‹ Relation de la cour de France en 1690Chapitre 96 sur 360 · Le 25 août · texte numérisé non relu

Le 25 août

gouvernement de Picardie ; mais ni le père, ni le fils ne sont guère considérés à la cour de France par leur mérite personnel, ni par une conduite qui soutienne la grandeur de leur naissance, quoique le fils ne manque pas de courage, mais qu'il n'emploie pas comme il faut. Le père vient rarement en cour, et n'y est en aucune estime.

Le prince d'HARCOURT, neveu du duc d'Elbeuf, est bien fait de sa personne, et qui a fait paroître son adresse dans les exercices et les courses de bagues. D'ailleurs, comme il se trouvoit sans emploi considérable en France depuis ces dernières années, il est passé au Levant, au service des Vénitiens, et a signalé son courage au dernier siège de Négrepont, où il fut blessé. La princesse d'Harcourt, sa femme et^ de la maison de Brancas, y étoit restée, a été une des dames du palais de la feue Reine, et suit ordinairement la cour, où elle est bien vue par son mérite particulier et la réputation où elle est de femme dévote et régulière.

Le prince de LislebONNE, frère cadet du duc d'Elbeuf susmentionné, s'est fait considérer dans les guerres passées de la France contre l'Espagne, et où il a encore servi en qualité de lieutenant général dans la campagne de Lille, en 1 667 ; il venoit aussi de commander les troupes du feu duc de Lorraine au Palatinat, et qu'il y avoit menées en suite de l'association de ce duc avec les électeurs ecclésiastiques et autres ligués contre l'électeur palatin Charles-Louis, au sujet

1. Le manuscrit porte : est; mais Spanheim ayant ajouté plus loin, en interligne, les trois mots : y étoit restée, nous pensons qu'il avait voulu modifier le premier verbe.

de l'affaire du Wildfang, et, quoiqu'elle parût vidée par le Landum suivi à Heilbronn au commencement de l'an 1667, et par l'évacuation qui l'avoit précédé des troupes lorraines hors du Palatinat, la guerre ne laissa pas de recommencer entre le même électeur et le duc de Lorraine vers la fin de l'été de l'an 1668, qui fut suivie d'un combat, proche de Bingen, entre les troupes palatines et lorraines, celles-là commandées par le général Chauvet, et celles-ci par ledit prince de Lislebonne, qui en remporta l'avantage. Comme cette guerre n'eut pas de suite, que le feu duc de Lorraine fut chassé de ses États par la France dès l'année 1 670, ce même prince de Lislebonne, qui étoit resté auprès de lui en sa résidence de Nancy, le suivit, avec la princesse sa femme, dans la retraite de ce duc à Cologne, où il resta auprès de lui jusques à l'an 1 674, qu'il prit le parti de retourner en France, après en avoir eu l'agrément du Jloi, et où il est demeuré jusques ici sans emploi. Il a trois enfants de la princesse susdite sa femme, savoir : le prince de Commercy, né en 1 661 \ et deux princesses, appelées Mademoiselle de Lislebonne et la princesse de Commercy, toutes deux bien faites de corps et d'esprit, et d'une bonne et sage conduite; aussi ne font-elles pas un des moindres ornements de la cour de France. Pour le prince de Commercy, leur frère, ne voyant pas lieu de s'avancer en France conformément à sa naissance et à son courage, il prit subitement le parti de quitter ce service, et, sans prendre congé ou en avoir l'agrément du

1 . Il avait en outre un second fils, le prince Paul de Lorraine, qui fut tué à Nerwinde, en 1693.

Roi, ni se mettre au hasard d'en avoir le refus, se rendit en Hongrie auprès du duc de Lorraine, le chef de sa maison, et où il a eu les occasions, dans les campagnes suivies contre le Turc, de faire valoir son courage et son zèle, d'y acc^uérir la confiance particulière de ce duc, et la considération due de la cour impériale : ce qu'il a encore fait paroître dans le siège passé de Mayence^, et dans tout l'engagement qu'il a continué d'y témoigner au sujet de la guerre présente contre la France : en sorte qu'il n'y a guère d'apparence qu'il songe à y retourner tant qu'elle durera, et d'autant moins qu'il n'y perd pas de grands établissements du côté des biens ou de la fortune, comme on parle, dont sa famille est assez mal partagée.

DE LA BRANCHE LORRAINE d'ARMAGNAC.

L'autre branche présente de la maison de Lorraine, en France, qui est celle d'Armagnac, quoique la cadette, se trouve mieux partagée du côté des étabHssements et de la faveur. Le comte d'Armagnac, qu'on appelle , et fils aîné du feu comte d'Harcourt célèbre par ses exploits à Casai, à Turin et dans la guerre civile, où il commanda l'armée royale contre celle des princes ligués, en 1650, est aujourd'hui chef de cette branche et revêtu de la belle charge de grand écuyer de France, outre celle de gouverneur du pays d'Anjou. C'est un seigneur bien fait de sa personne, d'une rencontre agréable, d'un procédé fort civil et affable, d'ailleurs fort assidu auprès de la personne du Roi,

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