‹ Relation des campagnes de Rocroi et de Fribourg (volume 2)Chapitre 10 sur 36 · DE LA CAMPAGNE · texte numérisé non relu

DE LA CAMPAGNE

EN LÊitmÉV, 1644*

'A bataille de Rocroi et la prise de ThioDville avoient rétabli la ré- , putation des armes de France daos les Pays-Bas. L'infanterie espag;nole étoit ruinée. La terreur avoit saisi le reste des troupes ennemies. La plupart des villes de la Flandre nétoient pas en état de se défendre long-temps. Enfin un général y pouvoit tout entreprendre avec succès •* le duc d'Orléans prit ce commandement.

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L'emploi d'Allemagne nétoit pas de même, car, après que le duc d'Ënghien y eut mené du secours , le maréchal de Guébriant fut tué devant Botwil, et l'armée demeura sans autre chef que Ranzau et Roze. Ranzau avoit beaucoup de oœur et d'esprit; il avoit même une certaine éloquence naturelle qui persuadoit dans les conseils de guerre et qui entrainoit les autres dans son avis ; mais sa conduite ne répondoit pas toujours à ses discours , car le vin lui faisoit faire de grandes fautes et le mettoit fort souvent hors d'état de commander; il avoit mis l'infanterie en quartier à Tutlinghen, sans prendre aucune précaution pour l'empêcher d'être enlevée, et il s*étoit brouillé avec tous les chefs allemands. Les Bavarois et les Lorrains lui tombèrent sur les bras avant qu'il eût le moindre avis de leur marche ; et Jean de AVert l'ayant forcé de se rendre avec ses

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tronpes, tons les officiers furent prisonniers de guerre. La cavalerie allemande^ dispersée en divers endroits, se retira vers Brisack sous la conduite de Roze, et prit ses quartiers d'hiver dans la Lorraine et dans l'Alsace.

Aussitôt que la nouvelle en fut arrivée à la cour, le vicomte de Turenne eut ordre d'aller recueillir le débris de cette armée et d'en prendre le commandement. Il passa tout l'hiver à la rétablir; mais, quelque soin qu'il en prit, elle ne fut pas en état de s'opposer aux Bavarois , dont l'armée s'é^ toit grossie depuis la défaite de Banzan.

Merci, qui la commandoit, se voyant maître de la campagne, alla investir Fribourg qui n'étoit pas en état de soutenir un long siège.

Le duc d'Enghien en apprit la nouvelle à Amblemont proche de Mouzon , et reçut ordre de la cour d'aller joindre l'année

d'Allemagne pour tacher de secourir cette place. Il marcha le vingtième de juillet du côté de Metz, où ses troupes passèrent la Moselle et laissèrent leur gros bagage.

En treize jours de marche il fit soixantehuit lieues , et il se rendit à Brisack avec six mille hommes de pied et quatre mille chevaux.

Le prince sut par les chemins que Fribourg s'étoit rendu aux Bavarois, que le vicomte de Turenne étoit campé assez près d eux, et que Merci ne faisoit paroitre encore aucun dessein de changer de logement. Sur cet avis , il s'avança vers le vicomte de Turenne avec le maréchal de Gramont, et en même temps il donna ordre à Marsin de passer le Rhin à Brisack avec l'armée, le troisième d'août.

Le duc d'Enghien ne demeura au camp du vicomte de Turenne qu'autant qu'il falloit pour reconnottre le poste des Bava-

rois et pour résoudre de quelle façon il les attaqueroit. Il retourna à son armée le même jour qu elle passa le Rhin, et le lendemain il marcha pour exécuter Tentreprise qu il avoit formée avec le vicomte de Turenne.

Fribourg est situé au pied des montagnes de la Forét-Noire. Elles s'élargissent en cet endroit en forme de croissant, et au milieu de cet espace on découvre auprès de Fribourg une petite plaine bornée sur la droite par des montagnes fort haufes, et entourée sur la gauche par un bois marécageux. Cette plaine est arrosée d un petit ruisseau qui coule le long du bois et qui tombe après sur la gauche de Fribourg dans renfoncement d'une vallée étroite et coupée de marécages et de bois. Ceux qui viennent de Brisàck ne peuvent entrer dans cette plaine que par des défiles au })icd d'une montagne presque inaccessible

-»^SJ§56 XGVI ^^S^^ voit entrer dans le camp des Bavarois; mais, pour y arriver, il falloit faire un grand tour et passer par des lieux qui navoient jamais été reconnus. Cet endroit étoit naturellement fortifié par une ravine large et profonde , et Merci s'étoit contenté d*y faire faire un abattis de bois couchés en travers de la ravine. Enfin jamais camp na été dans une assiette plus forte, ni mieux retranché que celui-là.

Cependant le duc d'Ënghien résolut d'en chasser Merci, et disposa son attaque de cette sorte. Il devoit marcher avec toute son armée contre la ligne du haut de la montagne le long du bois de sapins , laissant le fort sur la gauche et s'appliquant uniquement à emporter les redoutes qui la défendoient, afin qu ayant gagné la hauteur qui commandoit sur tout le reste, il pût se rendre maître du fort et descendre en bataille dans le camp des Bavarois.

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Le vicomte de Turenne devoit attaquer l'abattis d'arbres qui défendoit le vallon, et pourvu que les deux attaques se fissent en même temps , il y avoit lieu d espérer que l'ennemi, étant séparé en deux endroits , seroit embarrassé à se défendre; et que s'il arrivoit qu'il fût forcé du côté de la ravine, le duc d'Enghien venant par les hauteurs et le vicomte de Turenne entrant en même temps dans la plaine. Merci ne pourroit leur résister.

Dès que les troupes furent arrivées, le duc d'En^^hien donna ordre qu'on se préparât pendant la nuit pour combattre le lendemain. Le vicomte de Turenne, ayant un grand tour à faire, partit avant le point du jour; mais les difficultés qu'il rencontra dans sa marche retardèrent les attaques que les deux armées dévoient faire en même temps.

Le duc d'Enghien disposa la sienne de

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cette sorte. Son infanterie étoit composée de six bataillons de hnit cents hommes chacon. Espenan, marédial-de-camp, fot commandé avec deux bataillons des régiments de Persan et d*Enghien pour donner le premier. Le comte de Toumon, maréchal-de-camp, se mit à la tête des régiments de Gonti et de Mazarin pour soutenir Persan. Le duc d*Enghien réserva deux régiments pour les employer où l'occasion le demanderoit, et le maréchal de Gramont, Marsin, Léchelle, et Mauvilli, demeurèrent auprès de sa personne. Palluau, maréchal-de-camp, soutenoit toute Fattaqne avec le régiment de cavalerie d'ËnghieD, et les gendarmes furent postés à Tentrée de la plaine dans un lieu fort serré pour empêcher que lés Bavarois ne prissent l'infanterie par le flanc.

Pour aller aux ennemis , il falloit monter sur une cote fort escarpée au ti^avers

d'une vigne 9 dans laquelle il y avoit d'espace en espace des murailles de quatre pieds de haut qui soutenoient les terres et qui servoient comme d autant de retranchements aux Bavarois. Les troupes commandées ne laissèrent pas de monter dans cette vigne et de pousser jusqu'au retranchement de bois de sapins , derrière lequel les Bavarois faisoient un feu extraordinaire. L'infanterie françoise De put forcer ces arbres entrelacés sans perdre beaucoup d'hommes et même sans se rompre.

Le duc d'EDghien, qui s'étoit approché pour voir l'effet de cette attaque, observa que la première ligne de ses gens se ralentissoit et qu'ils étoient en partie entre ce retranchement de sapiDS et le camp des ennemis, et en partie dehors, ne fuyant ni n'avançant. Ils commençoient même à couler sur ia droite le long du camp des Bavarois ) pour les aller prendre par le

haut de la montagne ; mais le prince, ayant reconnu auparavant lui-même qu'on ne pouvoit forcer cet endroit, jugea bien que le succès de son entreprise ne dépendoit plus que d'emporter la ligne des ennemis par le milieu.

C'est pourquoi il résolut de recon[imencer une nouvelle attaque avec ce qui restoit des premiers régiments, bien qu'il n'en eût plus que deux auprès de lui que cet exemple avoit presque découragés. D'abord il sembloit que ce (ut une espèce de témérité d'entreprendre avec deux mille hommes, rebutés du combat, d'en forcer trois mille bien retranchés et enorgueillis de l'avantage qu'ils venoient de remporter. Mais il étoit impossible de dégager autrement ceux qui avoient passé le premier retranchement de sapins; car, en les abandonnant, le duc d'Enghien se retiroit avec le déplaisir d'avoir manqué son entreprise et sacrifié in-

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utilement la meilleure partie de son infanterie; outre que toute larmée bavaroise auroit été tomber sur les bras du vicomte de Turenné, n'ayant plus à se défendre que contre lui.

Le prince fait toutes ces réflexions on un instant, descend de cheval, se met à lai tête du régiment de Cônti, et marche aux ennemis. Le comte deToumon, suivi de Castelnau-Mauvissière, en fait de même avec le régiment de Mazarin ; le maréchal de Gramont, Marsin, Léchelle, Mauvilli, La Moussaye, Jerzé, les chevaliers de Chabot et de Gramont, Isigni, Meilles, La Baulme, Tourville, Barbantane, Desbrotteaux, Aspremont, Yiange, et tout ce qu'il y avoit d'officiers et de volontaires, mettent pied à terre. Cette action redonne cœur aux soldats ; le duc d'Enghien passe le premier l'abattis de sapins, chacun à son exemple se jette en foule par dessus

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ce retranchement, et tous ceux qui défendoient la ligne s'enfuient dans le bois à Ja faveur de la nuit qui s approchoit.

Après ce premier avantage, le duc d'Enghien monte dans une redoute qu*il trouvp abandonnée ; mais l'état on il se voit n'est guère moins périlleux que l'action qu'il vient de faire. Une partie de son infanterie avoit été tuée; l'autre s'étoit débandée à poursuivre les fuyards du côté du bois.

Les ennemis tenoient encore le fort où ils avoient placé de l'artillerie, et Merci pouvoit venir charger les troupes du prince dans le désordre où elles étoient; mais peut-être que la nuit qui s'approchoit Fem* pécha d'en profiter.

Pendant qu'il restoit encore un peu de jour, le duc d'Enghien rassembla son infanterie, munit les redoutes qu'il venoit d'emporter, et, malgré les difficultés du chemin , il fit monter sa cavalerie jusque

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sur la hauteur <pi'il occupoit. Après que tontes ses troupes Teurent joint, iifit faire un grand bruit de trompettes et de timbales pour appraidre an vicomte de Turenne que son armée avoit achevé de gagner le haut de la montagne, et il disposa toutes choses pour recommencer lecomhat le lendemain.

Le vicomte de Turenne de son c6té avoit attaqué avec beaucoup de vigueur l'abattis d*arbres qui étoit dans le vallon, entre la montagne que le duc d'Enghien avoit emportée et celle qui étoit proche de Fribourg. Mats Merci, n'ayant pu s'imaginer que Yen foreeroit son camp par .la oKintagne du c6té de Brisack en l'état qu'il l'a- Toit mis , avoit porté ses principales forces du c6té du vallon; et c'est ce qui arrive d'ordinaire à Tattaque des lignes , ce qu'on avoit cru le plus fort est emporté le premier. Le lieu étoit assez spacieux derriète

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son retranchemeiit pour mettre ses troupes en bataille; et qoand Tannée du vicomte de Torenne anroit poussé Finfanterie qui en défendoit Fentrée, toute la cavalerie bavaroise poovoit la soutenir sans rompre ses escadrons. Le vicomte de Turenne, ayant trouvé une résistance si vigoureuse, ne put jamais forcer les Bavarois. Tantôt il gagnoit quelques postes , tantôt il les perdoit; ainsi son attaque se passa en escar-^ mouches sans pouvoir entrer dans leurs retranchements, bien qu il montrât en cette occasion tout ce que la valeur et la conduite d'un grand capitaine peuvent faire pour surmonter le désavantage du nombre et du lieu.

Le duc d'Enghien entendoit du haut de la montagne le bruit de cette attaque et se préparoit pour le combat du lendemain.

Son dessein étoit de marcher par les hauteurs contre le camp des Bavarois et de

les faire tourner vers lui avec une partie de leurs forces pour faciliter au vicomte de Turenne l'entrée de la plaine. Chacun se disposoit à cette entreprise comme à une victoire assurée, étant presque impossible que Merci soutînt deux attaques en même temps, dont Tune viendroit den haut et en queue fondre sur son armée, pendant que Fautre Fattaqueroit en tête.

Néanmoins Merci sortit d*un pas si dangereux avec une diligence extraordinaire.

Il retira ses troupes sur la montagne proche de Fribourg, et avant le jour il fit sortir son canon de ce fort qui étoit audessous de Farmée du duc d'Ëngbien, sans que les généraux françois en eussent aucune connoissance. De sorte qu'ils furent surpris le lendemain de voir les Bavarois se retrancher sur cette montagne voisine de Fribourg et de trouver leur camp désert et leur fort abandonné.

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da lieu dans ce poste que dans le précédent.

Il y avoit encore ajouté pour le défendre toutes les inventions que Tart de la guerre et la commodité des bois lui pouYoient fournir en si peu de temps. Les lignes qu'il avoit faites durant le siège lui servirent en partie pour fermer ce nouveau camp, et il n'eut à fortifier que le côté qui regardoit le vallon ; il fit mettre en cet endroit plusieurs rangs d'arbres abattus avec leurs branches entrelacées; sa meilleure infanterie étoit derrière ce retranchement soutenue de sa cavalerie, dont les escadrons occupoient tout le reste du terrain entre ces rangs d'arbres et la ville.

Dès qu'il fut jour, le duc d*Enghien s'approcha du pied de la montagne où Merci s'étoit retranché, et prit en chemin quelques redoutes que les dragons des ennemis gardoient encore dans le vallon. L'armée de Turenne avoit l'avant-garde ce jour-là

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et devoit faire le plus grand effort D'Aum ont , lieutenant - général , commandoit Finfanterie. Léchelle, maréchal de bataille, marchoi't à la tète de tout avec mille mousquetaires détachés des deux armées; il étoit commandé pour attaquer le retranchement qui couvroit le plus grand corps d'infanterie des Bavarois auprès de cette tour ruinée. C'étoit le lieu le plus accessible par où l'on pouvoit aller à eux ; c est pourquoi le vicomte deTurenne fît marcher de ce côtélà tout le canon des Weymariens.

• Le corps d'infanterie du duc d'Enghien, sous la conduite d'Espenan, étoit commandé pour forcer l'abattis d'arbres. Entre ces deux attaques, on en devoit faire une fausse avec peu de gens , et seulement pour favoriser les deux véritables attaques^ Roze soutenoit l'infanterie avec la cavalerie weymarienne. Le maréchal de Gramont avoit ordre de se tenir en bataille dans la plaine

avec la cavalerie Françoise, poar prendre le parti que Févénement conseilleroit.

Le camp des Bavarois leur dcmnoit de grands avantages , soit pour se défendre, soit pour attaquer. Leur infanterie étoit couverte de tous côtés. Une de leurs ailes éCoit appuyée du canon et de la mousqaeterie de la ville. L*antre aile étoit placée sur une montagne, dont la hauteur seule suffisoit pour la sûreté des troupes qui loccupoienf . Mais ils avoient une si grande étendue de retranchements à défendre que leur infanterie, affoiblie par les fatigues du siège et des combats précédents, ne sufEsoit pas pour garder leur camp*

Léchelle faisoit déjà tirer Tartillerie de son attaque, et n attendoit plus que rarrivée de Tarrière-garde et le signal pour commencer le combat. Le doc d'Enghien avoit conunandé que toutes les attaques se fissent en même temps. Léchelle avoit ordre

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de ne point marcher aux ennemis jusqu'à ce que le bruit des mousquetades eut commencé vers l'abattis d'arbres et vers la fausse attaque du milieu. Mais un accident imprévu (comme il arrive très-souvent dans les plus sages entreprises de la guerre ) renversa tous les ordres du duc d'Enghien , et sauva les Bavarois d'une défaite générale.

Pendant qu'on attendoit l'arrière-garde qui n avoit pu joindre à cause des mauvais chemins, le duc d'Eughien, suivi du vicomte de Turenne et du maréchal de Crament, étoit monté sur la plus haute montagne pour découvrir le derrière de l'armée des ennemis et voir leur ordre de bataille.

En son absence, Espenan détacha quelques iMHnmes à dessein de faire une fausse attaque contre une petite redoute qui étoit sur son chemin pqur aller aux Bavarois. Quoiqu'il n'y eût d'abord envoyé que trèsrpeu

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de gens, le combat s^engagea insensiblement de part et d'autre ; les ennemis soutinrent ceux qui défendoient leur redoute; Espenan renfonça ceux qui Tattaquoient.

Enfin il se fit en cet endroit une escarmouche si chaude qu'à ce bruit Léchelle crut qu'il étoit temps de commencer le combat, et son erreur renversa tous les desseins de cette journée.

Le duc d'Enghien , voyant de la hauteur où il étoit toute la montagne des ennemis en feu, jugea qu*Espenan et Léchelle avoient fait un contre-temps et que ses ordres n avoient pas été bien exécutés. Il court au plus fort de la mêlée, il trouve Léchelle mort et ses troupes qui n'osent ni combattre ni se retirer. Pour réparer ce désordre, il commande au comte de Toumon de se mettre à la tête de ces troupes étonnées et de les assurer qu'il va lui-inême les soutenir avec un puissant secours.

La présence du prince donna cœur aux soldats : Finfanterie bavaroise commença à s'ébranler ; deux bataillons de celle qui soutenoit le retranchement avoient déjà fait tourner leurs drapeaux, et donnoient toutes les marques de gens qui ne songent plus qu à fuir. Mais ceux qui bordoient leur ligne firent un feu si furieux que l'infanterie françoise perdit courage ; les plus éloignés commencèrent à se retirer, les autres prirent l'épouvante, et plusieurs officiers même lâchèrent lè pied.

En vain les généraux les avertissent du désordre qu'on voyoit dans le camp des Bavarois, les pressent, les menacent, les entraînent au combat. Quand la peur a une fois saisi le soldat, il ne voit et n entend plus ni l'exemple ni les ordres du général.

Le duc d'Elnghien fut contraint de faire cesser Fattaque et de retirer ses troupes. Cette

action fut extrêmement périlleuse pour le

prince et pour tous ceux qui Faccompagnoient. Car il fut toujours à chev^ à trente pas des retranchements des ennemis. Aussi, de vingt personnes qui étoient auprès de lui , il n*y en eut pas une seule qui ne rapportât des marques du danger où elle s*étoit exposée.

Le duc d*Enghien même eut le pommeau de la selle de son cheval emporté d*un coup de canon , et le fourreau de son épée fut rompu d'un coup de mousquet. Le maréchal de Gramont eut son cheval tué sous lui, et tous les autres y furent blessés.

Néanmoins cet événement ne rebuta point le prince, il ne fit que changer le dessein de son attaque, et, au lieu de faire le plus grand effort du c6té de la ligne comme il la voit résolu le matin, il ordonna la principale attaque du coté du retranchement d arbres abattus. D'Aumont fut commandé pour occuper les Bavarois avec les troupes

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qui venoient de combattre, en faisant une diversion au même lieu où la première attaque n'avoit pas réussi. Le duc d'£ng;hien et le vicomte de Turenne, avec tout le corps de Tinfanterie conduite par Mauvilli , maréchal de bataille, soutenue parles gendarmes et par la cavalerie de Roze, marchèrent droit à l'abattis d arbres.

A peine les premiers hommes de cette nouvelle attaque furent entrés dans le bois que les Bavarois firent un feu extraordinaire. Néanmoins les François marchèrent contre eux en fort bon ordre pour essayer de forcer ce retranchement d'arbres. Après avoir chassé plusieurs fois les ennemis et en avoir été repoussés plusieurs fois, enfin Gaspard de Merci, général-major de leur cavalerie, fut contraint de faire mettrç tous ses cavaliers pied à terre pour soutenir son infanterie qui commençoit à se relâcher* Alors Tescarmouche s'opiniâtra plus qu'aux

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paravant : les deux partis tirèrent avec tant de furie que le bruit et la fumée confondant toutes choses, ils ne se reconnoissoient plus qu à la lueur du feu de l'artillerie et du mousquet. Tous les bots d'alentour retentissoient avec un mugissement effroyable, et augmentoient encore Thorreur du combat. Les soldats étoient tellement acharnés, les uns à forcer, les autres à défendre les retranchements, que, si la nuit ne fût survenue, il s'y seroit fait de part et d'autre le plus grand carnage qui se soit vu de nos jours.

La gendarmerie françoise y fit une trèsbelle action : La Boulaye la conunandoit; il mena ses escadrons jusque sur le bord de ce retranchement d'arbres, et, malgré le feu des ennemis, il escarmoucha trèslong-temps à coups de pistolet. Jamais il ne s'est fait de combat où, sans en venir aux coups de main , il soit tombé tant de

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morts de part et d'autre. Les François y perdirent Mauvilli, et les Bavarois, Gaspard de Merci, frère de leur général.

Le duc dlËnghien ayant ramené son armée dans le camp, ne songea plus qu à couper les vivres aux Bavarois pour les oblige à se retirer d*un poste si avantageux.

Les troupes eurent quatre jours pour se rafraîchir, et les blessés, qui étoient en grand nombre, furent portés à Brisack , afin qu il ne restât rien dans le camp qui pût apporter du retardement au dessein que le duc d'Enghien avoit formé.

Les montagnes de la Forêt-Noire prennent leur origine dans les montagnes de Suisse, et suivent le cours du Rhin jusqu'à ce quelles se soient jointes avec les coteaux qui' sont sur les bords du Necker. Ces montagnes sont fort longues et plus ou moins larges, selon le pays où elles s'étendent; leur plus grande largeur est de dix ou douze heues depuis Fribourg jusqu'à

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Filinghen. Ces Tilles D*ont de commiimcatlon que par une vallée Fort étroite et in* commode pour la marche d*une armée.

Néanmoins , c étoit Fendroit par où Merci devoit apparemment faire sa retraite. Il n avoit osé l'entreprendre en présence de Farmée Françoise ; ainsi le duc d*Enghien crut qu en lui coupant ce chemin de Fribourg à Filinghen , il lui 6teroit les vivres et les Fourrages , et le contraindroit de venir à un combat général ou de se retirer en désordre.

Le neuvième d'août, le prince fit marcher son armée vers Langsdelinghen. Le village qui porte ce nom est situé dans la plus accessible de toutes ces montagnes.

Ce lieu étoit assez propre pour incommoder les Bavarois ou pour les combatti'e dans leur retraite. Le duc d'Ënghien y pouvoit Faire venir des vivres de Brisack , en cas qu'il s'engageât plus avant dans les montagnes. Mais le chemin qu'il Falloit tenir

pour entrer dans cette vallée étoit extrêmement difficile, à cause des marécages dont les bois sont pleins. Outre que la tète de Tarmée étant une fois engagée dans ces bois et ayant passé le r aisseau qui les borde, Tarrière-garde demeuroit exposée aux Bavarois sans qu il fut possible au reste des troupes de la secourir.

Le duc d*Enghien y apporta toutes les précautions que demandoient le désavantage du lieu et la présence d'un ennemi si vigilaut Les cavaliers ne pouvant marcher qu'un à un et très-souvent à pied menant leur cheval par la bride, ce prince mit un grand corps d'infanterie à la queue de l'armée pour soutenir l'arrière-garde de sa cavalerie. Il mit aussi des pelotons de mousquetaires sur les ailes pour défendre les passages par lesquels les Bavarois pouvoient la venir charger.

. Dès la pointe du jour, le vicomte de

Turenne fit marcher son armée qui composoit Favant-garde ce jour-là. Le duc d'Engbien prit le soin de faire la retraite, et se tint en présence de Tarmée de Merci jusqu'à ce que toutes ses troupes fussent passées ; et, après avoir traversé de la sorte ces marécages et ces bois, il rejoignit Tavantgarde à Langsdelingben, sans que les Bavarois eussent fait le moindre effort pour lui disputer ni le passage du ruisseau ni Feutrée du bois.

Merci ayant observé la marcbe des François, en avoit conçu aussitôt les raisons.

Gomme c étoit un des plus babiles généraux d'armée qu'il y eût au monde, il ne manqua point de juger que son salut consistoit à prévenir le duc d'Engbien, et non pas à lui disputer le passage d'un défilé. Il n avoit au juste que le temps de se retirer avant que les premières troupes de l'avant^ garde françoise le pussent joindre ; et ce fut

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apparemment ce qui Tempécha d attaquer Tarrière-garde. Aussitôt quil la vit marcher, il fît décamper son armée, tenant le haut des montagnes et faisant conduire son bagage par le val de Saint-Peter qui mène vers Filinghen.

Le duc d'Enghien ayant appris la marche de Merci, fît ce qu*il put pour hâter la sienne; mais il y avoit des montagnes presque inaccessibles à traverser pour lui couper chemin, et ses troupes étoient extrêmement fatiguées. C'est pourquoi il fut contraint de détacher Roze en diligence avec huit cents chevaux seulement, pour amuser les Bavarois et les incommoder dans leur retraite, pendant que le reste de Tarmée passeroit les dé£dés.

Roze exécuta cet ordre avec vigueur, et commença à escarmoucher contre les Bavarois, auprès de Tabbaye de Saint-Peter.

Aussitôt qu'il eut joint les ennemis , il man-

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da au duc d*Enghien qu il étoit à leur queue : l'armée Françoise défiloit par un vallon fort serré, au bout duquel il falloit monter au sommet d'une montage si es* carpée et si couverte de bois qu'on n y pouvoit passer qu'un à un. Le duc d*EngMen ne laissa pas de vaincre toutes ces difficultés , et son avant-garde ne fut pas sitôt sur le haut de cette montagne qu'elle déoon-* vrit les Bavarois en bataille, et Roze qui touchoit presque leur arrière-garde.

Pour aller de cette montagne, où la tête de l'armée du duc d'Enghien s'étoit arrêtée, jusqu'au lieu où les Bavarois s'étoient postés, il falloit passer deux défilés, au milieu desquels il y a un espace capable de contenir quatre escadrons ensemble ; mais, avant que d'y arriver, on descend par un chemin creux fort étroit, et on remonte par un autre plus fâcheux à l'entrée d'une plaine, où la cavalerie de Roze escarmoa^p

choit contre l'arrière-garde des Bavarois* Merci n eut pas plus tôt découvert les premiers bataillons de lavant-garde Françoise sur le haut de la montage qn il jugea bien que toute Tannée étoit derrière; et comme Roze incommodoit extrêmement la queue de son arrière-garde, il résolut de se défaire de lui par un grand effort avant que le duc d'Enghien fut plus près et qu*il eût assez de troupes assemblées pour le soutenir; et afin de l'accabler tout d'un coup, Merci fît faire demi-tour à droite à toute son armée, et marcha contre la cavalerie de Roze.

Ce colonel, au lieu de se retirer promptement dans le défilé, rallia ses escadrons, et, avec sept ou huit cents chevaux, il osa bien aller affronter dans une plaine toute Farmée bavaroise. Il avoit Tannée ennemie et la plaine devant lui; à droite, le grand chemin de Filinghen rempli du batgage des Bavarois; à gauche, un grand

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précipice ; et derrière lui , le défilé par où il falloit rejoindre le duc d'Eng^hien. Roze détacha d'abord un de ses escadrons pour dételer les chariots du bagage des ennemis ; et, avec ce qui lui restoit, il alla charger les plus avancés de l'armée bavaroise.

Mais, pour se conserver libre l'entrée du défilé, il y laissa quatre escadrons, derrière lesquels il se retira après avoir été trois fois à la charge avec les autres. Ces quatre escadrons soutinrent le choc des Bavarois sans s'ébranler, jusqu'à ce que le reste de cette cavalerie fût entré péle-méle dans le défilé. Enfin, de quatre escadrons, Roze n'en laissa plus que deux pour défendre ce passage, lesquels, après une résistance incroyable, voyant leurs gens hors du péril, se jetèrent dans le précipice qu'ils avoient sur là gauche par des lieux où jamais il n'avoit passé ni hommes ni chevaux.

L'action de Roze fut vigoureuse, et con-

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duite même avec tout Tart qu'il est possible de pratiquer dans un si grand péril ; mais il ne s*en seroit jamais sauvé, si Merci n'eut pas vu sur la montagne voisine les corps de l'armée Françoise qui se formoient peu à peu , et même que le duc d'Enghien s'étoit avancé pour soutenir la cavalerie de Roze. Car, comme il ne craignoit rien tant que de s'engager à un combat général, il aima mieux laisser échapper ces escadrons que de pousser plus avant dans le défilé.

En effet, le duc d'Enghien ayant remarqué du haut de la montagne l'action de Roze et le danger où il étoit, avoit rallié ce qui s'étoit trouvé de gens autour de sa per* sonne pour aller le secourir. Il étoit déjà dans cet espace de terrain enfermé entre les deux défilés, lorsque Roze les rejoignit; ainsi, cette résolution du duc d'Enghien et la prudence de Merci furent en partie cause de l'honneur que Roze acquit dans sa retraite.

Merci commença la sienne en même temps , mais avec tout Tordre que peut apporter un grand capitaine qui veut n être jamais forcé de combattre, et pouvoir prendre ses avantages quand on lui en donne Foccasion. Néanmoins , il abandonna son artiUeine et son bagage, et, laissant quelques dragons dans les bois pour disputer la sortie du défilé, il fit faire demitour à gauche; et après cela, il marcha si vite par le grand chemin de Filinghen qu'en un moment Farrnée françoise le perdit de vue.

Pendant que Merci ne songeoit qu'âpresser et assurer sa retraite, le duc d'Enghien de son coté rallioit ses troupes pour le suivre; mais le chemin étoit si difficile, qnavaut qu'elles fussent toutes ensemble l'armée bavaroise en fut éloignée de plus d une lieue.

Il y a une montagne entre Saint-^Peter et

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Filinghen beaucoup plus haute que les autres , au sommet de laquelle on trouve une plaine qui peut contenir une armée en bar taille, et qui commande sur tous les coteaux d*alentour. Les eaux, les pâturag;es, et la fertilité de la terre qui est cultivée partout, rendent ce lieu très-commode et très-sûr pour camper* Ceux qui connoissoient le pays ne doutoient point que Merci D*y établit son camp, et cette raison obligeoit le duc d'Enghien de presser extrêmement sa marche. Néanmoins, quand les coureurs de son avant-{|;arde furent montés sur le Holgrave ( c'est ainsi que se nomme cette plaine), ils trouvèrent que les Bavarois , après avoir commencé de remuer la terre pour s'y retrancher, avoient passé outre avec une diligence encore plus grande que celle des François.

Alors le duc d'Enghien perdant l'espérance de les joindre, retourna sur ses pas ,

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et vint camper à Tabbaye de Saint-Péter.

Ses troupes étoient si lasses qu*il fut contraint de les y laisser reposer le jour suivant, pendant que Ton bruleroit le bagage des Bavarois et qu on emmèneroit six canons et deux mortiers qu'ils avoient abandonnés. Le lendemain , il prit un petit château, situé dans les montagnes, qui pouvoit servir à ses desseins , et il envoya le comte de Toumon conduire l'artillerie à Brisack.

Ainsi, la retraite du colonel Roze fiit la dernière action remarquable de la bataille de Fribourg , qu^on peut nommer une suite de plusieurs combats très-sanglants, plutôt qu'une bataille ordinaire. D'un côté, on y voit une valeur qui ne se rebute ni de l'incommodité du temps, ni du désavantage des lieux ; qui hasarde tout pour vaincre, et enfin qui remporte la victoire. De l'autre côté, on voit une prudence qui ne s'ébranle de rien , qui profite de tout pour

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sa défense, et qui ne laisse pas delre accompag^née d une extrême valeur. Il est dif- Bcile de juger lequel des deux mérite le plus de gloire, ou d'attaquer une armée retranchée dans des lieux presque inacces* sibles et de l'obliger d'en sortir, ou bien de conserver un jugement ferme et intrépide dans une longue retraite en présence d'un ennemi pressant et victorieux, et enfin de savoir choisir des postes dans lesquels on puisse n'être jamais forcé. Cependant, il est vrai de dire qu'un général qui abandonne son artillerie et son bagage passe d'ordinaire pour battu, et l'honneur de sa retraite n'est point complet s'il ne sauve tout; on peut dire même que la prudence de Merci n'auroit pu le garantir d'une déroute gé^ nérale, sans les contre*-temps que prirent Espenan et Léchelle dans l'exécution des ordres du duc d'Enghien ; enfin , il arrive presque toujours qu'une armée qui attaque

des retranchements avec vigueur a de grands avantages sur celle qui les défend.

Après que le duc d*Enghien eut fait partir le comte de Tonmon, il retourna vers Langsdelinghen où son bagage et son cation Fattendoient; alors il ne songea plus qu'aux avantages que la retraite de Merci lui pou voit donner. Le sentiment des principaux officiers étoit de reprendre Fribourg; on nétoit venu que pour secourir cette place, et par conséquent ce devoit être le premier fruit de la victoire. Les Bavarois n'avoient pu combler leurs lignes; ils étoient déjà bien éloignés; la garnison de cette place étoit foible, mal pourvue de toutes choses, et effrayée du succès de$ combats qu'elle avoit vus de ses remparts.

Néanmoins le duc d'Enghien fut d'avis d'entreprendre le siège de Pbilisbourg, l'autre dessein ne lui paroissant pas assez grand dans une fin de campagne qu'il fiil-

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loit couronner par quelque chose d*éclatant; outre qu'en se bornant à la prise de Fribourg, les armées de France n'en auroient pas été plus avancées dans le pays, et même qu elles auroient été contraintes de repasser le Rhin pour prendre des quartiers d'hiver en Alsace.

Ce n*est pas que le siège de Philisbourg ne fût extrêmement difficile ; il falloit faire une longue marche pour y aller. L'infanterie étoit diminuée, l'argent épuisé, les vivres éloignés; mais le duc d'Enghien méprisa toutes ces difficultés, et le siège de Philisbourg fut résolu. Il envoya à Brisack Ghamplastreux, intendant de son armée, pour préparer les munitions et pour faire charger dix pièces de batterie sur les bateaux dont on se devoit servir pour faire un pont sur le Rhin.

Ghamplastreux, qui étoit actif et intelligent dans son emploi, eut bientôt fait ces

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préparatifs. Le prince partit de Langsde» lÏDghen le seieième d'août avec son armée, et prit sa route le long du Rhin, après avoir détaché Tubal avec une partie de la cavalerie weymarienne, quelques mousquetaires, et quelques dragons. Roze suivit Tubal avec le reste des Weymanens. Le duc d'Enghien se réserva la conduite de l'infanterie des deux armées et de toute la cavalerie françoise.

Il marcha en cet ordre vers un château situé à cinq ou six lieues de Strasbourg, fortifié de tours à l'antique et défendu d'un assez bon fossé plein d'eau, qu'il prit en passant, afin de s'assurer la communication de Strasbourg. De là il vint à RnpeiH heim, que Roze avoit pris dans son passage avec plusieurs autres lieux. Tuhal s'étoit aussi rendu maître d'Edingen, Forsen, Bretten, Durlack, Baden, Pruessel, et Wislocb, petites filles fermées de fossés.

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à la plupart desquelles il y a des châteaux* X^e vicomte de Turenne alla investir Philisbourg avec trois mille chevaux et sept cents hommes de pied, et le duc d'Enghien arriva le vingt-cinquième d'août devant cette place en dix jours démarche depuis Langsdelinghen.

Philisbourg est situé auprès du Rhin sur les confins de la duché de Wirtemberg et du Bas-Palatinat, à trois lieues de Spire.

Depuis Brisack jusqu'à Hermestein, il n'y a point de place forte que Philisbourg. On l'appeloit autrefois Udenhein; cétoit la maison des évêques de Spire. Les troubles d'Allemagne engagèrent insensiblement ces évéques à la fortifier. Quand ils l'eurent mise en état de se défendre, elle ne denïieura guère entre leurs mains. Les Impériaux , et ensuite les Suédois , s'en rendirent les maîtres. Les François la possé* dèrent quelque temps , et enfin elle étoit

i^erenue sous la domination de remperenr.

Cette place a un fort carré qui commande sur le Rhin , et qui se communique arec la ville par une chaussée de six pas de large et de huit cents pas de long, élevée de cinq pieds au-dessus du marais. Vis-à-vis de Philishourg, la rivière forme un grand coude et fait beaucoup de marécages autour de la moitié de la place. Sa fortification n est que de terre, mais ses remparts sont fort épais ; elle a des fossés larges et profonds ; l'approche ne s*en peut faire que par une tête : le corps de la place est composé de sept bastions presque réguliers; la herme est si large qu elle sert de faossebraie; cette berme est défendue d'une haie vive très-épaisse; le fossé est plein d*ean, large de deux cents pieds , et profond de quatre toises avec une contrescarpe bien palissadée. Du côté de ce coude que le Rhin fait auprès de la place, il ny a qu'un ma-

rais couvert de bois en quelques endi^oits.

De l'autre côté, le terrain y est un peu plus haut, et mêlé de bruyères, de bois, et de terres labourées.

Liorsque le duc d'Engbien la fit investir, Bamberg en étoit gouverneur ; sa garnison étoit composée de deux cents chevaux et de cinq cents hommes de pied ; il avoit cent pièces de canon et des munitions pour soutenir un long siège.

Après que le duc d'Engbien eut reconnu les lieux les plus avantageux pour assurer sa circonvallation, il employa le reste de la journée à prendre ses postes, et il destina la nuit pour attaquer le fort du Rhin. L*armée Françoise prit ses quartiers depuis Knandeneim jusquà un ruisseau qui coupe la plaine à moitié chemin de Bheinhausen, et Tarmée allemande fut postée depuis ce ruisseau jusques à Rheinhausen.

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Aussitôt qu il fut nuit, les troupes se disposèrent à l'attaque du forf^ Le duc d'Eughien y alla par les bois , et le yicomte de Turenne s'en approcha par de petites dig^ues qui sont au travers du marais. Le duc d'Enghien n'y put arriver qu'à la pointe du jour, parce qu'il avoit pris un chemin plus long et plus difBcile.

Bamberg, n'ayant pas assez d'infanterie, avoit retiré dans la place tout ce qui étoit à la défense du fort. Le vicomte de Turenne le trouva abandonné, s'en saisit, et le munit de tout ce qui étoit nécessaire contre les attaques de la ville.

Le duc d'Enghien ne songea plus qu'à bien assurer sa circonvallation. U fit éle* ver des forts et des redoutes aux endroits où le terrain y étoit propre, et abattre dans les marécages quantité d'arbres pour couper tous les chemins. Le vicomte de Turenne ne trouva pas tant d'obstacles 4

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fortifier son quartier, car il se servit d'une grande ravine qui régnoit presque d un bout à Tautre de son camp, et elle fut en défense en y faisant un parapet; de sorte que les travaux de la circonvallation furent achevés en quatre jours, et le camp fermé de tous côtés depuis Knaudeneim jusqu'auprès de Rbeinhausen.

Cependant le pont de bateaux arriva chargé du canon, des munitions, et des vivres. En vingt-quatre heures il fut placé vis-à-vis de Germesheim et de Knaudeneim. Germesheim est une petite ville du Bas-Palatinat, assise sur le bord du Rhin, fortifiée de hastions de terre, avec un fossé sec du coté de Spire, et plein d'eau du coté de Philisbourg et du marais. Sa prise étoit nécessaire pour tenir le haut du Ehin, et comme on ne pouvoit faire de circonvallation au-delà de la rivière, on ne pouvoit aussi en être assuré qu'en

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piienant les places qui la commandoient.

Du moment que le pont fut achevé, le duc d*Enghien fit passer d'Aumont avec six cents hommes de pied et trois cents chevaux pour attaquer Germesheim. D*Aamont s'en rendit le maître en deux jours de tranchée ouverte, et ensuite il marcha vers Spire. Cette ville, hien que située sur le Rhin, nest considérable que par la chambre impériale dont elle est le siège, car elle n'est fermée que d'une muraille avec des tours à l'antique et un méchant fossé.

Pendant que d' Aumont s'assuroit de tous les postes nécessaires sur le bord du Rhin, le duc d'Enghien fit commencer les attaques de Philisbourg. On a déjà observé que l'approche ne s'y peut faire que par une seule tête, où l'on trouve un terrain sablonneux qui continue presque de la même largeur jusque sur la contrescarpe de deux bastions de la ville.

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Le duc d^EDghien ordonna deux attaquéi par cet endroit Le maréchal de Gramont conduisit la gauche. Le vicomte de Turenne prit soin de la droite. L'un et Tautre se servirent d environ quinze cents pas du cours d'un petit ruisseau qui passe par cette plaine, dont ils détournèrent Feau pour faire leur approche vers les deux bastions qu'ils attaquoient La tranchée fut ouverte le premier jour de septembre, et la nuit même on fit une place d'armes commune aux deux attaques, de laquelle chacune conduisoit son approche vers le bastion opposé.

Ëspenan, avec le régiment de Persan, fut de garde la première nuit dans la tranchée de Gramont; et, après avoir poussé la ligne près de deux cents pas, il commença une grande redoute, où il établit un corpsde«garde de cent gendarmes à la tête des travailleurs ; et ces cavaliers avoient ordre

de se retirer pendant le jour derrière une masure proche de Touverture de la tranchée.

La nuit fut assez paisible , et les assiégés , qui ne sayoient encore où Ton travailloit, n'interrompirent point l'ouvrage des assiégeants. Mais, dès que le jour parut et qu'ils virent la terre qu'on avoit remuée, ils voulurent essayer de ruiner par une sortie le travail qui s'étoit avancé pendant la nuit. Ils détachèrent deux cents hommes de pied et cent chevaux qui s'avancèrent contre la ligne; et, bien qu'elle fût encore pleine de travailleurs, Espenan se prépara pour les recevoir, et commanda aux gendarmes de s'opposer à la cavalerie des assiégés.

Cet escadron marcha aux ennemis avec un tel désordre qu'il fut entièrement rompu au premier choc, et La Boulaye y fat tué $ur la place. Néanmoins Espenan mit

la ligne en si bon ordre que les assiégée n'osèrent Fattaquer ni pousser plus loin ce premier avantage qu'ils venoient de remporter. De sorte que les gendarmes eurent le temps de se rallier et de revenir à la charge. Ils s*en acquittèrent si bien la seconde fois que, malgré le feu des bastions, tout ce qui restoit de cette sortie fut chassé jusque dans la contrescarpe.

Ainsi les assiégeants continuèrent leur travail sans interruption ; mais leur infanterie étoit tellement diminuée que celle de Farmée d'Engbien ne montoit qu*à trois mille hommes, et Fautre n étoit pas de plus de deux mille. Avec si peu de gens, le prince eut des peines incroyables à garder une si grande circonvallation et à fournir les hommes qu il falloit pour la garde de la tranchée et pour tous les autres travaux. »

Son. infanterie létoit composée de quatre

bataillons. Celui qui sortoit de la tranchée alloit à la garde extraordinaire dn camp.

Les deux autres travailloient aux approches, et le dernier amassoit des fascines pour remplir le fossé. Palluau , avec le régiment d*£nghien, releva la seconde nuit Espenan et Persan ; il avança beaucoup k ligne et acheva la redoute. Toumon et Marsin, les deux nuits suivantes, poussèrent les travaux fort avant et firent une batterie de six canons.

Le vicomte de Turenne n'avoit pas fait moins de diligence de son côté : la cmquième nuit, les deux attaques firent lear logement sur la contrescarpe. Bamberg ne s*étoit opposé à tous ces travaux que par le feu du canon et du mousquet. Le duc d'Ëngbien n'avoit eu aucune nouvelle de Tarmée de Bavière ; il savoit seulement que Jean de Wert marchoit avec itiille chevaux et autant de mousquetaires pour essayer

de jeter du secours dans Philisbourg, et cet avis l'obligea de redoubler la garde des lignes et même de faire faire le bivouac toutes les nuits.

Aussitôt que les deux attaqués eurent fait leur logement sur la contrescarpe, les travailleurs commencèrent à la percer et à faire des batteries pour ruiner les défenses de la place. La descente du fossé ne fut pas fort difficile ; mais on eut bien de la peine à Tassurer, car, comme Feau étoit presque de niveau à la contrescarpe, les assiégeans ne pouvoient pas y aller sous terre, et il eût fallu trop de temps pour faire une galerie couverte de madriers.

Ainsi le duc d*Engbien se contenta de faire tirer une ligne droite qui aboutissoit au fossé et qui étoit couverte avec des fascines sur des blindes et des chandeliers.

Espenan et Palluau, pendant les deux nuits de leur garde, mirent leur travail en

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état de pouvoir combler le fossé. Le comte de Toumon y avoit déjà fait jeter quantité de fascines; mais, en passant par cette ligne enfilée qui conduisoit au travail, il fut tué d'un coup de mousquet.

La Pomme, ingénieur fort expert à faire des mines et à passer des fossés , avoit entrepris de faire des ponts de fascines ; mais il y trouvoit beaucoup de difficultés à caase du canon de la place, sur qui celui des assiégeants n avoit pu prendre le dessus, parce que les assiégés en avoient un si grand nombre qu*une de leurs pièces nétoit pas plus tôt démontée qu'ils en ponssoient une autre à la place ; et outre celles quils avoient dans leurs flancs dont ils battoient le pont en travers , ils en avoient un rang sur la face des bastions qui Tenfiloient et qui ruinoient tout le travail.

Il est vrai que leurs flancs étoient si petits qu'ils n'y pouvoient mettre que trois

pièces. G est le défaut ordinaire des meilleures places d avoir les flancs trop serrés ou trop découverts ; mais le premier de ces défauts est le pire, parce qu entre deux batteries opposées le plus grand nombre de canons Femporte toujours. En effet, les assiégeants , ayant dressé deux batteries de quatre pièces chacime, firent taire celles des flancs ; mais les assiégés en placèrent tant sur la face des bastions , dont le rempart est fort bas, qu ils ruinèrent celles des assiégeants. Cest pourquoi le duc d*Enghien fut obligé de faire élever des épaulements pour enterrer ses batteries et se couvrir des faces des bastions. Par ce moyen , son canon se rendit le maître, et les assiégeants travaillèrent avec plus de sûreté à leur pont.

Bamberg reconnut alors qu*il n étoit plus en son pouvoir d*empécber que le fossé ne fût comblé, et comme sa garnison étoit

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foible, il ne crut pas devoir attendre que le mineur fut attaché, espérant de faire auparavant une capitulation plus avantageuse. Il fit battre la chamade, les otages furent donnés , et la garnison sortit le douzième de septembre au nombre de cinq cents hommes avec deux pièces de canon.

Le duc d'Eoghien fit entrer le régiment de Persan dans la place, et y mit Espenan pour gouverneur.

Cette conquête, quoique plus facile que le prince ne lavoit prévu, donna une grande réputation aux armes de France.

Plusieurs villes envoyèrent des députés.

Spire n'avoit pas attendu que d*Aumont l'eût fait sommer, les magistrats en avoient porté les clefs au duc d'Enghien. Il les reçut honorablement; et, après avoir confirmé leurs privilèges , il les renvoya pour faire sortir les Impériaux et recevoir la garnison françoise que d'Aumont eut ordre d*y faire entrer.

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Mais le duc d'Enghien ne pouvoit pas recueillir lui-même les fruits de la prise de Philisbourg, ni s'en éloigner avant que de l'avoir remis en défense. Les ennemis s'approchoient, ses troupes étoient affoiblies et fatiguées , le canon avoit fait de grandes ruines qu'il failoit réparer; ce prince n'étoit pas en état de se présenter devant Merci , qui avoit rafraîchi et augmenté son armée depuis sa retraite de Fribourg. C'est pourquoi le duc d'Enghien se contenta d'établir si bien ses quartiers dans les places lé long du Rhin, qu'on ne put lui enlever sa conquête, ni le forcer à un combat général.

Il avoit la rivière d'un côté, la ville de l'autre, le fort du Rhin devant lui, le marais et les bois derrière. Son armée étant campée dans un poste si avantageux, il détacha le vicomte de Turenne pour aller attaquer Worms. Cette ville ne cède ni en

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dignité, ni en nombre d'habitants à aucune des villes d'Allemagne; elle est placée sur le bord du Rhin, et fortifiée autant que sa grandeur et sa situation l'ont pu permettre.

Le duc Charles de Lorraine y tenoit garaison, et, depuis la perte de ses états, il n avoit presque point d'autre retraite que celle-là.

Le vicomte de Turenne fît descendre par la rivière Finfauterie, le canon , et toutes les choses nécessaires pour son dessein, il marcha ensuite par le Palatinat avec deux mille chevaux, et défit six cents hommes que le général Beck envoyoit à Frankendal. Les habitants de WormS ouvrirent leurs portes et en firent sortir les Lorrains. De là le vicomte de Turenne poursuivit sa marche vers Mayence, et détacha Boze pour aller attaquer Oppenheim. C'est une petite ville située dans une plaine, mal fottifiée, maïs défendue par un très-bon châ-

-^ ? U>@|Î CXLIX i jB ^ XT^ »

teau. Roze n'y trouva point de résistance.

Le vicomte de Turenne se présenta devant Biayence, et, s'étant logé dans le faubourg, il envoya un trompette à ceux qui commandoient dans la ville pour leur offrir des conditions honorables.

Mayence est le siège de larchevéqueélecteur, et une des principales villes d'Allemagne; outre quelle est grande, fort peuplée, et bien bâtie pour un pays où l'on n'a jamais eu le goût de la bonne architecture : sa situation la rend considérable, étant placée vis*à-vis de l'embouchure du Mein qui passe sous une partie de ses murailles; du côté de la terre elles sont défendues par une citadelle de quatre bastions; mais, comme il arrive d'ordinaire aux grandes villes , ses fortifications éloient négligées, et sa défense consistoit plus dans le nombre de ses habitants que dans la force de ses remparts.

Au bas de la ville , sur le bord du Rhin , est un château assez magnifique où logent les électeurs ; dans le temps que cette ville avoit été sous la puissance du roi de Suède, il avoit fait bâtir, à lendroit où les deux rivières se joignent, un fort de six bastions qui portoit le nom de Gustawbourg; mais à la fin les Impériaux ayant repris Mayence, le fort fut abandonné par les Suédois, et les électeurs l'ont laissé ruiner.

Quand le vicomte de Turenne entra dans les faubourgs , il y avoit encore dans laville une garnison impériale de huit cents hommes ; néanmoins,rélecteurn ayantpas cru y pouvoir demeurer en sûreté, s*étoit retiré à Hermestein ; de sorte que le chapitre, qui a l'autorité du gouvernement en l'absence de l'archevêque, fit assembler tous les corps de la ville, et, après plusieurs délibérations , ils résolurent de députer vers le duc d'Enghien et de ne don*

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ner les clefs qu à lui-même, afin de rendre -en quelque sorte leur capitulation plus honorable par la qualité de celui qui les recevroit.

Le vicomte de Turenne envoya cette réponse au duc d*Enghien qui étoit toujours avec son armée à la vue de Philisbourg. Il en partit aussitôt avec une escorte de quatre cents chevaux, et se rendit en un jour et demi proche de Mayence. Pendant qu on travailloit aux articles du traité, Merci, avec l'armée de Bavière, s'étoit posté sur des hauteurs entre Hailbron et Neckersulm , et avoit laissé le Necker devant lui.

Hailbron n est qu à quatorze lieues de Philisbourg; Merci prétendoit arrêter de là tous les progrès du duc d'Enghien. Il détacha Wolfs, colonel célèbre parmi les Bavarois, avec deux cents chevaux et cinq cents di^agons pour se jeter dans Mayence ; mais "Wolfs n y put arriver qu un quart

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d'heure avant le duc d'Ënghien. Le trompette, que ce prince eavoy^ aux habitants pour les avertir de sa venue, trouva Wolfs qui les haranguoit pour leur persuader de se défendre, offrant le secours qu il avoit laissé de l'autre côté du Rhin, et celui de toute l'armée bavaroise qui le suivroit en peu de temps.

Mais les habitants de Mayence, sachant que le duc d'Enghien étoit en personne dans leur faubourg, tinrent la parole qu'ils avoient donnée au vicomte de Turenne; et, après avoir fait sortir "Wolfs de la ville, ils envoyèrent leurs députés au duc d'Enghien pour achever le traité de leur capitulation. Lé chapitre s'obligea de faire sortir la garnison qu'il tenoit dans Binghen, petite ville avec un bon château sur le Khin, et d'y recevoir des troupes françoises. Le duc d'Enghien donna le gouver* nefilent de Mayencç au comte de Courval,

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et y établit une forte garnison avec ce qui étoit nécessaire pour réparer les anciennes fortifications et en faire de nouvelles.

Le vicomte de Turenne prit en passant Greutznak, et d'Aumont alla investir Landaw avec douze cents honunes de pied et <piinze cents chevaux. G*est une ville située dans une plaine à quatre lieues de Philisbourg ; elle est assez peuplée ; son rempart n est flanqué que par des tours à Tantique avec un fossé défendu par quelques demilunes et un chemin couvert. Il y avoit dedans quatre cents hommes des troupes lorraines, et c étoit la seule place que les Impériaux eussent conservée dans le Palatinat au-deçà.du Rhin, excepté Frankendal où les Espagnols tenoient une forte garnison.

Pendant que d'Aumont prenoit ses quaiv tiers et commençoit ses travaux devant Landaw, le duc d'Enghien vint rejoindre

son armée à Philisbourg pour être plus près du siège que d'Aumont alloit entreprendre; il apprit en arrivant que la tranchée étoit déjà ouverte, mais que d'Anmont, en allant visiter le travail, avoit été blessé dangereusement*. Le vicomte de Turenne alla continuer le siège, et poussa la tranchée si diligemment que dans trois jours on fit une batterie et un logement sur la contrescarpe; le cinquième jour, le duc d'Enghien y étant venu pour visiter les ti^avaux, les Lorrains traitèrent avec le vicomte de Turenne et sortirent de la place.

Après la prise de Landaw, Nieuslad, Manheim, et Magdebourg, ne firent que fort peu de résistance. Ainsi le duc d'Enghien se vit, en une seule campagne, trois fois victorieux de larmée bavaroise, mai-

* Il monrut à Spire peu de jours après.

tre du Palatinat et da cours du Rhin depuis Philisbourg jusqua Hennestein, et de tout ce qui est entre le Rhin et la Moselle.

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