‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 334 sur 360 · Spanheim avait commencé par écrire « sa · texte numérisé non relu

Spanheim avait commencé par écrire « sa

sa femme s'est comportée de sorte que ce mariage, si disproportionné par la qualité des personnes, s'est cependant trouvé bion assorti par la conformité des esprits. C'est une maison de paix et de règle, sur laquelle il n'y a rien à redire ^ Il y a un peu d'indifférence dans les sentiments que le Roi a pour lui.

Le duc DE Beauvillier. Sa vertu faisoit beaucoup de bruit avant qu'il fût en place, mais elle n'a point soutenu la première dignité dont il a été honoré. On en a murmuré, et le prince même prévint sa cour en la lui donnant sur le choix qu'il en avoit fait. Peu de personnes le connoissent, parce qu'il se communique peu, moins par réserve que par nonchalance. Sa dévotion est simple, bien ménagée, et il n'y paroît aucun faste. Il charme au milieu de la populace, dans un temple, sans faire élection de place. Ses prières sont modérées, il n'entend qu'une messe. Il ne gronde jamais ; il est toujours complaisant, même avec son domestique. La douceur extrême dont il use avec ses gens me semble plus foiblesse que vertu. Son ménage est tranquille, parce qu'il laisse tout faire à sa femme. Il est régulier à payer ses dettes, il dépense convenablement à son rang, et rien^ en un mot, ne semble gâter la réputation qu'il s'est acquise; mais, à entrer dans le particulier, je ne lui trouve pas les manières assez nobles, assez aisées, pour élever un prince. Il est bien vrai qu'il n'a point de bassesse, mais cela ne suffit pas : il faut de la vigueur et une attention vive à tout ce qui peut façonner un prince, que je ne trouve point dans M. d. B. Il est sage, il est courtisan, mais il n'ose rien prendre sur lui. Il le faut cependant quelquefois dans le poste où il est. On l'a cru janséniste, puis quiétiste ; mais le grand soin qu'il a pris d'en détromper son maître, s'étant même servi d'artifice pour réussir, me feroit croire qu'il n'est ni vrai janséniste ni quiétiste. Il a beaucoup d'amis en apparence ; mais je les crois faux, parce qu'il les entretient mal. Il veut trop paroître attaché à ce qu'il fait à son prince, pour qu'on le croie partagé. On ne compte pas trop aussi sur son pouvoir à la cour, et c'est un

1. Spanheim avait d'abord écrit dire; il a ajouté re en interligne.

des seigneurs les moins importunés, quoiqu'il paroisse toujours bien dans les bonnes grâces de son maître, qui l'a accablé de bienfaits au-dessus de sa portée. Néanmoins, il n'est plus tant à la mode ; si ce n'étoit un choix de caprice, peut-être qu'il ne subsisteroit plus. C'est un des courtisans qui écrit le mieux en françois et qui est le plus pédant en latin.

M. [le] Peletier s'est acquis l'estime de son prince avec justice, et il l'a méritée par sa candeur et par son bon sens ; mais il n'a pas assez de politique ni d'esprit pour satisfaire à ses intentions. Il l'a reconnu lui-même, et, comme honnête homme, il a laissé à des gens plus habiles que lui des emplois qui étoient au-dessus de sa portée. Cette démission volontaire lui a fait plus d'honneur que tous les moyens qu'il auroit pu trouver de remplir tous les coffres du Roi. Son conseil est très bon, mais lent 5 il ne sauroit le donner sans réflexions, et la réflexion en France n'est pas trop de mise. Chargé de rien, il vit tranquillement, sans se mettre en peine que d'aller au Conseil, où il fait une figure assez médiocre. Il n'a pas gagné son bien au service de son prince, il n'a point élevé ses parents pendant qu'il étoit en place, il soulageoit le peuple autant qu'il le pouvoit, il voyoit au-dessus de ses forces l'emploi de son prédécesseur : tout cela marque beaucoup de probité et n'a pas laissé de lui attirer la confiance de son maître, qui prit un homme (M. de Pontchartrain) * de sa main pour remplir sa place. Le dehors de M, [le] Peletier^, sa maison, sa piété, sont fort unies, et on y voit régner une grande simplicité. Il se mêle si peu des affaires sur son compte, que personne ne le réclame dans ses besoins, et, quand il manquera, on ne s'en apercevra pas.

M. DE PoNTCHARTRAiN, à préscnt Chancelier de France, a passé du médiocre à toute l'élévation qu'il pouvoit espérer sur le rapport qu'un de ses amis a fait de sa capacité sans en avoir qu'une connoissance fort légère. La suite n'a pas répondu au

1. Ce nom entre parenthèses paraît avoir été ajouté postérieurement par Spanheim, dans le blanc laissé à cet effet.

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