Voyez ci-dessus, p
mais fort dérangé, et, sans le bon esprit de Madame sa femme, il le seroit tout à fait. Le prince ne le considère que parce que c'est un vieux domestique qui a toujours été affectionné à son service. C'est dommage qu'il soit à la tête d'un corps oîi son peu de lumière apporte beaucoup de préjudice au public , qui souffre de sa lenteur et de son peu de constance.
Le maréchal d'Estrées vieillit dans l'oubli. Ce qu'il a fait autrefois ne fait point souvenir de lui. C'a été un très brave homme, nr^is peu intelligent pour de longues suites. Il est de ces gens que l'on élève quelquefois par caprice ou par quelque sollicitation cachée. Il est demeuré ^ presque inutile dans cette dernière guerre, et, quoique le ministre qui étoit de ses ennemis fût mort, il en a laissé une si mauvaise idée à son successeur, que l'on n'a pas voulu lui confier des affaires de conséquence. Je crois que l'on n'a pas eu tort, parce que l'esprit de ce maréchaP a extrêmement baissé, et je le crois incapable, non seulement de conduire une armée dans une action d'éclat, mais même de faire une campagne sans désavantage. Il a la satisfaction, supposé qu'il ait l'esprit de la goûter, de voir dans son fils beaucoup plus de ce qu'il a été. Le père est doux, tranquille et aisé dans sa maison; je ne crois pas qu'il le soit dans ses affaires, et il est du nombre des grands seigneurs qui font plus de figure qu'ils ne peuvent. Le Roi n'a pas pour lui meilleure opinion que le ministre qui étoit son ennemi -, mais Sa Majesté, connoissant son affection pour son service, lui fait plaisir dans des occasions. Il est inutile à ceux qui sont sous lui, parce qu'il n'a aucun crédit, et il n'a jamais le pouvoir d'avancer aucun officier de terre, parce qu'il n'a jamais commandé des armées plus nombreuses que de trois mille hommes.
Le maréchal de Joyeuse s'est toujours fait admirer par sa valeur ; mais il s'est toujours fait haïr et mépriser par son emportement et par sa brutalité. Le prince avoit envie de lui