‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 162 sur 360 · DE SES EMPLOIS PRÉCÉDENTS · texte numérisé non relu

DE SES EMPLOIS PRÉCÉDENTS

Mais, pour en revenir à M. de Groissy, je n'ai pas besoin de répéter ici qu'il est redevable de son poste de ministre d'État pour les affaires étrangères à feu M. Colbert, son frère, comme il l'étoit déjà d'autres importants emplois qu'il a exercés ci-devant, soit de judicature et de police dans le royaume, soit de négociation au dehors dans les affaires publiques. On peut

compter parmi ceux-là ses emplois passés de président dans le Conseil souverain d'Alsace et du parlement de Metz, d'intendant dans les provinces de Poitou, de Provence et en Catalogne^ ; en dernier lieu, celui de président au mortier au parlement de Paris, dont il eut permission du Roi d'acheter la charge qui vint à vaquer durant qu'il étoit employé aux traités de Nimeguen, et qu'il retient encore. A l'égard des négociations, il accompagna, dès l'année 1657, les ambassadeurs et plénipotentiaires de France, le duc de Gramont et M. de Lyonne, qui furent envoyés à Francfort à l'assemblée destinée pour l'élection de l'empereur aujourd'hui régnant, et y fut même chargé de commissions particulières du cardinal Mazarin durant le cours de cette assemblée. Il passa en Pologne quelques années après, par ordre de la cour, et durant que la reine Marie, épouse du roi Casimir, y avoit le plus de part au gouvernement. Dans l'année 1 666, il fut envoyé extraordinaire de France à feu Son Altesse Électorale, à Clèves, pour y mcyenner l'accommodement entre les États généraux et l'évêque de Munster, qui étoient alors en guerre. Deux années ensuite, savoir : en 1 668, il fut ambassadeur de France aux traités d'Aix-la- Chapelle, pour la conclusion de la paix entre les deux couronnes de France et d'Espagne, et, par la faveur de M. Colbert, son frère, fut préféré pour cet emploi à M. Courtin, illustre dès lors par plusieurs ambassades, qui se croyoit destiné à celle-ci et en recevoit

1. Colbert de Groissy ne fut point intendant en Provence ni en Catalogne, mais en Lorraine et à Metz, en Touraine et Poitou, à Amiens et Boissons, à l'armée réunie en 1667 pour la conquête des Flandres, et enfin à Paris, de 1668 à 1679.

PAR ÉZÉCHTEL SPANHEIM. 2î05

déjà les compliments. J'en puis parler comme étant à Paris dans ce temps-là et l'un des envoyés électoraux pour la même affaire de l'accommodement entre les deux couronnes, et ainsi auxquels M. de Groissy voulut rendre visite et les informer de sondit envoi avant son départ. Dans l'année suivante, 1 669^ , il passa en Angleterre en qualité d'ambassadeur extraordinaire de France et dans la vue de détacher entièrement la cour d'Angleterre de la part qu'elle avoit prise dans la triple ligue avec la Suède et les États généraux, et l'engager dans une guerre contre ces derniers, ce qui arriva, et fut particulièrement aidé par le voyage que feu Mme la duchesse d'Orléans, sœur du feu roi d'Angleterre et du roi Jacques d'aujourd'hui, fît à Douvres dans l'année suivante, 1670, et où elle acheva d'engager cette cour-là dans le complot de cette guerre. M. de Groissy resta dans ce poste d'ambassadeur en Angleterre jusques à ce que la même cour se vit obligée par le parlement à prendre d'autres mesures et à se départir de la guerre avec la Hollande : ce qui donna lieu audit M. de Groissy d'être rappelé de cet emploi vers la fin de l'an 1 673 ; et comme, dans la suite, on convint d'une assemblée à Nimeguen pour les traités de paix, il y fut nommé second ambassadeur et plénipotentiaire de France, avec le maréchal d'Estrades, qui étoit le premier, et le comte d'Avaux le troisième, et où ils s'acheminèrent vers la fin de l'année 1676. Il n'en sortit aussi qu'après la paix faite et les traités

1. Il arriva à Londres le 16 août 1668, fit son entrée solennelle le 27, et reçut à dîner le roi Charles le H septembre suivant. (Gazette.)

conclus avec la Hollande et avec l'Espagne, ensuite avec l'Empereur et l'Empire ; le tout avant la fin de l'année 1678. En 1679, le mariage ayant été mis sur le tapis entre le Dauphin et la princesse sœur de l'électeur de Bavière, il fut envoyé à Munich pour en traiter et pour le conclure, comme il fit. Ce fut aussi durant son séjour susdit à la cour de Bavière que le délai d'un jour ou deux que M. de Pomponne apporta à donner part au Roi du contenu des dépêches qui étoient arrivées de M. de Groissy sur le sujet de ladite négociation, donna lieu à M. Golbert d'informer le Roi de ce qu'il en savoit par les lettres de son frère, et servit de sujet ou de prétexte à ôter à M. de Pomponne la charge de ministre et secrétaire d'État pour les affaires étrangères, et pour la donner à M. de Groissy.

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