‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 56 sur 360 · Sainsans, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Sainsans, dans le manuscrit

tice qu'on lui faisoit, et crut là-dessus que sa conduite et son humeur assez connue la devroit mettre hors d'atteinte de ce côté-là, sans avoir la complaisance ou la contrainte d'éviter les occasions et les rencontres innocentes que ce courtisan, qui paroissoit d'ailleurs d'un extérieur froid et passoit pour homme sage et sensé , ne pouvoit qu'avoir par ses charges à la cour, je veux dire, à se trouver dans les lieux où elle étoit. Quoi qu'il en soit, cette bonne princesse a eu le malheur de se voir exposée par tous les fâcheux endroits susdits à des déplaisirs sensibles, qui aussi, quelque bonne mine qu'elle tâche de faire, ont troublé et troublent tout le repos et toute la douceur de sa vie : à quoi se sont joints en dernier lieu ses regrets et ses larmes pour la cruelle désolation du pauvre Palatinat, de l'ancienne demeure de ses ancêtres et où elle avoit pris naissance, sans avoir pu rien contribuer pour les détourner, et au contraire en voyant, pour surcroît d'affliction, que ses droits prétendus en servoient malheureusement de prétexte, ainsi qu'elle m'a fait l'honneur de me le témoigner plus d'une fois avec toutes les marques d'une douleur extrême. Elle a eu même le malheur, pour comble de ses infortunes, qu'elle supporte néanmoins ou dissimule comme elle peut, de voir diminuer la considération particulière que le Roi avoit eue assez longtemps pour elle, soit que ce soit un effet des mauvais offices qu'on lui a rendus auprès de Sa Majesté, et en particulier sur sa conduite et son humeur peu portée à déguiser ses sentiments dans les rencontres et à se contraindre, soit encore en suite de tout le chagrin et mécontentement qu'elle n'a pu ni voulu cacher sur les sujets des premiers

malheurs, et, bientôt après, de la désolation susdite de sa patrie et de son pays. Aussi n'y a-t-il guère d'apparence que sa condition devienne plus heureuse avec le temps, et ainsi que Monsieur change d'inclination ou de conduite à son égard, ou que le Roi, assez incapable de retour dans ses premiers sentiments quand il les a une fois quittés, lui redonne toute la même considération qu'il avoit témoignée assez longtemps pour elle. Du reste, elle vit dans une assez grande intelligence avec Madame la Dauphine, et qui, étant moindre dans les premières années de leur commerce, ou par quelque émulation entre des princesses allemandes et de même maison, ou par la supériorité du poste de la dernière, ou par quelque différence même de leurs caractères, s'est augmentée dans la suite par la confidence réciproque de leurs intérêts ou de leurs déplaisirs, ou par le rapport même qui s'y trouvoit en plusieurs rencontres. Enfin je ne puis m'empêcher d'ajouter ici cette dernière réflexion sur le sujet de Madame, savoir : qu'il a plu à la Providence divine de confondre hautement les vues de la politique humaine dans le mariage de cette princesse. C'est qu'au lieu des suites avantageuses que l'Électeur son père avoit cru de trouver pour la sûreté de ses États et l'agrandissement de sa maison, et en sacrifiant d'ailleurs les intérêts de la conscience et de la religion, il est arrivé que ce même mariage en a causé la ruine totale, et une désolation d'autant plus funeste et mémorable à tous les siècles, qu'il a été le flambeau fatal qui a allumé ces feux malheureux qui ont embrasé et réduit en cendres la plus belle province d'Allemagne, et le palais même où cette princesse avoit pris naissance et où son mariage et

son changement de religion avoit été agréé ou résolu par le même Électeur son père.

DES ENFANTS DU DUC d'ORLÉANS.

Les enfants de M. le duc d'Orléans et de feu Madame ne furent que deux filles : l'aînée, Marie- Louise d'Orléans, née en mars 1662, mariée au roi d'Espagne en automne 1 679, l'année après les traités de Niemeguen. Le marquis de los^ Balbazès, qui y étoit premier ambassadeur d'Espagne, en concerta dès lors les premières ouvertures avec les ambassadeurs de France, et, l'année suivante, fut chargé de son roi d'en venir faire la demande en France. Cette princesse, qui, durant quelque temps, s'étoit flattée d'épouser le Dauphin, d'ailleurs étoit d'un tempérament vif, gai, enjoué, faite pour les plaisirs et les manières d'une cour de France, eut de la peine à se résoudre d'en sortir, malgré l'éclat des couronnes qui en étoient le prix, pour aller mener un genre de vie fort opposé à celui auquel elle étoit accoutumée et qui étoit conforme à son humeur. Madame n'eut pas moins de regret de la perdre, qui vivoit avec elle plutôt en sœur qu'en belle-mère; aussi, depuis le départ de ladite reine sa belle-fille, elles entretinrent ensemble un commerce de lettres fort régulier. Monsieur l'aimoit aussi tendrement, et d'où on peut assez recueillir que la mort de cette même reine sa fille , arrivée à Madrid il y a un an 2, lui aura été fort sensible, de même qu'à Madame,

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