Année 17H, p
INTRODUCTION. XXXV
haiteroient pour ceux qu'il pourroit choisir, ils ont résolu de les lui offrir tous, excepté ce qu'il a laissé pour le second volume de ses Médailles*....
« M. Spanheim avoit chargé de remarques de sa façon les marges d'un grand nombre de livres, et il y en a tels qui, par ce moyen, se trouvent augmentés de la moitié, et il a eu soin d'ordonner dans son testament que ces livres seroient envoyés à Berlin pour être mis dans la bibliothèque qui porte son nom, »
C'est dans les premiers mois de l'année qui suivit son retour à Berlin, c'est-à-dire de 1690, que Spanheim écrivit sa relation sur la cour et le gouvernement de la France, Comme l'indiquent les titres mis par lui-même en tête de la première et de la seconde partie, la rédaction fut terminée à la fin du mois d'avril. Un préambule de quelques lignes qu'on trouve dans la copie conservée aux Archives royales de Berlin, mais qui n'existe pas dans mon exemplaire, fait entendre que ce travail fut fait à la demande de l'électeur Frédéric III ; il est ainsi conçu :
« Puisqu'on a désiré de moi une relation de la cour de France après un emploi pubUc de neuf années que je venois d'y remplir de la part de Leurs Altesses Électorales de glorieuse mémoire et aujourd'hui régnante, il est juste que j'y satisfasse et que je rappelle à ce sujet les idées qui m'en doivent encore être présentes par le long séjour que j'y ai fait, et par les occasions que j'ai eues de m'en éclaircir : ce que je ferai autant qu'elles me sont connues, avec toute la fidélité, l'exactitude et sincérité qui doivent être inséparables de ces sortes de relations et qui peuvent être particulièrement requises dans la conjoncture de la guerre
1. Suit la description des manuscrits français ou latins, tous relatifs à l'antiquité, auxquels Spanheim avait eu le temps de mettre la dernière main.
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présente de l'Empire, de l'Angleterre, de l'Espagne et des Provinces-Unies avec la France. »
On ne saurait mieux résumer l'esprit et le caractère de l'œuvre de Spanheim. Profondément dévoué au prince qu'il servait, et qui voulait connaître dans sa réalité l'état des choses de France, afin de se diriger dans la lutte engagée contre Louis XIV, il ne pouvait cependant oublier ni les liens de famille qui l'attachaient aux Français, ni l'accueil qu'il avait reçu dans ses différents séjours à la cour de Versailles, ni les relations de science ou d'amitié qu'il avait laissées à Paris. Son rapport est, dans toutes les parties, consciencieux, impartial, exact, et je dirais presque désintéressé, excepté peut-être en ce qui a trait à certains membres du haut clergé français. C'est le fait d'un homme chez qui la différence de nationalité et de religion ou les obligations du service diplomatique ne priment point les devoirs de l'observateur et du peintre de caractères. Alors même qu'il parle avec une juste émotion de ses amis et coreligionnaires les protestants français, forcés par la persécution de renoncer à leur foi, ou d'émigrer et de mettre au service d'une puissance étrangère leur industrie, leur activités jamais nous ne le voyons tomber dans ces excès de dénigrement qui caractérisent la polémique protestante et les pamphlets diri-
1. Tous les historiens du grand exode des protestants français s'accordent pour dire qu'il rendit les plus utiles services à ceuxci, malgré les entraves que le gouvernement royal essaya de mettre à son action; voyez, entre autres, l'ouvrage d'Erman et Reclam, Mémoires pour servir à l'histoire des réfugiés français dans les États du roi dePrusse, 1782-1784, tomes I, p. 151 , II, p. 304, 340 et 343, III, p. 22-28. Mais, en revanche, certains écrivains qui ont connu le manuscrit de sa Relation l'accusent, lui protestant fervent, d'avoir eu trop d'indulgence pour les auteurs de la révocation de redit de Nantes.
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gés contre la politique de Louis XIY. Aussi ses jugements, rendus de visu et motivés avec soin, se trouvent-ils concorder presque toujours avec ceux de nos propres écrivains et avec ceux des contemporains et des compatriotes des personnages qu'il passe successivement en revue. N'est-ce pas le meilleur éloge que l'on puisse faire de l'œuvre du représentant d'un des princes les plus hostiles à la France ?
Il a évidemment pris pour type et pour modèle les relations des ambassadeurs de Venise qui, depuis plusieurs siècles, étaient si justement goûtées, appréciées par les curieux, et qu'imitait toute la diplomatie européenne ; il a même emprunté leur dénomination spéciale. Ce n'est donc point un journal comme celui de son prédécesseur BlumenthalS dont quelques extraits ont été publiés dans les TJrkunden zur Geschichte der Kurfûrsten Friedrich Wilhem. D'autre part, il s'est gardé de faire un « état général du royaume, ramassé de ce qui s'en trouve publié dans les livres^. » Quoique très grand lecteur, il ne se sert point des livres, mais seulement de ses souvenirs encore vivaces et récents, peut-être aussi de notes prises pendant son séjour à Paris (nous avons vu qu'il était un notateur infatigable 3), et ces matériaux lui ont suffi amplement d'abord pour peindre Louis XIV et les principaux