‹ Relation des campagnes de Rocroi et de FribourgChapitre 7 sur 18 · T5U^^ XXXVI 9^^S · texte numérisé non relu

T5U^^ XXXVI 9^^S

bre de cavalerie auprès de lui. Le comte de Fontaines l'attendit avec une grande fermeté , et ne laissa point tirer que les François ne fussent à cinquante pas. Son bataillon s'ouvrit en un instant, et il sortit d'entre les rangs une décharge de dix-huit canons chargés de cartouches , qui fut suivie d'une grêle de mousquetades. Le feu fut si grand que les François ne le purent soutenir, et si les Espagnols avoient eu de la cavalerie pour les pousser, jamais l'infanterie françoise n'auroit pu se remettre en ordre.

Le duc d'Enghien la rallia promptement et recommença une seconde attaque. Elle eut le même succès que la première ; enfin il les chargea par trois fois sans les pouvoir rompre. Le corps de réserve arriva , et plusieurs des escadrons, qui avoient poussé la cavalerie espagnole, se rejoignirent au gros que le prince faisoit combattre. Alors l'infanterie espagnole fut enveloppée dé

-»^^j^ XXXVII ^f^s^***

tous côtés et contrainte de céder au plus grand nombre. Les officiers ne pensèrent plus qua leur sûreté, et les plus avancés firent signe du chapeau pour montrer qu'ils demandoient quartier.

Le duc d'Enghien s*étant avancé pour recevoir leur parole et pour leur donner la sienne, les Fantassins espagnols crurent que le prince vouloit recommencer une autre attaque. Dans cette erreur, ils firent une décharge sur lui, et ce péril fut le plus grand qu il eût essuyé de la journée. Ses troupes , irritées de ce qui venoit d'arriver à leur général, l'attribuant à la mauvaise foi des Espagnols, les chargèrent de tous côtés sans attendre l'ordre, et vengèrent par un carnage épouvantable le danger qu'il avoit couru.

Les François entrent Fépée à la main jusque dans le milieu du bataillon espagnol, et quelque effort que fasse le duc

^-i<''*T^tvflfr ^r'vrvwTT 9î£^^2QSEïM«

d*Eii^en pour arrêter leur fureur, les soldats De donnent aacnn quartier, mais particolièrement les Suisses qui s*achament d ordinaire au meurtre plus que les François. Le prince va partout criant que Ton donne quartier. Les officiers espagnols et même les simples soldats se réfugient autour de lui. Don George de Castelui, mestre-dc-camp, est pris de sa main. Enfin, tout ce qui peut échapper à la fureur du soldat accourt en foule pour lui demander la vie, et le regarde avec admiration.

Aussitôt que le prince eut donné les ordres pour la garde des prisonniers, il travailla au ralliement des troupes , et se mit en état de combattre le général Beck, s*il poussoitGassion et s*il osoit s^engager dans la plaine. Mais Gassion revint de la poursuite des fuyards et dit au duc d'Enghien que Beck n etoit point sorti du bois , se contentant de recueillir dans le défilé quelque

" •n j^lT^ XXXIX ^

débris de la défaite. Que même il Tavoit fait avec un si grand désordre, et si peu de connoissance de l'avantage qu il pou- Yoit prendre des défilés de la forêt, qu*on voyoit bien que la terreur des soldats de Melos s*étoit communiquée aux siens. En effet, après avoir sauvé quelques restes de larmée espagnole, il se retira avec une précipitation incroyable et abandonna même deux pièces de canon.

Le duc d'Enghien, voyant sa victoire entièrement assurée, se met à genoux au milieu du cbamp de bataille et commande à tous les siens de faire la même chose pour remercier Dieu d'un succès si avantageux.

Certes , la France lui devoit en cette rencontre de grandes actions de grâces ; car on peut dire que depuis plusieurs siècles les François n avoient point gagné de bataille ni plus glorieuse ni plus importante.

Il s*y fit de belles actions de part et d'au-

-^-^^ÏÉ^ XL gB^^sîF^

tre. La valeur de Tinfanteric espagnole ne se peut assez louer ; car il est presque inouï qu après la déroute d'une armée un corps de gens de pied dénué de cavalerie ait eu la fermeté d'attendre en rase campagne, non pas une attaque seule, mais trois de suite sans s'ébranler; et il est vrai de dire que, sans le gros de réserve qui vint joindre le duc d'Enghien, ce prince, tout victorieux qu'il étoit du reste de l'armée espagnole, n'eût jamais pu rompre cette brave infanterie.

On y remarqua une action extraordinaire du régiment de Yelandia» Dans la première attaque que fit le duc d'Enghien , les mousquetaires de ce régiment, ayantété taillés en pièces , et son corps de piquiers , étant enveloppé de tous c6lés par la cavalerie françoise, il soutint toutes les cliarges qu'on lui fit, et se retira en corps au petit pas jusqu'au gros de l'infanterie espagnole.

Page 1