‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 58 sur 360 · et non · texte numérisé non relu

et non

2. En marge : « En 1690, le marquis d'Arcy, qui a été durant quelques années envoyé de France aux cours de Lunebourg, et depuis ambassadeur à la cour de Savoie, a été honoré à son retour de la charge de gouverneur du duc de Chartres. Elle étoit demeurée vacante depuis la mort du duc de Vieville (sic), décédé en 1688. Il avoit succédé au maréchal d'Estrades, et celui-ci au duc de Navailles. En 1689, le marquis de Béthune, qui étoit envoyé en Pologne en 1690, et le marquis de Villars, qui a été ambassadeur à Turin, en Espagne et en Danemark, étoient sur le tapis pour remplir cette charge, et qui aura été donnée au marquis d'Arcy en considération non seulement de son mérite, mais de ce qu'il a été autrefois de la maison de Monsieur et frère du feu comte de Glères, capitaine de ses gardes. » (Note ajoutée en marge, postérieurement à la rédaction de 1690, et écrite de la main même de Spanheim.)

tement, et a surpassé même leur attente et celle du public : en sorte que ce jeune prince fait justement les délices de Monsieur et de Madame, et s'attire déjà une considération particulière de toute la cour.

Mademoiselle, comme on l'appelle, née en septembre 1 676, et ainsi d'une année* plus jeune que son frère susdit le duc de Chartres, et d'assez petite taille et ramassée pour son âge, d'une beauté médiocre, d'un tour de visage plus carré que rond ou ovale, avec de beaux yeux, la bouche moins belle et le nez un peu camard; d'ailleurs d'un abord riant et honnête, d'un air vif et animé, et dont l'esprit est à peu près de même caractère : aussi lui trouve-t-on des réparties justes et heureuses, et les inclinations belles et élevées, ce qu'on recueilloit, entre autres, de ce qu'elle répondit un jour à Madame la Dauphine, qui lui proposant, par manière de discours ou de caresses, et au temps qu'on parloit du mariage de la duchesse de Savoie sa sœur, qu'elle seroit peut-être un jour sa belle-sœur, savoir : de ladite Dauphine, en épousant le prince Clément de Bavière, frère de l'Électeur, cette petite Mademoiselle, comme on l'appelle, repartit sur-le-champ à la Dauphine : « Je ne suis pas faite, Madame, pour un cadet. » A quoi on peut ajouter le plaisir particulier qu'on lui fait de lui parler de la marier un jour au roi de Hongrie, à présent roi des Romains. Le comte et la comtesse de Lobkowitz^, durant leur séjour en France, où le premier étoit envoyé extraordinaire de

\. De vingt-cinq mois, et non d'un an. Voyez la note 1 de la page 68.

2. Ce nom, ayant été mal lu par le copiste, a été rétabli après coup en interligne.

l'Empereur, quoique d'ailleurs l'un et l'autre peu portés d'inclination pour les intérêts de la France ou bien vus à la cour, ne laissoiont pas d'affecter, dans les rencontres et auprès des personnes qui pouvoient le redire à Monsieur ou à Madame, à faire paroître de souhaiter ce mariage et de croire qu'il pourroit un jour avoir lieu. On peut bien juger que ce n'étoit pas faire mal sa cour à Monsieur et à Madame, laquelle dit même un jour là-dessus à la comtesse de Lobkowitz que, si on craignoit à Vienne l'éducation de la cour de France, on n'avoit qu'à y prendre dès à présent sa fille et la faire élever à l'allemande.

DES PRINCESSES FILLES DU FEU DUC d'ORLÉANS.

Après les enfants de Monsieur suivent les filles du feu duc d'Orléans, oncle du Roi , qui font encore aujourd'hui partie de la maison royale et sont trois princesses, issues de deux mariages : Mademoiselle d'Orléans ou de Montpensier, seule du premier lit; et du second, la grande-duchesse de Toscane et la duchesse douairière de Guise; sans parler maintenant d'une troisième princesse du même lit, mariée au duc de Savoie en 1 663 et morte l'année suivante, ni d'un fils du même feu duc d'Orléans qui mourut en bas âge.

Mademoiselle d'Orléans ou de Montpensier, et qu'on désigne le plus souvent à la cour de France par le nom de la GRANDE Mademoiselle, eu égard à sa taille et à la petite Mademoiselle, fille de Monsieur et de Madame, dont il a été parlé, naquit en mai 1 627. Gomme la duchesse d'Orléans sa mère, fille unique et héritière de

PAR EZEGHIEL SPANHEIM. 71

Henri de Bourbon, duc de Montpensier, mourut peu de jours après son mariage ^ elle resta de même fille unique et héritière des belles terres et principautés, et entre autres de la souveraineté de Bombes, des duchés de Ghâtellerault, de Montpensier, comté d'Eu et plusieurs autres, qui lui revenoient de l'héritage de la susdite duchesse sa mère : ce qui, joint à sa naissance, au rang et à la considération du feu duc d'Orléans son père durant la minorité du Roi d'aujourd'hui , et qui mourut en 1 660, fit regarder longtemps cette princesse pour un des plus avantageux partis de l'Europe : ce qui étoit encore soutenu par une taille avantageuse et un port digne d'un si haut rang, par une beauté mâle, par un esprit qui parut élevé, par des inclinations nobles, un grand courage, et capable même de vues et de résolutions hardies pour attirer de la considération et pour parvenir à son but : ce qui parut en premier lieu par la pratique qu'elle introduisit et fomenta secrètement, dans l'année 1 648, et au fort de la guerre entre la France et l'Espagne, je veux dire de son mariage avec l'archiduc Léopold, alors gouverneur et capitaine général du Pays-Bas espagnol. Le regret qu'elle eut que la cour de France en eût rompu le coup dès qu'on en pénétra le projet, l'anima de ressentiment, et contre la cour, et, en particulier, contre le cardinal Mazarin, qui, en ce temps-là, avoit tout le pouvoir du gouvernement. Aussi entra-t-elle dès lors dans toutes les intrigues et les cabales qui se formèrent bientôt après, et à Paris et dans le royaume, contre la cour et le ministre, et

1. Six jours après ses couches, et non son mariage; cela va sans dire.

s'y rangea toujours du parti des mécontents, pour en augmenter le crédit et la considération : ce qu'elle redoubla avec plus d'éclat dans la guerre suivie^ des Parisiens contre la cour, en 1652, où elle ne se contenta pas de se tenir à Paris, à y assister le parti, et à lui donner du courage et de la chaleur, mais même, au temps de l'approche de l'armée royale jusques au faubourg de Saint- Antoine, à se transporter en personne au château de la Bastille, qui y est contenu, faire dresser des batteries sur les remparts, y transporter et tirer les canons, et où elle mit elle-même le feu contre l'armée royale. Tout cela ne donna pas au Roi des impressions fort avantageuses pour sa cousine, et ce qui, joint à ces grands biens dans le royaume, ne put aussi que contribuer dans la suite à éloigner, du côté de la cour, tous les partis sortables et avantageux pour elle qui se présentoient ou qu'elle croyoit pouvoir être portés à l'épouser, comme, entre autres : l'Empereur régnant, sur lequel elle avoit eu ses vues après avoir manqué celles pour l'Archiduc son oncle -, Monsieur ou le duc d'Orléans, frère unique du Roi et son cousin germain, avec lequel elle entretenoit d'ailleurs des liaisons particulières ; ensuite, le duc de Savoie, auquel on aima mieux donner sa sœur cadette du second lit, et, en dernier lieu, feu Son Altesse Électorale, dont le mariage avec cette princesse fut mis sur le tapis en France, et auroit trouvé plus d'approbation du côté de ladite cour que ceux dont je viens de parler. Elle eut encore le déplaisir de voir le mariage de ses autres deux sœurs du second lit, et dont il sera bientôt parlé, sans se

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