‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 51 sur 360 · Port corrige esprit · texte numérisé non relu

Port corrige esprit

2. Le manuscrit porte bien partie; mais il faudrait sans doute lire : particulier.

et qu'on le croira sans peine, quelques traits moins délicats et un tour moins régulier du visage, surtout lorsqu'on lui vit joindre de plus en plus une grande et exacte régularité dans toute sa conduite, une vertu solide et chrétienne, une humeur réfléchie sur ses actions et sur ses discours, entre autres un attachement particulier à s'insinuer dans les bonnes grâces du Roi et à gagner ou conserver celles du Dauphin. Aussi n'eut-elle pas de peine à y réussir par une route aussi propre à y atteindre, et ce qui ne put encore que redoubler par son heureuse conduite, qui, après une fausse couche dont on appréhenda les suites, a donné trois princes : les ducs de Bourgogne, d'Anjou et de Berry ; ce qui fut encore suivi de quelques fausses couches. Mais aussi eut-elle le malheur d'en prendre et d'en conserver des incommodités fâcheuses qui ont ruiné sa santé, changé et altéré sa constitution, et gâté sa taille, et ainsi qui commençoient à lui enlever une partie des avantages extérieurs, et dont il a été parlé, de sa personne. C'est aussi ce mal qui l'a engagée, depuis quelques années en çà qu'il a commencé sans que le public des courtisans s'en aperçût ou fût instruit, qui l'a engagée, dis-je, à aimer encore plus la retraite qu'elle ne faisoit auparavant, à garder fréquemment le lit et la chambre, et ainsi à prendre moins de part dans les divertissements de la cour, surtout des parties de promenade, enfin à se mettre dans les remèdes, et à les changer suivant le besoin ou les occasions qui s'en présentoient : ce qui ne put d'ailleurs qu'éclaircir mieux les courtisans et les dames qui l'ignoroient jusque-là des véritables motifs des fréquentes retraites et du peu d'intérêt qu'elle pre-

noit dans les plaisirs susdits, et particulièrement à l'égard de ceux qui vouloient de l'exercice et du mouvement incompatible avec son état, et ainsi à les convaincre de l'injustice qu'on lui avoit faite de l'attribuer assez longtemps à une humeur trop retirée, trop particulière , ou même trop hautaine ; et comme ces incommodités et leurs suites inévitables, qu'on croyoit tenir déjà de l'hydropisie, redoublèrent de plus en plus et n'en devinrent par là que trop visibles, aussi la compassion qu'on eut des souffrances et du danger de cette grande princesse prit la place des autres sentiments susmentionnés qu'on avoit auparavant sur son sujet.

Cependant, comme il est bien difficile de trouver le secret de plaire indifféremment par des endroits plus ou moins conformes au génie d'une cour aussi grande et aussi difficile à contenter, et composée de personnes qui y sont dans une situation assez différente et assez opposée d'esprit, d'humeur et de conduite, il en est aussi arrivé que toutes ces grandes et belles qualités de Madame la Dauphine n'ont pas toujours eu le même applaudissement ou le même succès : en sorte que des personnes de la cour, de l'un et de l'autre sexe, qui n'auroient pas eu sujet de blâmer ses retraites, ne laissoient pas de blâmer son indifférence ou son peu d'application pour contribuer à les divertir, à lui désirer à ce sujet plus de penchant pour la joie et pour les plaisirs, plus de familiarité et moins de distinction dans son abord et dans son entretien, plus d'ouverture et d'enjouement dans son humeur et dans le commerce du monde, moins de régularité, ou dans les devoirs qu'elle exige, ou dans ses attachements pour le Dauphin, et ainsi qui

la portoient, par l'effet de sentiments à leur dire trop scrupuleux et trop délicats, à vouloir lui retrancher les occasion sconformes d'ailleurs à l'âge et aux inclinations de ce prince .

On peut ajouter à ces sortes de préjugés d'une partie de la cour touchant l'humeur ou la conduite de cette princesse la confidence particulière et la manière qu'elle prit, et qu'elle garde jusqu'ici, avec une de ses filles, nommée Mlle Bessola^. C'est une fille piémontoise, dont le père, en qualité de médecin, suivit l'électrice de Bavière, mère de Madame la Dauphine, et laquelle, lui ayant servi de femme de chambre dès le bas âge de sa maîtresse, est aussi la seule qui lui est restée des femmes qu'elle avoit emmenées ^ avec elle de Munich en France. Cette considération, jointe à l'attachement connu de cette fille, à son zèle et dévouement entier pour sa maîtresse, à l'amitié particulière dont celle-ci étoit déjà prévenue en sa faveur, à l'habitude qui s'en étoit formée entr'elles dès le jeune âge de la Dauphine, ne put que donner lieu à redoubler dans ce nouveau séjour de la cour de France, et où cette princesse ne se trouvoit environnée que de personnes du sexe qui lui étoient nouvelles et étrangères, et ainsi pour qui elle devoit avoir nécessairement plus de réserve et de précaution : ce qui, joint encore à la bonne et sage conduite de cette fille, fit aussi que sa maîtresse la choisit pour lui tenir compagnie assidue dans les heures de retraite et qu'elle pouvoit dérober aux yeux et à la foule de la cour, et des dames mêmes

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