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CHAPITRE IX

De la musique des Indiens.

Je ne dois pas omettre ici un autre moyen auquel les missionnaires ont eu recours ; moyen également capable de nourrir, d’accroître la dévotion des fidèles, et d’attirer les infidèles même à notre sainte religion ; ça été d’introduire la musique dans ces contrées. La plupart des missionnaires ont une connoissance suffisante de ce bel art. 11 s en est trouvé qui la possédoient à fond. On 11e sauroit croire combien la musique a de charmes pour les Indiens. Les ministres de Jésus-Chris! pensèrent d’abord à profiter dun goût si marque qu’ils recoimoissoient dans ces peuples pour 1 liât -

mon ie . A peine un mi ssio n n a ir e a voi t-i 1 co m m en cé

de chantier quelques cantiques sur la doctrine chrétienne, que ces Indiens, alors infidèles, sortoient aussitôt des bois et de leurs retraites, pour suivre avec les transports les plus vils celui dont la voix avoit frappé leurs oreilles. Alors le missionnaire les voyant rassemblés en grand nombre autour de lui, commencoit û leur annoncer les vérités évangéliques 2 et préparoit ainsi les voies a la fondation de quelque nouvelle peuplade.

Outre ce goût naturel que les Indiens avoieip pour toute sorte de musique, les missionnaires

leur reconnurent d’excellentes dispositions pou la pratiquer. Il est assez commun de rencontre parmi eux de très-belles voix. On prétend qu’il en sont redevables en partie aux eaux des fleuve Parana et Draguai.

Les missionnaires font un choix des enfant qui montrent dès leurs premières années plus d dispositions pour la musique. Us leur apprenneu a chanter et à jouer des instruments avec tant d justesse et de précision, que leurs pieux concert ne plaisent et ne touchent pas moins que ceu d Europe. 11 s est donc établi dans chaque réduc lion une chapelle de musiciens, qui exécutent 1, musique la plus simple comme la plus composée

On sera sans doute étonné d’apprendre qui nous n avons en Europe presque aucun -i Us tru nient de musique qui ne soit en usage chez le ludions des réductions; quils savent jouer de; orgues, du luth, de lépinette, du violon, du vio loncellc, de la trompette, etc. Bien plus, que le; instruments dont ils se servent aujourd’hui son presque tous l'ouvrage de leurs mains.

Beaucoup d Européens qui ont entendu la mu-

siipie des Indiens ont assuré qu’elle n’é.loit, poin inférieure à celle des cathédrales d Espagne. En lu plusieurs choses que le P. Cattaneo prjoit M. Catlanco son frère de lui envoyer, il lui demandoil celles que je vais dire, dans une lettre datée dt mois de Février jydo. ce Je voudrois de plus, C( )> sont les propres paroles de ce missionnaire .

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» trois ou quatre messes en musique, les vêj res

des confesseurs et celles de la Vierge aussi eu » musique , avec la parti t ion en tière le tou t co j >ié w Lien fidèlement, soit poux la note, soit pour les ?) paroles, et des meilleurs maître d Italie.; enfin » douze ou quinze concerto du seigneur Alberti o) de Bologne, mais des premiers qu’il a comî) posés , et qui sont si estimés des coimoisseurs, » sans être d une exécution trop difficile. »C'étoit

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pour ses chers néophytes que le missionnaire de- ■iuandoit toutes ces choses, et I on peut juger par là de leur habileté.

Ajoutons à cela ce qu'a écrit un Espagnol qui a voit accompagné levèque de l’Assomption, lo;sque ce prélat lai soit la visite des réductions de 1 Draguai. Voici de quelle manière il s exprime ;

• .« Dans une des dernières visites que monsei- » gîieur notre évoque a laites chez les Guaranis, » nous étions prêts d’arriver à une des réductions. » Tous les habitants étoîcnt venus au-devant du a prélat. Lu chœur d éniants s avançait vers nous

» en chantant les louanges de la doctrine chré- 3> tienne. Mais un d'entre eux s’attira bientôt les » regards de tout ce que nous étions là d Espa- « giiols ; il jouoit dn violoncelle avec tant de grâce w et jd adresse, que le prélat, frappé d’admiration w comme Les autres , fit arrêter le chœur , et appro- 3> cher l’enfant, à qui îl ordonna de jouer seul une *> sonate. L'enfant obéit, et après avoir salué pro- ?) fondement le prélat et les personnes de sa suite,

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* ^ Rppnja 1 instrument sur sou pieu, et joua « pendant environ un quartdlieure avec une » tej le précision et u ne telle légèreté ([néo n nepou- J> voit se lasser de l’entendre et de 1 admirer. Pas-

* sa nt moi -me me en d autres temps par quelques ;) réductions ou les missionnaires m’ont toujours » lait un accueil très-favorable, j ai entendu pins « d une fois la musique desindiens, et ça toujours » été avec une nouvelle surprise. J ai peine à

croire quon entendit avec plus de plaisir la » musique des cathédrales d Espagne les plus cé- » lèpres. v>

i elle est l'attention des missionnaires à profiter de tout ce qui peut attacher les Indiens à la religion; et l’expérience fait voir que cette musique mâle de l'Eglise, bien loin d amollir les cœurs , augmente la dévotion des néophytes, en même temps qu elle leur procure un plaisir très-sensible. Cela paroît sensiblement lorsqu'ils assistent à des messes solennelles, à des processions et a d autres pieuses cérémonies, oit ces enfants dont j’ai déjà parié chantent d une manière si dévote les louanges de Dieu et des saints mystères, C'est d’ailleurs une des choses qui frappent le plus les infidèles, lorsqu’ils viennent dans les réductions, et qui leur donne le plus d’envie de s’y fixer.

Les anciens racontent dans leurs écrits des exemples merveilleux du pouvoir qu'a la musique sur les cœurs les plus farouches, et leurs expressions se trouvent encore au-dessous de la réalité.

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Mais rien sans doute n est plus glorieux j>our cet art charmant que d’avoir contribué à multiplier le nombre des chrétiens. L’estime que les Indiens ont pour la musique fait qu'ils se tiennent trèsho-norts quand on les choisit pour remplir une place de chantre dans l’église. En effet ceux que Ton élève à cette espèce de dignité sont ensuite considérés par les autres comme les plus habiles de la nation, parce qu’ils savent lire la messe et les heures canoniales. Ceux qui ne savent pas lire les consultent, quand il leur est né un enfant } pour savoir quel nom il faut lui donner. On suppose que ccs chantres doivent savoir de quel saint ou célèbre la fête ce jour-là dans i église. -Mais il est arrivé plus d’une fois que le chantre n’entendant pas le latin , leur a suggéré un nom peu convenable, tel que Caiphas, Piscina , Capharnaum , parce que comme on faisoit l’office de la férié, il n’avait trouvé dans la messe du jour que ces noms-là qu’il ayoit pris pour des noms de saints. Le missionnaire qui v.cnoit ensuite pour administrer le baptême, étant instruit de la simplicité du chantre, après lui avoir montré son erreur, donnait à l’enfant le nom qu’il jugeoit à propo$.

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De la manière dont les nouveaux chrétiens du P ara g uai solennisenî les principales fêtes, de

année.

^omi i»e pas répéter ici une partie des choses que fai déjà dites, en parlant de l’assiduité des néophytes dans les églises , je me contente d observer d'abord en peu de mots que leur assiduité redouble aux principales fêtes de l’année, que îa plupart ne manquent point ce jour-la de se présenter à la table eucharistique. Je m’arrêterai un peu davantage aux fêtes dont la célébration a quelque chose de particulier qui mérite d’être rapporté.

Lorsque. la Fête-Dieu approche, les Indiens sé préparent à la célébrer le plus magnifiquement qu’il leur est possible. Ils ornent 1 église avec un soin particulier, aussi-bien que les places et les rues par où la procession doit passer. La j auvrçté >ù ils vivent ne leur permettant pas d employer lutre chose à l'embellissement de la cérémonie que des ornements champêtres, ils les disposent d’une manière si élégante et si diversifiée, qiv ils forment un spectacle pour le moins aussi agréable que nos tapisseries, nos peintures et notre argenterie. Les Indiens dressent d’espace en espace dans

les rues des arcs de triomphe qui en occupent toute la largeur. Ils les revêtissent de branches d arbres entrelassees les unes dans les autres, avec des bordures et des festons faits des fleurs les plus agiéables, et des plus beaux fruits qui se trouvent dans la saison. Les uns vont à la pêche des poissons les plus estimés; les autres vont à la chasse, d ou ils rapportent des cerfs , des tigres, des lions, et d’autres animaux singuliers, qu'ils suspendent avec symétrie à ces arcs de triomphe. Ils y joignent des paons, et d autres oiseaux, que les caciques sont chargés de fournir. Maissurtout ils ramassent le plus qu’ils peuvent des oiseaux en. vie les plus remarquables par 1 éclat et par la diversité de leurs couleurs. Ces oiseaux se trouvent communément sur les bords et dans les îles des grands fleuves, et principalement du Paraguai. Ce fleuve ne doii même son nom, qui dans leur langue signifie le fleuve des plumes, qu’à la multitude d oiseaux singuliers qui naissent sur ses rives. Les Indien s attachent aux arcs de triomphe ces oisea u x pai le pied avec un cordon assez long pour qu'ils puissent, en voltigeant de branche en branche, taire huilier leurs beaux plumages.

Les Indiens placent encore le long des rues de petits tigres vivants, ou d’autres bêtes léroiws qu’ils ont prises dans des pièges; ils les attachent de sorte quelles ne puissent nuire à personne; c est la^pour eux le comble de la magnificence, be devant des maisons est orné à peu près dans

le même goût que les arcs de triomphe, cl herbes odoriférantes, de fruits, de fleurs, d’oiseaux, de tourtes et de gâteaux de toute espèce que les femmes cuisent exprès pour ce jour-là-, le tout entremêlé en forme de festons, de trophées, et sous mille autres figures plus agréables les unes que les autres. On y voit aussi quelques pièces de toile garnies de plumes, qui par la diversité de leurs couleurs, ou par l'artifice de leur assortiment, offrent un spectacle singulier. La terre est jonchée de feuillages, de fleurs, d’herbes odoriférantes. 11 semble que toutes les espèces de créatures se sont réunies pour rendre hommage à leur Créateur.

Enfin les Indiens disposent au devant de leurs maisons, dans des corbeilles fort propres, le maïs, et les autres grains dont ils doivent ensemencer leurs terres, afin que le Seigneur à son passage daigne y répandre sa bénédiction, et les multiplier à proportion des besoins de la peuplade.

Après la grand messe la procession s’arrange à peu près comme en Europe. Quelques compagnies de soldais ouvrent la marche au son des tambours et des autres instruments guerriers. On les arme ce jour-là de fusils, dont ils font de temps en temps des décharges. Les hommes et les femmes marchent les uns devant, les autres derrière le Saint-Sacrement , arrangés de la même manière qu ils le sont ordinairement dans 1 église. Les caciques, les capitaines, le corrégidor royal, les alcades, les procureurs dn peuple, et les autres officiers civils c!

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militaires, sc placent, autour du dais sous lequel est portée la divine Eucharistie. Quelques zélateurs des plus vénérables sont répandus de coté et d'antre pour maintenir le bon ordre, et pour empêcher qu’il 11e se passe rien de «feutra ire au respect qu’exige la présence de Jésus-Christ. Personne 11 osèrent s absenter de cette cérémonie sans une raison légitime. Personne n'y ouvre la bouche, si ce 11 est pour chanter les louanges de Jésus-Christ, hommes etlemmes, grands et petits, tous donnent des preuves authentiques de leur foi envers ce grand mystère de 1 amour de Dieu pour les hommes. Les musiciens, partagés en différents chœurs, font retentir Pair de pieux cantiques durant tout le cours de la procession. Lorsqu'elle est rentrée dans leglise, quelques .chrétiens h un âge mûr et d une fidélité à toute épreuve sont choisis pour aller ramasser toutes choses comestibles qu’on a fait servir â la de curation des aies de triomphe et des maisons. Elles sont distribuées par les missionnaires, qui envoient d’abord aux malades tout ce qu’il y a de plus délicat. Le reste est pour les Indiens qui ont contribué davantage à 1 embellissement de la fête. C est ainsi que le vrai Dieu triomphe au milieu de ces nations qui paroissoient auparavant ne savoir pas même qu il y eût un Dieu. On invite à la fête les infidèles du v apanage, et il arrive souvent que plusieurs, touchés d’un si religieux spectacle, renoncent à leur infidélité, et demandent à être admis dans la peuplade au rang des catéchumènes.

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relation des missions Le concours est encore plus grand pour la fête* du saint dont la peuplade porte le nom. Deux ou trois des réductions voisines y sont invitées, et s’y rendent ordinairement ayant à leur tète les corrégidors et les caciques revêtus de leurs habits de cérémonie.

La veille, à h heure de midi, la fête est an- . noncée par le son des cloches, et par le bruit des trempettes et des tambours qui s assemblent devant la maison de Faifiere royal. Ccst ainsi que bon nomme l'officier qui porte létendard royal dans les mandes cérémonies. Cet étendard est

placé sous un dais magnifique au-dessus de la porte de Faifiere. A Fheure marquée, Faifiere, monté sur un cheval richement caparaçonné, se met en marche avec tout son cortège pour se rendre a 1 église. Il est accompagné des notables de différentes réductions, qui sont ordinairement ail nombre de cinq cents, tous à cheval, et précédés de quelques compagnies d'infanterie. O11 porte devant lui létendard royal. A la porte de l’église, cet étendard est remis entre les mains de Falliere,, qui, après avoir reçu Feau bénite des mains du curé, est conduit en cérémonie a la principale chapelle , et s y place sur une estrade couverte d un tapis : honneur néanmoins doLt il ne jouit que ce seul jour-là dans toute 1 année. Lorsque les premières vêpres sont achevées, on fait danser dans 1 église quelques troupes d enfants habillés proprement et modestement, ainsi

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