‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 28 sur 30 · J2 LETTRE SECONDE · texte numérisé non relu

J2 LETTRE SECONDE

les lions surtout, qui, pour un veau qu'ils mangent, en étranglent dix ou douze. On ne conçoit pas comment les boeufs sauvages, ayant un si grand nombre d’ennemis, peuvent subsister en ces contrées.

Peut-être serez-vous curieux d’apprendre de quelle façon les Espagnols s’y prennent pour tuer un si grand nombre de ces animaux. Une vingtaine de chasseurs à cheval vont du côté où Ton sait qu'il y a le plus de boeufs sauvages , ils ont en main un long bâton armé d’un 1er taillé en croissant et bien aiguisé ^ dont ils se servent pour frapper le taureau qu’ils poursuivent, dans une des jambes de derrière, et ils le frappent si adroitement qu ils lui coupent presque toujours le nerf au-dessus de la jointure ; l’animal tombe bien toi à terre, et ne peut plus se relever. Le chasseur, au lieu de s’y arrêter, poursuit les autres taureaux à bride-abattue, et frappant de la même manière tous ceux qui! rencontre, il Les met hors d’état de fuir. Dix-huit ou vingt hommes abattent ainsi sans peine sept à huit cents taureaux dans une heure de temps. Quand ils sont las de frapper, ils descendent de cheval pour prendre quelque repos, et ils assomment ensuite sans danger les taureaux qui is ont abattus; après eu avoir pris la peau, et quelquefois la langue ou le suif, ils abandonnent le reste aux corbeaux.

On ne sauroit s’empêcher de blâmer leur indiscrétion sur ce point, ils «en portent déjà la peine .

DU P. GAETAN DE CATTANEO

car le nombre de ces animaux si utiles est fort diminué. Un bœuf ou une vache, qui nevaîoient autrefois que trois ou quatre pauls, en valent aujourd'hui dix ou douze. On feroit bien mieux d exterminer les chiens sauvages, qui se sont excessivement multipliés dans les campagnes voisines de Buenos-Ayres. Ils vivent sous terre, dans des -lannières aisées à reconnoitrc par la quantité d'os que Ion voit entassés alentour, (lest fort à craindre que les bœufs sauvages, venant un jour à leur manquer, ils ne se jettent sur les hommes mêmes. Le gouverneur de Buenos-Ayres a jugé cet objet digne de son attention, et il avoit envoyé pour détruire les chiens sauvages des soldais qui en tuèrent un grand nombre à coup de fusil. Mais à leur retour ils se virent insultés par les enfants de la ville, qui sont fort insolents. On les appela mataperros, c’est-à-dire vainqueur des chiens, doù il est arrivé que, retenus par une mauvaise honte, ils nont plus voulu retourner à cette espèce de chasse.

Je réserve pour une autre lettre ce qui ne reste à dire sur ce pays. Je vous enverrai eu même temps la relation de notre voyage depuis Buenos Ayres jusqu’aux missions. Souvenez-vous de moi dans vos prières. Adieu.

Je suis, etc.

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