvernement général de l'Algérie. Elu rcf»réscntant du peuple a l'Assemblée nationale, le 4 juin suivant, il regut du général CavaignaCiChcfdu pouvoir exéculit, le commaademeul supérieur de la garde nationale parisienne, auquel il joignit en 1849 celui des troupes occupant Paris. Son énergie préserva la capitale du renouvellement de la guerre civile. A la suite des événements politiques auxquels il participa, il fut arrêté, lors du coup d'Etat du 2 décerabro 1851, emprisonné, et conduit de là eu Belgique* Ainsi fut brisée sa carrière militaire.
Le lieutenant aide-major «Borel de Bretizel, après séUe signalé, comme capitaine, à la prise de Conslantine
division Loverdo, que coiuaiandaieat les généraux de DamrémoQt et MuDck d'Uzer, y fut rejeté et culbuté à la baïonnette. Le coiuingent du bey d'Orau fut pareillement forcé de reculer devant noire centre. Il élail plus de six heures lorsque cette première attaque fut complètement repoussée. Les troupes, enflammées par le succès, brûlaient de prendre Toffensive. Toute la première division exécuta alors un mouvement eu avant. A sept heures elle occu|>aiL les positions avancées de ienuemi, qui s'arrêta à environ
en 1837, conquit plus tard, en Alférie, le grade de œlond, et, dans rexpédiUon de Grimée, celui de gé-
iiôral de brigade. 11 élail en relrailc lorsqu'il mourut en I.S66.
Le soiis-lieutcnant Forey, rentré en France apiès la campagne de 1830, retourna en Aîp'ric en 1835, cl, devenu capitaine, se lit remarquer dans la retraite de Constanline en 1836, et dans Fexpédition des Portes -de -Fer en 1839. Chef de bataUlon en 1810, il reu>urnaen France en 1844 avec le grade de colonel, après quatre nouvelles campagnes. Il éuiit officier général depuis 1818, lorsqu'il luda à raecompUssenient dn coup d*Etat du 3 décembre 1851. G^'n(^»ral de division en 185:2, il oui dans ce grade un coinniandement dans l'expédilion de Crimée. A la lêlo d'une division de Tarniée d'Italie, il baliit le premier les Autrichiens a Monlebello, le 20 mai 1859. Chargé en du eommandemcnt du corps cxpédiliounaire au Mexique, il s'empara, après une vive résistance, de la Yille de Puebla, le 17 mai 1S63, entra dans Mexico le 10 juin, et fut créé maréchal le 2 juillet suivant. 11 revîni en France à la fin de cette même année.
HËLAJIU.N DE
un quart de lieue en deçà de son camp de Slaouéli. Une batterie établie en arrière du terrain qui venait de lui èlre enlevé lui servait principalemeoidappai. Mais le général Berthezène suspendit son mouvement offensif, pour attendre que les deux premières brigades de la division Loverdo vinssent s'y associer à sa droite.
« A cinq heures du matin. M, de BourmouL, « dit le général Desprez, son chef d'état-major, « observait de son quartier-général ce qui se i( passait en avant. )» En rapportant ce fait, dans son Jounuil d'un officier de Varmée d'Afrique^ le général Desprez ajoute qu'il pourra être affirmé par de nombreux témoignages. Celui que Ton va entendre sera, par Teffet de circonstances partie ulières, plus explicite que ne le serait le mien. Dans une Lettre^ adressée au rédacteur du journal bordelais la Guienne, à la date du 9 novembre 183i , le comte de laMyre-Mory, officier d'ordonn.uiec du général en chef, confirme le récit du général Desprez, avec des détails qui le complètent. ((Le 1(S au soir, éerit le signataire a de la Lettre^ j'avais parcouru la ligne entière « des avant-postes, et tout annonçait Tattaque (( du leudemain. Le général en chef me donna « Tordre de le réveiller au premier coup de canon. « Ce signal fut effectivement donné par renuciiii « au petit point du jour. J'entrai aussitôt chez le
général, qui se leva sur-le-champ, et sortit « pour examiner, ma luDelte à la main^ les posi-
(( tiûiis que duiui liait, dans toute leur éteudue,
« le rocher de Sidi-Ferroch. » Ces témoignages
sont irrécusables, et ce fut d'ailleurs à la \ ue de tout soo étal-major que le général en chef se tint à son poslc d'ol)servalion pendant la piciiiiere partie de la matinée de celte mémorable journée. Le bruit répandu par la malveillance qu il dormait alors est donc une table absurde. S'il ne se rendit pas d'abord sur le champ de bataille, c'est que de la .hauteur de Sidi-Ferruch son regard plaquait au-dessus du brouillard, et embrassait, bien quobsi ui émeut , leusemble de I attaque et de la défense, tandis que sur le théfttre du couibat, il n'aurait pu rien distinguer à quelques pas de lui. L'incertitude oii le laissait 1 aliaosphère brumeuse qui couviait son armée, sur une ligne d'environ deux lieues de développement, Tohligcait d'attendre les rapports des lieutenants généraux Bertbezëne et Loverdo, avaui (le pouvoir juger sur ([uel point sa présence serait nécessaire. Ënchalné au rivage par l inébranlable conviction qu'il importait, avant tout, au succès de sa grande entreprise de ne pas s'avancer vers Alger, sans que tous ses moyens de traiispoi*t et d'attaque l'usseut déliai (|ués et disponibles, il avait agité, le jour précédent, dans un
RELATlO?i DE
entrelien lenainé sans conclusion, avec les généraux Desprez, de la Hitie et Valazé, la qaeslion de s'ea^parer, en s*abstenant de faire un seul pas au delà, du camp de Slaouéli, d où les Arabes venaient continuellement tirailler sur nos avant-posles. Mais lorsque«armé à sept heures et demie sur le terrain, il put reconnaître, le brouillard aclievaut de se dissiper, que le mou* veinent offensif devait être poursuivi, il résolut, après s eire concerté avec le général Berihezèae, à qui appartient une part de la gloire de celte journée, de proiiler, pour enlever le camp de Staouéli, de Tadmirable ardeur des troupes, « qu il eut été difficile de contenir, » dit-il dans son rapport officiel. Avant de commencer Fattaque, il dut attendre néanmoins que les dispositions commandées pour en assurer le succès fo»^ sent exécutées.
Les deux premières brigades de la division Loverdo eurent ordre d'accélérer leur marche contre la gauche de Tennemi^ pour le rejeter sur sa droite, contre laquelle la divisiuii Berthezène coutiauerait sou mouvemeul oifeusif. La troisième brigade de la deuxième division dot rester détachée derrière la brigade Glouet. Les trois régiments de la division des Cars tenus prêts à marcher furent placés en i éserve derrière le centre de la première division. Les deux pre-
mières brifçades de la deuxième division^ sous ios ordres des généraux de Damréaiont et MuDck d'Uzer, eurent à surmonter des difficultés de terrain, en même teaips qu elles repoussaient des bandes de cavaliers, et elles ne purent arriver que lentement à la hauteur de la division liertbezène.
À travers les épaisses broussailles qui couvraient toutes les collines et tons les ravins, le mouvement général daitaque, doiii 1 oidre fut donné à neuf heures du matin, s'exécuta, sous la diieclion du f^énéralen chef, avec autant de précision que sur un terrain de manœuvre ; ce mouvement s'opéraii lorsque le iîénéral Ilurel, vieux soldat de Texpédition d'Egypte, dont la brigade formait deux des trois régiments de la division des Cars placés en réserve, arriva personnellement sur le champ de bataille, et salua le géné*- ?al en chef, par cette exclamation : « Monseict gneur (1), c*est comme aux Pyramides! Les bataillons marcliaient par échelons en colonnes serrées, Tarme au bras, et la batterie de six bouches k feu fut enlevée par le 14"' de ligne de la brigade Achard, aux cris de nos régiments victorieux, dont aucune expression ne pourrait rendre Tenthousiasme. Le général de la Hitte
(t) Cc|iilreéUiit alors attribué aux ministres du roi.
RSLATIOIC HE
dirigea rartillerie, avee une entente snpérieare
(lu rôle qu'elle doit jouer dans la guerre moderne, la DdultipUa par la célérité des mouvements qu'il lui ût exécuter, et coopéra puissamment à ce succès, comme à tous ceux de cette campagne. Nos colonnes eolraient à peine dans la batterie conquise, que les Algériens évacuaient déjà le vaste camp de Siaouéli. Nos volLigeurs s y précipitèrent, les masses les y suivirent, et au commencement de raprès-midi nus troupes s'y reposaient des glorieuses fatigues de cette belle journée, dont le résultat décida du sort d'Alger.
Une évaluation précise du nombre des combattants qui, accourus de tous les beyliks de la Régence, sans s'élre comptés eux-mêmes, fondirent sur notre armée le 19 juin serait impossible. Suivant les présomptions les plus vraisemblables, confirmée.^ paf les rapports postérieurs des Turcs, nous eûmes atïaire, avec vingt mille hommes en ligne, à environ cinquante mille assaillauts (1). Cette multitude d'eu-
(1) Le général Berthczène, dont la division participa
le plus à la défaite des Algériens, dit, dans une pubUcalion Inliiulée Dix- huit mois à Alger: « Les forces « ennemies élaicnt de cinfiu iiite à soixuiUe niilio Ijoiuuas, « dont environ sept mille '1 urrs. Ces derniers perdirent « plus de trois mille hommes. Ce nombre n'a rien qui « puisse étonner, lorsqu*on fait atlenlion à la fureur avec « laquelle ils comliaUirent peodaor plusieurs heures. »
Demis divers, dont la milice turque était rélile, se composait en oulre de koulouglis, d Arabes* de Maares et de Kabyles, qui étaient descendus de TAllas pour en défecdre les approches. De tons ces combattants, un grand nombre étaient à cheval; ce n'était pas une cavalerie, mais des bandes irrégutières de ea?aliers, presque tons armés de longs fusib. Leurs chevaux étaient généralement médiocres, mais agiles et singnlièremeui liabiiucs a courir au milieu des broussailles. Ces cavaliers sVançaient ponr &ire feu de toute la vitesse de leurs chevaux, et tournaient le dos aussi rapidement. Souvent leurs coups li'rtaiuiit pas moins bien dirigés que ceux des lantassios. Les armes de toute cette soldatesque à pied et à cheval étaient le fusil, le pistolet, le yatagan, le poignard, la lance et le sabre. Les Algériens n^avaient point d'artillerie de campa-goe, et ici les baileries qu'ils avaient construites en avant de leur camp leur furent enlevées. Ils se montrèrent étrangers à toutes les notions de discipline et de tactique européenne. En voyant nos soldats marcher en lignes, ils les crurent attachés les uns aux autres par le bras. Dispersés par bandes, couuae autrefois les Numides de Tacfarinas, au rapport de Tacite (1), les Arabes
(1) Amuies, Uv. Ui, xxi.
HËLATIO.N DË
accouraienuaus aucun ordre. Ils étaient couilulu par les Tores, qui leur donnaient en même temps 1 exemple du plus intrépide courage. On en vit un, qui était resté blessé sur le cliainp de bataille, se poignarder pour ne pas tomber vivant aux mains des chrétiens.
De notre côté, Tenthousiasme qui éclata dans tous les rangs, lorsque les divisions prirent Toffensive, fut tel que Timagination seule peut le concevoir. C'était le délire de vaincre uo ennemi jusqu'alors invaincu : de l'aveu una* nime des officiers de la plus vieille expérience, jamais soldats ne montrèrent plus d'ardeur. Quoique tous les oiiiciers d'état-major n'eussent pas encore reçu leurs chevaux, la transmission des ordres se lit avec toute la célérité désirable. Le nombre des hommes mis hors de combat dans nos rangs fut de cinq cent trente, dont dix canonniers. Quarante-quatre hommes de la division Berihezèue et treize de la division Loveido périrent sur le champ de bataille. Le nombre des blessés fut de trois cent quarantequatre dans la première division et de cent dixneuf dans la seconde. Le sort voulut que le iO"" et le ^8° régiment de ligne, formant la brigade Clouet de la première division, et le 37"" régiment de ligne de la brigade Âcbard de la même division, fussent ceux qui souffrirent le
plus. La perle de leiiuemi fut beaucoup plus considérable ; mais il serait d'aotant plas diffi*
cile de l'évaluer, mémo appiu^âmalivement, que les cavaliers algériens ont coutume d*eotraIner
leurs morts, au iiicjea d un croc avec lequel ils les saisissent. Aassi ne trouvàmes^nous jamais sur le champ de baiailK' (jue les morts qu'il leur avait été impossible d'enlever. C'était plutôt encore pour leur donner la sépulture que pour les dérober à leur ennemi qu'ils en agissaient ainsi.
On a vu que, dausTimpéluosiié de la victoire, nos troupes s'étaient précipitées sur le camp de btaouéli, tandis que renuemi iabaudoiinait avec la plus grande confusion. La sanglante cruauté des Algériens abattaul, saas quartier, toutes les têtes que le yatagan rencontrait, avait reiulu de tristes représailles inévitables dans le feu de Taction. Gomment obtenir du soldat, Jaus raimosph&re d'un champ de bataille, qu'il respecte la vie de ceux qui venaient de lui prouver, en trancliant à côté de lui la téte de son camarade abattu et désarmé, qu'à la guerre entre le musulman et le chrétien il n'y a que la mort? Quand même nous aurions pu d'ailleurs penser à faire des prisonniers, un pcioion de viugt-cinq hommes était uolre seule cavalerie disponible, notre régiment de cbas-
244 RELATION DB
sears n'étant point encore complètement débarqué. Des drapeaux, des étcDdartis, des queues de cheval, des armes, toute Tartillerie ennemie furent les trophées de celte journée, avec l occupation du vaste camp de Staouéli. On y trouva de la poudre, des projectiles, un bel exemplaire du Coran ^ les registres et les papiers particuliers de Tagn delà milice turque, des vivres, du ial>ac, du calé, du sucre, de Tor et de Targeni monnayés, des troupeaux de moutons et une centaine de chameaux. Ce fut uo spectacle vraiment étrange et bizarre de voir ces chameaux arriver, Taprès^midi, à Sidi-l^errucii, rassemblés en troupeau, et conduits par quelques soldats encore tout animés du combat. Ces pauvres animaux y furent accueillis par un rire universel, et devinrent Tobjet de toutes les plaisanteries dont le soldat français est si prodigue. Hais comme la patience lui manque esseiuicilcmeul, et que le soin et la conduite des chameaux en demandent beaucoup, 1 année ne lira piesque aucun avantage de cette capture.
On essaya d'en manger quelques-uns, et la chair n'en fut pas trouvée mauvaise. Jusqu'à ce que les clievaux fussent habitués ii la vue des chameaux, ils en eurent une frayeur tout à lait extraordinaire.
Parmi les beaux traits de celte journée, il en
L*EXP£oiTJO!f dUfriovb. 245
est un sortoot que je me reprochemis de ne pas
menliûnaer« Après la pi ïm* du camp de 6iaouûli, un Yoltigtur, pourvu d'un bidon eootenaot un reste d eau, pa^iL auprès d'uu arabe grièvement blessé. Dévoré d'une soif ardente, TArabe, gisant dans les broussaiiiej>, exprime son besoin par un geste intellii^nhle et par des cris lamentables. Le voltigeur s'arrête : pleiu du souvenir des Français décapilés les jours prccédeiUs par nos barbares ennemis, et dont les cadavres mutilés avaient été trouvés sur le champ de bataille, il hésite d'abord, puis tend son bidon à TArabe suppliant, et le lui laisse jusqu'à ce qQ*n ait étanché sa soif (1). Voilà le chrétien ; mais se tapir dans les broussailles, au nombre fie cinq on six, guetter un Français qui s'avance i»cui, le Iront haut, se précipiter ions sur lui, le renverser, lui trancher la tète, lui couper les pieds et les mains, se baigner dans le sang avec volupté, et s caruir eu boudissaiu de joie, voilà le mahométan.
Sous les longs hangars, revêtus de toiles imperméables, élevés par Tadministration dans la pres(iu ile, les blessés reçurent tous les soius qu'ils méritaient, et rien ne leur manqua. A son
(Il Mon cimuradts le couile de la lUyrc-Slory,aéle tcinom de ce Urail généreux.
retour à Sidi-Ferruch, et avant de rentrer à son
quartier-géiicral, le général en chef alla les visiter, et leur porta des consolations et des espérances. Les aumôniers des régiments en avaient relevé plusieurs du champ de bataille, et ils prodiguèrent à tons, aveela plus ardente charité, les secours fortiûauts de leur pieux ministère. Il est peu d^ànies où la foi endormie ne se réveille pas devant une mort pleine de vie^ icUc que celle qui frappe Thomme à la guerre. Le saint zèle des auuiùiiieis lie fut point stérile, et le Dieu des armées trouva des fils fidèles dans les viclimcs i[ui s'immolaient pour la chrélienté.
Avant tt ordonner le mouvement général que couronna cette victoire, le général en chef avait prescrit au général du génie de tracer et de faire ouvrir, au fur et à mesure que nous avan- C'Crions, la roule destinée à relier le camp de la presqu'île k celui de Staouéli, et à être continuée au delà jusque devant Ali^^er. Il avait commandé en même temps à Tintendant en chef de faire arriver, par celte route, à la fin de la jour^ née, des vivres et des munitions dans le camp que Ton allait conquérir. L'un et l'autre ordre avaient été ponctuellement exécutés par le général Valazé et pai le baron Dcuniée.
J'ai dit qu'un hôpital avait été établi à Mahon, du consentement de TEspagne. On y évacuait
soccessivemenl les blessés et les malades doal
Tétat promenait qu ils iiourraient suiipui icr la ' traversée. On eut occasion alors de constater la salubrité de Tair sur le ihéàlre des opëralions de Farmée, et de reconnaître que, malgré Tinfluence d'une umpéraliiro moyenne (h» vingihuit degrés, les blessures guérissaient prompte-' ment. Cela doit s entendre de tout le littoral que nous occupâmes, et je signalerai les excepUoos aceidentelles li ce fait général. Ainsi la réunion des blessés et dos malades, qa*on apportait chaque jour k Sidi-Fernich, finit par en rendre Tair malsain, et la guérison des blessures et des maladies y devint lente et incomplète.
Le camp de Staouéli, demeure passagère des Arabes, se déployait sur une vaste étendue de lerniiii sablonneux, légèrement inégal. Deux cent soixante-dix tentes de toile blancbe, plus grandes, mieux, entendues et plus aérées que les nôtres, y étaient dressées çà et là, sans aucun ordre de campement, au milieu des broussailles de ienlisques, de pins nains et d arbousiers dont le pays était partout couvert. Quelques figuiers, quelques oliviers et quelques mûriers ombrageaient des fontaines dont Teau fut trouvée de bonne qualité. Au-dessus de ce paysage, égayé par des touffes de lauriers-roses, quelques grands palmiers mou U aient leurs cimes vertes au cou-
248 BELATION DE
ronncnienl d'un fût qui s'élançait avec grâce. Uuel spcciacle que celui d'une armée irauçaise qui, à peine tléharquée depuis six jours sur une plage inbabilée de la cote de Barbarie, avait déjà une place (raiines incxpu-juable derrière elle, et, protégée par la terreur qu'elle avait ios- •pirée aux Algériens vaincus et disperses, dormait paisiblement sous les tentes des Arabes noiuades, et dciaaudâit au rare ombrage des palmiers un refuge contre les ardeuiis du soleil du désert!
Parmi les tentes du camp de Staoaéli, on
remarquait celle de laga de la milice d'Alger, celle du bey de Gonstantine et celle du bey de ïitery, que, rennemi avait aussi abandonnées dans sa fuite inattendue. Cette dernière, que le général en chef occupa après la journée de Sidi- Klialef, était d'une longue dimension, d'une élévation grandiose, d'une magniticence orien* laie, et d'un effet ircs-pitioresque. Trois compartiments inégaux, séparés par des rideaux, la divisaient dans sa longueur. Le premier, qui était au moins aussi grand que les deux autres ensemble, était réservé au bey ; le suivant renfermait ses femmes, et le troisième recevai les gens (le sa suite. Llntérieur de la tente était en étoffe de laine rouge et jaune, ornée de dessins élégants et variés. ATexierieur, elle étau cou-
LEXPÉDlT10i\ u'AFRiatii.
verle d'une toile blanche, semblable à celle des autres leotes. Le séjour de Staouéli éiaii trèsmalsain k certaine époque de Tannée, où souffle ordinaireuieiu le siroc desséckâDt. Le S"" de ligoe, œbeao régiment si bien conduit parle brave et loyal colonel Roussel, en lit la triste expéneace lorsqu'il y stationna après la prise d'Alger.
Taudis i^ue les deux premicres divisions occupaient le camp de Staouéli, la troisième resta en seconde ligne et à la garde de la presqu'île. Le quartier-général demeura dans la place
d'armes de Sidi-Ferruch, où 1 on Inivaillail sans relâche k la mise à terre du matériel de Texpé-
dilion.
Le lendemain de la victoire du 19 juin fui le premier dimanche que l'armée salua sur la terre d'Afrique. Au pied de la liauteur que couronnait le marabout, deux tonneaux supportant quelques planches servirent à improviser un modeste autel. Le grand palmier de la fontaine était comme une colonne de ce temple illimité, et un ciel pur et sans nuage en était le dôme. Là fut soleiiiiisé pour la première fois, après une désuétude de tant d'années, le jour du Seigneur. Un aumônier célébra la messe, et les Iguerriers, encore tout poudreux de la gloire de la veille, humilii rent, sons les rayons brûlants du soleil d'Afrique, leurs fronts découverts devant le
Dieu dispensateur du succès des batailles, il semblait ce sacrifice chrétien, sanctioiiDer le retour de la civilisation et de la liberté, filles de rÉvangile, sur ce rivage où peu 4e jours auparavant la haibarie et le despoUsme, enfants du Coran, planaient sur un désert.
Ce même jour, lendemain de la bataille de Staouéli, le général en chef publia Tordre du jour suivant :
(( Les troupes de 1 armée d'expédition, daus c( lesjournéesdul4etdu 19juin,ODtréponduà « l'attente du roi, et déjà elles ont vengé l'in- <x suite faite au pavillon français. La milice « turque avait cru qu'il était aussi facile de nous K vaincre que de nous outrager; une entière (( déiaite Ta désabusée, et c'est désormais dans « Tenceinte d'Âlger que nous aurons à la coni- (( batire. Déjh beaucoup d'Arabes retournent « dans leurs foyers, d'oii la terreur les avait « seule arrachés. Bientôt ils reviendront pour J « nous vendre leurs troupeaux et porter rabou- «t dance dans nos camps. Le général en chef « rappelle à Tarmée que les Arabes doivent y « trouver un accueil amical, et que tous les a marchés conclus avec eux doivent être exécutés « consciencieusement.
« Les troupes de toutes les armes ont rivalisé « de dévouement. L'administration par la sa-
« gesse de ses di&posiUoas^ ptr les soins qu elle
9 donae aux blessés, a aussi droit à tics « éloges.
« Le général eu chef fera valoir auprès du « gouveroemeDl les services de tous. 11 récita mera les boulés du roi pour ceux qui s eu seu root rendus les plus dignes*
« Toutes les lois que Taimce a combattu, le « feu des bâtiments do roi a appuyé ses monvete meots et a puissauimeot contribué aux succès « que nous avons obtenus.
« Au quartier-général de Sidi-^Ferroch, le
juioiââû.
« Le lieutenant général, commandant en chef,
« comte de BoiHMoiiT. »
Les officiers cités par les lieutenants généraux Bertbe^ne et Loverdo, pour s'être partiealiëreinent distingués, dans cette mémorable bataille, lurent, daus la première division, le
colonel d'état-miijor de Brossard, les colonels dmtanterie de Feucbères, Horric de la Motte et Mouiiier, le chef de bataillon Treraeaux du 37^ de ligne, le capiuioe Ruffo de la Fare, Cl le cUirurgien-uiajor Augisdu même réglaient ; dans la deuxième division, le colonel d'état- major Jacobi, le chef de bataillon d'état-major
RELATIOM DB
Aupick, les capitaines d'éiatHnajor Peitotet
Ribau, les colonels d'inCauterie Magnan, de Léridantet MaDgin, le lieutenant-colonel BooUé du 6^ de ligne, le capilaiiie de volugeurs Blanchard du même régiment, le capitaine de voltigeurs de Lacroix du 49^ de ligue, le lieutenaal (le voliigeurs Léveque du 15^^ de ligne, le capitaine du Ghatellier du Si*» de ligne^ le sousr lieutenant Dari icau du 48' de ligne, et le lieutenant Lavagnacdu SO"" de ligne. Dans rarlilleri«, le capiiaiiie Lclièvre et les lieutenants de Kergorlay et Vernier ont particulièrement coopéré à seconder riaipulsiou donnée k leur arme par le général de la Hitte et le colonel d'Ësclaibes.
Les Turcs d'Âlger se rappelaient encore! issue de Texpédition espagnole de et ce sonve* nir n'avait pas peu contribué à aveugler leur orgueil : ils se croyaientmodestementinvinetbles. ibraliiiu, aga de la milice turque, geudre du dey, ; qui, à la tùle de toutes les forces de la Rc-ijence, I se rua, suivant son propre langage, contre notre armée, avait promis de nous jeter à la mer. Si rinébranlable résistance contre laquelle il viot se briser, la défaite complète qu il essuya, et la déroute qui s'ensuivit furent impuissantes à de»- > siller les )eux des Turcs, elles ne furent pas saus , etfetsurles Arabesetsur les Maures. Mais pour | utiliser leur découragement à notre profil, il
amit fisdltt que Tarmée pât poarsiii?re ses sac-
cès el fecueilUr iaimediateuitiU autour des murs d'Alger les fruits de la victoire de Staouéli. Un obstacle iasurmoutubics j opposa : les bàiiaicuis qui portaient les dievaux de Tadministration et C6ux de rartillerie de siège n'étaient pas encore arrivés dans la baie de Sidi-Fermch, et les terribles leçons de Thisloire défendaient expressément de profiter de la fuite précipitée et de la
dispersion de reniicmi.
J*ai entendu le général en chef en exprimer
ses vifs iTgrets dès le 21 juin, et il écrivaiL le a au ministre de Ja guerre par intérim : « Je • n'aurais pas hésité h porter Farniée en avant, « si les cbevaux de l'artillerie de siège et ceux « de radmtnistration avaient été débarqués, t Les bâtiments qui les transportent devaient « partir le 13 de la baie delHdma; des vents « de sud-ouest les y ont retenus jusqu au 18; « depuis lors le calme a été presque constant, « et ils ne sont pas encore ea vue. J'ai pensé « que rinvestissement ne devait se faire que t lorsi^u un aurait la certitude que les travaux de « siège ne seraient pas interrompus par le (( manque de munitions, et que les subsistances « seraient assurées. »
Le général Desprez a aussi exposé très-judicieusemen t les raisons impérieuses pour lesquelles
le général en dief^ après la Tictoire de Staonâl,
suivant les propres leimes de sa correspondauce avec le baran d*Haussez, minislre de la marine, « a été obligé de s arrêter, parce qu il ne vou- « lait pas s'exposer au moindre pas rétro- (( grade. »
et Qae de sièges, dit notre chef d'état-major,
« dans son Journal d un officier de / amce « d'Afrique^ ont eu des résultats désastreux, « parce qa on les avait entrepris sans les moyens « nécessaires pour les pousser avec vigueur ! a L'armée d'Ëgypte était composée des meil* « leures troupes de la France ; celui qui la « coramandait occupe le premier rang parmi « les capitaines des temps modernes : cepen-» (( dant cette armée échoua devanl Saiot-Jean- «c d'Acre, parce qu'elle n'avait que de l'artille- « rie de campagne.
« Si, dès le 19, Tannée s'était portée sous « les murs d'Alger, radaiiiiistraliou se serait « trouvée hors d'état de pourvoir au transport c( des subsistances. Au delà des positions que « nous avions attaquées, Tétat des routes ne ce lui aurait pas permis de faire usage, de ses <c voitures. Le même obstacle et le manque de « chevaux se seraient opposés à la marche de a l'artillerie de siège et des caissons du génie* « Quckiues pièces de campagne sculemeBt
L'ËXPKDinOiN i> AFRIQUE.
c( auraient suivi le mouvement des troupes. ^ Quel eût été alors le résultat d'une opération <r que, loin du théâtre de la guerre, quelques K écrivains ont déclarée si facile ?
« Après une vaine démonstration, Tarmée « manquant de vivres, d'outils, d'artillerie de <( siège, aurait été coulraiale de se rapprocher « du point de débarquement. Un temps pré- K cieux aurait élé perdu pour les travaux de « toute espèce qu'il était urgent d'exécuter, ce L'ennemi aurait reprLs de la confiance en « même temps que nos troupes se seraient dé- <c couragées. C'est alors que le chef aurait ence couru un juste blâme. Dans une situation oit a le moindre accident pouvait avoir de si funestes tt conséquences, il £illait marcher k coup sûr au <c risque de marcher moins rapidenieui. »
« Ne se présenter devant le fort de TEmpec( reur que pour commencer le siège, tel était « le but que l'on s'était proposé. Cependant, a comme il était d uue grande importance que a nos soldats demeurassent convaincus de leur (c supériorité, le général en chei avait décidé « que toutes les fois que Tennemi prendrait « Toffensive, il serait attaqué à son tour ; c est « ce qui eut lieu le 19 et le 24. »
Le retranchement de Sidi-Ferruch était terminé sur un développement de plus de mille
RBIATIO» BE
mètres, et armé, comme on Fa vu, de vingtquatre pièces de canon, en partie prises à l eunemi. De là k Slaouéli serpentait sous les collines, à travers les broussailles, une route de six mètres de largeur, qui, sur l'ordre du gêné* ral en chef, et par les soius du général du génie Valazé, avait été tracée et exécutée avec une promptitude inimaginable. Des redoutes étaieat échelonnées, avec un blockhaus, sur les flancs de cette route pour assurer les commuDications. La distance de Sidi-Ferruch à Staouélt est d'en» viron cinq quarts de lieue. Le terrain moaie toujours jusqu^au plateau deStaouéli, qui domine le pays environnant. Une petite construction eu pierres, qui apparaissait non loin du joli bosquet d orangers indiqué sur la carte de Boutin(l), était la seule qu'on aperçût ; d'ailleurs point d'habitations. Àu milieu des broussailles monotones qui attristaient le paysage, ce bosquei d orangers, arrosé par un petit ruisseau, se présentait comme une délicieuse oasis. Autour du du camp de Staouéli et dans rintérieur de la presqu'île seulement, quelques portions de terrain, disputées aux leatisques, et grossièremeni cultivées, avaient porté du blé ou de Torge. La vue de ces lieux, la grande scène dont ils
(i; A environ une lieue à louest de Staouéli.
^ L EXPÉDITION B AFA1ÛU£. 257
éUient le tliéâtre, ei le spectacle de la civilisatioD subitement implantée au milieu do désert, quelle source abondante d'études et d'inspirations poor Fartiste ! Entraînés par la passion de leur art à partager les fatigues et les périls de nos soldats, des peintres renommés étaient venus en Afrique cliercher, jusque sous le feu de Fennemi, des effets è reproduire et des tableaux à saisir. M. Langlois, chef de bataillon d'étatmajor, peintre soldat, M. Gudin et M. Eugène Isabey, allaient esquissant tout ce qui frappait leur coup d'œil d'artiste, et moissonnaient dans ce champ fertile à la sueur de leur front. MM. Le Tanneur et Gilbert, peintres de marine, avaient fait la traversée à bord du vaisseau amiral, et le littoral, alors si animé, était Fobjet de leurs observations. La présence au milieu de larmée de ces artistes, qu^aucune privation ne rebuta, qu aucun danger ne trouva en défaut, était une des singularités de cette campagne qui, à Fex-^ ception de notre guerre d'Égypie, ne ressemblait à aucune autre.
Le débarquement de tout le matériel de ladnûnistration^ deFartiUerieet du génie, était une opération inévitablement longue et pénible ; et si elle avait pu être abrégée, elle Faurait été certainement par Factivité infatigable et par le zèle intelligent de notre marine. Les bâtiments
358 RELATION U
de guerre qui avaient décliai gé ce qalls avaient à bord formèrent nne division, qui mit sons voiles pour croiser au large de la baie, sous la direction de M. le oontre-amiral de Rosnmel* La baie se débarrassait ainsi. Mais on n'y voyait pas arriver les bâtiments qui portaient les citevaux de radmiuistratioû et ceux de l'artillerie de siège, et nos troupes s'impatientaient de siatiouDcr dans le camp de Staouéli, d'où elles apercevaient l'ennemi revenir de la terrenr que lui avait iuspirée sa défaite du 19 et recommencer à se réunir.
Notre inaction parut inconcevable aux Algériens, et, ne pouvant pas se l'expliquer, ils raUribuèrent à la peur plutôt qu à la prudence. Le S4 juin, à Tanbedu joor, ils vinrent engager le combat. Ils étaient nombreux, et on reconnut d*abord qu'ils youlaient tenter une attaque sé« rieuse et générale; mais on était disposé k les bien recevoir. J'avais été chargé par le géoéral en chef, lorsque je recevais ses ordres, la veille au soir, tandis qu'il se couchait, de réveiller an lever du soleil, il monta à cheval, et se dirigea, suivi de tout son état-major, vers le camp de Staouéli. LadivisionBerlhezèneetla preuiière brigade de la division Loverdo, pourvues d'une batterie d'artillerie de campagne, avaient étéchai*gées de repousser cette présomptueuse agression.
l'expédition 11 AFaiQU£. ââd
Formées en coloones, elles balayèreai rapidement la plaine, cooverte de petites broasstiUes, qui s'étend depuis le camp de Siaoueli jusqu'à la bâotear de Sidb-Khalef. Ce succès fat enle?é au pas de course. Le générai en chef était à la tète des colonnes ; les escadrons des chasseors d'Afrîqae suivaient le mouvement ; mais la nature du pays, devenue ensuite plus accidentée, ne permit pas de s en servir. Un ne doit pas compter une I lieue de Staouéli k Sidi-Khalef* Là se trouvaient I les premières habitations que l'armée eût encore rencontrées; les mouvements du terrain commençaient à être plus pioiioacés, et, à quelques centaines de mètres plus loin, on arrivait à de grands enclos entourés d'épaisses iiaies de cactiers et d'aloès, armés de longues et formidables épines. Des arbres et des lianes concouraient aussi à rendre ces haies impénétrables, et les accidents de terrain se multipliaient. Tels étaient les obstacles que les Turcs et les Arabes, emportés par la fuite, ne surent pas utiliser au profit de leur défense, et que le général en chef se hâta de j faire franchir par la division Berthezène. Elle I s'arrêta lorsquelle les eut dépassés, et Tennemi, toujours fuyant, fit sauter devant elle un maga* I sin k poudre. Cette explosion, que nosvoltigeurs saluèrent par des rires et par des baitenienls de mains, n'eut d'autre effet que de produire une
détonation terrible, et des nuages d'ane famée
noire et épaisse, qui olisciircit Thorizon pendant plus d'un quart d'heure. La marche, ou pour mieux dire la course de notre artillerie ue lut retardée par aucun des obstacles que présenta le théâtre du eoiabat. Sa présence k la lêle des colonnes, et son feu bien dirigé par le colonel d'Ësclaibcs et par le capitaine Bonet hâtèrent, à la fin de la journée, la fuiteetla dispersion de Tennemi.
Cependant la première brigade de la deuxième division, qui formait noire droite, avait rencontré une résistance plus opiniâtre que celle qui fui opposée à la division Berthezène* Mais cette brigade, éncrgi(iiiement condiiiLc par le général Damrémont, triompha et de cette résistance et des difficultés du pays.
Ce triomphe coûta trop cher au général en chef. Amédée de Bourmont, le second des (pilaire
fils qui rayaient suivi en Afrique, était lieutenant
de grenadiers au 49® de ligne, Tun des régiments de la brigade Damrémont, commandé par le colonel Magnan. L'ordre d'exécuter sou mouvement offensif vejoait d'être apporté à cette bri* gadepar le capitaine de la Mjre-Mory, officier d'ordonnance du général en chef, lorsque le général de Damrémont, cnlendaul Amédée de Bourmont réclamer pour les grenadiers Thonneur de marcher en avant, en se plaignant de ce ciu'il
était toujours attribué aux voltigeurs, lui eom-
manda d'attaquer les Arabes retranchés derrière les baies et les massits d^aloès, de cactiers et
d'aiiiu^ics divers qui couviaicnt le terrain. Ce
jeane et Taillaut officier s'élançait à la tète de sa
section, lorsqu'il tomba frappé d'une balie qui ratteifpoit sous le cœur. Trois autres balles avaieut touciié, Tune la poignée de son sabre qu*il avait à la main, Tautre la lame, et la troisième
son shako« Sou frère ainé, qui était alors auprès de leur père, remplissant ses fondions d'aide de campi alla le relever du champ de bataille, lorsque le succès de la journée lui permit de se séparer de rétat-major général. Les deux frères arrivèrent le soir, Tun escortant lautre, au camp de Staouéli. Amédée était porté par quelques grenailiers en pleurs. Le générai Loverdo le reçut dans sa tente, et lui prodigua les soins les plus attentifs. Les chirurgiens accoururent ; mais ils ne fiiuii luire dans les cœurs qu'un faible rayon d*espérance. Le langage, la résignation ,1e sacrifice du jeune Arncdée furent sul^liines. Em- « brassop-moi, disait^U à un ami(l), c'est le plus
(1) Le narrateur de ces foîts. Llntîmité qui m'attachait
à ce jeune camarade d'un si généreux courage datait
de son début dans raninc, cl rcmontaiL à son entrée en 18-22, au sortir de TÉcole militaire de Saint-Cyr, dans k À^' régiment de ligne, auquel j'apparlenais alors.
RBUTION DE
ce beau jour de ma vie, cette blessure reçue pour
« le roi et pour la France est bien placée, elle « est près du cœur. » lustrait de son malheu-reux sort, le général en chef, revenu au camp de Staouéli, se rendit le soir près de son fils. Il ny a pas d expressioa qui puisse donner une idée de cette dernière entrevue : elle fut aussi noble que déchirante, a Ecrivez à ma mère, con- « solez ma mère, consolez mes sœurs, ^ répétait Âmédée. Son pèreTembrassa, lui donna sa béué* diction, retourna à ses devoirs, et ne le revit plus. Je passai la nuit auprès de lui avec son frère Adolphe. Le lendemain matin, il reposait lorsque je fus obligé de retourner à mon poste, sans avoir pu lai serrer la main pour la dernière fois.
On n'a pas oublié la manière simple et touchante dont il fut rendu compte de cette blessure faite au cœur d'un père, a Le nombre des
« hommes mis hors de combat a été peu consi- <K dérable ; un seul officier a été blessé dange- « reusement, c'est le deuxicmc des quatre lils c( qui m'ont suivi en Afrique. J'ai Tespoir qu'il « vivra pour eoiuinucr à servir avec dévouement c< le roi et la patrie, Ces paroles admirables, du rapport du 2o juin, ont retenti dans tous les cœurs en France. Tout le monde s'intéressa à la conservation des jours du jeune et brave Amédée.
L'EXPÉDlTiOr^ D^AFttlQUE. 969
Il est devenu le fils de loutes les nicrcs, disait alors une femme inspirée de la sympathie d'ane mère, et le lïère de loutes celles qui ne sont pas assez à^es pour être sa mère, répondait une autre, avec le sentiment d'une sœur.
Le 25 au matin, Amédée de Bourmont fut transporté à Sidi-Ferruch ; mais Ions les secours de Tart furent impuissants à le rappeler àlaTie, et e*était en vaia qu ou avait espéré conserver ce généreux jeune homme, doué d'une si belle âme et de toutes les qualités du cœur. Le fils du yainqueur d'Àlger seella de son sang la victoire paternelle. 11 tomba en héros, et mourut en chrétien, il entrait à peine dans son sixième lustre. A la uûuvelie de sa mort, toute larmée mêla ses pleurs à ceux du père et des frères du jeune de Buuniiout : ce fut un deuil général, dont le colonel Magnan fut Torgane, au nom de son régiment, dans la lettre suivante, adre^ssée au général en chef:
c( Monseigneur,
a Vous avez été frappé dans vos affections, au fi( milieu de vos suceès. Les officiers du régiment <( que je commande sentent toute Tétendue de la K perte que vous avez faite ; ils me chargent a d avoir i honneur de vous rexprirner. L'excela lent jeune homme, le bon officier que nous
264 H£LAT10r< I)£
a pleurons âV6c vous, avait louie notre esUme, « toute notre amitié; il en était digne. Il n'avait « pas eu besoin, pour être aimé de nous, d'être « le fils de notre général en chef; ses bonnes « qualités, son instruction, son aménité, sa a bravoure, Tavaient placé haut dans ropinion « du corps ; aussi le corps tout entier partage- « t-il vos regrets. Quant à moi, Monseigneur, à «c qui vous Taviez confié, je suis tout entier à la a douleur de n'avoir pas su vous le conserver; «( mais c'était chose impossible que de modérer <x au feu une bravoure aussi brillante. Puisse «t Texpression de nos regrets et de notre estime « pour le fils que vous pleurez être un adoucis* « sèment à votre chagrin.»
Les entrailles d'Amédée de Bourmont turent déposées dans la terre africaine, son cœur embaumé fut enfermé dans une petite cassette, que son père, en quittant Alger, emporta pour seul trophée de sa conquête, et le reste de sa dépouille mortelle fut transporté en France, On ne sait que trop Taccueil qui l'y attendait à la douane de Marseille, , oii son cercueil fut fouillé* Mais l'indignation publique a fait justice de cette violation du sanctuaire de la mort, et les prolanateurs ne peuvent pas même compter sur le silence de Tbistoire.
L armée déplora aussi la perte d'un autre jeune
homme, qui périt ce même jour victime de la eniaoté musnlmane. C'était M. Amoros, lieutenant d'artillerie, et fils du colonel de ce nom, fondateur des écoles gymnastiqnes. Il avait suivi Farmée comme volontaire. S'étant écarté des colonnes avec un seul compapon, qui eut le bonheur d'échapper au même sort en se cachant dans les broussailles, il fut saisi par les Arabes, et impitoyablement décapité par un cheik. L'armée avait presque tous les jours à déplorer les tristes effets de cet instinct féroce, de cette passion de l'homicide qui animait les Arabes. 11 semblait que, dévorés de la soif du sang, ils cherchassent à se désaltérer dans le meurtre. Le spectacle presque quotidien des cadavres horriblement mutilés de leurs camarades, que nos soldats rencontraient sur leur passage, exaspérait les esprits, et provoquait la vengeance. Sur un champ de bataille souillé par tant de barbarie, on ne put pas toujours, j'en ai déjà fait l'observation, arrêter l explosioa d'affligeantes représailles. Mais ce ne fut jamais que dans le feu du combat qu'on eut à blâmer cet oubli provoqué des droits imprescriptibles de l'humanité.
Nous eûmes affaire, à Sidi-Khalef, à un ennemi moins nombreux et moins acharné qu'à Staouéli^ et il n'avait point de canon. Notre perte en hommes mis hors de combat ne fut pas cou*
sidérable. Presque nulle dans la division Bertbezène, elle fut de trente-sept hammes dan& la brii^ade Damrémont de la deuxième division. La fuite des ïurcs et des Arabes fut si rapide, qu'ils abandonnèrent d^ troupeaux tout entiers, que | DOS soldats recueillirent. Plus de quatre cents bœufs ou vaches tombèreut ainsi en notre pou- \ voir; c'était une prise précieuse pour! armée. La journée de Sidi-Khalef fut très-péoible pour nos troupes : sous le poids d une chaleur intense, elles cbassèrent vivement deyant elles un ennemi
éparsetdmicilekatteindre,quiles harcelait plutôt qu'il ne les combattait. Le terrain ou elles déployèrent leur éku se présenta d'abord en[d)arrassé de broussailles, moins élevées à la yérité qu'entre Sidi-Jb'erruck et Staouéli, mais trè&^rues; et il devint bientôt hérissé d'obstadesde toute espèce, ravins profonds, grandes crevasses, massifs de cactiers, enclos fermés de haies d'aloès et quel-* quefois plantés de vignes. Rien de tout cela n'arrêta un seul instant la marche de notre infanterie toujours infatigable, ni le passage de notre artillerie, giâce à la mobilité que lui assurait son nouveau matériel, dont rexpéheuce du champ de bataille démontra la supériorité sur l'ancien. Mais quand elles eurent traversé cette zone de pays couvert et coupé de tant d'accidents, les | soldats étaient harassés, épuisés par la chaleur
L£XP£0IT10:i D*ÀFRiQCE. 267
et dévorés de besoins. Il éuii plus de trois lieures de raprès-midi, et le combat mit conuMDcé Ters six bcuies du malio. Force était donc Je Cure lielte et de prendre poâtioa; le pradenoe
d ailleurs ne permettait pas d'étendre plus loin notre ligne d'opération. La brigade Damrémont, qui avait repoussé, uial^idlcui ténacité, tous les essaims d'Arabes qai s étaient jetés sar noire droite, occupa naturellement la droite de notre pœition. Le général Berihezène s'établit an centre avec la brigade Poret de Morvau, et les brigades Aehard et Glouet formèrent la gauche. Ces quatre l)i igades se trouvaient placées daus une position désavantageuse, sur un plateau que nous appelâmes, d'après la carte de Bouiiii (1), Chapelle-Fontaine, et qui, bordé le long de son iront par des vallons profonds, oii coulaieai des ruisseaux, était dominé à sa droite et en face par des hauteurs, et à sa gauche par les premières cimes du Boudjaréah (2), montagne dont Alger et ses jardins occupent le revers. A la faveur des accidents du terrain, des ra<* vins, des baies et des massifs d'arbres, les Arabes
(1) Celte carie indique une chapelle et une fontaine à environ une lieue à Test de Si(U*iihaler.
(â) Le mont noudjaréab, proprement Bou-ZaréafC'eiii^ à-dire père de la smence^ est le point culminant « Sahel d'Alger.
venaient incessamment inquiéter nos lignes.
Mais, s'il était regrettable qu'on eût été forcé de s'arrêter dans cette position fâcheuse, et de s'y maintenir durant quatre Jours, qui furent très-meurtriers, on va voir qu'on ne saurait ici prononcer un jugement équitable qu'après un examen complet de la difficulté. L'expédition d'Âlger, telle qu'elle avait été conçue, était une question complexe, mais une, dont la solution dépendait de la combinaison de deux moyens
diffcieiits appliqués à la réalisation de la même
pensée. Â considérer Tentreprise dans son ensemble, le problème qu'on s'était proposé de résoudre consistait à conduire de Toulon jusque dans les murs d'Alger une ligne continue d'opérations, sur laquelle, au point de contact des forces agissant sur terre et sur mer, raciion de la marine s'engrenât, pour ainsi dire, dans celle de Tarmée. Ainsi les opérations de l'armée étaient subordonnées à celles de la marine, et la première ne pouvait l ieu faire que l autre ne lui en fournit les moyens.
On a vu qu'au départ général de la rade de Palma, Tamiral n'avait pas jugé à propos d'euH mener avec la tlottc les deux divisions du convoi qui portaient les chevaux de l'administration et ceux de l'artillerie de siège. Elles devaient mettre sous voiles le 13 ; mais le vent les retint dans
L'ÉxPliDiTioN d'apeique. 960
cette rade jusqu^aa 18; elles forent retardées
dans leur route par des vents d ouest et par des courants violents^ et elles n'arrivèrent à Sidi-- Ferruch que le 25 au maiiu. Elles étaient impatiemment attendues, puisque c'était faute de moyens de transport pour T administration et pour rartillerie de siège que Tarmée avait laissé le temps a Tennemi de se relever de sa défaite du 19, qu'elle avait par conséquent été attaquée le 24 dans le camp de Slaouéli, et qu'elle n avait po profiter de sa seconde victoire en se portant en avant jusque sous le château de TEmpereur. Elle battait ainsi Tennemi sans autre résultat que de le chasser devant elle, au risque d aggraver les difficultés de sa position. C'est donc parce que sa marche était arrêtée par une cause matérielle indépendante de la volonté de son chefi que 1 année n avait pas encore pris l olïcnsive le 24, et qu'elle ne put pas poursuivre le succès de cette journée, comme ellerauraii laii, après quelques heures de repos accordé aux troupes, si elle en avait eu la faculté. 11 est d ailleurs ihconlestable que Taudace des Arabes renaquit de notre inaction forcée. Ils ne purent pas comprendre pourquoi nous n*avancions pas, et Us en conclurent TîaLurellement que nous n'osions pas aller plus loin. Cela devait être.
Mais devait^oû, après ce nouveau succès.
laisser les brigades qui l'avaient remporté dans la position dangerease à tenir oii les avait ame* nées rissue de la joui née? A celte question je repondrai qu'il fat d'abord physiquement impossible d éviter cet inconvénient. Lorsqu ou fu halte, les troupes étaient tellement harassées, épuisées, qu'on n'aurait pu exiger d'elles imaiédiatement un pas déplus. On connaît ensuite les raisons qui les empêchaient d'étendre leur ligne d'opération. Une grave considération d'une autre nature les retint encore dans la position où elles se trouvaient. Reculer devant les Algériens, leur céder un pouce de terrain, c'eût été s'avouer vaincu, élever leur audace k sa plus haute puissance, et provoquer la réunion de toutes leurs forces contre nous. C'est ce dont le général en chef ne pouvait pas douter. Attaqué dans le camp de Staouéli, il avait été obligé de repousser et d'éloigner rennemi; parvenu aux obstacles que présentait le terrain, et voyant que les Turcs n'en "profitaient pas pour leur défense, il avait dà se hâter de franchir ces obstacles pour les mettre derrière lui. Ainsi la critique appliqoéeà toutes les faces de la question est impuissante à détruire ce fait, que le défaut de transport retarda malencontreusement la marche victo* rieuse de nos troupes, et les força de s'établir dans une position où les journées sanglantes
des So, 26, 27 a i8 juin furent inéviubles* Apfès le eooètl de Sidt-fiulef , le génénl en dief oeretourMptsà Sidi-Ferruch, qui demeura la place de dépôt , et fin, eemne il t déjà élé dit, SOD quartier-geoeral àSuoueli. 11 $ installa dans la lente du bey de Titerf. De là il eut enfin la satistaction de voir arriver, le soa\ les t>àUments qui lui apportaient les moyens de refouler les Turcs dans leurs murs, et d exécuter Tluvestissement du château de TEmpereur. Les capitaines de vais^u Villaret de Joyeuse et Hugon étaient tenns Ini annoncer, sur le champ de bataille de Sidi-Kbalef, l'arrivée si désirée de ces prédeux bâtiments. Ils mouillèrent dans la baie de Sidi-Ferruch le lendemain maUn, et la mise k terre de leur chargement commença a^issitot.
Cependant le duc des Gars, dont la division tt'avait pas encore pris part aux défaites des Algériens, avait exprimé au général en chef les vceux de ses compagnons d'armes, el avec eux il rédaniaît h son tour Fhonneur du périL 11 reçut 1 ordre d'aller reoiorcer notre première ligne, et il y prit poste le SS, avec sa première brigade, à hk gauche de la brigade Ciouct de la première éifiMi. 8a seconde brigade le rejoignit le soir, et s'établit à la gauciie de la première. Les deux pmûh» brigades de la troisiène divisioo,
REUTIOU DE
commandées par les généraux de Bertier de
Sauvigny et Hurel, appuyaient ainsi leui droite au chemin venant de Staoaéli, auquel la première division appuyait sa gauche. La brigade Damrémont de la deuxième division était placée à notre extrême droite, en avant du canop de Staouéli* La brigade Montlivault, la troisième de la division des Cars, prit position entre Staouéli et notre première ligne. Gomme le général en clief avait besoin de toutes ses forces pour se porter en avant, il avait obtenu de Tamirai, maisavecet aprèsbeaucoup dedifficultés, la mise à sa disposition de quatorze cents marins, qui, réunis au 48^ régiment do ligne, commandé
par le colonel de Léridant, tbrmèrent la garnison de la place d'armes de Sidi-Ferruch, dépôt de tous les approvisionnements de l'armée. Le général en chef aurait désiré que la marine se chargeât entièrement de la garde de notre place d'armes; mais Tamiral s'était exagéré la responsabilité de cette mission, et il refusa de raccepter. La majeure partie des deuxième et troisième brigade de la deuxième division occupa le camp de Staouéli, et le reste fut échelonné sur notre ligne de communication. Durant la journée du 23, la chaleur fut excessive. L'armée souffrit dautant plus de cette ascension de la température, qui s'élevait a trente-trois
L'EXPÉaiTidx d'afri^iï:. 273
degrés environ, que le siroc, vent brûlant du sud-est, enûamaiait la respiratiOB. Le chirurgîen-major d'un régiaient qui ttaii en marche tomba mort, asphyiLié par la ctialear.
La route que le génie avait ouverte de Sidi- Ferruch à Staoaéli lut prolongée de là jusqu'à nos avant-postes. Des redoutes furent construites de mille mètres ea mille mètres eoviroA, et armées de canons pour protéger la circulation des eoAvois sur cette route. ËUe lut pénible Texécution de ces travaux sous le poids d'une clialeur aussi accablante.
Dans la nuit du 25 au 2G, un nouveau coup de veut assaillit la flotte ; lut-il plus désastreux que celui qui la menaça le IG d'un irréparable malheur, c'est ce que je ae puis pa& affirmer. L'amiral Duperré dit, dans une lettre adressée au général eu chef, «c qu'il compromit de uou- « veau le salut de touLc l armée. » Des vaisseaux cassèrent leurs câbles et leurs chaînes d'ancres» Ces coups de vent entravaient lactivité que la marine apportait au débarquement du matériel. Sous tous les rapports, ils étaient fâcheux et inquiétants.
CepeudauL notre première ligne se trouvait dans une position dominée en présence de la milice turque et d'une multitude d'Arabes, qui dirigeaient contre nous un feu continuel de
274 rëution de
mousqueterie cl d ai lillcrie. Ils avaienl amené des pièces de canon sur la par(ie la plus élevée (1(1 front de leur position. Dans cet état de choses, le général en chef monte à cheval le 36 k trois heures du malin, et part dans le dessein d'attaquer Tennemi et de le rejeter de Tantre eôté du mont Boudjaréah. Mais il reconnut bientôt que, malgré le zèle énergique du génie, la route n'était pas assez ouverte pour qu'on pût rassembler derrière la première ligne tous les transports de Fartillerie et de l'administration, dont 1 armée avait un indispensable besoin pour se porter en avant. El d ailleurs, ces transports, à peine débarqués, ne pouvaient pas encore être tous réunis sur le point voulu. Le général en chef revint donc à Staouéli avec Tétat-nuyor général.
Ce ne fut pas sans Csdre violence à son carao»
tère qu'il contint l ardeur dont toute Farmée était enflammée. En avant 1 en amnt l était devenu le cri universel, et la coulagiun de cet entraînement avait gagné les officiers de Texpérience la plus mure. Obliger une si noble impatience à patienter, contenir dans les limita tracées par la prudence et par les leçons de r histoire un si généreux dévouement, n'est peut* être pas le moindre des titres que le général en ehef s'est acquis k Tapprobation impartiale delà
Fi ance et de 1 Europe Jaos cette courte, mais gloriettsecainpagae.TonjolurBinoqoille ei calme au milieu des évéacuients de k guerre cumme aa bruit des agitations politiqaes^ ferme tù^ ciliant toulà la lois, ménager dusaug des hommes placés sous ses ordres, et sans cesse occupé de leur bien-êlre, il savait faire aimer en même temps que respecter son commandement. C'est ce qu'aileste uu oigaiie des impressions de larmée, d'autant moins snqiea de prévention qu'il déclare n avoir jamais eu aucune relation pei^ sonneUe avec le général en chef, à qui son nom^ suppose-t-il, était même à peu près inconnu. Voici en quels termes H« Barchou de Penhoën, aide de camp du général Berthezène, exprime son témoignage dans une intéressante publica^ lion (1), à laquelle j ai déjà eu occasion de laii e un emprunt : « M. de Bourmont était doué d'un « caractère doux, facile, d'une politesse extrême, « de manières excellentes : le moindre officier « de larmée trouvait son obligeance inépuisable. « Le côté bizarre, aventureux, excentrique de « sa vie, ne déplaisait pas à Timagination. On « lui savait plus de gré encore de sa manière « d agir à l'égard de ses enfants. Un seul était «( employé à sou état-major ; et iirétait longtemps
(I) Uémoirud'un officwr d^élatrmajor.
RBLATION DE
« ayant Texpédition. Les trois autres élaient
(( répartis dans des régiments d'infanterie; il « ne s'était, en aucune manière, prévalu de sa « situation pour les soustraire aux fatigues et aux privations inhérentes aux grades infé-
a rieurs. »
Disséminés par tout le pays, les Arabes s'em* busc[uaient dans les broussailles et guettaieuL les hommes isolés qu'ils pourraient surprendre pour leur trancher la tète. Réunis en bandes, ils couronnaient les collines environnant la plaine qui s'étend entre Staouéli et Sidi-Kbalei, toujours prêts à fondre sur nos convois^ dont ils épiaient la marche, si la protection des redoutes et régide des escortes n^en eussent pas assuré la circulation. Sur une route qui, h Sidi-Klialef, commence à devenir inégale et difficile, les cais* sons à deux roues, que 1 intendant en chef Den^ niée avait fait adopter, roulaient sans accident et alimentaient exactement Tarmée.
Un Arabe, se disant cheik d*une nombreuse et puissante tribu des environs du cap Matifou, se présenta k nos avant-postes, et fut amené ao quartier-général le 26. C'était un beau vieiilaid, d'une noble figure et d'une attitude respectable, sous le déguisement d uu mendiant, qu'il avait pris, racontait-il, pour pénétrer jusqu'à notre camp, à travers les bandes algériennes, 11 était
venu à nous évidemment dans rintenlioa de sonder nos dispositions envers les Arabes. On lui fiL 1 accueil accouluiiié, et on tâcha de le renvoyer content. Lorsqu'il fut reçu par le général en chef sous la tente du bcy de Titery, il refusa le café qui lui fut offert ; mais il écouta avec la plus i^iandc altentioii, el parut entendre avec plaisir la musique d*un régiment qui jouait alors devant la tente du général en chef. Il demanda qu'on le conduisit par mer sur un point de la côte d'où il pourrait se rendre facilement dans sa tribu. On le fit partir pourSidi-Ferrucb, et Famiral ordonna qu il fût enibaiqué sur un brick, et mis à terre au lieu qu'il désignerait. Elle avait vivement frappé les imaginations la présence de ce vieux cheik africain, diplomate du déscrU au milieu d'un état-major français, où toutes les grandes puissances de TËurope étaient rc|)résentées par des officiers qu'elles avaient envoyés, ou qui étaient venus volontairement. Panni ces officiers étrangers, qui assistèrent au solennel châtiment que la France eut la mission providentielle d'infliger aux plus cruels sectateurs de Mahomet, figuraient le comte de la Porterie, Français d'origine, officier général an service du roi d'Ëspagne, que son âge n'avait pas empêché de vouloir être témoin du succès des armes françaises ; un colonel russe, aide de camp
du giaiul-duc Michel, M. Philosoi^lioff, officier d'artillerie d'une ÎDStruaion militaire très-éteudue ; le prince Frédéric de Schwarzeuberg; Hls da feld-marécbal de ce nom, major d'an régiment de cavalerie, et noble représentant de rAulricbe dans nos rangs, oit il plut par soa caractère franc et loyal, et par la briliauic Lravoare qu'il montra^ et un capitaine de vaisseau de la marine anglaise, qui avait pris part à Tattaque de lord Exmouth contre Alger, en 1816. Alors lieutenant de vaisseau à bord àeh Reine Charlotte^ M. Mansell, panrena depuis au grade de capitaine de vaisseau, était unhoaime distingué par ses connaissances variées, jointes à un esprit agréable, et par ses inanières ouvertes, qui s'alliaient si bien avec les babitudes françaises. C'était aiguillonné par le désir de voir prendre cette ville d'Alger, contre laquelle les forces navales de TAugleterre avaient été impuissantes, que M. HanseU avait demandé, de son propre mouvement et en son mm privé, qu il lui fût permis d'accompagner notre expédition. La cuiiôsité valeureuse, qui l'entraînait toujours aux avant-postes, lui acquit la sympatbie de nos soldats; il n y avait personne dans larniée qui ne le connût (1). Courtoisement accueillis
(1) Le ministre delà marine et ramîratDttpOTé avaieol répugné d*abord à admettre remtmrquement sur doits
l'£&pédition d'afriqub. 279
par le géaéral eu chef à son quarlier-géoéral et il sa modeste table, et témoins européens de ce que notre armée lit pour le monde chrétieu eu vengeant Thonnear et les droits méconims de la f rance, ils ont redit pai tout, ces oidciers étran* gers à nos passions politiques et à nos haines de parti, la conduite de cette armée, dont la calomnie a vainement essayé d^entacher h gloire si pure.
Le nombre des hommes mis hors de combat s accroissait beaucoup par les pertes que le feu journalier des Turcs et des Arabes faisait essuyer à notre première ligue ; il s'éleva presque à deux cents hommes par jour dans les journées des 25, 26, 27 et 2S juin, durant lesquelles Tarmée resta immobile dans ses positions. Les ambulances avaient reçu très-peu de malades ; mais on avait déjà évacué plus de cinq cents blessés sur Mahou, avant le 25, et la dysseuterie commençait à se propager dans les rangs. On avait eu la précaution, comme il a été dit précédemment, de réunir, après le départ deTarmée expédilionnaire, une division de réserve sur les cotes
floUe d'un ofUcier anglais, mais le général en chef aeeoeUlit oomme une honne fortune l'assistance d'an capitaine de vaisseau de la marine britannique à l'expédition où la France allait répondre dignement à raUenle de
i Lufope.
de la Proveucc, et le général cd chef demaûik alors qa'on loi envoyât nue brigade de cette diVi;&iOQ. Mais celte demaode resta sans effet par suite du succès rapide de la campagne.
Pour se maintenir sur la défensive, dans la position où elle se trouvait paiiicalièreraenl en butte au feu continuel de rartillerie et de la mousquelerie Ciiaernies, la troisième division soutint, sons les ordres du duc des Gars, une lutte inébranlable de quatre jours contre les attaques acbamées et incessantes de la milice turque, des Arabes et des Kabyles, L'artillene vint en aide à Tinfanterie pour contenir les assailianu. Un ravin formant un angle saillant, au sommet duqnel s'élevait de notre côté une maison, s'étendait le long du front de la position des première et deuxicme brigades de la troisième division* Deux petits bois commandaient cette position en avant de sa gauche et de sa droite. Le duc des Gars fit enlever ce dernier le 26 juin par quatre compagnies du 2*" régiment de marcbe (1), et Tautre par un bataillon du 3S* de ligne le 28. Les officiers qui se sont pariiculicrement distingués, dans ces combats quotidiens de la troisième division, lurent le colonel Rul- Hère, commandant le 35*' de ligne, lelieutenanl-
(1) Ace rôjîîment était attaché le lieutenant d'étatmajor Ed. Pellissiery auteur des Annales algériennes.
l'£xpéoitio:( d'afriûue. 281
colonel liaraguey d'IIilliersellescapiidiuesLelut» Sasini ei Bradey da 2^ régiment de marche, le chef de baiailloïi Ballon, les capitaines Pclissier, Godart et du Pont de Gault, le lieoienaot Massoni, et les sous-licuieuaiits Foltz ei Denner du 35* de ligne, les capitaines Pelegry, Ponrrilbon et Vidal, et le lieuieuaiii Duudet du i7'de ligne, les capitaines Filleul de la Chapelle, d'Aatun et Bourgeois, le lieutenant Robbe et le sous-lieutenant de Lastic de Saint-Jal du 30* de ligne.
Ce fut la troisième division qui fit la majeure partie des pertes que nons coûtèrent les journées des 2S, 26, 27 et 28 juin. Le duc des Cars écrivait au général en chef, le 27 juin an soir, cpi'il avait perdu plus de cinq cents homuies depuis ravant-veille. Dans cette même journée du 27, son premier aide de camp, le chef de bataillon d'état-major Borne, officier très-recommandable, avait été morlcilcmcnt atteint d'un boulet. Il est à désirer, ajoutait le cornmandant de la troisième division, que nous sortions le plus tôt possible de cette position.
Le duc des Cars a commandé et administré sa division dans cette campagne avec une supériorité incontestée. La fermeté avec laquelle il s'est maintenu dans la position difQcile qu'il occupait à notre gauche, dans les journées du 25 au 28 juin, à la téte de ses deux premières
brigades, et la vigueur avec laquelle il les a conduites, dans la journée da 29, ont mis particulièrement en relief sa capacité militaire. Son éloge étaU dans toutes les bouches, « quand « on le vit où le péril était le plus grand donner a Texemple de la plus belle bravoure et les « Ci dres les plus sages, ménager la vie du sol- «( dat et exposer la sienne, » comme le dit, dans le noble langage de ses Souvenirs de la campagne éCAfrique^ le comte de Quatrebarbes (1), officier d'état major attaché à la Iroi-
(1) Après s'être signalé dans toutes les occasions peu* dantia campagne de la conquête d'Alger, le comte Théodore de Quatrebarbes, invariablement attaché à ses principes politiques, et démissionnaire k la soite de la révolution de Juill^ 18S0, rentra dans la vie privée, n accepta, en 1846, des électeurs de l'arrondissement de Cholet le mandat de les représenter à la Chambre des députés, y siégea jusqu'à la révolution du moi?; de février l.s et y fut, à la tribune, l'organe éloquent des Gonviclions catholiques et le constant défenseur des saines doctrines de droit et de liberté. Véritable chevalier français» et digne fils des croisés* il reprit en 1860, poor obéir à sa fol, sans souci de son âge, répée qaH avait déposée en 1830, par dévouement au principe monarchique, et courut, prêt à verser son sany i*our la cause de lapnpnulé, se mettre au service du Souverain Pontife. Noiiiiiié pnr le trônerai de la Moriciere, le S septembre 1800, gouverneur civil de Ja ville et de la province . d'Âncône, il prit d'abord, à tout événement, les mesures les plus prévoyantes, et participa ensuite avec énergie k la défense désespérée de la place, que les Piémoniais
l'expéditiou l'afriquk. 383
sième divisioo. La même justice rendue aux
hautes qualités du duc des Cars est surtout remarquable sous la plume d'uu ollficier supé-
rieur éiranger à notre armée, mais notre frère
d'armes par la valeur avec laquelle il a combattu
assiégèrent iralIreuBemeiit par terre et par m», après leguct-apens de Castelfidardo. Quand la proUmgaUou
d'une résistance impossible contre des forces d'une supérioriié numérique démei^urôe fut défînitivement manifeste, le comte de Quatrebarbes n\nirait pas hésité, avec le général de la Moricière, À s'ensevelir sous les débris de lacitadeUe d'Aneône, en mettant le feu aux poudres» pour nepas traiter d'une e^iitulatlon avec un ennemi félon et déloyal, s^Us n'avaient pas cru l*un et rentre que le chrétien n'a pas le droit de disposer M-Hnéne de i^a vie, cl si leur devoir ne leur ava l pas défendu de sacriiior inutilement celle des hommes placés sous leurs ordres. Us s'inclinôrcni donc sous la main de Dieu leur imposant la dure loi de la nécessité. Le général de la Moriciôre avait mis pour condition de la capitulation d'être transporté à Gènes par mer» et le cimite de Qua^ trebarbes s*emlmrqua le 30 septembre ponr rentrer en France avec lui. Iful ne pouvait mieux qne le gouTer* neur d'Ancuae racoiiier ce que fut cette lamentable catastrophe, honteux triomphe des attentais piémoiitais au droil dos gens, et il s'est acquitté de cette tâche historique, dans un volume in-H" d'un navrant intérêt : Souvenirs d'Ancùne^ siège de i^, La fidélité du comte de QuatretHurbes à la noble devise de sa familICi in alUê non defieiù^ a été fractuense : dnq de ses peUts-neveux se sont successivement enrôlés sons la bannière pontificale. Georges d'iléliand, lils uni(nie de hi comtesse d'Héliaiia, sa nièce, fut tué à Casttiiidaido, à l'âge de dijtL-buit ans. Zacharie du Reau, iils de la so&ur de la
284 RELATIO?! DE
dans nos rangs* On lit dans la relaiioo pleine d'intérêt qoe le prince Frédéric de SchwarzeiH berg a publiée en allemand de la caii}i)agneà laquelle il a pris part ( 1 ) : « Ce général méri* « tait complètement Testime et rafifectioo qui
eomlose d^Héliand, avait le même âge lorsqa'U échappa à ce massacre, neyenu capitaine dans la vaillante milice
des zouaves, il se signala à Meotana, où ses deux frères, Henri et Maurice du Beau, gagnèrent dans le même corps, le preiiiirr h .s galons de sergent, et le sccundceux de sergeul-major. Bernard de Quairebarbcs, fils du marquis de Quatrebarbes» et fila d'adoptien de son grandonde, sacriia, avec Tardenr de la foi qu'il onissait à la générotlté du cœur et à rèlèvation de Tesprit, le pins brillant av( nii' social au dévouement qui le conduisit à Roîne, à 1 âge de vingt ans, en 1860. « Mon cousia « Georges d'Héliand a été tué, je dois le remplacer, »> di- «sail'il, et il désirait vivement s'engager dans le iMUaii* Ion des zouaves ; mais, de Tavis de son père et de son grand-oncle, et par le conseil du général de la Moricière, il entra dans la batterie d'artillerie en voie d'organisation, et y devint sous-lieu tenant eu 18Gi, et lieutenant en 18(>0. Il commandait rarlillerie qui Ht éprouver une perte de plus de sept cents hommes aux Garibal' diens, dans Tbéroique défense de Monte-Rotondo, et y reçut les glorieuses blessures dont il mourut à Rome, le 13 novembre 1867. Yves de Quatrebarbes, qui, W€«é à BIcntana, s'i'iait rcric en voyant ses cain n i les accourir à soii bccours : « nv faites pas altcntiuu à moi, « coutiuuez de vous battre, vive Pie IX, » est le fiis d'un cousin germain du comte Théodore de Quatrebarbes.
(i) Rnckblicke auf Âlgier und dessm Ero^rung âurek
die kùnigUch-(vanxmUclieïi Truppen iiu Jahre 1830.
« lui étaient généralement accordées. Crave a devant reDnemi, aimable dans ses relations, « il réunissait les q(ialiii\s du soldat à celles de « rhomme du inonde. Dans les combats, et à le « voir supporter les fatigues, on Taurait pris « pour un vieux grenadier, si son édocation et « ses manières n avaient pas rt vtlé Tbomme du « monde. C'était un vrai modèle de Tancienne « chevalerie française (l).» Leprincede Scliwarzenberg est Téeho de la Yoix de toute Tannée, lorsqu'il ajoute que le duc des Cars y était particulièrement loué de sa sollicitude pour les troupes placées sous ses ordres, et du soin avec lequel il s'assurait personnellement, chaque jour, avaui de se coucher, que rien n'était négligé de tout ce qui pouvait être fait pour les malades et les blessés de sa division.
A la droite de la première division, la brigade Poret de Morvan repoussa, dans ces meurtrières journées, Taltaque impétueuse d'une nombreuse
(1) IHeaer General verdiente vollkonmen die Âehtung unddieLiebe, welcheihm aUgemem gezoUt
wurde. Tapfer vor dem FeindCy licbenswûrdiQ in VmgangCf vcreinigle er die Eigcnscliajten des Soldaten mit jmen des Wdimnnncs. Im Gcfcchle, im Erlrageii der Strapalzen, hàUe man ihn fur cinen alleu Grenon dier gehaUen, wenn nicht seine Bildung, eein Anstand, dm êiannvan WeU beurkundet hàUe, Er war ein wah' ree Muster altIranzôsUcher RUterlichkeiL
986 RBUTION DE
cavalerie arabe, appuyée par des fantassins kabyles. L'ennemi tombâ aussi à Timproviste sur lin bataillon du 1" régiment de marche, tandis qu'il achevait de nettoyer ses ai*meS| ei lui lua des hommes.
Enfin le 28 juin, chemins aplanis, commafii-* cations assurées, moyens de transports disponibles, matériel de Tartillerie et dn génie réoni, tout permettait au général en ehei de se porter en avant et dinvestir le château de TEmpereur. Il transporta, dans Taprcs-midi, son quartiergénéral aux avant-postes, alla reconnaître la position de l'ennemi, du haut de la terrasse de la maison carrée située à Tangle saillaut du ravin en avant du front de notre gauche, et s'enteodit avec le duc des Gars pour l'allaque du lendemain. Le général Loverdo reçut Tordre de se porter en première ligne avec la première et la troisième brigade de sa division, et il arriva le soir au poste qui lui avait été indiqué. La brigade Poret de Morvan, la première de la première division, devait garder, dans la position de Chapelle-Fontaine, le parc d'artillerie de siège. La brigade Montlivault, la troisième de la troisième division, fut éclielonnée enlic celte position et le camp de Staouéii. Le général en chef revint coucher au bivouac dans une vigne derrière le parc d'artillerie de campagne et le canip
L^EXPÉDITION D*AFRIÛUE« 287
da génie. Pendant tonte la nuit, ce fut un roulement couliuuel des voitures de l'adminislrâUon, des pièces d'artillerie et deseaissons, qui affluaient au point du chemin conduisant à Âlger, ou cette roule était coupée perpendiculairement par la position de i armée. On avait eu occasion de remarquer que les Turcs et les Arabes ne nous attaquaient jamais avant le lever du soleil, qu'ils obéissaient à la nuit« comme dit Homère, et on résolut de les prévenir.
Le 89 j uin , le jour ne luisait pas encore q uand les tioupes prirent les armes, se formèrent en colonnes serrées par divisions dans cbaque régiment, et se mirent en mouvement, sous la direc tien du général en chef. Le duc des Gars s^avançait par notre gauche, à la tète des brigades de Bertier et Hurel, contre les principaux groupes ennemis. Les généraux Loverdo et Berthezène ' conduisaient chacun deux brigades de leurs divisions respectives à la droite de la division des Gars. Les divisions marchaient ainsi dans leur ordre de bataille, la première à ootre droi te, la deuxième au centre, suivant la route venant de Staouéli, et dite Voie romaine, et la troisième k notre gauche. Une compagnie du génie accompagnait cliaque division, pour ouvrir les voies an passage des troupes là où il y aurait lieu. L'artillerie occupait les intervalles qui sépa«
i6S R£LATiûK Dfi
raient les divisioDS. Le& brigades sous les ordres des trois lieutenants généraux devaient, après avoir cliassé l'eiioemi de ses positions, se porter vers le cliàteau de l'Empereur, pour Tin- Yestir dans l'ordre où s'avançait chaque division.
Les colonnes s ébranlereut lentement, en bon ordre et dans Tombre ; leur marche était sitoicieuse ; c'était le calme imposant précurseur de Forage. La division des Gars, précédée de ses tirailleurs, surprit les Algériens, et aux cris de Vive lê rail et de Alk^I une vive fusillade s'engagea. Elle s'étendit aussitôt sur tout le Iront des deux brigades Bertier et Hurel, dont l'atta- : que, conduite pai* le duc des Gars, tut impétueuse cL brillante. C'était un spectacle iiaou voudrait pouvoir décrire. Le jour ne laisait qae I de poindre : au silence de toute une armue, uu feu de mottsqueterie, des cris de guerre et le bruit des tambours battant la charge, avaient succédé toul à coup ; les crêtes des hauteurs se dessinaient à la lueur de la fusillade, mariée aui premiers rayons du soleil d'Afrique. Avec le doc des Cars, el à la tète de la deuxième brigade de sadivision, qui formait notre extrême gauche, un vétéran delà gloire des Pyramides dirigeait ïé\m de nos jeunes soldats, et revoyait fuir le Croissant devant le^ baïonnettes françaises. On a dit que Texpédiiion d'Ei;}pte était le roman de noire
L'EXl>ÉUlTiON DAFRlÛti£. 289
histoire militaire; la canipape de la conquête
d'Alger 6q est bien le second volume, et, comme
j'ai déjà eu occasion de le dire, le brave général Uurel fut acteur dans Tune et dans T autre. Les Algériens avaient détruit pendant la nuit les ktteries qui nous avaient été funestes durant quatre jours, et nos troupes en Lruavèrent les caaons abandonnés dans des sentiers creux. Les cordes avec lesquelles on avait traîné ces pièces sansaffùts y avaient été laissées. Culbuté par le
choc des deux brigades de la division des Cars,
rennemi prit la fuite et disparut de ce côté.
Outre plusieurs pièces de canon, il abandonna
aussi des chevaux, des mulets, des tentes, des
bagages et des munitions de guerre. Avant six heures du matin la brigade Hurel était parvenue près du point culminant du Boudjaréah ou se trouve le poste d'observation dit Vigie de lama-
rîjie, et la brigade Bertier couronnail à droite un mamelon plus rapproché d'Alger.
Aucune résistance de la part de lenneiiii i/ar-
réta la marche des généraux Berthezène et Lo-
verdo s'avancant, le premier à la téle des Li igades Âcbard et Glouet, et le second à la téte des brigades Damrémont et CoUomb d Arcine ; mais la direction que suivait la première division 1 aurait conduite trop adroite, et le général en chef, qui cherchait vainement des yeux le château de
UELATIO.N DE
TEmpcrcur, suspendit le mouvement de cette division jusqu'à ce que, s'étant porté lui-même vers la gauche, il eut pu reconnaître, d'un poiuL de vue dominant, le terrain sur lequel ii opérait. Nuus a'avions de guide que la carte de Boutin, et elle n'avait pas été étudiée avec assez de con-* fiaiice, car elle est généralement exacte, parle général Desprez, qui avait des connaissances théoriques incontestablementéteudaes et variées, mais qui n'était pas à la même hauteur dans la praiique des attributions de son emploi de chef d'état-major (1). Vers six heures du matin le j^énéral en chef rencontra le duc des Cars sur le Boudjaréah, et lui donna Tordre d'arrêter son liiouvciîient, pour laisser à la droite le temps d'exécuter celui qui lui fut commandé, et de se remettre eu marche à onze heures, pour aller s'établir, avec ses deux brigades, au sud du château de l'Empereur, en arrière du consulat d £s-
(1) Le général nesprez avait coopéré à la création et à la formationdu corps royal d'état-inajor, etavait commandé,
avec une aptitude touie spéciale, TÉcole d^élat-major. « Homme de science et dcLude, en même leiiii-b que « de grande expérience militaire, mêlant los habitudes « du savant à celles du soldat, le général Dcsprez, dit « le capitaine d élai-major Barcliou de Penboën, aide de a camp du général Berihezène, conservait au milieu de « Tarmée une physionomie vraiment oiiginale et n'ap- « parlenant qu'à lui seul. i»{Mémoire$ d'un officier d^étai-^ major,)
pagne, que Ton apeiccvau paiiauconeot (1). 11 fui malheareusement prescrit aa dae des Cars, par la raison qui vient d'être indiqucc d élude îDsciffisaiite du terrain^ de suivre le chemio le plus direct, qui semblait praticable, et qui était très-loinderélre. Il fallut iraveiser uo petit bois difficile, franchir des ravins pruiuuds, et surmonter des obstacles péDîbles ; les troupes furent fatiguées, perdirent plusieurs licurcs, et n'arrivërent qu'à quatre heures de TaprèsHnidi à la position qui leur avait été assignée.
La première division fut appelée à remplacer la ti'oisième k notre gaudie, et la brigade Acliard occupa la Vigie de la marine sur le Boudjaréab. La aiarciie de la deuxième division était arriérée, et Tavait jetée trop à droite. Le général Tholosé, notre sous-chef d'état-major, fut chargé de porter au général Loverdo Tordre d'ap*pujer à gauche, eu se tenant à la droite de la
(1) J*ai sous les yeui une des lettres où le duc des Cars m'a donné les renseignements qui! m'avait autorisé à lui demander, el, j'y lis : -( Il résulte de mes notes «journalières que la troisième division se trouvait o avant six heures en vue de la Cassauba. Elle reçut « alors du général en chef Tordre d'arrôlor son mouve- « ment pour laisser achever celui de la droite, et de se « remettre en marche à onze heures, pour se rapprocher « du fort de FEmpereor par un chemin qui loi fut indl« « qoé. »
292 REUTION DE
division Berthezène. Un mouveaient rétrograde ayant été alors commandé parle général Loverdo à sa Uoisième brigade, qui se trouvait en avant, sur la Voie romaine, le général GoUomb d' Arcine, qui apercevait le cliâteau de 1 Empereur, dont rinvestissement était le but de la journée, ne voulut exécuter cet ordre qu'après se l'être fait répéter par son lieutenant général lui-même, auprès duquel il s'était rendu avec les deux colonels du 21® et SO*" régiment de ligne, qui formaient sa brigade. Le terrain sur Icquelles trois divisions s'avançaient vers les postes qui leur avaient été assignés était liérissé de difficultés. A mesure que les hauteurs s'élevaient, les ravins étaient plus prolonds,leurspentesplus abruptes, et ce sol si fortement ondulé était partout cou-vert de haies, d'arbres, d enclos et de jardins, à travers lesquels serpentaient quelques mauvais chemins creux. Delà la marche pénible, lente de notre artillerie et de nos colonnes, qui finissaient par ne plus s'entrevoir dans les .sinuosités ascendantes et descendantes qu'elles ne cessaient de décrire. Notre ignorance topographique du pajs ajouta encore à Tincertitude de notre marche*
Le général en chef était arrivé, vers sept heures du matin, à la Vigie de la marine, oii le drapeau blanc fut arboré. Alger avec ses murailles blanches, ses maisons blanches, tous ses
L£.\PÉUlT10ri il AFRIQUE. 293
Qiiûaiets, sa Gasba, sou port protégé par tant de batteries, le fort de TEmpereur, les Dombreuses et riantes maisons de campagne ceintes d uee riche verdure qui sont éparses aux environs de la ville, les Arabes qui campaient sons le château de TEmperenf et sur la plage près du fort Bab-Azoun, la côte pi*esque partout garnie de canons, la baie d'Alger, le cap Matifou, la belle . plaine de la Métidja, ei le superbe Atlas dans le fond du tableau, voilà ce qui se déroulait devant lui. Notre armée la voyait enfin cette ville extra^ ordinaire, qui allait devenir sa conquête, et qu elle saluait de ses acclamations enthousiastes. Quelques centaines de juifs sortis d'Alger avec leurs familles erraient dans les jardins environnants; nos tirailleurs en avaient tué quelques^ uns, qu ils avaient pris d'abord pour des ennemis armés. Les autres vinrent, hommes, femmes et enfants, également effrayés, se précipiter aux pieds du général en chef en poussant des cris lameniabies. 11 s'empressa de les rassurer, et ce ne fat pas sans peine qu'il y parvint, en se servant pour interprète de Tun d'eux, lejuifalgé* rien Durand, qui avait voyagé en Europe, parlait taciiement le français, et avait rempli auprès du dey les fonctions de drogman.
La plupart des consuls étrangers sétaieut réunis, avec leurs familles, dans la maison de
cainpagDe du consul des Étate-Uois de l'Améri-
que, peu (IL^^iante de la position qu'oau^^ail la brigade Acbard. Le général en chef pourvut à leur sûreté. Il alla eosuite, avec tout son étalmajor, se reposer, pendant quelques instante, et se rafraîchir dans une agréable maison d archiiccture mauresque, que lui avait indiquée le général Berthezèue, et oix uous trouvâmes une fontaine délicieuse. Après une halle d'une demi-heure, il remonta à cbevaU et se porta à midi vers le point désigné par Boulin comme le plus favorable pour l'ouverture de la tranchée. Il y trouva quatre pièces de campagne et une couipagnie de sapeurs, avec un seul bataillon du 49* de ligne de la deuxième division. On a vu que les instructions identiques données aux trois lieutenants généraux leur prescrivaient de chasser 1 enuenii de ses positions devant eux, et de se diriger directement vers le château de i Empereur. Étonné donc du relard de la marche de la deuxième division, qu'il croyait arrivée au poste qui lui était destiné, le général en chef envoya M. de Maillé, run de ses officiers d'ordonnance, porter au général Loverdo Tordre pressant d accélérer son mouvement. Le général Valazé s'occupa immé<dialement de préparer les attaques contre le château de l'Empereur; il fit créneler quelques maisons, et la tranchée put être ouverte dans la
l'expédition D'AruiQLi:. 295
liuii même. Cette journée si féconde en rcsullals ne DDDS coûta guère plus de cioquaute hommes mis hors de comliat. L'ennemi laissa beaucoup de morts sur le champ de bataille.
Dans un ordre du jour adressé au troupes de la troisième division, le due des Cars, après les avoir [clicité3s de leur vaillante conduite dans les journées des 28, 26, 27, 28 et 29 juin, leur dît quil u avait k leur reprocher que lexcessive ardeur des offieiers et des soldats {{).
Ce fut Gliaiie^-UuiDt qui appela latteulioa (les AlgérieiKs sur le point inqjurtant oii s'élève aujourd'hui le ch&teau de TEmpereur ; il y caiii|)a dans sa fameuse expédition de 1541. Hassau- Paeha, fils du second Barberousse, fit bâtir, en looO, une tour sur remplacement qu occupe maintenant la forteresse, dont la construction remonte aux années 1579 et 1380, et qui prend son nôm européen de Tempereur Charles-Quint, mais que les musulmans appellent Sultan Calassi. Cette forteresse, assise sur le roc, à environ un kilomètre au sud de la Gasba d'Alger, a la forme
(1) Le colonel baron Peliut, chef dïiat-major de la troisième division, a publié, dans le Spectateur militaire^ à la Onde IS30 on au commenoement de 1831, deux ariieles qui coniieunent des détails intéressants sur les
opéraUons par lesqueUes la division des Cars a piis une {>arl si méritoire au succ^lîs de la campagne.
RELATION UË
d'un triangle, dont es grands côtés avaient cent cinquante mètres, et les petits cent mètres de long'Qeur. Aux quatre aiigles s'élevaient des bastions peu spacieux et d'un tracé irrégulier. Une haute tour ronde, construite au centre de la plate-forme, dominait toute la forteresse, qui était armée de cent vingt bouches à feu. Le château de l'Empereur commandait la partie la plus élevée de la ville et toutes les fortifications environnantes, mais il était lui-même commandé par les crêtes des collines du côté opposé h la place. A la première vue des lieux, il était facile de reconnaître que Boulin avait eu raison de dire que ce fort était la clef d'Alger.
Le général Valazé, qui a dirigé les travaux du génie, pendant toute cette campagne, avec une savaate capacilé et une promptitude admirable^ reconnut que la tranchée pouvait être ouverte à environ six cents mètres du château de 1 Empereur, et cette opération fut exécutée sans aucun retard, dans la nuit du 29 au 30 juin. Comme il s'agissait d'apporter la plus grande célérité dans la construction des ouvrages, le général Valazé profita des sentiers qui se présentaient garnis de haies d'alocs, avec un Ijuurrelet de chaque côté, pour lier entre elles les différent<?s attaques au moyen de ces communicalions déjà c.xislanic.^. Le tracé fut habilement dirigé, de manière que
les deux ailes des attaques se (ruuvassent biou appuyées. Elles Tétaient à droite par de grands escar^iciuents voisius du consulat de Suède, et à gauche par des pentes rapides. Quoique les fatigues de la journée eussent empêché rinlautciie de fournir au génie le nombre désirable de travailleurs, et que la dureté du sol, qui faisait feu sous la pioche, rendit les excavations difficiles, le 30, quaud le jour parut, on était établi sur un développement de mille mètres environ. Hais un logemeui avancé, au centre des attaques, ne se trouvait qu'à deux cents mètres des batterias du fort, et rennemi dirigea alors un feu ten ible sur ce point. Nous fûmes obligés de l'évacuer momentanément. Le chef de bataillon du génie Gbambaud, officier justement estimé, fut mortellement atteint d'un biscaïen, au muaient où il prenait le service de la tranchée. Cette perle affecta vivement le général Yalazé, et toute l'armée s'associa à ses regrets.
Dans Taprès-raidi du 29, le général en chef avait fixé son quartier-général au centre des opérations, dans une petite maison de campagne située sur une espèce de plateau, attenant à ijauche à la Voie romaine, en arrière des consulats des Pays-Bas et d Espagne, à environ deux mille mètres du château de l'Empereur. Le 30 au matin, il chargea son chef d*état-major de
298 RELATION m
recoonaitre le terraio entre le coQsalalde Suède
et lâ plaijc. Le général Desprez lit cette recoanaissaoce, soas le feu du château de TEmperear, il la léle du régiment de marche, et avec deux obttsiers de montagne, sons le eommandement du licuteûaut d artillerie de Kergorlay. Quelques pibces des batteries de la côte avaient été dirn gées du coté de la terre, et sa petite troupe ea essuya le tir incertain. Il rend compte en ces termes, dans sou Journal dun of^ier de l'armi'e (V Afrique^ du résuUal de cette exploration. «( On aurait pu, sans beaucoup de pertes, enle- « ver les batteries et chasser les Arabes des bords « de la mer ; mais pour s'y établir, et conser- <c ver une communicaiion sure et facile entre le « centre et la droite de Tarmée, il aurait fallu c( se relranclier, ouvrir des cliemias dans un « terrain inégal et rocailleux, et mettre en état « de défense uu grand nombre de maisons. Ces (( travaux auraient exigé remploi de beaucoup « de bras. M. de Bourmont pensa que c'était « vers i attaque du fort de TErapereur quede- «( valent se diriger tous les efforts de Tannée; « qu après la prise de cette iurleresse, on se « rendrait, sans coup férir, mattre des batteries « de cote; qu'Alger étant approvisiouné pour « un temps bien plus considérable que la durée « présumée du siège, Tiniroduction d une car*
LËXPËOITION D'AFBia^Ë. 299
a taiûe quantité de vivres avait peu d'incoové- « nients; enfin, que le service des troupes serait « d'autant plus pénible qu'elles seraient moins « concentrées en arrière du terrain des atianues. (( Cette dernière considération parut d'autant « plus décisive que, depuis le 24, la tempéra- « ture était très-^élevée, et que le nombre des « malades s'était considcr<d)lement accru. » On renonça donc à un investissement complet de la place, et on se décida à laisser libre le chemin de Gonstantine passant sous le fort Bab-Âzoun et se proloDgeanlle long du rivage.
Les troupes qui, le 29 au soir, s'étaient établies provisoirement rectifièrent leurs positions, La brigade Bertier de Sauvigny, la première de la troisième division, se plaça, à notre droite, sur la même ligne que le quartier-général. Des postes du 2'^ régiment de marche et du ;j3« de ligne, qui formaient cette brigade, surveillèrent, pendant le siège, Textrême droite de notre position, que Tennemi pouvait inquiéter en suivant les nombreux ravins qui aboutissent à la rade, La deuxième brigade de la troisième division, coiîiposée des 17® et 30* de ligne, campa en arrière de la première. La brigade Montlivault, formée des 23« et 34* de ligne, et la troisième de la division des Gars, ayant rejoint sa division, prit son rang en arrière de la deuxième.
300 RELATION 0E
A notre centre, la brigade Damrémont, composée des 6« et 49' de ligue, et la première de la deuxième division, campa dans les jardins dti consulat d'Espagne, le 49*^ de ligne plus rapproché du terrain assii^'iié au dépôt de tranché. La brigade d Uzer, la deuxième de la divisiOQ Lo?erdo, formée du 18* de ligne et du premier bataillon du 48% le second bataillon de ce régiment étant resté k la garde du camp retranché de Sidi-Ferrucb, se plaça en avant du consulat des Pays-Bas. Le 18*et le 49* de ligne servirent de réserve à la garde de la tranchée, poste bouorable, mais pénible et périlleux, qu'ils occupèrent jusqu'à la bn du siège, et oii les généraux de l)amrémontet d'Uzerse signalèrent ' par leur vigilance. La brigade CoUomb d'Ârciue, composée des et 29* de ligne, et la troisième de la deuxième division, s établit à quatre cents mètres en arrière du consulat des Pays-Bas. La brigade Âcbard, la deuxième de la première division, garda la position qu'elle avait occupée à notre extrême gauche le 29 dès le matin. La majeure partie du régiment de chasseurs à che^ val bivouaqua en arrière, ei a peu de distance du quartier-général; des détachements de ce corps étaient restés à Cliapelie-Fontalne, à Staouéli et h Sidi-Ferruch. Le dépôt général de l'administrât iou, les parcs de l'arlillerie et du
L EXPÉUlTiUM U AmmE.
géuie furent aussi établis uu peu en arrière du quarlieNgénéral, h droite et à gauche de la route. La première et la troisième brigade de la première divisionfurent chargées de couvrir! armée de siège, d escorter les convois, et d'oecuper les redoutes et les postes destinés à leur protection, depuis ie camp de Staouéli jusque devant le château de TEmperêur. Â cet effet, la brigade Porci deMorvan releva, le 30 juiu, dans le camp de Staouéli, le 15* de ligne et le premier bataillon du 48*, et la brigade Ciouet prit posiiiou à Cliapelle-Fontaine.
Le camp de siège couvrait ainsi les environs d'Alger au sud-ouest du château de TEmpereur, dans une situation très-pittoresque. Les mouvements prononcés du terrain en diversifiaient sini^ulièrement l'aspect. Les coiliuis et les valions étaient revêtus de la végétation la plus verte et la plus abondante. Les poiriers, les abricotiers, les vignes se mariaient dans tons les jardins aux palmiers, aux orangers, aux citronniers, aux liguiers, aux cactiers et à une infinité d'arbres différents. L'aloès étalait avec un luxe prodigieux ses feuilles colossales armées de longues et redoutables épines. Il s'étendait en haies iuipénétrahies autour des enclos et le long des sentiers qui sillonnaient les ondulations du sol* Des ioataines et des puits offraient partout une eau
REIATION DE
pure^ limpide et fraiciie. Des conduits souterrains, dirigés avec une hal)ile entente de la distribution des eaux, en portaient le bienlait daos diverses directions. Une miiltiiude de maisons de campagne apparaissaient çà et là sur ces coleaax et dans ces valloiis. Plusieurs élaienl habitées par les consuls étrangers. Dans l'espace embrassé par Tarméc de siège on i eiuarqoait surtout les consulats de Suède et des Pays- Bas. La blancheur éblouissante de ces maisoub, lorsqu'elles reflétaient le soleil d'Afrique, contrastait merveilleusement avec la riche verdure des massifs d'arbres qui les environnaient. Elles étaient construites dans le genre moresque. Le balinient s'élève sur les quatre cotés d'une cour rectangulaire! pavée en marbre^ avec une belle fontaine en marbre blanc au milieu, et autour de cette cour règne une galerie intérieure, soutenue par des colon ues clégauies en marbre d i lalie. Cette galerie intérieure se répète au premier étage. Uuatre pièces, eu tonne de parallélogrammes, avec une porte au milieu, ouvrent sur cette galerie. Lesmurs intérieurs de ces chambres sont recouverts jusqu'à hauteur d'homme d'une faïence de couleurs variées. Une terrasse oii Too respire la fraîclicur du soir termine la maison. Cette terrasse et les murs extérieurs de la maisos sont couverts d'un enduit d'une blancheur écla-
L'EKPËUiUOv^ U AFlilQUE. 303
(ante.ll j a à peiae quelques Irès-petites jalousies donnant à Textérieur. Souvent la cour est abritée du soleil par des u cilles. On conçoit facilement que ces habitations fussent très-agréables. Notre armée les trouva toutes abandonnées et entièrement vides* Les officiers généraux et autres s'y insiallèrent.
Le débarquement de tous les approvisionnements de larmée continuait k s'opérer à Sidi- Ferruch, et la distance de ce point à la position qu'occupaient alors les troupes assiégeantes était d'environ six lieues. Le chemin était difficile, et la chaleur toujours croissante ; mais le baron Denniée, intendant en chef de Tarmée, presque constamment à cheval, se multipliait pour satisfaire à la surveillance des divers services, et le zèle de ladministratiou, dont Véloge était dans toutes les bouches, pourvoyait, en dépit des obstacles, a une consommation journalière, au camp de siège, de trente mille rations de pain, autant de rations de riz, quinze mille litres de vin, mille litres d'eau-de-vie, et de trois mille rations de fourrages. Des hangars furent établis pour servir de premiers hôpitaux, et recevoir les blessés qu'on rapportait de la tranclice en grand nombre. Deux cents hommes environ furent mis cliaque jour iiors de combat pendant la courte durée du siège.
804 REUTION DE
Le transport de tout le matériel de siège de rarlilicrie ue s'était pas fait non plus sans que cette arme acquit des droits nouveaux à la reconnaissance que lui ont méritée ses périls, ses travaux et ses fatigues.
Peudaut toute la journée du 30 le feu des Turcs nous incommoda beaucoup. A dater de ce jour riuiaalcrie louruit le nombre nécessaire de travailleurs et de gardes de tranchée. Il .fut réglé que les travailleurs seraient relevés deux fois par jour, mais que la i^arde ne le serait qu'une seule fois, au lever du soleil^ parce que les troupes défendent avec plus de conflance pendant la nuit les ouvrages qu elles ont occupés et reconnus pendant le jour. La garde était forte
de quinze cents hommes. Le nombre des tra-
vaiileui's variail suivant les besoins exprimes par les généraux du génie et de 1 artillerie* L'a njarcclial de camp de la ligne coiHMiaiulait la tranchée, et son service était de vingt-quatre hcLues. Les fondions tle major de tranchée furent confiées au chef de bataillon Lugnot da . 21 ilo ligne, quisen acquiiia avec une vaillaiiio activité. MM. de Maupeou etDesgarets, lieuienanls aide.^-iiiajors au 20® et au 21*^ de ligue, lui avaient été adjoints.
Dans la nuit du ;iU juin au 1*^'' juillet, aou^
avions déjà commencé rétablissement de cinq
l'expédition d'afriqcb. 30S
batleries, dont remplacement avait été déler-
miué, et ranilicrie prodiguait tous ses soins, tous ses eflbrfs pour abréger ce travail, auquel lesol opposait de grandes diflicuités. Dans ctue * même nuit, on déploya la plus grande activité h cuniiiiuer les traucbées et les communications. On s'étendait, à la gauche des attaques, sur lextrcuiité d'un plateau allongé, où 1 artillerie avait résolu de placer Tune des cinq batteries déjà projetées. Perfectionner tous les travaux et installer le dépdt de tranchée sur un revers du terrain fut la tache du {''juillet. Le^ iiattcries des assiégés tonnaient sans relâche contre nos ouvrages. Leurs ieux, assez bien dirigés, rasaient le terrain en pente derrière lequel nous nous abritions, ei nous atteignaient souvent. Aussi le nombre des hommes tués ou blessés à la tranchée s'élevait-iljourneliêmcnt, comme il a déjà été dit, à environ deux cents. Dans la matinée du l""^ juillet un biscaïen vint encore frapper à la jambe et mettre hors de combat un officier supérieur du génie, M. le chef de bataillon Vaillant (1), qui dirigeait les attaques avec au-
(1) Noninii; lioiilenanl-coloncl dans C( lle niômc année îH;iO, cet oflicier distingué devint colonel en 1833, aprî's le siôge d'Anvers, et maréclial do camp en 1838, à la suite de quairc campagnes en Algérie. Il eut le cornmandemcatde l'École polytechnique en fS39, et la di-
iaot d'habileté que de courage. C'était surtout notre extrême gauche que rennemi assaillail coutinuellement : il se glissait à travers les
ravins et les broussailles pouj mus venir h<irceler.
Le général en chef visitait la tranchée toutes les nuits. Dans une lettre adressée à M. le Dauphin, en date du 1'*^ juillet^ et où il rendait au prince un compte sommaire des opérations de la campagne postérieures à la bataille de Staouéli, il annonçait que nous serions maîtres du fort deTEmpereur le 5 juillet. « Je ne sauce rais exprimer, ajoutait-^il, à quel point je suis c( satisfait du courage des troupes ; je n'en ai
jamais vu qui marchassent à Tennemi avec
« plus de confiance et d'ardeur De ma vie,
« je n'avais vuTartillerie servir aussi bien, et le « génie est dirigé en perfection. » Ce glorieux témoignage rendu à notre armée était d'autant plus honorable pour elle, que le général qui appréciait ainsi ses services avait une longue et grande expérience de la guerre.
rection d'une partie des fortifications de Pai is en Lieutenant p:(^n6ral en 18 P», il dirigea les lia vaux du f^énie au siéf^cde IIoiikm'u 1849, et fat créé inarcchai de France en 1851. Il fut ministre de la guerre de 1834 à et major-général de l'armée d'Italie dans la campagne de i8o0. Oomie et sénateur, il fut fait en 1S60 ministre de la maison de Tempereur et des beaui-arts.
Dans cette même journée du 1^' juillet, le général de la Hitte reconnut un emplacement voisin du consulat de Suéde où il lit construire une sixième batterie.
L'amiral Duperré avait levé Taucre de la baie de Sidl-Perruch, pour venir croiser avec la flotte (levant Alger* Il eut été gratuitement imprudent d'exposer nos vaisseaux au feu des batteries formidables du mole, qui était la partie la plus forte et la mieux défendue de la ville. Mais l'amiral avait été invité, par une lettre du général en chef, à faire, an moyen d'une fausse attaque contre Alger, une diversion aux opérations de Farméede terre contre le château de TEmpereur. Le commandant de larmée navale avait répondu que, pour Texécution d'une fausse attaque, dont il énumérait les difficultés, il se bornait à dire que la marine ferait tout ce qu'elle pourrait. Le i^'' juillet, le contre-amiral de Rosamel exécuta Tordre qu'il avait demandé et reçu de longer la c6te, à la téte de son escadre^ depuis la pointe Peseade (1) jusqu'au môle d'Alger, en lâchant sa bordée de tribord contre les batteries algériennes, qui foisaientfea de leur côté. Mais il se maintint, comme il le lui avait été commandé, à une distance telle que cet échange
(1) La pointe Peseade est le premier cap «nie f»rcseiitc la côte qui 6 étend d'Aigcr dans la direcùoa de i'oue&U
REUTION DE
de projectiles se fit sans dommage réciproque.
La journée du 2 lui employée à perfeciiouuer les bovaux de tranefaée ei les comiDQiiieatioBs. A la pointe du jour, la brigade Âcbard s empara de deux batteries de la cote, armées de Irentesix boucbes à feu, qui étaient situées au bas des •ra\iiis descendanls, de l.i position que cette brigade occupait sur le Boudjaréab, à droite et à gauche de la pointe Pc^cade.
Nos trayaiUeurs avaient été vivement attaqué le 2 juillet, et ils fureui encore impétueusemeot assaillis le 3 ; mais cette audace fut reçue et repoussée comme elle méritait de lelre, et le génie mit notre gauche à Tabri de toute attaque. Notre droite était protégée par la position des troupes (pii en gardaient les derrières. Divers logements furent construits pour la renforcer encore. Tous ces travaux s exécutaient sous une grêle de projectiles que Teanemi nous envoyait incesbaiiiiiieat. Si, durant tout le cours de celte campagne, nous avons eu occasion de nous aper-* cevoir et de profiter de rignoraace des Tnrcs dans Tart de la guerre, nous avons été à portât aussi de pouvoir rendre témoii^uage de leur grande bravoure individuelle. La science n'entra pour rien dans leur défense, mais le courage du désespoir y joua un rôle brillant. Leur artillerie du château de TEmpereur était loin d être me-
l'expédition u'afhiûle. 309
prisable, et elle fil preuve d'énergie et d'adresse. La témérité de leurs sorties déréglées, pendant les quatre jours de tranchée ouvei le, fut \ raimefit ÎDConeevable. Car enfin, lorsqu'ils avaient affaire à des soldais français, venir jeter des pierres contre les ouvrages, comme ils le firent, li'clail-ce pas là une bravade qui eùi été ridicule, si elle n'eût été un acte de la folie du courage? Les Turcs oui toujours été très-braves ; mais ici ils combattaient pro arts et focU^ et une foi vive et ardente exaltait au suprême degré leiu' bravoure naturelle. Un porteteuille trouvé sur un officier de la milice turque, qui avait été lué devant nos attaques, fut apporté au général en chef par «n interprète. Ce portefeuille contenait uoe lettre adressée au dey, où respirait le langage de la loi et du dévouement relii^neux. 11 v était parlé de plusieurs chefs turcs qui étaient tombés sous nos coups; ils étaient considérés comme des martyrs de la croyance mabométane, et lautenr de la lettre brûlait de verser son sang pour la défense de sa religion. Les deux juifs les plus riches d'AIi;cr, Daeri et Durand, étaient parvenus furtivement jusqu'à notre quartier* général, et ils affinriaientiiue le dey et les Turcs, dont ils avaient une frayeur indicible, étaient résolus à se défendre jusqu'à la dernière extrémité.
MO REUTIOM DE
L'élévation de la température^ chaque Jour
croissante, rendit les travaux du siège excessivement pénibles, et le nombre des malades commença à aiigiaenter rapidement dans Farmée. L'air ne laissait pas d'être très*sain; mais après la grande sécheresse du jour, il se chargeait d'une abondante humidité la nuit, et ce changement subit de lempératuie ne contribuait pas j>eu à engendrer des dyssenteries.
Quoique le signal qu'il avait été convenu que Ton ferait à la marine, lorsqu'il y aurait lieu, ne lui eût pas été donné, Tamiral Duperré crut devoir renouveler, dans raprès-midi du 3 juillet, la démoiistration qu'il avait fait exécuter, Tavant-veille, par le contre-amiral de Rosamel. La Hotte défila devant la côle, comme la première lois, le vaisseau amiral conduisant la tête de la colonne, et lorsque chaque bâtiment arrivait en face des batteries ennemies» il échangeait son feu de tribord avec celui des Algériens. La distance à laquelle la flotte se tint de la c6te, bien qu'un peu moindre que dans la canonnade du 1*' Juillet, fut celle qui convenait pour une simple démonstration, et était trop jjrande pour que nos boulets pussent nuire matériellement aux batteries algériennes, et produire autre chose qu'un effet moral. Le général Valazé, dans un rappoji't qu'il adressa au général en chef, à la
l'expédition d'afrioue. 311
saiic delà reconnaissance qiril fit, comme commaDdanl du génie, après la prise d'Alger, des fortifications de la ville et des forts environnants, constata que les projectiles de notre marine les avaient à peine atteintes. De notre coté, aucune avarie apparente n'avait été faite à nos bâtiments, dit expressément le rapport de Famiral Duperré au ministre de la marine, en date du 3 juillet. Une pièce de canon avait fait explosion dans la batterie de trente-six du vaisseau amiral, et dix hommes avaient été tués et quatorze blessés. Sans ce triste accident, la flotte n'aurait pas eu à déplorer la perte d'un seul homme dans ces deux canouoades» En France, les journaux hostiles au gouvernement du roi s'efforcèrent néanmoins d'exagérer la participation de la manne à la prise d'Alger, pour amoindrir la gloire de Tarmée commandée parle général de fiourmoot. J'ai sous les yeux une lettre écrite de la Casba, après notre entrée dans Âlger, par le général Desprez, qui dit au marquis, plus tard duc de Clermont-Tounerre : a Le Journal des DébaUy « qui jusqu'à présent avait eu un certain res- <c pect pour la vérité des faits, prétend que le c< o la marine a été sublime (1). Tout cela
(i) Le langage du Journal des Débuts lui avait été yralsemblabiemeat inspir<^ par le U)n de la note que Ta-
<( m'afflige vivement. Il y adansTarmée navale
« un grand ooinbre d'hommes pleins d lionneur ; <c les fanfaronnades des comptes rendus peuvent « faire rejaillir sur eux du ridicule. J'ai vu le «r consul anglais qui triomphe de tout ceci. » 11 est regrettable que 1 amiral Duperré, dont les Anglais ne triomphaient pas lorsqu'il les cornballait intrépidement dans les mers de llude eu .1810, ait donné occasion aux journaux de s'autoriser de son langage officiel pour parler comme ils Tout fait. Dans son rapport au ministre de la marine, la fausse attaque du 3 juillet prend Tapparence d'une véritable attaque navale contre les batteries algériennes : « Â deux heures cin- <x quante minutes, le vaisseau amiral, à demia portée de canon, a commencé le feu, et succe cessivement tous les bâtiments de Tannée, je « dirai jusqu'aux briciis, ont défilé, à demi- « portée de canon, sous le feu tonnant de toutes « les batteries, depuis celles du fort des Anglais (c jusqu'à celles du môle inclusivement* Les a bombardes oui riposté sous voiles aux buiubes « nombreuses lancées par Tennemi. Quand « j'aurai reçu les rapports particuliers des coui- <( mandants de vaisseau, je pourrai citer à
mirai, comme on le verra plus loin, adressa, le 5 juillet au iiiatin, au dey, qui avait accepté la capitulation la veille au soir.
« mat que sar jl^:;^. X^ui» c«>;t£it: li
ic juger du Un de ci^n fur- -ùTi: .t^n h?-np* a qii a dure k càStouBèàt k ^:£Ï-{*:r:ir« « an fïtmt de pe«l-ilre trob cents pièces d trie tiilerie. »
On ponrait eompaier Tefiet des bulletins de la iiuiie et de 1 armée à celui d one Inneue d approche dont on appliqacnitsnccessiTeaient à I leil les deux extrémités : ceux de larmée navale grossissaient les objets, tandis qne cenx de Tar** inée de terre les rape lissaient.
Enfin, les tranchées s'étendaient sur un développement d'environ deux mille mètres, et des communications sûres étaient établies pour Tartiilerie, pour le génie et Tinfanterie. Six batteries étaient prêtes à faire feu. Une de quatre obusiers de huit pouces, dite batterie de Henri IV, occupait notre extrême droite, près du consulat do Suède. Une seconde batterie de deux obusiers de huit pouces, dite batterie du duc de Bordeaux, et
* une tiuiMcuie baiiei ie de six canons de vingtquatre, appelée batterie du Roi, avaient été éta* Llies plus à gauche, à une distance plu.H nippro-cbée du château de TEmpereor^ à droite et pr^^
REUnOK D£
de la Voie romaine ; une quatrième batterie de quatre canons de vingt-quatre, sous le nom de baiiene du Dauphin, était placée a peu près sur la même ligne que les deux précédentes, près et à gauche de la Voie romaine ; uneciaquième batterie de quatre mortiers de dix pouces, dite batterie Duquesae, avait été construite un peu à gauche et en avant de cette dernière* La sixième batterie était de six canons de seize, et occupait, sous le nom de batterie Saint*-Louis, Textréme gauche de nos attaques.
Le 3 juillet au soir^ les troupes d'artillerie furent prévenues que le lendemain, à la pointe du jour, tontes les pièces de siège eomnaeneeraient k tirer simultanément contre le château de FEmperenr. Toutes les dispositions les plus convenables avaient été pi ises. a Chez le général la «( Hitte, Tardenr n'excluait pas la prévoyance,^ dit le général Desprez dans son Journal d'un officier de l'armée d'Afrique. Le 4 juillet, à trois heures du matin, le général en chef se porta, avec tout Tétatrmajor général sur la terrasse du consulat d'Espagne, derrière les batteries de droite, d'où il pouvait embrasser d'un coup d'œil l enseinble de Tattaque, et une fusée donna le signal de démasquer toutes nos batte<ries. Elles ouvrirent aussitôt un feu terrible, auquel le fort riposta vivement par une canonnade
l'expédition D'AiRiQUE.
très-bieu nourrie. C'était à peine si la clarté douteuse qui précède Taurore commeDçait à poindre à travers le brouillard matinal, qui est à peu près quotidien aux environs d'Alger. Quand la brume disparut devant le soleil, l épaissc ïuméc de cette canonnade continua à charger Thorizon, et, au milieu du nuage qui enveloppait tout Tcspace embrassé par nos attaques autour de la forteresse, on ne disliuguait que les jets de feu dont les éclairs, sans cesse répétés, indiquaient les points d où partaient la mort et la destruction. Sur un terrain haché de ravins profonds et étroits, et siiloiiné partout d'accidents dis ers, les dislances et les portées sont difficilement appréciables. La première heure de l'ouverture du feu fut employée tout entière, de notre côté, à éprouver et à rcclifier le tir des pièces; et sous la grêle de projectiles que vomissaient toutes les batteries de la forteresse, il faut le redire à la gloire de notre artillerie, cette opération se fit avec ajatant de calme et de saiig-tVoid qifau j)ol}gone. De longs intervalles entre les salves, malgré la con<linaitédela riposte, annonçaient que nous cherchions à assurer nos coups. Aussi notre feu acquiL-ii bientôt sur celui de rennenii une supériorité inébranlable. 11 devint vif et nourri, et nos bombes, nos obus et nos boulets portaient tous dans le fort. La capacité supérieure du gé-
aiOATlO^ DE
néral de k Uiiie brilla de tout son éclat daus cette journée, dont rimmeose résultat fat û prompt* il se tiol coustatumeal à ses pièces ; el, s'il y fut admiré, il eut occasion aussi de rendre justice à rhabUeté et à 1 énergie avec lesquelles il fui secondé. La belle bravoure et l'cxju'rienee du colonel d Esclaibes, chef d'état-major de i artillerie , ont contribué à uiéiiier à son arme rhonneur qu'elle s'est fait. Malgré 1 effet prodigîeuxdcnoirefeu, celui derennemiyrépoudiisaus
interruption pendant quatre heures. Gependantles
projectiles de toute espèce pleuvaicnl abuuJamment dans le fort* Les Turcs s'y firent écraser avec un courage persévérant. Gliaeuiidcnoscuu|js marquait, et Ton suivait de l'œil les progrès de notre œuvre de destruction : la tour circulait6 qui s'élevait au milieu du chftteau était tombée, les embrasures s'élargissaient « les parapets étaient partout labourés par d'iunombrables boulets, les assiégés avaient vainement essayé de s'épauler derrière des las de sacs de laine, le feu du fort commençait à se ralentir, et nous battions déjà en brèche. Mais il y paraissait peu, parce que le revêtement du rempart était ea briques noyées dans un mortier Irès-fnable, oii le boulet faisait son trou sans que le mur s'écroulât. Enlin, vers neul heures, le feu de rcnnemi était presque éteint, et il ne se faisait plas
L*EXP£oiTiON d'apriquë. 317
eoiendre que de loin en loin. On finit par ne plus
voir que deux hommes, uu Turc et un nègre, qui chargèrent encore et tirèrent plusieurs coups, et l'on peut dire que les défenseurs du château de l'Empereur se firent tuer avec le plus opiniâtre acliarnement.Lekhazuadji (l)» qui les commandait, fut renversé trois fois, et lorsqu'il évacua la forteresse, il ne ramena dans la Gasba que la moilié des deux mille hommes qui avaient glorieusement lutté, sinon d habileté, au moins de courage, contre notre artillerie.
Vers dix heures une explosion épouvantable éclata tout à coup ; le bruit en retentit au loin, et des nuages épais de fumée et de poussière obscurcirent Thorizon pendant plus d'un quart d'heure : la forteresse avait sauté. Je n'ai pas essayé de dépeindre Teffet de cette explosion ; rien n^en peul donner une idée; il faut l'avoir vu pour se le représenter. Un de mes camarades (3), qui a vu aussi cette chute « du château s engloulis- « sant au milieu d'une éruption de flamme et de « fumée, sortie de ses propres flancs, » Ta trèsbien caractérisée, et je la comparerais d'autant
(1) Le khaznadji, c*est^à-dîre trésorier^ était Tun des
quatre membres du ^^rand divan de la riégcacc.
(2' Le baron II ik !)ou de Pcnhoën, aide de camp du général Dcrtliezcûe, dans ses Métnoires d'un officier d'élalrmajor.
AELATlOiH i)£
plus voioutiers k 1 érupiiou d'ua volcao, que le souvenir qui m'en est resté s*est réveillé lorsque j ai visité depuis le Vésuve etTEtna. Le général Hurel, qui était maréchal de camp de tranchée^ accourut avec les troupes sous ses ordres sur les raines fumantes de cette célèbre forteresse, où il entra le premier avec une compagnie du IV de ligne , et une compagnie de carabiniers du 2* régiment de marclie. Le génie y arriva^ eo même temps, et s'y installa. Il trouva tout le côté nord-ouesi renversé ; les autres cotés étaient debout. Dans Tintérieur du fort, canons, affnts brisés, morts et mourants, tout était enseveli sous les éboulements de la tour. Ces monceaux de débris étaient couverts de memljres épars, de boulets, d'éclats de bombes, et de fragments dobus. 11 y avait encore un certain noinhie de pièces en batterie ; d'autres avaient été lancées jusque lioi s de la forteresse. Les sacs de laine dont les Turcs s'étaient servis pour se protéger contre notre feu avaient été déchirés par lexpiosion, et la terre était jonchée de laine jusqu'à une grande distance. 11 fut à peu près constate que c'était l'ennemi qui avait fait sauter le château, en mettant le feu à ses poudres.
Pendant que notre artillerie foudroyait le château de TEmpereur, des bandes d'Arabes des contingents des beylilLS, tentant une diversion,
l'expédition D'AFRiaUE. 319
s'avancferent da côté de la plage, contre notre extrême droile, gardée par la division des Gars ; mais repousséS par notre infanterie, appuyée de quatre pièces de campagne, cette tumultueuse cavalerie se débanda dans tontes les directions, à la vue de la chute de la forteresse avec laquelle s'écroulait la puissance du dey*
De son quartier-général, oii il venait d'arriver en sortant du consulat d'Espagne, le général en chef, au bruit de la tenible détonation^ se iiàta de se rendre^ avec tout son état^major, vers les ruines du fort. Les batteries de la Gasba et celles du fort Bab-^Azoun commencèrent à tirer sur le château de l'Empereur démoli, dès que nous Teumes occupé. Mais deux pièces de campagne et trois bouches à feu, quel expiosion n'avait pas renversées, leur ripostèrent, par ordre du général de la Uilte, qui faisait construire en même temps ane batterie à Tangle saillant du bastion opposé à celui que nous avions battu en brèche. Une eompagnie de grenadiers ayant tenté de s'emparer de vive force du fort Bab-Â20un, sans être pourvue des moyens d'en enfoncer la porte, alla s*y heurter v aineme ii i. Le général en chef, croyant qu'une troupe suffisante et suffisamment munie avait été chargée d'exécuter ce coup demain, m'ordonna d'aller y prendre part ; mais lorsque je rejoignis les grenadiers, je les trouvai forcés
diO RELATION DË
de se retirer, avec perte d hoiaiues, sous le fou de la mousqueterie et de l'artillerie du fort^ siiaé
à plus de deuxceuis mètres sur la plage au-dessous du ehâteau de rËmpereor, vers lequel je
remontai avec M. de Saint-Chamans, lieuteuaut aide-major au 34^ de ligne, qui avait été euvoyé parle général Desprez avec la même mission que j'avais reçue du général en chef. Si on eut fait marcher un ou deux bataillons, munis d'échelles d'escalade^ et de quelques sachets de poudre pour laii c sauter la porte du fort Bah-Azoun, ou reùt occupé immédiatement, et on eût été maître de rissue importante de la ville sur la campagne : on eut pu alors s'opposer au départ des Turcs, qui s'enfuyaient avec des Maures et des Arabes par le chemin de Constantioe, le long du rivage. Il eut été d'auiant plus prudent d arrêter la fuite de ces Turcs, que c'étaient autant d'ennemis du nom français qui allaient semer leur haine dans l'intérieur du pays. Mais l'exactitude liistorique me faiiun devuir d'affii uicr qu'en me commandant de me joindre a l'attaque du fort liah-Azoun, le général en clief croyait quelesdispositions propres à assurer le succès de cette aiiaque avaieut été prescrites par le général Desprez.