‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 351 sur 360 · Sic · texte numérisé non relu

Sic

qu'elle a vu avec regret l'engagement où la France est entrée au sujet de l'élection de Cologne contre l'un de ses frères, et en faveur d'un compétiteur qui étoit, de même que ceux de sa famille, aussi obligé et attaché ci-devant aux services des princes de sa maison : en sorte qu'elle ne put qu'avoir été touchée du sujet que la France en a pris pour faire la guerre à l'Empereur et à l'Empire, à la faire même d'une manière aussi cruelle, et à s'y porter à toutes les extrémités qui ont suivi cet engagement, et qui durent encore. Mais, après tout, je n'ai ajouté foi aux bruits répandus dans les gazettes depuis mon départ de France : je veux dire de quelque prétendue et entière disgrâce de cette princesse à ce sujet, et de ce qu'on prétendoit s'y trouver contraire aux intérêts du Roi et de la couronne; car, outre que je n'ai point vu ou appris que cela fût marqué ou confirmé depuis dans aucun endroit de Paris ou de Versailles, la suite de l'état où Mme la Dauphine continue d'être à la cour, autant qu'on sait, sans qu'il y ait eu de l'interruption ou de retour, n'y a pas répondu ; outre cela, dis-je, je ne trouve rien dans ce bruit qui ait du rapport avec son véritable caractère de princesse éclairée, sage et avisée, qui d'ailleurs a toujours fait paroître un grand respect pour le Roi, un véritable attachement pour le Dauphin et la due considération pour le rang qu'elle tient en France, et qui la regarde comme les enfants de France qui sont les siens, et ainsi pour rendre au fond ses intérêts inséparables de ceux du poste et de la condition où elle se trouve.

« Les enfants de France, comme on les appelle, et qui sont du Dauphin et de la Dauphine dont je viens de parler, sont les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry, tous trois élevés par les soins de la maréchale de la Motte, leur gouvernante, et qui l'a déjà été autrefois du Dauphin leur père.

« Le duc de Bourgogne, né en août 1682, est à présent dans la huitième année, et à qui on vient de donner pour gouverneur le duc de Beauvillier, un des quatre gentilshommes de la chambre du Roi et chef du Conseil royal des finances. Ce jeune prince est bien fait de toute sa personne, grand pour son âge, d'un visage plein et beau, les yeux bruns et grands, le teint admirable, mêlé de blanc et d'incarnat, d'une constitution forte et robuste, la taille aisée, la contenance assurée, et, pour mieux l'exprimer, d'un air et d'un port vif et hardi et qui témoignoit déjà de se ressentir de son rang, de sa naissance, et à quoi elle le destine un jour : ce qu'il faisoit encore plus remarquer par les manières fières, les

saillies d'une humeur altière, difficile à ployer aux volontés de sa gouvernante et à ce qu'on pouvoit exiger de lui ou dans sa nourriture ou dans d'autres circonstances de son éducation, ou enfin par les réparties impérieuses et hautaines. D'ailleurs, elles ne faisoient pas moins paroître une conception vive et prompte, une facilité merveilleuse à réussir dans les choses où il s'applique, une pénétration au delà de la portée de son âge, et enfin tous les traits d'un génie martial, autant qu'on le peut déjà recueillir. Je toucherai, sur ce dernier, une circonstance qui en donnera quelque idée. C'est que, Mme la Dauphine, se trouvant un jour au cercle, environnée de ses trois enfants sus-nommés, se prit à dire qu'elle ne connoissoit point encore les humeurs de ses trois enfants : qu'il lui sembloit que, pour le duc d'Anjou, le puîné, il seroit ivrogne et aimoit les vices; le duc de Berry, qui est le plus jeune, aimeroit les dames; mais, pour le duc de Bourgogne, qui est l'aîné, elle ne sauroit ce qu'il aimeroit. A quoi ce dernier, qui étoit présent à ce discours de la Dauphine sa mère, prit la parole, dit sur-le-champ, et d'un air [un] peu outré de ce qu'on le croyoit sans inclination : « Il aimera les armes. Madame ; voilà « ce qu'il aimera. » J'ajouterai à cela une autre circonstance, et qui peut encore servir de quelque préjugé d'une partie de ce que je viens de dire touchant l'humeur et la portée de ce jeune prince : c'est que, dans les audiences d'adieu que je pris à la cour de France il y a un an, et en [m'Jacquittant, suivant la coutume, de celles auprès des< enfants de France, et ainsi du duc de Bourgogne en premier lieu, en présence de sa gouvernante la maréchale de la Motte, et conduit par les introducteurs des ambassadeurs, il témoignoit beaucoup de répugnance à me saluer de son bonnet, comme il se pratique, et même à répondre quelque mot à mon compliment, à mesure que sa gouvernante susdite lui vouloit parler, et qui fut contrainte de le faire pour lui. Au sortir de là, la même gouvernante, qui nous honoroit de son amitié, voulut m'excuser le procédé de ce jeune prince, et en m'apprenant en souriant que, sur ce qu'elle l'exhortoit à me saluer, à me remercier de mon compliment, et me souhaiter bon voyage, il lui avoit répliqué d'un air brusque : « Non, marna (c'est ainsi qu'il l'ap- « pelle) ; non, marna, c'est l'ennemi du Roi » ; ce qu'elle attribuoit, comme on le peut aisément croire, à quelque discours qu'il auroit ouï faire, dans les conjonctures d'alors, à ceux qui l'ap-

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