DU P A II A G U A G
pour ne plus mourir. Scs intentions sur ce point ne sont peut-être nulle part mieux suivies qu’au Paraguai. Le cimetière, qui est plus ou moins grand, suivant le nombre de fidèles qui habitent chaque peuplade, est toujours à côté de l'église. C'est ordinairement une place carrée, enfermée de murs à hauteur d'appui, et environnée de palmiers et de cyprès. En dedans se trouvent plusieurs rangs d'orangers que la température du climat fait croître en pleine terre. Du côté qui regarde la campagne, on voit une allée fort spacieuse toute plantée d orangers et de citronniers. Cette allée conduit à une chapelle où bon va tous les lundis en procession chanter la messe des morts. Aux deux bouts et au milieu de l’allée, on a dressé de grandes croix. Lorsque la procession en rencontre quelqu'une, elle lait une pause, pendant laquelle on chante quelque prière de l'Eglise.
11 ne sera peut-être pas inutile de remarquer que les seuls missionnaires sont, enterrés dans l'église. Plût à Dieu qu'un semblable usage, observé autrefois en Italie, s'y conservât encore! Nos temples ne seroient pas infectés comme ils le sont de la mauvaise odeur des cadavres.
On a bâti hors des réductions à une juste distance de petites chapelles bien entretenues et ornées fort proprement. C'est là que se rend la procession aux jours de saint Marc, des rogations, du titulaire de l’église, et quand on lait les
stations du jubilé. Elle passe par les rues de la réduction 5 qui sont toutes tirées au cordeau , et ont chacune à leur extrémité une croix bien travaillée. A chaque croix qu’on rencontre la procession s’arrête. Les enfante chantent en musique quelque chose de la doctrine chrétienne. Le peuple répond en plain-chant. On ne sort de la réduction que pour entrer dans des avenues fort agréables formées de pins, de palmiers et d'orangers bien allignés; elles s’étendent jusqu’aux chapelles où la procession doit se rendre; elles la mettent à l’abri du vent et la garantissent des ardeurs du soleil. Ainsi tout concourt à exciter la dévotion des fidèles dans ces pieuses cérémonies, sans que rien puisse la troubler.
Du PARAGE AI.
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'Attentions des missionnaires pour empocher que les Indiens ne retombent dans leurs anciens désordres. — Succès de leurs travaux.
La dévotion des chrétiens du Paraguai ne sr borne pas à une mortification, ni à des pratiques extérieures. Ou les a formés avec soin à cette partie essentielle de la piété chrétienne, qui consiste à réprimer les passions.
J ai déjà dit que 1 ivrognerie, l'incontinence et la cruauté étoient des défauts presque universellement répandus parmi les barbares. Quant au premier de ces défauts, les missionnaires en ont inspiré tant d horreur aux néophytes que la chica est devenue chez ces peuples une boisson innocente, et na plus d’autre effet que de les soutenir dans leurs travaux. Les lois sévères qu on a portée» contre ceux qui s’ enivrer oient sont en quelque sorte devenues inutiles. Lorsque les Indiens sont venus dans les villes espagnoles, ou les a souvent pressés de boire du vin; mais ils n en ont pas meme voulu goûter , et ils ont reproché plus d une fois aux Espagnols étonnés d un tel refus ce qu'ils » ne venoit d’Espagne rien de bon , si ce n doit » le vin, qui sembloil meme devenir un poison « entre leurs mains. »
L’incontinence est également bannie des réductions. Presque tons les Indiens se marient dès qu'ils ont atteint l’âge de puberté. S'il arriyoit quelque scandale en ce genre , le châtiment sui- \roit de près la faute. D ailleurs on a pris toutes les précautions imaginables pour éloigner les néo-‘ pin tes des occasions du péché. Il n’y a dans chaque maison qu'une seule famille composée du père , de la mère et des enfants. Les hommes et les femmes ne se trouvent jamais confondus ensemble d ans les lieux publics. Les puits, les fontaines, les lavoirs qui sont communs à tout le peuple, sont toujours en un lieu découvert de toutes
parts, et exposés à la vue de tout le monde. Quelques vieillards respectables par leur âge et par leur vertu sont chargés d’y veiller pendant tout le jour, afin qu’il ne s’y passe rien de contraire à la décence et aux bonnes mœurs.
On est encore plus attentif à empêcher que les temples de Jésus-Christ ne deviennent une occasion de chute ou de scandale. Conformément aux instructions de saint Charles Borromée , cru’on suit encore aujourd hui en plusieurs villes d’Italie, chaque église des réductions est divisée en deux parties, lune pour les hommes , l’autre pour les femmes. On laisse entre deux un espace vide qui s’étend depuis la grande porte de l’église jusqu’au sanctuaire. Chaque côté se subdivise' en trois classes ou quartiers. La première classe est celle des enfants qui se placent près de la ha lu s-
{rade du sanctuaire. Derrière eux sont deux nu trois zélateurs; c’est ainsi qu'on appelle ceux que l’on charge de maintenir le bon ordre pendant les saintes cérémonies de la religion. Ils tiennent en main une baguette, dont ils touchent ou frappent sur-le-clïamp quiconque s'écarte tant soit peu de la modestie et du respect convenables.
La seconde classe est celle des jeunes gens placés derrière les enfants et gardés par d autres zélateurs d’un âge plus avancé. La troisième comprend des hommes de tout âge, qui ont aussi leurs zélateurs choisis parmi les vieillards les plus respectables. Les femmes sont arrangées de la même manière de l’autre coté de l'église.
L'on entre et l'on sort par les portes latérales. Les hommes par celle qui est de leur coté, et les femmes par l’autre. Lorsque bon entre, chacun se rend par le plus court chemin au lieu destiné pour sa classe. Ce bel ordre est si rigoureusement observé que personne n’oscroit y contrevenir.
Les missionnaires 11e se contentent pas de veiller pendant le jour, soit par eux-mêmes, soit par autrui, sur les mœurs des néophytes : iis ont pendant la nuit des émissaires secrets, (jui les avertissent soigneusement de tout ce qui pourroit demander un prompt remède. La nuit est partagée èri trois veilles. On change à chaque veille ces espèces de sentinelles, qui paraissent n ôtre occupées que de la sûreté du pays, et ri être destinées qu à
prévenir toute surprise de la part des sauvages eu des Mammelus.
Ces atten tions et beaucoup d'autres semblables jointes aux vives et ferventes exhortations des missionnaires, entretiennent les néophytes dans 1 horreur du vice. On a vu plus d'une fois de jeunes vierges se laisser assassiner par des Indiens infidèles ou mal convertis, plutôt que de consentir à leurs désirs criminels. Tous les Indiens sauvages laissent croître leur chevelure, et l’on ne sauroit leur faire un affront plus sensible que de la leur couper; d où il arrive quelquefois qu’on a peine à distinguer un jeune homme d avec mie femme, parce que les Indiens n’ont presque point de barbe, et qu elle leur vient fort tard. Mais cet inconvénient n'est point à craindre dans les réductions. Les chrétiens portent les cheveux courts, lis élèvent leurs enfants dans cet usage. Ainsi l’on fait aisément la distinction des hommes et des femmes, des fidèles et des infidèles*
Ma is ce qui contribue peut-être encore plus que toutes ces précautions à éloigner les Indiens du vice, c’est l'heureuse habitude qu’ils oïit contractée de ne jamais perdre de vue, pour ainsi dire, la présence de Dieu et les devoirs de la religion. Tout les y rappelle sans cesse. Leur mémoire est remplie de pieux cantiques quils ont appris dès l’enfance. Ils les répètent souvent dans leurs maisons, ils en font retentir les champs et les bois, lorsqu’ils travaillent.
DU P Alt A (U Aî.
C’est ce qui excite lad mi ration des Espagnols, lorsqu’ils se rencontrent avec ces bons Indiens, et surtout lorsqu’ils ont à traiter avec eux. On n entend presque sortir de la bouche do ceux-ci que des cantiques spirituels et des discours de piété. Jamais ils ne profèrent ni jurement, ni imprécation, ni aucune parole injurieuse ou peu séante, quoique les Européens ne s observent pas toujours beaucoup sur cet article , non plus que sur bien d’autres, en la présence des Indiens, qui savent avec le secours de la grâce divine se préserver de la contagion du mauvais exemple.
Le président D. Joseh de Sala&ar avoit fait
venir 5oo chrétiens des réductions à Buenos- Ayres, pour les y employer à des travaux publics. Lorsqu ils furent de retour chez eux, quelquesuns disoient avec candeur à leur missionnaire; « Comment nous dites-vous que telle qu telle » action sont des péchés contre 1 honnêteté, contre » lacharité, tandisqucnous savons àu en pouvoir » douter que beaucoup d Espagnols les commet- » tent impunément ?... Mes enfants, répondoit le » Père, je 11e saurois vous dire autre chose, sinon » que nous prêchons aux Espagnols la même doc- » trine qu’à vous. Elle vient de Dieu, et elle est » immuable comme lui. Si les Espagnols ne 1 ob- » servent pas, ils en rendront compte au tribunal » du souverain juge , qui leur fera payer bien cher ».lcur négligence. Pour vous, soyez lidéles à la » mettre en pratique; et Dieu récompensera votre
RELATION DES MISSIONS vous ferez voir par là que vous avez
» plus de jugement que les Espagnols. »
C est en particulier afin de prévenir les pernicieux effets du mauvais exemple, que les rois
catholiques, à la prière des missionnaires, ont lait défense aux Esnaprmls nt à tmis Jp.ç mitrpc Rn
dans leurs voyages la nécessité ne les y oblige* alors il ne leur est pas même permis de rester plus
de trois jours dans chacune. Les évêques et leurs grands-vicaires, les gouverneurs de la province ne sont point compris dans la défense. Dès qu’on voit arriver un Européen, quelque Indien sage et discret se met aussitôt à ses côtés, sous prétexte de 1 accompagner et de lui faire honneur; mais c’est en effet pour l'observer , pour veiller de plus près sur sa conduite.
Les réductions les plus éloignées des yeux et du commerce des Européens sont aussi celles où l’on remarqué le plus de ferveur et d'innocence dans les néophytes. Bien loin qu’ils aient donné chez eux le moindre accès au relâchement, leur piété semblés accroître et se fortifier tous les jours.
(lest ainsi que nous voyons régner en Europe
parmi les habitants des campagnes, la crainte de Dieu, Y horreur du péché, parce qu’ils sont séparés des mauvais chrétiens qui vivent dans les
villes. La frugalité de leur repas, leur assiduité au travail sont cause qu’il n’ont ni la commodité ni la volonté d'offenser Dieu.
Mais comme l’exemple des Pères influe ordinairement plus que tout le reste sur lu conduite des enfants , les chrétiens des réductions prennent un soin spécial de bien élever ceux que le ciel leur a donnés; ils tâchent de leur inspirer une piété vraie et solide, et de leur servir eux- memes de modèles. Les plus âgés sont les plus exacts observateurs de la loi. Faut-il s’étonner que la jeunesse s’efforce de les imiter, et n ose sortir des bornes de la modestie?
Pour ce qui regarde la cruauté et 1 esprit de vengeance , ces vices si enracinés dans le cœur des sauvages, il lien reste plus aucun vestige dans les réd uct ion s. Les néoph y tes vi ven t e n Ire c ux co mm < * de bons frères, et l'on pourrait bien leurappliquer ce que l’Ecriture dit des premiers chrétiens. Tous ceux qui croyoient en J ésus-Clirist n avoient qu un cœur et quune urne. Un homicide est une chose inouie jusqu à présent dans les peuplades curetiennes du Paraguai. La discorde s’y montre rarement; et les procès, s il s en élève quelqu un, cai ils y sont très rares, sont aussitôt terminés par des juges préposés pour cela.
Quoiqu’il y ait des fonds établis pour l’entretien des pauvres, chacun selon ses facultés se fait encore un devoir de les secourir. Bien plus, si les habitants d’une peuplade ont fait une mauvaise récolte, les réductions voisines s empressent de les soulager, et de suppléer à la disette où ils se trouvent. Elles leur donnent de quoi subsister
commodément jusqu a l'année suivante, et de quoi ensemencer leurs terres, sans exiger autre chose pour prix cl un tel service, qu’un pareil secours dans un semblable besoin.
La charité des néophytes paroît redoubler en faveur des idolâtres, alin de les attirer â la eonnoissance du vrai Dieu. 11 n’y a point d affront ou de mauvais traitement auquel ils ne s’exposassent volontiers, dans lespérance de convertir un in-' fidèle. Quand ils peuvent en engager quelqu'un à venir voir la réduction, il y est reçu avec tous les témoignages de la joie la plus vive et la plus sensible. Plus il semble dépourvu d humanité, plus on lui fait de caresses; on le loge, on le nourrit , ou 1 habille, chacun lai donne tout ce qu'il a de meilleur. On lui enseigne la doctrine chrétienne et les prières de i'Egiisc; et quand ensuite il se détermine à embrasser la foi^ c’est le sujet dune réjouissance publique, à laquelle il n'y a personne dans la peuplade qui ne prenne une part très-sensible.
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