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enveloppés entre les deux attaques, et qu'ainsi le logement s'y pourroit faire par des épaulements fort élevés pour se couvrir contre les défenses des bastions et de la demi-lune.
La nuit que cette attaque fut ordonnée de la sorte, Espenan commandoit la droite, et Gesvres la g^auche. D'abord que le signal fut donné, leurs bommes marchèrent en même temps droit à la palissade. Les jeteurs de grenades qui étoient à la tête firent uu si grand feu que les assiégés n'y purent résister ; mais , ayant trouvé en se retirant que ceux qui s'opposoient au marquis de Gesvres avoient fait une plus grande défense, ils se joignirent à eux, et U s'attacba en cet endroit un combat si opiniâtre que le marquis de Gesvres perdit beaucoup de gens avant que de pouvoir chasser les assiégés du chemin couvert.
Cependant Espenan, qui ne trou voit
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point de défense que celle de la demi-lune et des bastions , commença ses logements ; mais La Plante, capitaine de Picardie, qui servoit d'ingénieur en cette action, fut blessé pendant qu'il traçoit Fouvrage. Cet accident mit le désordre parmi ceux qui portoient les matériaux: la ligne nétoit marquée qu*à demi; on jetoit les fascines en confusion, et personne ne savoit par où s'y prendre pour travailler au logement Un bon ingénieur est, pour ainsi dire, l'âme d'une attaque, et on ne peut trop considérer ceux qui ont assez de valeur et d'intelligence pour se bien acquitter de cet emploi.
Le duc d'Engbien accourut en cet endroit, et fit employer toute la queue de la tranebée à porter des barriques , des fascines et des sacs à terre, tandis que quelques officiers traçoient le travail le mieux qu'il leur étoit possible. Dans ce logement.
tel que le désordre permit de le faire , cinquante hommes se mirent à couvert avant la pointe du jour, et se cachèrent après avec des blindes et des ckaodeiiers aux lieux* qu'ils voyoient enfilés. Ainsi le duc d'Enghien se rendit maître du chemin couvert, et les assiégés ne purent défendre plus long;-temps leurs traverses entre les deux attaques.
Les nuits suivantes on ne fit rien qu'étendre ces logements , afin d*emhrasser la pointe de la demi-lune et des bastion».
Aussitôt qu*on fut logé devant la face de la demi-lune, le prince donna ordre de commencer une descente dans le fossé. Il fit jeter quantité de fascines pour le combler, et en même temps le mineur y descendit. Mais les assiégés avoient fait un petit logement avec des barriques le long de la berme de la demi-lune, qui empéchoit le mineur de se loger, tantôt avec des
bombes et tantôt à coups de mains. Le duc d*Enghien , voyant qu à moins que de rompre ce logement de la berme à coups de canon il étoit impossible de mettre le mineur en sûreté, fît faire une batterie de quatre pièces contre cette face de la demihme, et le canon ruina cette défense en peu de temps.
Les travaux de Tautre attaque s'avançoient beaucoup , et les logements s'étoient élargis de telle sorte à droite et à gauche que les batteries, destinées pour ruiner les flancs , furent dressées presque en même |our. Les logements se joignirent à la tête de la demi-lune, et en moins de huit jours toute la contrescarpe fut assurée. Alors on commença les descentes dans le fossé visà-vis des faces des bastions , et le prince fit préparer les matériaux pour la construction des galeries.
C'est un travail long et difficile quand
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le fosâé est large et profond comme celui de Tbionville. D ailleurs l'impatience des François ne leur permit pas d'y apporter toutes les précautions que Fart militaire demande pour ménager la vie des hommes.
Jusqu'au siège de Hesdin on se contentoit de combler le fossé avec des fascines jetées au hasard, sans se couvrir ni par-dessus ni par les flancs. Le maréchal de La Meilleraye, qui commandoit à ce siège, étant assisté de toutes les choses nécessaires pour y réussir, et ayant tenté vainement les voies accoutumées pour passer le fossé, se servit d'un moyen inconnu jusqu'alors en France. Courteilles trouva l'invention d'une galerie de fascines si ingénieusement faite qu'elle avoit sa couverture et ses parapets comme une galerie de terre.
Ce fut avec de semblables galeries que le duc d'Enghien fit passer le fossé de Tbionville. Il avoit fait amasser quantité de fas-
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cines à la queue de la tranchée, et Sjans cesse il y avoit des hommes ordonnés pour les porter à la tête du travail. Aussitôt que les descentes furent un peu avancées, Courteilles commença son ouvrage en cette manière.
Il fit jeter des fascines dans le fossé jusqu'à ce qu'il y en eût cinq ou six pieds de haut au-dessus de l'eau. Quand le monceau de fascines fut fait, on acheva de percer la sape pour entrer dans le fossé.
Six hommes y passèrent et se mirent à couvert contre la face du bastion , derrière cet amas de fascines, et, dès qu'ils furent couverts, ils commencèrept à les ranger à droite et à gauche pour former les parapets, les entrelaçant tantôt en long, tantôt en travers, tantôt en pointe, pour rendre l'ouvrage plus solide. A mesure que les travailleurs les plus avancés disposoient les fascines, d'autres leur en poussoient
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avec des fourches ; et les hommes , ordonnés pour les porter de la queue à la tête de la tranchée, les jetoient sans cesse dans le fossé. Ensuite on posoit le long de la galerie, de six pas en six pas, des blindes et des chevalets, afin que les travailleurs ne fussent pas vus de la hauteur du rempart. Us poussoient ainsi leur ouvrage peu à peu vers la muraille, et les assiégés étoient surpris de voir un amas de fascines traverser insensiblement la largeur de leur fossé, sans pouvoir découvrir les personnes qui le faisoient avancer. Pendant qu'on achevoit ces galeries à chacune des attaques, on dressoitles batteries contre les flancs des bastions. Le canon y fut si bien servi que celui de la place n incommoda plus les travaux, et même les assiégés furent contraints de retirer la plupart de leurs pièces sur un cavalier, doù ils ne pouvoient tirer que dans la plaine et sur la queue de la tranchée.
La batterie que l'on avoit jfaite pour rompre leur log^ement sur la berme de la demi-hine, en avmt si fort ébrai^ le rempart qiK il étoit aisé de s'y loger sans faire jouer la mine. C'est pourquoi les assiégés , désespérant de pouvoir défendre plus longtemps la demi^une, y avoient fait un four^ neau à l'endroit où ils prévoyoî^it que Fon se logeroit; et quand ils virent qu'on se préparoit à commencer l'attaque, ils mirent le feu à ce fourneau, mais il joua avant que les gens commandés fussent montés sur la demi-lune. L'efFet en fut si heureux pour les assiégeants qu'il ouvrit un espace très-commode pour placer leur logement, et fit en un instant ce que le travail de plusieurs hommes n'auroit pu faire en un jour.
Dès que ce poste fut assuré, le duc d*Enghien fit continuer d'autres logements dans la gorge de la demi-lune. Ensuite l'on
dressa une batterie conti*e la courtine et les flancs ; et pendant que le canon achevoit de ruiner toutes ces défenses, le prince ordonna de faire un pont semblable aux autres droit au milieu de la courtine.
Dans le même temps qu*on se mit à construire les ponts , le duc d'Enghien fit faire k coups de canon des trous pour attacher les mineurs dans le milieu des faces des bastions par des pièces qu'il fit placer au fond du chemin couvert. Ces trous étant d'une grandeur à loger deux hommes , il fit passer les mineurs dans des nacelles, afin que les mines fussent prêtes en même temps que les ponts seroient achevés.
Les assiégés n'oublioient rien de leur coté pour retarder ces travaux; car, outre le.
grand feu du mousquet qu'ils faisoient des bastions , ils jetoient sans cesse des bombes , des grenades , et d'autres feux d'artifice, et de temps en temps ils faisoient des
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sorties si opiniâtres que, sans la vigilance et l'application continuelle du duc d*Enghien, les soldats se seroient rebutés.
Dans une de ces sorties sur l'attaque de la droite, les assiégés chassèrent la garde delà batterie qui étoit sur la contrescarpe, se rendirent maîtres du canon , l'enclouèrent, et se retirèrent sans perte. Cet accident obligea le duc d'Enghien à faire élever deux bonnes redoutes pour assurer ses batteries. Les assiégés ne se rebutèrent point et tentèrent une des phis extraordinaires actions qui se soient vues dans un siège.
Pendant qu'ils occupoient la garde de la tranchée par une grande sortie, quelques fantassins passèrent le fossé sur des bateaux, se jetèrent dans la contrescarpe, et entrèrent jusque dans la batterie par les enibrasures, tuèrent ou chassèrent ceux qui la gardoient, enclouèrent lé canon, et se retirèrent heureusement daps la place.
traints de l'abandonner un quart d'heure après , ne pouinftnt soutenir le feu d'un retranchement que les assiégés avoient fait à la gorge d'un bastion.
Gassion, qui commandoit la garde de la tranchée, y fut dangereusement blessé à la tête; Lescot, lieutenant des gardes du duc d'Enghien , y fut tué. Le chevalier de Chabot et plusieurs officiers des gardes du roi y furent blessés. L'assaut qu'on avoit donné à l'autre attaque n'avoit pas été plus heureux, car les deux fourneaux n'ayant pas joué en même temps, le marquis de Gesvres s'avança au bruit de la première mine; et, comme il étoit sur le point de marcher à l'assaut avec plusieurs officiers, il fut accablé par l'effet du second fourneau. La perte d'un si brave homme ralentit fort ceux qu'il commandoit; ainsi l'attaque de la gauche se fit avec peu d'ordre et de vigueur, et le duc d'Enghien vit
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bien qu'il devoit aller avec plus de précaution contre des gens qui se défendoient avec tant d'opiniâtreté.
Il fallut donc percer jusque dessous le retranchement, et bouleverser ces bastions qu on ne pouvoit emporter par assaut. La Pomme, capitaine des mineurs, entreprit cet ouvrage malgré les pluies continuelles et les difficultés qui se rencontroient dans le terrain. La rivière étoit si débordée que les deux ponts qui communiquoient les quartiers avoient été emportés par la force de leau. Ainsi, les quartiers de Palluau et de Sirot étoient en grand péril ; et si le général Beck, qui étoit à Luxembourg avec son armée, fût venu les attaquer avant que les ponts fussent raccommodés, le duc d'Enghien n'y auroit pu apporter aucun secours.
Cependant le mineur que le duc d'Enghien avoit fait attacher au milieu de la
courtine, ne trouva derrière qu'autant de terre qu'il lui en falloit pour s y loger. Cela fit voir qu'on auroit plus t6t fait de la ruiner par une batterie. En efïet, quatre canons y firent en trois jours une brèche très-considérable, et en moins de six jours les mmes qu on faisoit sous les bastions se trouvèrent achevées.
Le duc d'Enghien fit avertir les ennemis de l'état où ils étoient^ afin qu'ils évitassent par une prompte capitulation la ruine et leurs troupes, le renversement des fortifications , et les malheurs qui suivent d'ordinaire les sacs des villes prises par assaut. Les assiégés visitèrent les mines, et, se voyant attaqués de tous côtés sans espérance d'aucun secours, demandèrent à capituler. Le duc d'Ënghien leur accorda des conditions très-honorables : ainsi, après une longue résistance, la garnison sortit le vingt-deuxième du mois d'août et
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le trentièiiie de rouverture de la tranchée.
De deux mille huit cents hommes qui composoient la garnison au commencement du siège, elle étoit réduite à douze cents. Le gouverneur avoit été tué, et la plus grande partie de ce qui restoit d'officiers étotent hlessés ou malades. Le duc d'Enghien les fit conduire à Luzemhourg, on Beck avoit toujours demeuré pendant le siège avec le corps qu*il commandoit.
La saison étoit avancée, l'infanterie Françoise éloit fort diminuée, et les mines avoient tellement ruiné la place qu'il fal* loit beaucoup de temps pour la rétablira Ainsi l'armée ne fit autre chose pendant trois semaines que remettre les fortifica* tions en état et combler la circonvallation.
Le duc d'Enghien renvoya le gros canon à Metz, pourvut la place de vivres et de munitions , et en donna le gouvernement à MaroUes*
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Mais afin d*assurer davantage cette conquête et de se rendre entièrement maître de la Moselle, le prince passa le reste de la campag[ne à prendre Sierck et quelques châteaux entre Trêves et Thionville. Sierck est une petite ville dans la Lorraine, située sur le bord de la Moselle, en un endroit où les coteaux resserrent extrêmement son lit.
Elle n*a aucune fortification, et toute sa sûreté dépend d'un château qui commande sur la ville. Il est flanqué par de grosses tours fort épaisses, et il passe pour le meilleur château qu il y ait dans toute cette contrée. Le duc de Lorraine y tenoit une garnison de cent hommes. Le soir même que le duc d-Enghien y arriva, il fitem* porter la ville et dresser une batterie devant le château. En même temps il fit attacher un mineur à la muraille. Le gouverneur, étonné de cette attaque, se voyant sans espérance de secours, ne voulut pas se mettre