‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 22 sur 30 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Gouvernement militaire des réductions.

Quoique la paix règne clans 1 intérieur des réductions, et cruelles se maintiennent dans l’union la plus étroite, sans qu’il y ait jamais eu entre elles la moindre semence de dissension, on a senti quelles ne pouvoient se passer de l’art militaire. Ces petites républiques sont environnées d'une part de nations infidèles qui n'ont que de l’horreur pour les chrétiens et pour le christianisme. Sil on ne mettoit pas un frein à leur férocité, ces barbares ennemis de la paix et du repos, accoutumés à se poursuivre sans cesse pour se manger les uns les autres, porteraient bientôt la guerre dans le sein des peuplades chrétiennes. Des exemples encore récents montrent assez tout ce qu'on doit craindre de leur cruauté. Ils vinrent fondre, en tannée iy35 , sur l’une des deux petites réductions fondées dans le pays des Ciriguaues. L église fut brûlée, et le missionnaire massacré. Uno autre réduction nouvellement établie sur les confins de la province de Chiaco entre les Lules et les Mocovies a éprouvé le meme sort.

D' autre part les Mammelus du Brésil seront toujours un objet de terreur pour les néophytes, jusqu’à ce que les rois de Portugal aient pris de

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justes mesures pour arrêter ce fléau redoutable. Nous avons décrit ailleurs les affreux ravages qu'ont fait les Mammeius dans le Paraguay quon me permette de rapporter encore un trait de leur cruauté : quoique ce ne soit pas ici sa place, j espère qu on me passera cette petite digression.; elle sera une nouvelle preuve du zèle intrépide ces missionnaires qui travaillent dans le Paracuai.

Les Mammeius, surprirent vers la fin du siècle passé, la réduction appelée de Jésus et de Marie dans la province de G uaira, qui est la plus voisine ale Saint-Paul. Au premier bruit de leur arrivée, le P. Simon Mazetta, célèbre missionnaire, sort de sa maison ; il s'avance vers eux revêtu d’un 'surplis et d'uqe étole, le crucifix à la main, espérant que des hommes qui se disent encore chrétiens respecteroient du moins un prêtre de Jésus- Christ. Mais son espérance fut trompée; un des capitaines de la troupe nommé Frédéric Mcllo, à qui le missionnaire avoit adressé la paitfie, leva le sabre sur lui , et l auroit infailliblement tué , si le père n eût évité le coup fort heureusement.

Ü vit tuer à ses côtés presque au même instant le cacique Caruba. Les maisons des néophytes et leurs églises furent livrées au pillage, et les néophytes eux-mêmes, hommes, têmmcs et enfants, réduits en servitude. Comme les Mammeius craignoient que les chrétiens des réductions voisines n accourussent au secours de leurs frères, ils reprirent dès le lendemain, à h pointe du jour, le

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chemin de saint Paul, avec leurs nouveaux esclaves. Les réductions n etoient pas alors en état de rien entreprendre pour la délivrance de ces malheureux. Mais le P. Mazzctta prit, de concert avec le P. François Diaz, qui Pétoit venu joindre, une résolution bien héroïque. Ce fut de suivre ses chers néophytes, à quelques dangers que cette démarche dût les exposer. Les deux missionnaires partirent donc le plus tôt qu’il leur fut possible. Quel spectacle pour eux de trouver sur le chemin des vieillards, des femmes, des enfants, les uns déjà morts de faim et de misère, les autres prêts à rendre les derniers soupirs! Ils rejoignirent le gros de la troupe; et sans songer à leurs propres fatigues, ils travaillèrent sans relâche à consoler leurs paroissiens, et à leur, procurer tous les secours possibles. Ni les outrages, ni les coups dont on les chargea plus d’une fois ne furent capables de les îebuter. Fnfin, apres avoir fait près de 3oo lieues, ils arrivèrent à Saint-Paul. Tontes leurs représentations ne purent empêcher qu’on ne fit aussitôt la répartition des esclaves, dont les uns furent appliqués à labourer la terre, les autres à cultiver les cannes de sucre , quelques-uns au travail des mines.

Les missionnaires comprirent qu’en vain ils s etoient flattes de trouver quelque ombre de justice dans Saint-Paul. Ils prirent sans différer le chemin de la Baie de tous les Saints, capitale du Brésil, cioignéc de Saint-Paul d environ deux cents

lieues, et allèrent se présenter devant D. François de Oli verra , qui étoit alors gouverneur général du Brésil. Ils lui demandèrent la délivrance des néophytes. Le gouverneur leur donna des lettres par lesquelles il étoit enjoint aux habitants de Saint-Paul de rendre les Indiens des réductions. 11 fit meme accompagner les Pères à leur retour par un commissaire chargé de tenir la main à l'exécution de ses ordres. Peu s en fallut que les Mammelus ne missent les missionnaires en pièces,. Il nv avoit pas long-temps que le P- Jacques de Aifaro avoit perdu la vie dans une occasion sem- ‘ Ma h le . On n épargna pas du moins à ceux-ci les menaces et les injures. On jeta même pendant la nuit des flèches et des pierres dans leurs fenêtres. Enfin , toutes les peines des deux missionnaires aboutirent a retirer de Pesclavage une cinquantaine. d’indiens , sur quinze mille et plus qui cwoient été enlevés dans le Paraguay Le P. Mazzetta et son compagnon ne tardèrent pas à sortir de Saint-Paul , ayant pressenti que les Mu mm élus inéditoient quelque nouvelle entreprise contre les réductions.

Ça été pour prévenir de si funestes accidents qju’il s est formé dans chaque réduction des compagnies de fantassins et de cavaliers, sur le modèle des troupes espagnoles. Les troupes des réductions -ont deux sortes d'armes : les unes sont celles qui de tout temps ont été propres des Indiens, savoir, lare, les flèches, dont la pointe est

d’os ou d'un bois presque aussi dur que le fer; la fronde et une grande massue faite d'un bois très pesant, quJon appelle macana. Les néophytes n’ont pas besoin d autres armes pour se défendre contre les infidèles.

Mais comme lesMammelus, ennemis beaucoup plus formidables, sont armés de piques, d épées et d’armes à feu, on a permis aux Indiens 1 usage

des mêmes armes, afin quils fussent en état de résister à ces redoutables ennemis. Ainsi, quand on est en guerre avec eux, 1 infanterie indienne

est armée de piques, d’épées et de tusils ; la cavalerie de lances et de mousquets.

La seule précaution que l’on prenne, cest de tenir ces armes renfermées dans des magasins, et de ne les mettre entre les mains des Indiens que quand la nécessité l’exige. Il y a des offici ers chargés de les garder et de les tenir en bon état.

Le corrégidor royal passe les troupes de la réduction en revue, et leur fait faire l’exercice chaque semaine sur la grande place, qui forme un carré tout environné de maisons d’une égale hauteur ,

si l’on en excepte le coté où est l’église, avec la maison du missionnaire, un peu plus élevée que les autres.

Les Indiens apprennent de bonne heure à tirer de l’arc , à foncer des pierres avec la fronde. On donne des prix à ceux qui se distinguent le plus dans ces exercices. Le^ premiers chevaux que virent les Indiens leur firent si grande peur, qu’ils

giimpoicnt au haut des arbres, comme shls eussent aperçu des lions ou des tigres. Ils montent aujourd’hui fort bien à cheval, et la cavalerie indienne est la terreur de tous les ennemis des réductions.

Ces troupes n’ayant pas été mises sur pied pour faire des conquêtes, mais uniquement pour la défense du pays , on a grand soin de ne rien faire qui puisse troubler la paix avec les infidèles. Les intérêts de la religion l’exigent.

Comme on s est aperçu que les Mammelus ne cessoient point d’épier le moment favorable pour tenter de nouvelles surprises, qu'ils envoy oient de leurs gens à la découverte des chemins , afin de marcher ensuite sûrement et à petit bruit vers les réductions, les néophytes se tiennent continuellement sur leurs gardes. On entretient pendant tout 1 été des hommes dont 1 unique emploi est de battre la campagne. Iis s’avancent jusqu a cinquante ou soixante lieues pour examiner s il* n y a point que, que chose qui annonce rapproche des ennemis, et viennent tous les mois faire leur rapport. S ils donnent quelque juste sujet de crainte, on arme les troupes, et Ion donne avis aux réductions voisines du danger qui les menace. Bientôt après on marche aux ennemis, et Ion tâche de les combattre en rase campagne. Les Indiens sont invincibles quand ils peuvent faire usage de leurs chevaux et des armes à feu. d’ailleurs, en allant ainsi au-devant des ennemis, on

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épargne aux femmes et au petit peuple des réductions les frayeurs embarrassantes que la présence des ennemis ne manqueroit pas de leur cause]. Enfin , de peur que les Mammelus, et surtout les Indiens barbares, ne profitent pour taire leur coup du temps de loÜice divin, comme il est arrivé quelquefois, les chrétiens, lors meme qu iL vont à 1 église, portent toujours leurs arcs m icuis flèches avec eux.

Ils ne vont jamais au combat sans .en avoir demandé la permission à leur missionnaire , et sa bénédiction. Avec cela ils se croient assures de vaincre. Les Mammelus ont appris par plus d une défaite à les craindre et à les respecter. Mais de tontes les victoires des chrétiens, la plus célèbre a été celle qu'ils remportèrent il y a quelques années auprès de la réduction de Sainte-Croix. L’armée ennemie, composée de 800 Mammelus et de 4,000 Indiens leurs sujets, fut battue à platte couture. La plupart perdirent la vie sur le champ de bataille. Les autres 11e durent la vie qu à 1 indulgence des vainqueurs, qui leur permirent de .retourner au Brésil, et leur donnèrent meme des vivres, après que ceux-ci se furent engagés par serment à ne plus inquiéter les réductions. Ils garderont apparemment leur parole, d’autant mieux qu'on est en état , s'ils y manquoient , de les en faire repentir.

Quant aux infidèles, il est certain qu ils n'ont pas des forces suffisantes pour résister aux dire-

tiens; aussi se gardent- ils bien d ordinaire, quand ils se trouvent dans le voisinage des réductions , de rompre avec elles. Ceux qui ne veulent pas vivre en paix s éloignent tant qu’ils peuvent des réductions. II y en a cependant toujours quelques-uns lépandus dans les campagnes, soit pour attendre les passants sur les grands chemins, soit pour enlever les bestiaux et tuer ceux qui les gardent, ou les emmener prisonniers lorsqu’ils les surprennent seuls dans les champs.

Les Indiens nont pas seulement signalé leur Liavoure en défendant leur propres pays; les impoj .an ts sei vices qu ils ont rendus à l’Etat leur ont cu.ii é de tout temps les plus grandes éloges de la part des rois catholiques et des gouverneurs de

ces provinces.

Dès lan 1662 D. Alphonse Sarmiento, gouverneur de l’Assomption, capitale du Paraguai, étant dans le cours de ses visites , s’arrêta dans une espèce de château sur le chemin de Villancca. Il s y vit tout à coup assiégé par une nation infîuelc, la plus guerrière de ces contrées. D. Alphonse n avoit avec lui que vingt soldats et très-peu de vivres. Lnc des réductions du pays des Latines fut avertie à temps de 1 extrême danger où se trou-, voit le gouverneur. On envoya sur-le-champ 3oo hommes, qui, par une marche forcée, ayant fait en vingt-quatre heures le chemin qu’on 11e fait ordinaii ementqu en quatre jours, tombèrentrudement sur ics ennemis. Le combat fut opiniâtre; mais

enfin la victoire se déclara pour les chrétiens , qui tuèrent un grand nombre d’infidèles, mirent les autres en fuite, délivrèrent le gouverneur , et 1 escortèrent jusque dans la capitale. Sarmiento ne sc lassoit point depuis ce temps-là de louer la valeur des Indiens. D. Sébastien de Léon sc trouva dans un danger semblable, et fut pareillement délivré par ceux de la réduction de Saint- Ignace, dans le Parana.

Il 11e s’est passé aucune action un peu important au Paraguai depuis cent ans; il ne sy est remporté aucune victoire, à laquelle ils liaient eu la meilleure part, et où ils 11 aient donné des preuves éclatantes de leur courage et de leur attachement au service du roi. Ajoutez à cela que les Indiens ont toujours fait la guerre à leurs propres frais, sans recevoir ni solde ni dédommagement. Ils se sont crus assez bien payés par 1 honneur qu’ils avoient de servir sa majesté catholique, et de pouvoir leur témoiguer leur gratitude des privilèges dont elle a bien voulu récompenser leur zèle et leur fidélité.

11 est vrai qu ils ont besoin , pour bien faire, d’avoir à leur tète des officiers espagnols, parce qu ils ne savent ni se rangercomme il finit, ni garder leurs rangs. Leur coutume est de se jeter tous ensemble sur Pennemi en poussant des cris et des hurlements épouvantables. Cela scroit peut être bon, s’ils avoient toujours affaire à d’autres Indiens, ü faut plus de précautions vis-à-vis des Mamm élus

et des Européens. On leur envoie donc en temps de guerre quelques officiers sages et expérimentés, qui leur font faire l’exercice pendant quelques jours, avant que de les mener au combat. Iis font ensuite des merveilles, et se battent comme des lions.

fois se montrèrent-ils aux Portugais Tan 1680. Cet évènement est trop glorieux aux braves Indiens des réductions, pour qu’il nous soit permis de le passer sous silence.

Les Portugais s’étoient emparés dès l’an idyp, sous la conduite de D. Emmanuel de Lobos, du poste où est aujourd hui la colonie du Saint-Sacrement. La rivière de la Plata forme en cet endroit un port capable de contenir un grand nombre de vaisseaux, et défendu des vents contraires par file de Saint-Gabriel, qui se trouve vis-à-vis. Tandis que D. Joseph de Barro, gouverneur de Buenos-Ayres, envoyait à Lobos couriers sur couriers, pour apprendre delui.même quelles étoient les prétentions des Portugais, ceux-ci eurent tout le temps d élever ira fort bien garni d’artillerie, et capable de soutenir un long siège.

Barro s’aperçut un peu tard quon Ta voit joué; il voulut avoir sa revanche. Les corrégidors de> réductions reçurent l'ordre de mettre promptement sur pied une armée d Indiens; dans l’espace d’onze jours 3,3oo Indiens bien armés se trouvèrent prêts à marcher. Ils amenoient avec eux 4j0oo chevaux, 400 mulets, et 200 bœufs pour

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tirer l’artillerie. Cette petite année fil en très-peu de temps les deux cents lieues que l’on compte depuis les réductions jusqu a Bucnos-Ayres.

Les Indiens s’attendoient à trouver une armée d’Espagnols à qui les 4,000 chevaux pourraient être d'un grand usage. Mais toutes les troupes du gouverneur consistaient en 3oo fantassins espagnols nègres et mulâtres qu il joignit aux indiens pour comble de malheur, on ne put distribuer a ceux-ci qu’environ 200 fusils et quelques sabres. Les autres n’avoient pour toutes armes que leurs frondes, leurs arcs, leurs flèches et leurs massues. La milice indienne n’étoit pas encore sur le pied où elle a été depuis.

Cependant le siège du fort bâti par les I oitugais fut résolu, et le gouverneur nomma pour commander le siège D. Joseph de \ era. Ce général, voulant donner un assaut, rangea son année d’une façon fort singulière. 11 forma son avantgarde des Zj.ooo chevaux a nu. Les Indiens suivaient, ayant k leur tête des officiers espagnols. Les 3oo hommes d infanterie espagnole étoient à farrière-garde ; D. Joseph se figuroit que les chevaux serviroient comme de rempart a ses tioupes, et que quand les premières déchargés de 1 artillerie seroient tombées sur eux, il seroit facile aux milices indiennes de monter promptement sur le terre-pkin, et de s’en rendre maîtres.

Une telle disposition n étoit propre qu a taire périr Y armée. Les Indiens en sentirent le dangci .

iS ^pendirent leur marche, et firent représenter au général que les chevaux , épouvantés par le feu et par le bruit de 1 artillerie, ne manquer oient pas de retomber sur les troupes; qu’ils mettaient le desordre et la confusion dans tous les rangs, enfin que s y prendre de cette manière cetoit donner

\ ictone gagnée aux ennemis. D. Joseph goûta cet avis, et fit mettre les chevaux à l'écart. Les Indiens se remirent alors en marche, et arrivèrent dv grand matin sous les murs de la place, daqs un silence et avec un ordre admirables.

. D. Joscpn avoit défendu à tous les soldats de faire le moindre mouvementjusqu’à ce qu'un coup de pistolet les avertît de monter à Passant. Cependant un mdien lui. assez hardi pour escalader

le tcrre-plain ; ayant trouvé la sentinelle endormie,

il iui coupa la tète, et ce préparoit à tuer une autie sentinelle voisine, lorsqu’on tira sur lui un coup de fusil. A ce bruit, qui futpris parles Indiens pour le signal dont on étoit convenu, ils grimperont tons avec un courage intrépide sur le même terre-plain, et ils aidèrent aux Espagnols à y monter après eux. Les Portugais firent pendant plusieurs heures une vigoureuse résistance, animés par 1 exemple de D. Emmanuel Galban, qui les commandoit. Ce brave officier fit des prodiges oc valeur; mais enfin, accablé par le nombre, et tout couvert de blessures, il tomba mort sur les murs de sa piace. On vit avec admiration son

. pouse combattre auprès de lui 1 épée à la main.

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Les Espagnols offrirent inutilement à cotte généreuse femme une retraite honorable; elle n’écouta que son courage et sa tendresse pour son époux, et se battit jusqu’au dernier soupir. Les assiégés, voyant leur place toute couverte de morts ou de mourants, demandèrent quartier. Mais comme les Indiens ifentendoiénl pas la langue portugaise , et croyoient avoir en tête les Mammelus du Brésil, ils ne mirent fin au carnage que quand ils en reçurent l'ordre des chefs espagnols. Personne ne se signala davantage du coté des vainqueurs, dans cette mémorable journée, que le cacique D. Ignace Landeau. 11 a voit vu les siens prêts à plier au commencement du combat, et leur avoit rendu, par son exemple encore plus que par ses paroles, leur première intrépidité.

| L artillerie, les munitions, les esclaves furent saisis au profit du roi. Le reste du butin fut assigné aux Indiens, à son de trompe, comme la récompense de leur bravoure. Ces bonnes gens se jetèrent sur les vivres qui se trouvèrent dans la place, sur des couteaux, sur des ciseaux, sur d’autres bagatelles semblables, sur les habits de ceux qu ils avoient tués, tandis que les Espagnols emportoient à loisir For, l’argent, les pierres précieuses, et tout ce qu il y avoit de meilleur.

Deux cents Portugais perdirent la vie dans cette action; les autres demeurèrent prisonniers avec leur général D. Emmanuel Lubos. 11 idy eut cl u cote des vainqueurs que six Espagnols et U ente Indiens tués. Le nombre des blessés

fut beaucoup plus grand. Quatre missionnaires avoient accompagné les Indiens, à la prière du gouverneur, dans celte dangereuse expédition. Ils s'occupèrent pendant la bataille à confesser les mourants, et donnèrent ensuite indifféremment tous leurs soins aux blessés des deux partis.

Celte victoire fit un honneur infini aux Indiens. Le vice-roi du Pérou, les gouverneurs des provinces et des villes, se firent un devoir d'en écrire à la cour de Madrid. Ils insinuoient en meme temps la nécessité qu'il y avoit d’envoyer et de maintenir en ces contrées les missionnaires jésuites; qu’on 11c pouvait rien faire de plus avantageux à la monarchie, que de seconder le zèle de ces Pères dans l’établissement des nouvelles réductions; que toutes leurs entreprises étoienU également glorieuses à la religion et utiles à 1 Etat.

O11 rapporte bien d’autres exploits de ces bous Indiens, que rien 11e peut arrêter, lorsqu il est question de combattre pour les intérêts du prince auquel ils se sont soumis. En 1786, quatre mille d’entre eux marchèrent encore au service du roi catholique contre les Portugais. Six mille autres firent, en 1702 , un très long voyage pour escorter le nouveau gouverneur que la cour ènvoyoit à. la ville de 1 Assomption, agitée pour lors de troubles et de dissensions domestiques qui ne sont pas de mon sujet. 11 suffit d observer que la présence des Indiens facilita beaucoup au gouverneur le rétablissement de la paix et de la tranquillité publiques.

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