‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 4 sur 30 · I)U PARA CU AT · texte numérisé non relu

I)U PARA CU AT

t\L pour perdre quiconque refusera d obéir. On les croit avec d’autant plus de facilité, qu il n’est pas rare de voir ceux que le cacique a menacé, se consumer et dépérir peu à peu, vraisemblablement parce qu on a su leur faire prendre secrètement du poison. Les missionnaires ajoutenl que pour parvenir à la dignité de cacique, qui est fort recherchée, les prétendants -ont recours à quelque fameux magicien. Celui-ci, après les avoir bien frottes de la graisse de divers animaux, après les avoir fatigués par divers exercices fort rudes, leur fait voir le diable, qui s entretient quelque temps avec eux, et leur promet sa protection. 11 est aisé de voir que ce sont là de pures supercheries de ces prétendus magiciens. Certainement les bons missionnaires que j’ai cités ne racontent les apparitions des esprits des ténèbres que sur le rapport d’autrui.

Ces petites républiques ou peupladçsd'Indiens se dissipent avec la meme facilité qu elles se forment. Chacun étant son maître, on se sépare dès qu’on est mécontent du cacique, et 1 on passe sous un autre. Ce que les Indiens laissent dans un lieu en le quittant est si peu chose, qu’il leur est trèsfacile de réparer en peu de temps leur perte. Leurs demeures ne sont que de misérables cabanes bâties au milieu des bois avec des brandies d arbres ou des bambou x , mis les uns auprès des autres, sans ordres sans dessein. La porte en est ordinairement si liasse qu’on ne peut y entrer qu’eu

se tramant presque à terre. Lorsqu’on leur de*» mande la raison d une structure si bizarre, ils répondent qu iis ne sauroient autrement se défendre des mouches, des cousins et des autres insectes dont 1 air est rempli dans les temps pluvieux, ni se mettre a couvert des flèches que leurs ennemis ne manqueroienl pas de leur tirer la nuit par la porte de la cabane, si elle étoit plus haute. Il en coûte peu pour rebâtir de semblables édifices. Tous leurs meubles se réduisent à quelques vases de terre.

Plusieurs de ces peuples ne cultivent et n’ensemencent point leurs terres. Comme ils ne se mettent guère en peine de l’avenir, leur gourmandise les excite à consommer sans mesure tout ce qu’ils ont de vivres, sans s embarrasser du lendemain.

Ils vivent, comme nous Pavons, dift de leur chasse et de leur pêche, de fruits sauvages, de miel quils trouvent dans les bois, ou de racines qui naissent sans culture. Les cerfs et les sangliers sont en si grande quantité dans les forêts , que les sauvages peuvent en peu d’heures renouveler leurs provisions; les lacs sont également remplis de très-gros poissons; mais afin de trouver toujours une plus grande abondance de toutes ces choses,les Indiens changent souvent de demeure, et c’est la même raison qui les empêche de se rassembler en grand nombre dans un même lieu, et Fun des plus grands obstacles à leur conversion.

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Du reste, la plupart sèment et cultivent le nïaïs et le manioc, dont ils font une espèce de bouillie, du pain, et la cliica, leurs délices. C’est leur unique occupation le matin. Ils passent le reste de la journée en jeux et en divertissements, à moins que la nécessité 11e les oblige daller à la chasse. Au défaut de charrues, ils se servent pour remuer la terre de pieux faits d’un bois si dur qu’il leur t'ient lieu de fer, dont ces contrées sont absolument dépourvues.

Les Indiens sont presque tous d une taille fort! haute, fort agiles et fort dispos. Les traits de leur visage 11e sont pas différents de ceux des Européens. Cependant il est aisé de les reconnoître à leur teint basanné, lis laissent croître leurs cheveux, parce qu’une grande partie de la beauté consiste, dans l’idée de ces peuples, à les avoir extrêmement longs : rien cependant ne les déligure davantage.

La plupart des sauvages ne portent point de vêtements. Ils se mettent autour du col, en guise de collier, certaines pierres que l ’on prendroit pour des émeraudes ou pour des rubis encore bruts. Quelques-uns ont de petits os enchâssés dans le menton, ce qui passe chez eux pour une grande magnificence. Dans les jours de cérémonie, ils s’attachent autour du corps une bande ou ceinture faite de plumes de différentes couleurs, dont la. vue est assez agréable, et ils mettent sur leur tête des panaches faits de semblables plumes.. Les

femmes portent presque partout une espèce de chemise appelée tipoy, avec des manches assez courtes. Quelques peuples qui sont plus exposés ou plus sensibles au froid se couvrent d’une peau de bœuf ou d’autre animal. Ils la portent l’été le poil en dehors, et l’hiver ils tournent le poil en dedans. >

L’adresse et la valeur sont presque les seules qualités que les sauvages estiment et dont ils sc piquent. On leur apprend de bonne heure à tirer de l’arc j et à manier les autres armes qui sont en usage parmi eux. Ils deviennent si habiles dans ces exercices, qu’ils manquent rarement leur coup, même en. tirant au vol. Les massues dont ils se servent dans les combats sont faites d’un bois dur et pesant. Elles sont tranchantes des deux cotés, fort épaisses au milieu, et elles se terminent en pointe. A ces armes offensives quelques-uns ajoutent, lorsqu ils vont à la guerre, un grand bouclier cfécorce pour sc garantir des traits de leurs ennemis.

Les Indiens sont tellement vindicatifs , que la moindre injure reçue, le plus léger mécontentement suffisent pour faire naître la guerre entre deux peuplades. Il n’est pas rare qu ils prennent les armes pour disputer à quelque peuple voisin un morceau de fer, plus estimé chez eux que l’or et l’argent ne le sont parmi nous. Ils les prennent aussi quelquefois par pur caprice, et pour s’acquérir la réputation de bravoure.

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Peut-être les Européens ne sont ils pas en état de sentir tout ce qu il y a de barbare dans un tel procédé, parce qu'ils sont accoutumés eux-mèines à s’armer les uns contre les autres, (le qui inspirera le plus d'horreur, ce sera sans doute d entendre dire que les Indiens mangent de la chair humaine, et (|uc par cette raison ils iont à la guerre

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le plus de prisonniers qu ils peuvent, pour dévoi ensuite les membres sanglants de ces malheureux; qu’en temps de paix les Indiens d’une même peuplade se poursuivent et se tendent mutuellement des pièges afin d'assouvir leur appétit féroce. C’est là sans doute le comble de la barbarie et de la

cruauté.

Mais il en faut convenir, beaucoup d'indiens, jusque dans le sein de l’infidélité, ont en horreur une coutume si barbare. Il en est d un caractère humain et pacifique. Ceux-ci vivent tranquilles entre eux, ou s'ils prennent les armes contre leurs voisins , ce n’est que quand la nécessité les y oblige. Ce sont les plus redoutables dans les combats. Mais ils semblent déposer toute leur haine après la victoire. Bien loin de manger leurs prisonniers, ils emploient toute sorte de moyens pour les gagner, pour les engager à se fixer et* à s'établir parmi leurs vainqueurs.

C'est une coutume assez généralement répandue chez les Indiens de manger la viande à moitié cuite; ce qui marque dans eux un vigoureux este-

mac ? peut-etre encore plus une gourmandise bien forte et bien impatiente.

De là naissent différentes maladies, auxquelles les Indiens sont sujets ; la plus dangereuse de toutes est la petite vérole, qui fait autant de ravages dans les peuplades Indiennes qu’en fait qucjquefois parmi nous la peste, lorsqu’on nous l'apporte du Levant. Dès que les Indiens s’aperçoivent que quelqu’un est attaqué de cette maladie contagieuse et presque toujours mortelle au 1 araguai, ils abandonnent aussitôt 1 habitation, et ils se retirent précipitamment dans les bois, après avoir mis auprès du malade des vivres pour trois ou quatre jours. On vient de temps en temps renouveler sa provision jusqu’à ce qu il soit mort ou guéri. Telle est la conduite des barbares dans ces occasions; mais celle des chrétiens est bien différente, et leurs soins s’étendent jusqu’aux infidèles qui vivent dans leur voisinage.

Au reste, entreprendre de faire une peinture des mœurs qui conviennent également à tous ces peuples, ce seroit former un projet impossible. On conçoit que les coutumes et les usages doivent varier presqua 1 infini. Je me contente donc de rapporter les choses qui paroissent les plus universellement établies parmi les sauvages. Il y a encore plus de diversité dans leurs langues que dans leurs mœurs. Aucune de ces langues n esê fort répandue; elles changent très-souvent d’une

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peuplade à l’autre, et c'est un des plus grands obstacles à la propagation de l'Evangile.

On peut dire en général qu il y a deux espèces d'hommes, dans le pays dont je parle. Les uns iront rien que de barbare, les autres conservent jusque dans le centre de la barbarie ou ils \i\cnt des qualités estimables, soit que la nature les ait ainsi formés, soit que cela vienne de 1 éducation. Les historiens, faute de remarquer cette difféi enc e, ont été peu d’accord sur le génie et le caractère des Indiens, et ils nous en ont fait des peint uies qui ne se ressemblent guère.

Tantôt on nous les représente comme des gens grossiers, aussi bornés dans leurs vuesqu inconstants dans leurs résolutions, capables d embrasser aujourdliui le christianisme, et de retourner demain dans leurs bois, pour y reprendre leurs habitudes brutales. Tantôt on nous dit que ce sont des hommes d un tempérament vif et plein de feu, d’une patience admirable dans le travail, pleins d’esprit et d’intelligence, de docilité pour ceux qui ont droit de leur commander, en un mot attentifs à suivre en tout les lumières de la droite raison.

Telle est Iiciée que nous donne uarthelemi de las Casas, cet évêque de Cliiapa que j ai déjà cité, des Indiens qui habitoient le Mexique , le bérou et plusieurs îles de 1 Amérique, lorsque les Espagnols y vinrent aborder pour la première fois. Mais il faut observer que ces peuples étoient déjà civilisés. Us avoient un roi environné d’une cour brillante,

t>2 RELATION des missions

ce qui ne se trouve dans nulle autre contrée de

Amérique méridionale. Cetoit sans doute l'habitude el obéir a leurs princes qui les avoit hu¬ Cc scroit flo«c à fort qu’on voudrait juger des aulres Indiens par ceux-là. Les bonnes ou les niau\ aises coutumes établies dans chaque canton passent des pères aux enfants. La bonne ou la mauvaise éducation rpi’on y reçoit l’emporte sue le caractère propre des particuliers. ^

Les nations aussi barbares et aussi grossières qui; le sont la plupart de celles qui habitent le Paraguai, ne sentant point au dedans d’elies-mémes le frein des lois divines et humaines, il ne faut pas s'étonner qu’il y ait parmi elles si peu d humanité que les jeunes gens mal élevés, et n'ayant sous les yeux que de mauvais exemples, se livrent à la dissoluticn et a la débauche; qu’accoutumés à la chasse et à la pèche, exercices fatigants, mais qui ne sont pas sans quelque plaisir, iis négligent le soin de cultiver les campagnes; enfin que Fiviognene soit un vice universel chez ces peuples: ils 11e manquent guère de s’enivrer quand ils ont à disciel ion de la chica, et surtout lorsqu'ils reçoivent des Européens quelques bouteilles de vin ou d eau-de-vie.

La saison pluvieuse est pour eux un temps de réjouissance. Leurs festins et leurs danses dpq’cnt ordinaiiement deux ou trois jours de suite, et autant de nuits 3 iis en passent la plus grande partie

h boire; et il arrive assez souvent que les fumées de la chica venant à leur troubler le cerveau, ils font succéder les disputes, les querelles et les meurtres à la joie et aux divertissements.

Il est permis aux caciques d'avoir plusieurs femmes : les autres Indiens n’en peuvent avoir plus d'une. Mais si par hasard ils s en. dégoûtent , ils ont droit de la renvoyer et d’en prendre une autre. Jamais un père n’accorde sa fille en mariage à moins que le prétendant n’ait donné des preuves de son adresse et de sa valeur. Celui-ci va dorn^'i la chasse, il tue le plus qu il peut de gibier, il 1 apporte à l'entrée de la cabane où demeure celle qu il veut épouser, et se retire sans dire mot . Par 1 espèce et par la quantité de gibier les parents jugent si c’est un homme de coeur, et s’il mérite d’obtenir leur fille en mariage.

Beaucoup d Indiens n'ont point d'autre lit que la terre, ou quelques ais bruts, sur lesquels ils étendent une natte de jonc et la peau des animaux qu’ils ont tués. Ils se croient fort heureux quand ils peuvent se procurer un hamac; c'est une espèce de filet suspendu entre quatre pieux, et qui leur sert meme en voyage; lorsque la nuit arrive, ils le suspendent à des arbres pour y prendre leur repos.

Vers le coucher du soleil les sauvages font un dernier repas, après lequel ils vont tout de suite

se mettre au lit. Mais les jeunes gens qui ne sont pas encore mariés prennent d'ordinaire ce temps-

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là pour se réunir, et dansent pendant deux ou trois heures au son dune espèce de flûte ou de flageolet. Les filles forment en dansant un grand cercle autour des garçons.

Les Indiens qui cultivent le maïs se partagent en plusieurs bandes aussitôt après la récolte, et vont à la chasse dans les bois.

Afin que la chair des animaux qu’ils tuent ne Se gâte point, ils la font passer au feu et dessécher, de manière quelle devient aussi dure que du bois.

Ils retournent ensuite chez eux au mois d’août, pour ensemencer leurs terres. Les pluies presque continuelles qui tombent depuis le mois de décembre jusqu’en mai ne leur permettent pas de s’éloigner beaucoup de leur peuplade; ainsi tout commerce est alors interrompu. Les fleuves se débordent et forment des marais qui se trouvent ensuite remplis de poissons. Quand les eaux se sont entièrement retirées, on reprend les travaux de la terre jusqu’à la récolte.

DU PARAGUÀI.

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Religion

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