‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 335 sur 360 · Ici encore, Spanheim a écrit le nom tout au long · texte numérisé non relu

Ici encore, Spanheim a écrit le nom tout au long

bien qu'il en a dit et a développé la personne en question. On ne le trouve bon que pour les affaires du droit. Il a besoin, pour l'invention, de plusieurs personnes * qui lui four-

nissent tous les moyens d'avoir de l'argent. Il est bon pour le rapport, soit qu'il entende ou qu'il n'entende pas une affaire. Il a le don de la faire connoître aisément à son prince, et d'y glisser de la passion avec un air simple qui impose et qui cache ses vues. Il ne fait rien sans en avoir d'intérêt, et il met tout en usage pour y parvenir, jusqu'à la douceur même, qu'il a toujours affectée. Elle a surpris le prince pendant longtemps ; mais il s'est aperçu, sur les fins, que M. d. P. étoit très passionné et beaucoup secouru : ce qui fait que son crédit balance extrêmement. A prendre les choses très sérieusement, ce - est déplacé, et, de tous ceux qui travaillent sous

lui dans les différents emplois dont il est honoré, il n'y en a pas un qui n'en soit plus digne que lui. Il n'est pas propre pour approfondir et pour le détail, et il aime (pour l'examen) mieux s'en rapporter à d'habiles gens qui sont attachés à lui, que passer son temps à s'instruire à fond d'une affaire de conséquence. Un petit chien, un oiseau, sa famille, un valet, font le plus souvent ses occupations lorsque le pubhc croit qu'il en a de fort sérieuses. Son abord est très facile, gracieux même, ne rebutant jamais personne qu'il n'y soit forcé par des outrages ou par des demandes tout à fait injustes. Si ses dehors étoient soutenus par un bon cœur, on lui passeroit son petit mérite-, mais il est réservé pour sa haine et pour sa vengeance. Il a trouvé l'art de satisfaire tous les grands seigneurs, soit qu'il accorde, soit qu'il refuse, ne s'étant jamais fait un ennemi personnel à la cour ; mais, en récompense, il est bien haï du peuple. En un mot étendu ^ pour les affaires du dedans et du dehors, on peut dire que c'est un médiocre ministre, mais très habile courtisan. Sa fortune seroit assurée avec un prince peu éclairé ; mais elle est douteuse avec celui-ci. Il aime sa famille jusqu'à faire des injustices perpétuelles pour l'avancer. Ces sentiments,

1 et 2. Un blanc au manuscrit.

3. Les premières lettres de ce mot ont été corrigées ; c'était d'abord entendu.

à la vérité, lui sont suggérés par sa femme, qui est d'un très mauvais caractère, dure, injuste et méchante : elle n'a jamais fait du bien à personne seureté^. Ses domestiques sont fort doucement et fort heureusement placés chez lui. Il en a reçu des reproches de son prince, parce que le moindre de ses gens attire des sommes considérables de tous ceux qui ont à faire au maître.

M. le chancelier de Boucherai ^ est hors de sa place et un de ceux qui sont les moins capables de l'occuper : aussi n'y a-t-il été mis que par politique. Moins il y aura des gens spirituels et entreprenants dans ce poste, plus on disposera des choses qui en dépendent. Celui-ci est peu savant, et, si ce n'étoit sa grande expérience et le secours qu'il tire de plusieurs personnes très habiles, à peine pourroit-il s'acquitter des moindres devoirs de sa charge : embarrassé des petites affaires et n'ayant aucune lumière pour les grandes, il seroit tous les jours à la veille de faire des fautes considérables. Il est d'un fort petit caractère : les emportements de joie qu'il fit paroitre à son élévation l'ont fait assez connoître. On n'a jamais vu une opiniâtreté pareille à la sienne, et, quand il est une fois prévenu, bien ou mal, il faut désespérer de le faire revenir. Son ambition mal réglée paroît dans ses moindres actions, et son insensibilité pour les malheureux le fait mépriser de tous ceux qui le connoissent. La justice qu'il est obligé de rendre seroit en de très mauvaises mains s'il la rendoit seul. On veut, mais je ne le crois pas, qu'il entre dans tout le commerce de son domestique. Ce seroit un bon revenu amassé ensemble, car il n'y a guère de petites charges qui dépendent de lui qui ne coûtent cher à celui qui en est pourvu. Une chose qui fait contre M. B., c'est que ses créatures ne sont pas toutes d'une réputation bien établie, et que les gens droits et sensés qui étoient attachés à ses

1. Ce mot est très lisible, mais ne présente pas de sens pour nous.

2. Le nom est ici inscrit au milieu de la première ligne de l'article, et non pas ajouté après coup en manchette. Mais, à la marge, Spanheim a écrit : « Mort à présent, et sa charge donnée à M. de Pontchartrain. »

intérêts dans le commencement s'en sont retirés. La cour est lasse d'avoir à faire à lui : il ne fait distinction de personne, plus par caprice et par brutalité que par envie de rendre justice; mais, à la iin, on le mâtine. Le courtisan est souvent rebuté, et il ne trouve point auprès de lui les égards que l'on doit avoir pour le rang et pour la qualité.

M. [de] Pomponne * n'est plus ce qu'il étoit autrefois : son exil lui a fait oublier le fin de son emploi, et son grand âge ne lui permet plus de pénétrer dans les affaires avec autant de capacité qu'il le faisoit, et l'on peut dire, sans lui faire tort, qu'il ne fait plus que tenir nombre, et que, s'il n'étoit secouru par celui ^ qui paroît le secourir, il n'auroit plus la force de rien entreprendre. Il est d'une candeur et d'une droiture peu commune aux gens de sa sorte. Doux et affable à tout le monde, il voudroit lui faire du bien ; mais les gens rappelles et de son âge n'ont guère de pouvoir en ce pays ici.

1. Le nom est ici inscrit en marge, et, au-dessous, Spanheim a ajouté postérieurement : « Mort étant ministre et secrétaire d'État pour les affaires étrangères. Son collègue le marquis de Torcy resta seul dans ce département après sa mort. Ledit Torcy est gendre de M. [de] Pomponne, dont il a épousé la fille. »

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