‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 20 sur 30 · DO · texte numérisé non relu

DO

DU PAR AC t AI.

dance dans les réductions, et d’arracher les Indiens à leur indolence et à leur paresse naturelles. Après avoir assigné à chaque famille une portion de terre plus que suffisante pour sa subsistance, on lui donne la quantité de grains nécessaires pour l'ensemencer; mais à condition qu après la récolte, elle rapportera dans les magasins publics la même (quantité de grains quelle a reçue, afin que ce fends public destiné à ensemencer les terres ne manque jamais. Sans cette précaution, il n est pas douteux que les Indiens mangeroient /tout, et s ôteroient jusqu’à l’espérance d’une nouvelle moisson.

On prête aussi à chaque famille une ou deux paires de bœufs pour labourer son champ. Ces bestiaux, s’ils appartenpient en propre aux Indiens, seroient bientôt hors d’état de servir; car on a souvent observé que les Indiens voulant s’épargner la peine de remettre tous les jours le joug à ces animaux, les y laissoient continuellement attachés. Dautres les assominoient et les mangeoient ensuite en fort peu de temps, sans pouvoir en rendre d autre raison, lorsqu’on le leur reprochoit, sinon qu'ils avoieut eu faim. 11 les conservent aujourd'hui avec bien plus de soin, parce qu ils sont obligés de les rendre en bon état au bout d'un certain temps.

Enfin, les missionnaires choisissent parmi les néophytes les plus actifs et les plus vigilants des inspecteurs, qu’ils chargent de parcourir les cam-

pagnes et d examiner si Fou. y travaille, si l’on sème et si l’on moissonne à temps, si ion prend des mesures pour faire durer la provision de grains quon a recueillie jusqu’à lannèe suivante, enfin si les bestiaux sont bien soignés. Tous ceux que I on trouve en faute sont punis avec sévérité. Il est également de l’intérêt public et de celui des particuliers que chacun remplisse sa tâche, et que les paresseux ne vivent pas aux dépens de ceux qui sont plus assidus au travail.

Mais quelques qirécautions que Ton prenne, les vivres manquent toujours à plusieurs vers la moitié de Tannée, soit qu’ils aient été malades,, ou qu ils aient essuyé quelque calamité particulière , soit qu'il faille s en prendre à leur négligence incorrigible et à leur imprudente prodigalité. On ne veut souffrir aucun mendiant dans les réductions , et encore moins mettre les pauvres dans la nécessité de voler; pour parer à ces deux inconvénients, on s’y est pris de cette façon. Outre les portions de terres assignées aux familles, il y a près de chaque peuplade un terrain fort étendu, le meilleur et le pins fertile quon a pu trouver, et que les Indiens appellent Tupambaë , cest-àdire la possession de Dieu. On en donne la direction à quelques Indiens entendus et laborieux. Ce terrain est cultivé sous leurs ordres par les enfants de la réduction, qui, jusqu'à 1 âge de quinze ans, sont employés à ce travail, et suppléent par le nombre au défaut des forces, Dès le matin tous

ces enfants, excepté ceux qui reslcnl clans les écoles ou clans les ateliers, après avoir récité leurs prières, pris quelque nourriture et entendu la sainte messe, se rendent au Tupambaë. Ils y passent toute la journée occupés à remuer la terre, à planter ou à couper le maïs, suivant les différentes saisons, à 1 égrener, à semer des légumes, et à cultiver les arbrisseaux qui portent le coton. C'est ce qui demanda le plus d assiduité. Deux heures avant le coucher du soleil, les enfants quittent le travail et s'en vont à l'église , où le missionnaire leur fait le catéchisme, après lequel tout le peuple récite le rosaire et les prières du soir en commun. Au sortir de 1 église, les petites filles s'assemblent sur la place, et les petits gar-. çons dans la cour du missionnaire. On distribue aux uns et aux autres de la viande, qu'ils vônt manger chez eux avant que de se mettre au lit.

Tout ce qui se recueille de grains, de fruits et de coton dans le Tupambaë est mis en dépôt dans les greniers et dans les magasins publics, pour être ensuite distribué durant ie cours de 1 année aux infirmes, aux orphelins, aux artisans qui ne retirent d'autre fruit de leur travail que celui d'être nourris et entretenus aux dépens du public, en un mot à tous ceux qui sont dispensés de cultiver la terre à raison de leurs emplois ou île leurs occupations, et même à ceux qui, par leur propre négligence ou par quelque accident fortuit, trouvent la fin de. leurs provisions avant

celle de 1 année. C est encore de là ([ue se tirent les vivres que I on fournit à ceux qui vont en voyage pour le service de la réduction ou pour celui du roi d Espagne. On voit de -temps en temps partir des différentes réductions, par l’ordre du gouverneur de la province, jusqu’à cinq et six mille hommes, dont {entretien ne coûte pas une piastre au roi d’Espagne durant tout le temps qu’ils sont à son service, à moins qu’on ne juge à propos de leur faire quelque gratification. Mais on a Lien de la peine à la leur faire accepter.

Ou voit du premier coup d’œil tous les avantages qui reviennent aux néophytes de cette communauté de hiens. Les indiens sont pauvres et ne manquent cependant de rien. Ils conservent entre eux une égalité parfaite, qui est le plus ferme appui de l'union et de la tranquillité publique.

Ce qui mérite encore infiniment detre remarqué , c’est que , comme nous l avons déjà dit ailleurs, si quelqu’une des réductions se trouve dans la disette, soit par l’intempérie des saisons, soit par un de ces accidents vqui font perdre aux laboureurs les plus soigneux tout le fruit de leurs peines, soit enfin par la mortalité des bestiaux, les réductions voisines ne manquent point de la secourir cl de lui aider à réparer ses pertes, sans exiger d’elle autre chose qu un pareil secours dans un pareil besoin.

L'habillement des Indiens ne demande pas moins d attention. Si I on s’en rapportoit à eux du

soin de se vêtir, ils iroient bientôt nus comme les sauvages. Tous les ateliers et toutes les boutiques sont réunies dans une grande cour auprès de la maison, et sous les yeux des missionnaires. Cest

là que se trouvéntles différentes espèces d ouvriers

qui sont nécessaires, et surtout un grand nombre de tisserands qui font continuellement de la toile pour habiller les Indiens. Ils sont entretenus, comme je Fai déjà dit, aux dépens de la réduction , et ne reçoivent point d autre salaire de leur trav an. Tout le coton qui se recueille, soit dans le lupambaë, soit sur les terres des particuliers, s apporte dans les magasins publics. On en distribue, les premiers jours de chaque semaine, aux femmesct aux petites filles, une certaine quantité, qu elles rapportent le samedi toute filée, toute prête à mettre en œuvre. Par là on vient a bout d’avoir chaque année plus de toile qu’il n en faut

pour habiller tout le monde.

Il y a au centre du Paraguai une apothicairerie entretenue à frais communs, et qui fournit à toutes les réductions les médicaments dont elles ont besoin, et une bibliothèque commune à tous les missionnaires. Ces inventions admirables, et beaucoup d’autres qu’il scroit trop long de rapporter, sont dues à la prudence et à la charité des missionnaires. Ils ifont rien négligé pour rendre aimable à leurs chers néophytes le séjour des réductions, et pour faire naître aux infidèles même F .envie de venir y fixer leur demeure.

l6û RELATION DES MISSIONS

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