Ni dans le titre, ni dans la table
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lement devait être très connu, ainsi que l'étaient alors toutes les relations vénitiennes , mais que même Spanheim a fait ensuite copier en entier à la fin de son volume , sous le nom d'Erizzo, et précisément par le secrétaire auquel il avait déjà donné à transcrire les vingt-sept dernières pages de son « recueil de caractères ».
Mais le problème présente encore plus d'une complication. Si nous nous reportons au recueil des Relazioni des ambassadeurs vénitiens en France publié par MM. Barozzi et Berchet, nous y trouvons, dans le tome III, p. 577-598, la relation qu'Erizzo présenta au Sénat lors de son retour, et que les éditeurs reproduisent d'après l'original. Cette relation est totalement différente de celle que Spanheim avait fait copier et qui est publiée dans le volume des Bibliophiles français. Erizzo y a inséré toute une série de portraits, très remarquables d'ailleurs, du Dauphin et des petits-fils du Roi, du duc d'Orléans et de son fils, des Gondé et Gonti, des bâtards, de la duchesse de Bourgogne et des autres princesses, de Mme de Maintenon, de MM. de Pomponne, de Beauvillier, de Pontchartrain et de Torcy, de trois ou quatre favoris du Roi, et des cardinaux ; mais il n'y a aucune analogie, ni avec notre prétendue relation , ni non plus avec la suite des « caractères » de Spanheim.
Nous nous trouvons donc en face de deux relations du même ambassadeur, alors que la règle absolue, exposée en termes très précis dans l'ouvrage de notre confrère Armand Baschet sur la Diplomatie vénitienne, était de ne faire qu'une relation unique lorsque l'ambassadeur rentrait à Venise ou passait à un autre poste. Le document recueilli par Spanheim et publié pour les Bibliophiles a cependant tous les caractères d'une relation proprement dite, puisqu'Erizzo y dit en terminant qu'il n'a pensé, « suivant le
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devoir accoutumé des ambassadeurs, qu'à faire un récit sincère de ce qu'il a appris et de ce qui lui a paru le plus solide durant son séjour à la cour de France, qu'il a cru important de représenter au Sénat le véritable intérêt de l'Espagne, etc., » et il n'est guère à supposer que l'ambassadeur vénitien , après avoir écrit cette relation si remarquable en 1697 ou au commencement de 1698, ait cru devoir en refaire une autre toute différente, non moins intéressante d'ailleurs*, et qu'il ait communiqué la première, avant de quitter Paris, à son collègue Spanheim, quoique cela fût absolument interdit aux agents de la République.
Nicolas Erizzo, arrivé à la cour de Louis XIV en 1694, prit congé le 18 novembre 1698, et quitta la France en avril 1699, pour aller occuper le poste d'ambassadeur auprès du Pape. Sa causticité lui avait fait un renom : on voit dans le Journal de Bûngeau qu'il fit paraître à Rome un « écrit très offensant » contre le cardinal d'Estrées, avec lequel il avait commencé une polémique en France. Il pouvait donc se complaire à écrire ces portraits ou caractères qui tournent si vite à la satire, et, par suite, on comprend facilement que sa relation fût fort recherchée des curieux : nous en trouvons en effet deux autres copies, sous la date de 1698, dans les papiers du P. Léonard de Sainte-Catherine de Sienne, bibliothécaire du couvent des Petits-Pères^ ; mais c'est encore celle que Spanheim a fait transcrire, et non point la relation officielle publiée de nos jours par Barozzi et Berchet. Il est donc bien évident qu'on regardait la première comme authentique, et seule authentique. Nous ne pouvons guère supposer que ce soit une contrefaçon ; quel intérêt y eût eu le faussaire ?
1. Les éditeurs italiens la signalent comme une des plus importantes et des mieux rédigées du xvii* siècle.