S 68 LETTRE SECONDE
Père fut extrême; il eut quelque honte de s'étre endormi au milieu d'une ville. C est de lui-même que je tiens ce récit.
II n'y a pas long-temps que le corrégidor de cette même ville se mit en tête d'y paroître en équipage; il se fit faire un petit carrosse , et dès qu'il fut fait , il n'eut rien de plus pressé que de s y montrer, et de se promener par toute la ville. Lorsqu'il passoit par un de ces petits bois qui séparent les différents quartiers, une branche d'arl.rc entra dans son carrosse et lui créva l'œil. Presque toutes les villes de ces contrées sont bâties à peu près sur le même modèle.
Quant à Buenos - Àyres , quoiqu’on y voie comme partout ailleurs des maisons répandues sans ordre çà et la , et environnées d’arbres , celles qui sont au centre de la, ville forment des rues assez droites et assez propres. Il est vrai que les plus anciennes de ces maisons ne sont que de terre , et n'ont qu’un rez-de-chaussée; car il n’y a pas bien long-temps qu'un de nos Frères, quon avoit fait venir d Europe pour bâtir notre église, trouva le premier les moyens de faire et de cuire la brique en ce pays-là, et Pon y compte aujourd’hui plus de soixante fourneaux ; ce meme' Frère vint à bout d y faire do la chaux. Toutes les maisons que Ton a bâties depuis ce temps-là, sont de pierres bien lices, et l’on en voit déjà quelques-unes à deux étages. Quelques années après, des missionnaires conduisirent avec eux au Paraguai deux de nos
DU P. GAETAN DJE CATTANEO. 2S9
Frère s h abi les ar ch i tec te s . Ceux - ci o n t ache vé n o tr e église qui est fort belle , et ont bâti celles des Pèles de la Merci et des Pères Franciscains, après en avoir tracé eux-mêmes le plan , qui pourroit certainement leur faire honneur même en Europe. Comme elles sont assez élevées, et surmontées chacune d’un dôme et de clochers fort hauts, elles font de loin un assez bel effet. Les mêmes ont construit, par l’ordre de monsieur 1 évoqué, le portail de la cathédrale, qui est un dessin fort magnifique. Ils avoient entrepris, à la prière des magistrats, de bâtir une maison de ville. Mais comme le bâtiment qu'ils avoient commencé demandoit plus de dépense que la ville n en pouvo t faire alors, on en a remis la continuation â un autre temps. Un autre service considérable qu’ils ont rendu aux Espagnols, ç’a été de former parmi les nègres dont iis se servoient un çrqnd nombre de maçons, à qui il suffit de montrer aujourd’hui un dessin , pour quils 1 exécutent parfaitement. Ainsi Bucnos-Ayres s embellit de jour en jour, et aura bientôt de quoi plaire même à des veux européens.
Cette ville est sous le trente -deuxième degré de latitude méridionale, et i on y respire un air fort tempéré j il est encore rafraîchi par les vents qui régnent continuellement sur le grand fleuve de la Plata.
Les campagnes d’alentour sont de vastes déserts ^ il y a seulement quelques cabanes répandues