‹ Relation des missions du ParaguaiChapitre 8 sur 30 · CHAPITRE y II · texte numérisé non relu

CHAPITRE y II

Ferveur admirable des chrétiens du Paraquai. — • Leur assiduité dans les églises. — Exercices de piété qui s* y pratiquent ordinairement.

G’étoit peu d'avoir attiré les Indiens au christianisme 7 il lalioit encore leur en faire observer les devoirs. C est à quoi les missionnaires ont réussi plus qu’ils n’auroient peut-être eux-mêmes osé l’espérer. On ne sauroit dire avec quelle ferveur les Indiens remplissent tous les devoirs de la religion. Mais pour bien comprendre tout ce que cette ferveur a d admirable, il faut se rappeler quels furent autrefois les Indiens. Ces hommes qui n’avoient presque rien d humain que la ligure, qui n étoient occupés qu’à contenter leurs appétits brutaux , sont aujourd’hui des modèles de toutes les vertus chrétiennes. La pureté de leurs mœurs, leur dévotion retracent à nos yeux la parfaite image de la primitive Eglise.

L’expérience a montré que les Indiens sont pour la plupart d’un esprit doux et traitable, qu’ils sont sensibles a 1 amitié. On remarque aujourd’hui dans ceux qui professent le christianisme cette belle simplicité que l’Evangile nous représente comme la compagne fidèle de 1 innocence. 11 y a lieu de croire que s ils parurent avant leur cen-

version n'avoir que la férocité en partage, c etoit moins l'effet du naturel que la suite funeste d\mc mauvaise éducation. Les habitudes vicieuses se transmettaient des pères aux enfants par la voie des exemples; dès que les Indiens ont eu de bons exemples devant les jeux , on a vu la probité , la candeur, la retenue, prendre parmi eux la place des passions effrénées qui les gouvernoient, et l'on peut dire en général qu ils sont tous de bons et fervents chrétiens.

Mais la nature humaine étant aussi corrompue depuis le péché d’Adam, il n’est pas possible de trouver sur la terre une société nombreuse d hommes qui soit absolument exempte de tout défaut, et où personne ne s écarte jamais des sentiers

étroits de la vertu. Les premiers chrétiens net oient pas tous irréprochables; et il ne faut pas croire que les réductions du Paraguai. soient plus privilégiées à cet égard que la primitive Eglise. Si les missionnaires n ont pu prévenir toutes les fautes, ils ont du moins tâché d’en prévenir les suites

fâcheuses.

On fait choix dans chaque réduction pour y maintenir le bon ordre, de quelques anciens néophytes, qui sont chez les Indiens ce que furent autrefois les censeurs chez les Romains, etlesnomophylax chez les Grecs. On les nomme régidors; il y en a parmi eux qui sont chargés spécialement de veiller sur la conduite et sur les mœurs des néophytes. S ils découvrent que quelqu’un

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soit tombé dans une faute considérable, et propre* à donner du scandale, comme seroit une* action contraire à la pudeur, un transport de colère suivi de quelque tort fait au prochain, ils saisissent le coupable, ils le conduisent à l’église, revêtu d’un habit de pénitent, pour demander publiquement pardon à Dieu de sa faute; ils lui imposent une sévère pénitence. De là on le mène sur la place publique, où il reçoit en présence de tout le monde un châtiment proportionné à la grièvelé de sa faute. Le coupable humilié baise ordinairement avec reconnoissance les mains qui l’ont frappé, en disant : Dieu vous récompense de ni avoir soustrait par cette punition légère aux peines éternelles dont fétois menacé. 11 est rare qu'on retombe ensuite, et encore plus que la contagion du mauvais exemple se répande parmi les

autres chrétiens.

Mais ce qu il y a de plus admirable , c’est qu on a vu des Indiens, et meme des Indiennes, qui ayant commis secrètement le même péché qu’on venoit de punir dans quelque autre à leurs yeux , couroient deux-mêmes s’accuser aux régi dors , et prioient instamment qu’on leur imposât la même pénitence. Trait bien remarquable de ressemblance qu’ont ces réductions avec la primitive Eglise, où la pénitence publique étoit si souvent

mise en usage.

Des hommes qui ifavoient pas même aupann yan t les premiers principes d’humanité, ayoicn t bc-

sein cju on les instruisît dans le plus grand détail des devoirs du christianisme. C’est à quoi les missionnaires se sont extrêmement appliqués, aussibien qu à leur inspirer un respect profond pour les mystères de la foi, et pour tout ce qui est l'objet du culte chrétien. Mais ayant affaire à des gens d un entendement grossier, sur qui les raisons les plus convaincantes font moins d’impression que les objets matériels, les sages ministres de lEvangile ont pris un soin particulier de présenter à l'imagination des néophytes ce qui pouvoit augmenter leur respect pour les choses saintes.

Ils ont voulu que les temples du vrai Dieu fussent bâtis et entretenus avec toute la masinifi-

Cence cl toute la propreté possibles. Les premières églises n étoient que de bois et d une structure fort grossière* elles avoient pourtant déjà de quoi surprendre et frapper les Indiens, dont les yeux n étoient pas accoutumés à de pareils objets. Les missionnaires leur apprirent dans la suite à fa ire la brique et la chaux, et firent venir d Europe quelques-uns de leurs frères , qui entendoient la conduite des bâtiments. Ainsi I on voit aujourd’hui dans la plupart des réductions des églises bâties r.e briques ou de pierres. La plupart sont assez belles pour plaire même à des yeux européens. Les églises du Paraguai ont, outre la nef, les bas côtés, qui sont quelquefois doubles. On y compte cinq autels au plus, parce qu’un plus grand nombre seroit inutile. Ces églises sont assez vastes ;

quoiqu elles soient fort basses, le toitn étant sontenu que sur des colonnes de bois au defaut de pierres, il n’est pas possible de f élever à proportion de la longueur eL de la largeur de l'édifice. Mais eu égard aux maisons qui iront jamais qu'un rez-de-chaussée, les églises peuvent paroi tre de superbes édifices. Outre la principale poite et celles des cotés, on pratique dans les murs un grand nombre de fenêlres, afin quelles soient bien éclairées. Ces fenêtres sont encore nécessaires, surtout en été, pour diminuer fincommodité que souffrent les prédicateurs et les célébrants, lorsque l’église est échauffée par la multitude des Indiens qui y accourent et qui transpirent beaucoup.

Les réductions fondées dans le pays des Moxcs étant les plus récentes, les églises y sont aussi mieux bâties que partout ailleurs. La nef et les bas côtés ont un chœur fort propre, et surmonté d’une coupole.

Comme les missionnaires ont amené de temps eu temps avec eux des frères qui avoient appris en Europe les différents arts qui pouvoient servir à la décoration des édifices sacrés, les autels sont ornés de tableaux de dévotion proprement encadrés; de colonnes, de corniches bien travaillées, et môme db statues et de bas-reliefs. Les murailles sont ordinairement revêtues de toiles peintes garnies de franges, ou enchâssées dans une boiserie. On y a représenté les principaux mystères de

no Ire religion ? afin de les mieux graver dans le ca ur des néophytes; car ce sont là, pour me servir des expressions de saint Grégoire, les livres où le peuple étudie sa religion.

Chaque église à son baptistère placé dans une glande chapelle ornee avec un soin particulier, parce que c'est la première chose qui frappe la \ ce de ceux qui entrent. Les ornements qui servent a f office divin sont plus propres que riches, et les autels n ont guère d’autre parure que des iieurs artificielles ou naturelles, et sont jonchés d herbes odoriférantes. On forme avec des feuillages et des fleurs des guirlandes qu’on attache autour de 1 église, et qui y répandent une odeur très-agréable. Aux jours les plus solennels, on y bru le des parfums, on arrose le pavé deaux de senteur, on le jonche d herbes et de fleurs odoriférantes que le pays fournit en abondance pendant tout le cours de l’année.

Ce fut par de semblables attentions que Nèpotien mérita autrefois les éloges de saint Jérôme, qui parle ainsi de cet homme vertueux, dans l’épitaphe qui! a composée en son honneur : « 31 » orna souvent les basiliques de fleurs, de fcuil- » lages et de pampres , qu'il entrelassoit avec » goût l. )> Plus dune raison engage les missionnaires à autoriser cet usage.

Il y a clans chaque réduction un premier sa-’

1 Bcisilicas ecclcsiœ dwersis (loribus ût arborum comis vitium - (jue pampinis adumbravit.

crislain ? el deux autres qui lui sont subordonnés, outre six clercs qui portent le rabat et i habit long, avec la queue traînante de trois ou quatre palmes, à la manière des prêtres espagnols. Leux-ci commencent cependant aujourd’hui à quitter cet usage

incommode. Toutes les places dont je viens de parler sont extrêmement recherchées, et ceux qui les obtiennent en remplissent les devoirs avec une exactitude admirable. Les novices des ordres les plus fervents n’ont pas l’air plus modeste et plus recueilli en servant h l’autel que les jeunes Indiens qui font l’office de clercs. Tout ce qui sert à l’office divin, le pavé même des églises, est entretenu avec la plus grande propreté.

Du reste il ne faut chercher dans les églises des réductions ni marines choisis, ni pierres précieuses. L'or et l’argent ny sont guère employés que pour les vases sacrés. Mais ce qui mérite nos regards et notre admiration, c’est l'assiduité des chrétiens dans les temples sacrés. On y pratique non-seulement tout ce qui est d usage dans les paroisses bien réglées d Europe, mais beaucoup d autres exercices de piété, que les missionnaires ont jugé à propos d’introduire. Qu on me permette d’entrer encore sur cela dans un détail qui 11e peut (in édifier, et qui est également propre à taire connoître le zèle des pasteurs , et la ferveur des néo-

phytes. . é

Tous les matins, dès que le jour commence h paroîtrea les enfants vont à l’église, où ils se pla-

RELATION DES BUSSIONS

cent, ies garçons d’un côté, les filles de l’autre. Ils

la doctrine chrétienne jusqu’au lever du soleil. Alors on dit une messe, à laquelle tous les habi¬

tants de la réduction doivent assister, à moins qu iis n aient des raisons légitimes pour s’en dispenser. Ap ès la messe chacun se rend A son tra¬

vail. Le soir on fait le catéchisme aux enfants.

La cloche appelle ensuite tous les fidèles àleglise pour > réciter ensemble le rosaire et les prières du soir, fous les samedis on chante en musique la messe de la Vierge, et le soir, après le rosaire, les litanies de la mère de Dieu, avec une prière pour les morts. On verra bientôt, sans doute avec surprise, en quoi consiste cette musique des Indiens.

Le di manche, tout le monde se rend de grand malin à i église pour y -chanter la doctrine chrétienne. On célèbre ensuite les fiançailles et les mariages, ce qui demande beaucoup de temps; car on remet tous les mariages au dimanche, afin de leur donner plus de solennité. Par là on apprend aux infidèles et aux nouveaux convertis à respecter cette action comme sacrement. On chante ensuite la messe solennelle. Après l’Evangile, un missionnaire monte en chaire ; il explique l Evan- -gile du jour. Quand la messe est finie , on examine si quelqu’un s’en est absenté sans raison légitime, ou n’a pas assisté à la récitation de la doctrine chrétienne; s’il n’est point arrivé au dedans ou au dehors de la réduction quelque désordre au-

quel il soit nécessaire de remédier. On impose des pénitences à ceux que Ton a trouvé pn faute.

Après le dîner, on baptise les enfants et les catéchumènes, qui sont presque toujours en grand nombre. Cela se fait encore le plus solennellement qu'il est possible, afin d’animer la foi du peuple et de lui inspirer du goût pour les saintes cérémonies de l'Eglise. Les congrégations particulières s’assemblent ensuite pour pratiquer les exercices de piété qui leur sont propres, et pour entendre une exhortation. Après les vêpres tout le peuple récite le rosaire en commun à 1 ordinaire. Dès qu'il est fini chacun va se reposer dans sa maison , et se préparer aux travaux du lendemain.

Les néophytes assistent à tous exercices avec une modestie et un

ces différents recueillement

qu’il seroit difficile d exprimer. Mais leur dévotion paroît encore dune manière bien plus sensible lorsqu'ils doivent s'approcher de la table eucharistique.

Les missionnaires finissent toujours leurs prédications par un acte de contrition , qui contient les motifs les plus capables d’exciter le regret des péchés que l'on a commis. L’église retentit alors de soupirs ei de sanglots. Picmplis d’une sainte colère contre eux-mêmes, les néophytes s’efforcent bien souvent d’expier leurs fautes par des austérités et par des macérations qu ils porteroient à

I excès , si 1 on ne prenoit pas soin Je les modérer.

o^t sui Loin an tribunal de la pemtcnce cpi on connoît jusqu’où va la délicatesse de leur conscience. Ils versent un torrent de larmes en s'accusant de fautes si légères , qu’on doute quelquefois si elles sont matière d’absolution. Cependant ils ne se lassent point d interroger le missionnaire avec une inquiétude scrupuleuse, pour savoir si telle ou telle chose est un péché. S'ils s'aperçoivent ensuite qu'ils ont offensé Dieu, en quelque manière que ce soit, ils quittent sur-le-champ leurs occupations les plus pressantes; ils courent à 1 église pour s’y purifier par le sacremen t de pénitence. Ils déclarent leur faute avec tantde douleur et de gémissements, que le confesseur attendri ne peut s empêcher de joindre ses larmes à celles du pénitent.

Presque tous les Indiens sont pauvres ; il ny en a cependant aucun qui ne s'empresse de secourir ses semblables dans le besoin. Est-il question de bâtir une église, ils abandonnent vojon tiers tout autre ouvrage, et courent d eux-mêmes offrir leurs services. Ils se prlveroient du nécessaire pour contribuer à la dépense de fédifice, si I on ne mettoit pas dea bornes à leur piété généreuse.

L'Eglise catholique a toujours fait profession dlio norer les cendres de ceux qui sont morts après avoir été sanctifiés par le baptême. Elle veut que 1 on conserve avec soins les restes de leur dépouille mortelle, qui doivent un jour se* ranimer

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