‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 12 sur 30 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Occupations des missionnaires auprès des néophytes.

-Ows charpie réduction, il y a ordinairement deux prêtres , dont l’un est curé en titre. Il en 10 tou]ours un dans la peuplade pour assister *(‘? nt'°P*lytcs au besoin, tandis que l’autre parcourt les campagnes, soit pour visiter les malades, soit pour instruire et consoler ceux qui étant obliges par leur état de veiller sur les troupeaux et sur >es grains, ne sauroient venir à l’église. Lorsqu ij survient une nécessité pressante, les missionnaires des peuplades voisines se prêtent mutuellement du secours.

. dimanche et le jeudi on explique la doctrine chrétienne à tout le peuple assemblé dans 1 eg.li$o , et i on fait chaque jour le catéchisme aux entants, dont le nombre se monte ordinairement à plus de 1,000.

il y a encore des temps marqués pour instruire en particulier les enfants qui doivent s’approcher pour la première fois du tribunal de la pénitence, ou de la divine Eucharistie. D’autres temps sont destines à 1 instruction des catéchumènes. Ceux (ï sont presque toujours en grand nombre, et donnent beaucoup de peine aux missionnaires.

DU PARA GITAI. joq

parce qu'on ne peut se faire entendre deux que par interprètes , jusqu à ce qu ils aient pu apprendre la langue des Guaranis, qui est celle quon parie le plus ordinairement dans les réductions du Parana et de 1 (draguai.

Le confessionnal emporte aussi Lien du temps; car les confessions des Indiens sont presque toujours fort longues et lort emharassantcs, parce que ces bonnes gens ont une infinité de doutes à proposer , ou de scrupules ;\ lever. C est un usage etajjii que tous les néophytes se confessent aux ie-es de Noël, de Pâques, de la Pentecôte, du saint patron de leur église, et pendant le jubilé que le Saint-Siège leur accorde chaque année.

Pendant le jubilé, les missionnaires des difïërcmes réductions vont ies uns chez les autres, non-seulement pour s eu tr aider, mais afin que les chrétiens aient la liberté de se confesser à des prêtres étrangers. Les confessions commencent boit jours avant celui qu on a marqué pour gagner lindulgence. Elles se font ainsi sans confusion. On dispose pendant cette semaine les fidèles à la communion générale par tous les exercices de pieié qui se pratiquent en ces occasions*

Les missionnaires ont institué dans chaque peuplade deux congrégations, composées d’un, certain nombre de fidèles, et semblables à celles quon voit en Europe. Dans lune on admet les jeunes gens, depuis douze jusqu'à trente. Celle-là est sous la protection de l’archange saint Michel

L’autre, qui est sous la protection de la sainte Y ierge , est ])our les gens d un âge plus avancé. On n'est reçu dans les congrégations qu après l'avoir long -temps demandé, et avec des instances réitérées; il faut avoir donné d ailleurs des preuves non équivoques d’une piété fervente et soutenue. Les congréganistes s’assemblent ledimanche avant Ls vêpres, pour entendre un sermon, à la fin duquel ils récitent les prières qui sont en usage dans les congrégations d'Europe, Les congréganistes se confessent et communient très-souvent. Lorsqu ils tombent dans une faute considérable, on ne sauroit les punir dune manière plus sensible qu en les renvoyant de la congrégation.

Les soins et les peines des infatigables missionnaires ne se bornent pas encore là. Une de leurs principales occupations est d’assister les malades. On n’a pu parvenir jusqu’à pèsent à modérer ) appétit excessif des Indiens. L'habitude et la faim qui les pressent ont toujours prévalu sur les leçons qu on leur a faites dune salutaire tempérance. ils continuent donc à manger sans aucun ménagement, ils se remplissent, comme nous l'avons dit, de toutes sortes de fruïtset de viandes presque crues , qui leur causent de très -fréquentes indigestions. Leur unique remède alors est de s al-

1er plonger dans le fleuve voisin* Ils dorment ensuite sans autre précaution sur 1 herbe et sur la terre humide. Ce désordre est le principe de beaucoup d’infirmités et de mauvaises humeurs qui se

DU PÀRÂGUAI.

transmettent des pères aux enfants. D ailleurs lorsque les Indiens sont malades, ils ne savent ce que c'est que de prendre le moindre soin d’euxmêmes. On regarde comme fort heureuse la rédüction qui étant composée de 7 à 8,000 personnes lien a que 200 à la fois malades ou alités. Ün si grand nombre de malades devient fort à charge aux missionnaires, ils les visitent tous les

uns après les autres; ils leur fournissent les remèdes convenables, et veillent à ce que ces remèdes soient donnés à temps : iis ont encore soin de leur prescrire la nourriture qui peut convenir à leur état, et cette nourriture se prépare chez les missionnaires mêmes. Enfin lôrsqu une mort prochaine menace ces malades, les missionnaires ne les quittent ni jour ni nuit, afin de les administrer à temps, et de les consoler par toute sorte de soins charitables.

1 out cela cependant n’est rien en comparaison de ce que font et de ce que souffrent ces fervents serviteurs de Dieu , lorsqu’une maladie épidémique vient ravager leurs réductions. La peste est un mal inconnu chez les Indiens - maison voit de temps en temps se répandre parmi eux des fièvres malignes de différentes espèces. La petite vérole, qui n est connue au Paraguai que sous le 110m de peste, désole quelquefois les réductions. Les Indiens périssent alors par milliers; quelque soin que 1 011 prenne d eux , ils sont d’ordinaire emportes en peu de jours. Chaque maison semble se

changer en un hôpital. Les malades y sont étendus sur la terre , et n’ont pour lit qu’une peau de cerf avec une couverture de coton, ou tout au plus un hamac. On comprend assez de quel courage et de quelle patience doit s’armer un missionnaire dans ces occasions, pour administrer les sacrements à tant de malades, au milieu de 1? infect ion qui remplit leurs cabanes, et pour leur procurer, autant qu'il est en lui, tous les secours dont ils ont besoin. Car les missionnaires sont en même^temps et les médecins du corps, et les pasteurs des âmes. On a vu plus d’une fois les infidèles accourir en foule dans les réductions, sans se mettre en peine du danger auquel ils s’exposoient, pour être les témoins de ce que faisoient les missionnaires , et se convertir ensuite au christianisme par un effet de 1 impression qu’avoit faite sur eux un si touchant spectacle*

Mais comme si tant d’occupations pénibles, et presque continuelles, ne suffisoient pas à leur zèle, les missionnaires ont encore établi dans chaque réduction une école pour les enfants des caciques, et des autres notables, aussi-bien que pour ceux qu on des line à h musique de l’église. Là, on leur apprend à lire, à écrire, à faire des comptes, et à chanter. Cet établissement contribue beaucoup à rendre les réductions de jour en jour plus florissantes, car en formant ainsi les esprits de ces enfc nts, on dispose dune façon plus particulière leurs coeurs à la pratique des vertus chrétiennes.

DU PA RA CU A î.

On les met encore en étal de diriger les manufactures dont nous parleront bientôt, d administrer les revenus publics, et de ménager les intérêts de la rcdi iction, de présider aux embarquements , enfin d’exercer les charges et les emplois de la république.

Les Indiens, avant que d'avoir embrassé le ch ris I ia n i sm e , n a voien t point de mot q ai e xpri m à t un nombre plus liant (jue quatre. S’ils vouloient exprimer le nombre cinq, ils montroient une main , et les deux mains pour exprimer dix, pour exprimer vin gt les pieds et les mains. Tout nombre au-dessus de vingt s indiquoit par un mot général qui signifioit plusieurs. Ils ne savoient distinguer ni le nombre des années, ni celui des personnes, et cle mille autres choses qu il importe de connoître avec exactitude. Ils apprennent maintenant l'arithmétique dès l’enfance. Ce nest pas assez; oh fait répéter les dimanches dans l’église, après le service divin, la table entière des nombres à tout le peuple, afin que les Indiens conservent mieux le souvenir de ce qu’on leur a fai» apprendre dans leur jeunesse.

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