‹ Relation des campagnes de Rocroi et de FribourgChapitre 8 sur 18 · J^ XLI · texte numérisé non relu

J^ XLI

Lorsque l'aile gauche des François fut rompue, on vint dire à Sirot qu'il sauvât le corps de réserve, qu'il n'y avoit plus de remède, et que la bataille étoit perdue^ il répondit sans s'ébranler : « Elle n'est pas « perdue , puisque Sirot et ses compagnons « n*ont pas encore combattu. » En effet, sa fermeté servit beaucoup à la victoire. Mais, au rapport même des Espagnols , rien n'y parut de si admirable que cette présence d'esprit et ce sang-froid que le duc d'Enghien conserva dans la plus grande chaleur du combat; particulièrement lorsque Taile gauche des ennemis fut rompue : car, au lieu de s'emporter à la poursuivre, il tourna sur leur infanterie. Par cette retenue , il empêcha ses troupes de se débander et se trouva en état d'attaquer avec avantage la cavalerie des Espagnols qui se croyoit victorieuse. Gassion y acquit beaucoup d'honneur, et le duc d'Enghien

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lui donna de grandes marques de son estime; car, dans le champ de bataille même, il lui promit de demander pour lui le bâton de maréchal de France, que le roi lui accorda peu de temps après.

De dix-huit mille hommes de pied qui composoient Tarmée de Melos , il y en eut plus de huit mille de tués sur la place et près de sept mille prisonniers. Le comte de Fontaines, mestre-de-camp général, fut trouvé mort auprès de sa chaise à la tête de ses troupes. Les Espagnols regrettèrent long-temps sa perte, les François louèrent son courage, et le prince même dit que s'il n avoit pu vaincre, il auroit voulu mourir comme lui. Valandia et Vilalua, mestresde-camp espagnols , eurent un pareil sort.

Tous les officiers furent pris ou tués. Les Espagnols perdirent dix-huit pièces de campagne et six pièces de batteries. Les François remportèrent deux cents drapeaux et

soixante étendards. Le pillage fut grand, et, outre le butin du bagage, on trouva Targent d'une montre entière que Farmée espagnole devoit toucher après la prise de Rocroi. Du côté des François il y eut environ deux mille hommes de tués , mais peu d'officiers et de gens de qualité.

Le duc d'Enghien logea ensuite son armée dans le camp des ennemis; et, après avoir donné ordre pour les blessés , il entra victorieux dans Rocroi. Il y apprit le lendemain que Melos s'étoit retiré du combat après la déroute de Taile droite de son armée, et qu'il n'avoit pensé à rassembler les fuyards que sous le canon de Philippeville.

Sa cavalerie le vint rejoindre en ce lieu ; elle n avoit pas reçu beaucoup de dommage, mais l'infanterie fut entièrement iniinée, et les campagnes suivantes ont fait voir la grandeur de cette perte que l'Es-

pagne n'a jamais pu réparer. Tant il est vrai qu'une bonne infanterie ne peut être conservée trop soigneusement, soit dans la guerre, soit dans la paix, parce qu'il n'est pas au pouvoir des plus grands rois de rétablir, qu'avec beaucoup de temps, un vieux corps d'officiers et de soldats accoutumés à combattre ensemble et à souffrir les fatigues de la guerre.

Le duc d'Engbien , après avoir demeuré deux jours à Rocroi , mena l'armée à Guise par le même cbemin qu'elle étoit venue.

Elle s'y reposa quelques jours, pendant lesquels le prince prépara toutes choses pour entrer dans le pays ennemi. Comme les magasins n'avoient été faits que pour la défensive, il fallut faire porter des vivres et des munitions dans les places les plus avancées de la frontière.

La Flandre étoit ouverte de tous côtés.

En quelque lieu que le duc d'Engbien eût

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