‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 54 sur 360 · Le ou l'y, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Le ou l'y, dans le manuscrit

sœur, la médiatrice de ce mariage, se fît hors de l'étendue de ses États et à l'arrivée en France de la duchesse d'Orléans sa fille. Il y eut plus de peine à y faire résoudre cette même princesse, et tout l'éclat qu'on lui faisoit valoir de ce mariage et du rang qu'elle alloit tenir dans la plus belle et plus florissante cour de l'Europe ne se trouvoit pas capable de la faire condescendre de bon gré à ce changement de religion, qu'on lui proposoit avec tous les adoucissements possibles, et qu'on lui rendoit d'ailleurs indispensable : en sorte qu'elle s'y laissa enfin entraîner par sa destinée et par la profonde soumission qu'elle avoit pour les sentiments de l'Électeur son père, plutôt que par son choix et un consentement véritable qu'elle y apporta. Je ne parle pas cependant pour en avoir été témoin. Quoi qu'il en soit, le changement de religion de cette princesse, malgré le peu de penchant qu'elle y avoit, ne laissa pas de se faire dès son arrivée à Metz, au commencement de janvier 1672, où il lui en fallut subir toute la cérémonie, et dont il paroissoit assez, par l'air et les manières dont elle s'y prit, qu'elle s'en acquittoit par pure déférence de ce qu'on exigeoit d'elle, et au reste peu persuadée ou convaincue d'autre raison qu'elle en eût : ce qu'elle a témoigné aussi, pour le dire ici en passant, par toute la suite de sa conduite, par le peu de bigoterie qu'elle y a fait paroitre jusquesici, par divers discours et usages peu conformes aux sentiments et à la pratique d'une véritable convertie à la religion qu'on lui avoit fait embrasser, ou au moins qui vouloit encore garder quelques ménagements pour sa première créance. Son arrivée d'ailleurs à la cour de France, qui fut précédée de ce change-

ment susdit, lui attira bientôt d'un côté la considération de Monsieur, son époux, de l'autre l'amitié du Roi et l'estime de toute la cour.

Pour la personne de Madame, elle porta en France, avec l'âge de dix-neuf ans, une taille belle et libre, un port dégagé, un air ouvert et aisé, un visage qui, sans avoir les traits d'une beauté délicate et régulière, ne laissoit pas d'avoir de l'agrément, de la noblesse et de la douceur. Elle yjoignit des manières franches, libres, honnêtes, éloignées entièrement d'affectation et d'artifice, d'ailleurs peu portées à vouloir plaire par sa parure ou le grand soin de son ajustement. Son esprit tenoit aussi du même caractère, vif, prompt, aisé, commode, ennemi sur toutes choses de la contrainte et de la dissimulation ; ses inclinations s'y trouvèrent entièrement conformes, douces, bienfaisantes, incapables d'intrigue, ou d'un penchant également opposé et à son naturel et à son devoir. Aussi s'aperçut-on bientôt qu'elle avoit le meilleur cœur du monde, droit, sincère, sensible à l'amitié pour les personnes qu'elle en jugeoit dignes, à la tendresse pour ses proches et pour sa maison, et à une considération particulière pour les gens de sa nation et de son pays. Au reste, insensible à des commerces et attachements d'ailleurs assez ordinaires dans la cour et la condition où elle se trouvoit; on ne lui en vit même de véritables, et auxquels elle prit un goût particulier, que pour les parties de chasse, où elle accompagnoit toujours le Roi, et faisoit également paroître son adresse et sa vigueur à courre le cerf et à en soutenir toutes les fatigues, durant un jour entier. Aussi ces qualités suppléèrent aisément à celles assez différentes de feu

Madame, qui, avec un air plus fin et plus engageant, des manières plus polies, un esprit plus éclairé, plus délicat et plus occupé dans le commerce du monde, y avoit joint aussi, comme il a été touché ci-dessus, plus de penchant à l'intrigue et à la galanterie, à inspirer et entretenir des sentiments qui y avoient plus de rapport : en sorte que Monsieur n'eut point de peine à se trouver plus satisfait de la conduite et des sentiments de sa nouvelle épouse, qu'il n'avoit été de ceux de la première. Elle eut encore le bonheur d'en redoubler le contentement et la confiance par la naissance d'un prince qu'elle lui donna dès l'année suivante de son mariage, en 1672^ et dont la perte, qui survint l'année d'après, fut réparée par un second prince, dont elle accoucha en 1 675^, qui vit encore, et dont il sera parlé dans la suite, de même que de Mademoiselle, comme on l'appelle, née dans l'année suivante 1676 3. Tout cela ensemble ne pouvoit qu'affermir de plus en plus la joie et la satisfaction de Madame, la confiance et l'affection de Monsieur, et la considération particulière de toute la cour à son égard. Cependant ce que j'ai déjà touché ci-dessus'* ou des inclinations de Monsieur fort opposées à celles légitimement dues à son épouse, ou du crédit et de la conduite de son favori, et de celle entr'autres qu'il tenoit à affoiblir l'affection ou la considération de son maître pour Madame, à entretenir à ce sujet des divisions, des cabales, ou des

1. Le duc de Valois, né, non pas en 1672, mais en 1673, et mort en 1676.

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