Spanheim écrit « demuré
2. Ce maréchal est écrit au crayon dans un blanc qui avait été laissé primitivement.
faire du bien -, mais son avarice sordide l'en a empêché. Que peut-on en effet de plus violent que de se faire quatre ou cinq cent mille livres de sauvegarde en six semaines de temps qu'il a commandé sur une frontière considérable? Mais, quand on fera réflexion qu'il n'a pas huit mille livres de rente de patrimoine et qu'il n'étoit que gouverneur de Nancy, peut-être lui fera-t-on grâce. Cependant il a cela de commun avec une personne qui n'a pas fait la même manœuvre ^ Un caractère si peu propre pour commander d'honnêtes gens rend M. de Joyeuse^ méprisable aux uns, indifférent aux autres, et insupportable à ceux qui ont à faire à lui. Il est aisé de juger par là que c'est un saint qui ne guérit de rien à la cour. Peu de personnes aussi l'importunent pour sa protection : au contraire, il auroit besoin lui-même d'être protégé, à cause du peu d'attention que le Roi fait à sa fortune et à celle de toute sa famille. Il tient à peu de personnes ; mais ceux à qui il tient ne s'embarrassent pas fort de lui.
Le maréchal de Ghoiseul a tout ce qu'il faut pour faire un grand capitaine, il en a toujours donné des marques, et cependant il n'a pas été heureux, parce que le ministre dernier mort avoit toujours été de ses ennemis à cause que le maréchal ne lui avoit jamais voulu vendre sa terre : ce qui l'a fait rester longtemps sans occupation -, mais enfin son mérite l'a emporté sur ses ennemis, à qui le Roi dit un jour que, si le maréchal de GhoiseuP avoit la vue bonne, il verroit les ennemis de plus près. Sa Majesté en a été fort contente avec justice, puisque l'on ne peut mieux marcher ni mieux camper qu'il a fait, et il auroit combattu de même si l'on lui avoit donné des troupes suffisamment ; mais un reste de haine dans le successeur du ministre lui a ôté tous les moyens de briller comme les autres. On peut pourtant dire que ses marches et ses campements ont été beaucoup plus utiles à l'État, sur la fin de la guerre, que les mou-
1. Sans doute le maréchal de Lorge, ci-après, p. 405, ou le maréchal Catinat, p. 396.
2. Le nom est écrit au crayon dans un blanc laissé primitivement.