RELATION DES OPÉRATION DE L'ÀRNËE
7U% ^ùAtH bit
PM€I J. POIVUTOWSKI,
Pendant la Gaiopagoe ia 1809. en Pologne,
Contre les Anirfclilciu.
SUR LE PRINCE J. POmATOWSKI,
La femille de Poniatowski n'apparut sur la scène politique qu'au commencement du dix-huitième siècle. A cette époque, elle produisit plusieurs personnages distingués , entre autres Stanislas Poniatowski, colonel des gardes du roi de Pologne StanislaaLeszczynski, et compagnon de Charles XII, roi de Suède. Stanislas Poniatowski eut plusieurs en-
(aht8 : Tundeses fils futélu, en 1764, roi de Pologne, et régna sous le nom de Stanislas-Auguste; l'autre fut lieutenant général au service de Taoïpereur d'Allemagne , et épousa Thérèse Kinska , d'une famille illustre de Bohême. De cette union, naquit un fils, Joseph Poniatowski. C'est de celui-ci que nous allons esquisser l'histoire.
Le princQ Joseph Poniatowski, né en 1763, grandit et fut élevé sous la protection de son oncle , le roi Stanislas-Auguste. Il reçut l'éducation la plus soignée , que sa mère , femme d'un grand mérite , dirigea , et il fit de rapides progrès dans les études , manifestant toutefois une préférence marquée pour celles qui se rapportent à l'état militaire.
L'histoire nationale lui offrait de beaux exemples à suivre. Il lisait avec avidité la relation des brillants faits d'armes qui immortalisèrent les Tarnowski, les Chodkiewicz, les Zamoyski et les Sobieski. Son âme ardente s'ouvrait à l'espérance de les imiter. Il pressentait que la Pologne ne pouvait se relever que par les armes , et il s'abandonna dès lors à son penchant de prédilection. A peine âgé de seize ans, Joseph demanda au roi, avec instance, de le faire entrer au service militaire. L'armée polonaise était alors peu nombreuse et son organisation très imparfaite. Réduite, depuis un demi -siècle, à 24,00Q hommes, son instruction était n^ligée ; elle avait perdu l'esprit belliqueux qui la distinguait autrefois. Poniatowski n'aurait pu acquérir,, dans ses rangs, les connaissances, théoriques et pratiques
SUR LK PftmCS PONIATOWSKI. 3
qui seules sont capables de tonner un bon officier. Le roi son oncle se décida à Tenvover à Vienne et à lui foire prendre du ^ce dam l'année Unpériale, qui était rencnnmée pour sa discipline et pour son instruction, et dans laquelle servaient déjà plusieurs Polonais de marque^
Joseph entra au service de l'empereur, en 1779, connue officier de cavalerie. Plein de zèle et d'activité, il se livra tout entier à l'étude de l'art militaire, et se concilia bientôt la faveur de l'empereur Joseph n. Son avancement fut rapide : en 1787, il commandait un régiment de dragons en qualité de lieutenant-colonel. Il fît, à la tête de ce corps, la première campagne contre les Turcs, qui eut lieu dans la même année. Le jeune Poniatowski saisit avec ardeur cette occasion de se signaler, et donna des preuves de courage et de talent. Blessé au siège de Sabacz, il fut nommé aide de camp de l'empereur et colonel de cavalerie. Le feld-maréchal Lascy, une des illustrations militaires du siècle, qui commandait l'armée impériale , le distingua , conçut pour lui de l'affection , et l'instruisit dans les principes de la grande guerre. Dès lors , Joseph devint un officier capable et instruit. Sa destinée était belle : neveu d'un roi, favori d'un empereur, colonel à vingt-quatre ans, l'avenir lui réservait les plus brillants succès.
Poniatowski était un des plus beaux hommes de son époque ; son adresse dans les exercices militaires était surprenante. Il se distinguait également par son courage et sa présence d'esprit dans le danger.
4 NOTICB H15T6RfQUfi
Plein d'enthousiasme et aniiné d'une noble ambi'tion^ aucun obstacle n'était capable de l'arrêter. Son cœur était excellent et en parfaite harmonie avec sa dtoiture et la pureté de ses principes. On pourrait dire que s'il avait des défauts , ils prenaient leur source dans l'excès même de ses qualités. Il était parfois courageux jusqu'à la témérité , enthousiaste jusqu'à l'exaltation, généreux jusqu'à la prodigalité. C'était le type du chevalier des temps anciens. S'il était né deux siècles plus tôt , peut-être eût-il encore été mieux compris et mieux apprécié que dans ce tempSHîi, où un froid calcul et un égoisme coupable semblent dessécher l'àme et arrêter l'élan de l'héroïsme. Heureusement Poniàtowski appartenait à une nation chez laquelle l'influence des temps s'était le moins fait sentir. En Pologne, il fut regardé comme un héros.
Le roi Stanislas-Auguste avait été placé sur le trône par les intrigues et la prépondérance de l'impératrice Catherine de Russie. Cette princesse avait appuyé la candidature de son protégé de 40,000 hommes de troupes qu'elle avait réunis sous les murs de Varsovie ; et son influence , déjà si grande en Pologne, s'accrut encore sous ce règne. Appelé à jouer un rôle si éminent , Stanislas-Au* guste était doué des qualités qui constituent le mérite duns un simple particulier. Il joignait à une instruction étendue un esprit fin et pénétrant, un caractère» doux et affable. Ses manières étaient distinguées et son élocution facile. Il était à la fois
SUR LB FBIlfCB PONIATOWSKI. 5
homme de cabinet et de salon ; mais il était loin de posséder l'élévation de sentiments et la force d^âme indispensables à son importante mission. H n'avait ni l'habitude des affaires publiques ni les hautes ca* pacités que réclamait l'état de la Pologne, lacpieUe, agitée au dedans et menacée au dehors y ne pouvait être sauvée que par un chef qui sût en même temps la régénérer et la défendre. Sous un tel roi, la Pologne devait être livrée à tous les hasards des évé^ nements.
L'impératrice Catherine n ne manqua pas de pro«fiter de cet état dé choses, et prétendit dès lors diriger exclusivement les destinées de la Pologne. Il lui était d'autant plus £acile d'atteindre ce but que la Prusse était son alliée, et que l'Autriche n'eut pas la saine politique d'entraver ses projets ambitieux. Pour mieux assurer son pouvoir, elle avait eu soin de fo- 'menter l'inimitié des partis qui divisaient la nation, et de les entretenir par là dans un état d'hostilité permanente. Non contente de souffler la discorde entre les dissidents et les catholiques , elle protégeait tantôt les idées des novateurs, qui voulaient marcher avec les lumières du siècle , et tantôt elle soutenait les partisans de l'anden ordre de choses, qui repoussaient toute réforme et le^ droits exorbitants et oppressifs d'une noblesse qui , dans sa turbulence , méconnaissait les lois , et souvent même dilapidait la fortune publique avec impudeur. Mais dans le sein de cette noblesse même se trouvaient des hommes supérieurs par leurs talents et leur caractère, qui,
6 KOTICB HlSl'OillQITB
mettant Tintérét de la patrie au-dessus des privilèges que leur donnait leur position sociale, méditaient une réforme qui devait régénérer TEtat. Au commencement du règne de Poniatowski, les efiEorts des réformistes semblaient devoir être couronnés de succès. Quelques changements notables avaient été apportés aux lois fondamentales de la république, et l'impératrice ne s'y était pas opposée ; mais bientôt 8a politique'changea : une nouvelle diète , élue sous son influence, abrogea les modifications qui venaient d'être décrétées , et le pouvoir oppressif de la Russie s'accrut. En vain quelques sénateurs influents , tels que Gaétan Soltyk, Joseph Zaluski, Yinceslas et Séverin Rzewuski * voulurent s'opposer à cette honteuse oppression. Ils furent arrêtés dans la capitale même, en 1767, et menés captifs à Kaluga. L'indignation produite par cet acte inouï de violence fut à son comble ; les amis des patriotes em- ' menés en captivité s'armèrent. Une guerre sanglante éclata alors : les patriotes combattaient sous les drapeaux de la confMération de Bar, et les partisans de la Russie sous ceux du roi. L'impératrice , qui soutenait ces derniers, sut profiter des circonstances pour établir ses troupes en permanence sur le territoire de la république. Les efforts des confédérés ne purent leur donner la victoire ; malgré l'envoi de quelques officiers français , et la diversion produite
"^ SolLyk était évêque de Krakovie; Zaluski, évêque de Kiiow; Venceslas Rzewuski, palatin de Krakovie, et son fils Seycriti, starostç de Dolln.
SUR LS PRIIfCfi POirUTOWSKI.
par la guarre de Turquie» ils durent iuocomber dans la lutte. Le premier partage de la Pologne s'ensuivit : la Russie, rAutriche et la Prusse s'emparèrent, en 1772 , des proyinoes qui étaient à leur oonve^ nance. Cet acte de violence, sans exemple jusqu'alors dans les annaWdu monde , fut consommé en pleine paix, sans être la suite d'une guerre des puissances copartageantes contre la Pologne , en présence des puissances les plus intéressées au maintiai d'une Pologne indépendante* Le territoire de la république et sa population furent réduits d'un tiers*
Cependant la richesse de son sol , l'esprit belli-queux de ses habitants, le prestige toujours vivant de son ancienne gloire, permettaient encore à la république d'aspirer à une place distinguée parmi les grandes puissances de l'Europe, La diète quatriennale , convoquée en 1788 , commença une nouvelle ère pour la Pologne. Les réformistes s'y trouvaient en majorité. Â leur tête étaicmt Adam Czartoryski *y Ignace et Stanislas Potocki, Stanislas Soltyk, Stanislas Soltan, Julien Niemcewicz , Joseph Wybicki, et enfiny le plus dévoué de tous, Stanislas Malachowski , maréchal de la diète. Le mouvement de la réforme était si puissant, que le roi lui-même dut s'associer à l'entrainement général. Il prit part à la rédaction de la nouvelle constitution qui se préparait dans le secret. Ce nouveau pacte renforçait le pouvoir royal , établissait l'hérédité du trône , abolissait le
* Pèrp au prince Czarlory^ki, qui se trouve maiateDant en émigration.
St NOTIGC HISTORIQUE
veto, accordait aux classes inférieures des droite et des immunités, et abrogeait les abus qui s'étaient introduits dans le gouvernement. Il fiit proclamé, sans égard pour le mécontentement de l'impératrice,, le 3 mai 1791.
La Pologne s'afiranchissait ainsi du joug odieux de la Russie, et ressaisissait son indépendance. Le roi accéda à ce grand acte national ; mais sans avoir la conviction de bien foire et pour ainsi dire à contrecœur, car il sentait que cette démarche décisive le priverait de la protection et lui attir^ait même l'inimitié de l'impératrice , qui était si fortement intéressée à maintenir la Pologne dans cet état d'impuissance où une longue anarchie l'avait réduite. Les réformistes cherchèrent alors une autre alliance. L'ambition de la Russie , ses conquêtes en Orient , et sa prépondérance exclusive en Pologne, avaient rapproché la Prusse et l'Autriche dans le but de s'opposer à l'agrandissement de cette puissance. Le roi de Prusse , Frédéric-Guillaume , semblait rechercher l'amitié de la Pologne. Une alliance fut conclue avec ce prince , alliance trompeuse qui réservait à la Pologne une cruelle déœption. Cependant l'impératrice, après avoir foit la paix avec la Turquie au commencement de 1792, se déclara hautement contre la réforme. Il fallut se préparer à la guerre avec la Russie* Il était difficile de réunir à cet effet des moyens suffisants dans un pays depuis si longtemps désuni .
La lutte devait donc être inégale et rude à sou-.
SDR LB PAINGE POUIATOWSKI. 9
tenir ; mais il y avait y dans le sein même de la république , un ennemi plus redoutable encore que les ennemis extérieurs : c'était le parti antiréfbrmiste, qui d'abord avait dû céder à une imposante majorité , mafs qui s'agitait dans l'ombre et s'entendait secrètement avec la tzarine. Les che£B de ce parti, tels que Félix Potocki, François-Xav. Branecky , Alexandre Sapieha, et Severin Rzewuski *, n'étaient égarés que par l'ambition et pèut-^tre même par un amour incomidéré des libertés garanties par l'ancienne constitution; mais, parmi lesmeneursd'un ordre inférieur, se trouvaient des hommes vendus à la cour de Russie, et malheureusement trop influents. Le roi eut la coupable faiblesse de prêter l'ordlle à leurs insinuations , et se vit successivement entraîné dans leurs intrigues. Ses hésitations, la faiblesse de son caractère, et peut-être même sa mauvaise volonté, paralysèrent les efforts de la diète polonaise, et détruisirent Feffet de ses meilleures résolutions. Cependant le prince Joseph continuait à servir dans les armées de l'empereur. Une seconde campagne de Turquie allait s'ouvrir, et lui promettait une riche moisson de gloire, lorsque le roi le rappela en Pologne, afin de coopérer à la levée d'une armée de 100,000 hommes dont la diète venait de décréter l'organisation. Le prince obéit, et, dès son arrivée à Varsovie, en 1789, il s'empressa de con-
* Il avait élé mis en liberté par Timpératrice après cioq années de captivité à Kaluga. U changea alors de système , et s'engagea 30I1S les drapeaux des partisans de la Russie.
10 NOTICE HISTORIQUS
tribuer à la formation de nouvelles troupes. Mais à peine avait-il commencé à se livrer à ces occupations importantes , qu'il fiadlut se préparer à la guerre contre la Russie , qui menaçait la Pologne d'une prochaine invasion. Le prince Joseph fut appelé au commandement de Tarmée d'Ukraine, qui n'était forte que de 14,000 honunes. Cette armée devait défendre le midi de la Pologne contre 60,000 Russes réunis sous les'ordresde Kakhoffekoï, tâche d'autant plus difficile que les troupes polonaises se trouvaient disséminées dans des cantonnements extrémeinent étendus. Vers le nord, le prince de Wurtemberg, à la tête de 17,000 hommes , devait défendre la Litvanie contre Kretschetnikoff , qui avait 44,000 hommes sous ses CHxlres. Le reste des forces militaires de la Pologne., dont la totalité s'élevait à 55,000 hommes , ne pouvait pas Picore entrer en ligne , la plupart des corps n'ayant pu achever leur formation.
Cependant, depuis la fin de mai, la diète avait été dissoute, et le roi investi par elle d'un pouvoir pr^que illimité. Un conseil de guarre fut tenu à Varsovie, par Stanislas- Auguste , avant le départ des deux chefs pour leurs armées respectives. Le prince Joseph y émit son opinion avec franchise. Il dit qu'il était imprudent de commenœr la guerre avec des forces aussi peu considérables *. Il pria le
* Ces détails sont extraits d'un manuscrit du prince, portaat pour litre : itfes Souvenirs mr la Campagne de 1792 contre tes Russes.
SUR LB PRIHCB POHIÂTOWSKI. tt
roi de confier le commandement à un général étran* ger plus habile que lui. U déclara qu'il était prêt à servir en sou^ordre ; mais qu'il avait la conviction qu'avec les forces disponibles il était difficile d'espérer une campagne heureuse et d'autant mains glorieuse pour le chef futur. Le roi lui répwdit qu'il ne fallait pas qu'il se laissât rebuter par FinsujEfisance des ressources miUtaires ; que. Polonais, son devoir était de défendre sa patrie ; en un mot, il lui ordonna d'obéir. On traça ensuite le plan de campagne , qui était en apparence bienr conçu. Sans s'occuper de garder une frontière impossible à cou* vrir à cause de son étendue , il fut arrêté que les deux armées d'Ukraine et de litvanie se réuniraient respectivement sur des points convenables , coordonneraient leurs mouvements, et se tiendraient sans cesse en conununication; que l'armée du prince Joseph serait renforcée- d'upe levée de kosafcs d'U** kraine , opérée dans les provinces limitrophes de la Russie, et d'une division de 6,000 hommes que lui amènerait le prince Michel Lubomirski ; que l'artillerie et les munitions nécessaires lui seraient envoyées, et que le roi se tiendrait prêt à marcher à la tête d'une division de réserve de 8,000 hommes. Eiifin il fut observé que les Prussiens avaient promis la coopération d'une armée de 30,000 honunes dès le début de la campagne. Le prince Joseph choisit le bourg de Polonna pour y placer ses dépôts de vivres et de munitions, et ce point important dut être fortifié sans retard.
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Toutes ces mesures étant décidées, le prince alla se mettre à la tête de ses troupes. Il en était temps. Dès son arrivée, les Russes pénétrèrent sur le territoire de la Pologne par quatre points dii^èrents ; leur mardie était si rapide que les Polonais ne purent complètement réunir leurs forces ni exécuter leurs plans de défense. La levée des kosaks ne put avoir lieu ; l'arrivée d'une partie de l'artillerie et des munitions était en retard. Polonna fut abandonné sans qu'on eût le temps d'achever4e8 fortifications. Le prince Lubomirski ne réunit pas à temps sa division; le roi fut dissuadé de se rendre à l'ar mée , et , ce qui était le plus Mcheux , les Prussiens n'accomplirent pas l'engagement qu'ils avaient pris de faire marcher leurs troupes au secours des Polonais.
En Litvanie , le prince de Wurtemberg , qui favorisait secrètement les projets de la Russie , n'agissait pas et n'opposait qu'une faible résistance aux troupes de Kretschetnikof f , qui se portaient en avant. H fut , mais trop tard , remplacé par le général ludycki.
En Ukraine , le prince Joseph s'efforça de réunir son corps d'armée. Il y réussit en se retirant dans l'intérieur du pays ; mais ces troupes manquaient d'une bonne organisation : ni l'état-major général ni le ser-
SCR LU rftmCB poniatowski. 19
vice des vivt^ n'existaient. Le prince, secondé par les généraux Kosciuszko et Wielhorski , dont rhabileté égalait le patriotisme , fit des efforts prodigieux pour suffire à tout ; mais la surprise était complète : il fallut précipiter la retraite de Vannée. Elle ne s'effectua pourtant pas sans gloire pour les Polonais. Le 15 juin eut lieu le premier engagement sérieux : c'était en avant des digues de Borus2JLOwcé. L'arrièregarde polonaise y combattit vaiUamment; mais , obligée d'effectuer sa retraite par un loi^ défilé en présence de l'ennemi, elle y perdit bon nombre de braves , et presque tous les bagages de l'armée. Le général Wielhorski commandait les Polonais dans cette journée désastreuse. Malgré son habileté et son courage, il ne put balancer la fidrtune, et il fut obtigé de céder.
Depuis Touyerture des hostilités , les Russes marchaient sur trois colonnes. Tandis que celle du centre suivait la retraite du gros de l'armée polonaise, les deux autres la tournaient. Kakho%koï, redoutant la valeur des Polonais , et ne voulant pas courir les chances incertaines du combat , évitait tout engagement sérieux , et se contentait de harceler sans cesse nos troupes. Enfin un engagement général eut lieu à Zielencé le 18 juin. Dans cette journée, les Russes dirigèrent leur effort principal sur le centre des Polonais ; mais , foudroyés par leur artillerie , ils ne purent l'entamer , et furent repoussés avec perte. Leur gauche fut entièrement rompue , et ils furent forcés de se retirer sur toute la ligne.
14 NOTICE UISTORIQVE
La victoire était complète ; mai» Pooiatowlki ne put en profiter : il manquait de munitiom pour continuer le combat » et il craignait Farrivée aur aes flancs des colonnes latérales Russes qui le tournaient en ce moment. Il fallut qu'il se contentât de les observer, ne pouvant détacher des forces suffisantes pour les contenir. Dans cette situation > le général Polonais dut donc s'estimer heureux d'avoir fait éprouver une perte de 4,000 hommes à l'ennemi. Après s'être arrêté qudques heures sur le champ de bataille , il se mit en retraite sur Zaslàw, et conséquemment sur Ostrog , où il resta pendant deux jours en présence de toute l'armée, ennemie, affrontant sa canonnade sans pouvoir lui répondre faute de munitions *.
Le prince passa le Bug , où des ordres positifs du roi lui ordonnaient de s'arrêter ; mais le cours de cette rivière ne pouvait longtemps suspendre les progrès de l'ennemi. Le lit en était guéable presque partout pendant Fêté; le développement en était trop étendu pour être gardé par une armée de 24,000 hommes contre les troupes de Kakhofifokoï. Dans le même temps , l'armée de Litvanie se retirait sur Brzesc et était suivie par des forces supérieures qui venaient de lui faire essuyer un échec près de Mir **. Le passage du Bug fut forcé par les
* Le prince dit, dans ses mémoires^ qu*il n*avait plus que onze coup» à tirer par pièce.
*" C'est le général Zabiello qui la commandait alors ; il avait remplacé ludycki dans son commandement.
Sim LK VftlHCB PONIATOWSKI. Il
Russes , à Dubieuka , le 18 juillet. Koichiszko , qui commandait sur ce point, y déploya toute son ha* bikté et cette ardeur guerrière qui le caractérisait, n céda» mais en défendant le terrain pied à pied, et en faisant essuyer à Vennemi une perte mmidérable.
Sur ces entre&ites, la terreur s était emparée de l'esprit des habitants du pays ; on désespérait de la chose publique. Les antiréformistes s'étaient confiè- ' dérés à Targowica. Dès le 14 mai , ils organisèrent des forces militaires sous la protection des troupes russes, et arrivèrent à la suite des bagages de l'ennemi. Le roi transigea avec le parti russe et abandonna la cause des patriotes pour se mettre sous la protection Je l'impératrice et conjurer sa colère. Il se détacha complètement de la perfide aUiance du roi de Prusse, qui s'était contenté de conseiller un arrangement avec la tzarine.
Sous le rapport mihtaire , rien n'était préparé pour une défonse vigoureuse. S'il en avait été autrement, on ne peut mettre en doute que, malgré le revers éprouvé au début de la campagne, la guerre aurait pu être continuée sur la Yistule avec des chances de succès. En effet, les Russes, affedbhs par les marches et les combats, avaient ooicore été forcés de laisser sur leur ligne de communication de nombreuses garnisons, et ne s'avançaient sur Varsovie qu'avec 70 ou 80,000 hommes , tandis que l'armée polcmaise, destinée à couvrir la capitale, comptait encore 40,000 combattants, avec les troupes que
16 NOTICE HISTORIQOB
ZabieUo amena de Litvanie; et ces forces auraient pu être en peu de temps augmentées par les levées que l'on opérait dans les provinces de la rive gauche de la Yistule, qui n'étaient pas envahies par Tennemi.
Dans cet état de choses , si la ligne de la Yistule eût été fortifiée par quelques bonnes têtes de pont, elle devait non-seulement arrêter les progrès de l'ennemi , mais même fournir aux Polonais des chances favorables pour reprendre l'oflFensive. Alors l'armée* de l'impératrice , contenue de front , harcelée sur ses derrières par des corps de partisans qui eussent intercepté ses lignes d'opérations , devait nécessairement manquer à la longue de vivres et de munitions, et se voir forcée à la retraite. Mais rien n'avait été prévu : le découragement s'empara des esprits ; le roi accéda , le 23 juillet , à la confédération de Targowica , et l'armée nationale dut se retirer derrière la Vistule et prendre position à Kozienice. Là elle fut dissoute par un décret royal , et sa réorganisation fut ordonnée. Dans la nouvelle armée , les partisans de l'alliance russe furent placés à la tête des corps. Les généraux patriotes , et parmi eux le prince Joseph Poniatowski , donnèrent leur démission. Rien ne saurait rendre avec plus de vérité le désespoir qui s'empara alors des esprits des nobles champions de l'indépendance polonaise, que cette lettre écrite au roi par le prince Joseph , du camp de Markuszew , un peu avant la dissolution de l'armée :
SUR LE PUMCB POlffATOWSKI. 17
« Sire,
« Si je pouvais trouver des expressions pour pein-* « dre le désespoir qui s'est emparé de mon ame , je a ne manquerais pas de le feire , dans la conviction w où je suis que Votre. Majesté s'est unie avec des c< hommes couverts du mépris public , qui ont tra- « iîqué du sang de leurs compatriotes , et qui sont « cependant appelés à dicter des lois à des hommes Cl qui ont porté en offrande leur vie à Votre Mate jesté , et ne respirent que pour la gloire et le « bonheur de la patrie. Je me suis dit : Grand Dieu ! « pourcjuoi n'ai-je pas fini mes jours avant ce triste (• moment ! Votre Majesté n'a-t-elle pas réfléchi qu'il « valait mieux mourir avec honneur ; qu'une perte M totale , mais honorable , était préférable pour la nation à une existence souillée par l'intrigue , la trahison , le désordre et l'iniquité ! Oui , Sire , il valait mieux vous sacrifier ainsi que nous tous. Quelle cruelle pitié que celle qui nous couvre de ridicule et de honte! Wielhorski et Mokronowski exprimeront à Votre Majesté nos désirs immuables. Nous savons respecter la loi et le roi ; mais, avec le regret au cœur que nous ne pouvons « plus nous compter au nombre des défenseurs de « la patrie , on dira au moins de nous : Ils ont « combattu avec honneur , ils se sont retirés sans
« reproche. »
18 IfOTICB HISTOarQUE
Toute résistance devenait impossible, il fallait se soumettre à la fatalité ; mais l'espérance n^était pas éteinte dans le cœur des chefs : ils se retirèrent à l'étranger pour y chercher les onoyens de recommencer la lutte. Cependant, avant de se dissoudre, cette armée , digne d'un mdllèur sort , voulut par un acte solennel donner à son illustre chef une preuve de son estime et de son dévoûment. C'est dans ce but que fut rédigée l'adresse suivante :
« Nous reconnaissons tous votre courage inébran- <( lable et votre attachanent à chacun de vos su- « bôrdonnés , que vous avez manifestés dans la pré- « sente campagne contre les Russes. Nous nous « plaisons à rendre hommage à votre prudence et « à votre noble caractère , qui ont attiré tant d'hon- « neur et de considéra tîcm à nos armes. Nous vous « assurons de notre éternelle reconnaissance , de « notre respect et de notre affection , qui dureront <( tant que la vertu et la justice seront honorées H parmi les hommes. Afin que cet hommage de nos « sentiments soit connu du monde entier , nous « avons décidé qu'il sera frappé une médaille re- « présentant d'un côté votre buste et portant de « l'autre l'inscription : Miles imperatori. »
Cette adresse fut revêtue des signatures des généraux de l'armée et de celles d'un officier supérieur, d'un officier subalterne et d'un soldat de chaque corps.
Après l'issue malheureuse de cette guerre , le prince Joseph Poniatowski fut vivement pressé par
S0R Ut fiinci PomATOwsKi. 19
le roi <le>T8M;er en ^ckfffit ; mais aucune oomidération ne put le d^erminer à assister à k honte de son oncle et à rabaissement de sa patrie. H se re* tira à Yiemiei où les souvenirs de sa jeunesse Tatti^ raient.
Le deuxième partage de la Pologne fut consommé en 1793. La Pnfsse et la Russie s'agrandirent en* core depksieun^ de ses provinces, et il ne restait plus à la république qu'un fantôme d'eadstence. Réduite à un tiers de son aAcien territoire y privée de ses limites naturelles , avec une armée incapable de la défendre, gouvernée par un roi qui courbait la tète sous la loi du vainqueur , elle était encore occupée par les Russes et les Prussiens, qui triaient garnison dans ses villes principales et dans la capitale même, où Tambassadeur russe commandait en maître. H ne restait dès lors à la Pologne €[ue deux partis à prendre : se relever par les armes ou rampar sous l'oppressicHi étrangère. Le sentiment de la dignité nationale la portait à choisir le parti le plus Courageux, et une insui^rection générale fut se* crèten^nt résolue : la nation s'y* prépara en silence.
Un peuple aussi vaillant et aussi épris de sa nationalité que le peuple polonais , lorsqu'il plie momentanément soùs le joug, puise dans ses malheurs mêmes une nouvelle force pour le briser. Les patriotes de l'intérieur et les émigrés s'enttodaient et préparaient l'insurrection. Les premiers avaient formé dans ce but des comités à Varsovie et à Vilna;
20 NOTICE mai'OMQUfi
les seooads , retirés en France et en Italie y se concertaient entre eux et maintenaient des relations suivies avec la Pologne. Mais il feUait un chef pour diriger cette grande entreprise. Le roi Stanislas , qui avait eu la criminelle faiblesse de sanctionner a la diète de Grodno , en 1793 , la nouvelle spoliation des provinces polonaises , était à jamais perdu dans Fopinion publique. Le prince Joseph, quel que fut son mérite personnel et son patriotisme , était , quoique à tort, enveloppé dans la disgrâce du roi. En d'autres circonstances , il eût sans doute été désigné au choix de la nation ; mais , en ces tetnps malheureux , d'injustes soupçons s'étendaient jusqu'à lui : il était , disait-on , trop près du trône pour ne pas se laisser influencer par l'atmosphère de la royauté. L'avenir devait démontrer l'erreur du jugement populaire.
-^.Heureusement la Pologne possédait un homme qui joignait à des talents militaires distingués, et à de; vastes connaissances poUtiques, une vertu civique éprouvée. D'un âge mur *, il était capable d'endurer les plus rudes travaux. Il avait acquis une haute renommée en combattant pour la liberté dans les deux hémisphères ** : cet homme était Thadée J^sciuszko. Les souvenirs de la dernière guerre le recommandait aux suffrages des Polonais en 1794 ;
* &t>sciu$£kO,avàit alors qu^iranterhiût ans.
** il avait servi avec distinction sous Washington , aux Étatsllnis^ pendant la guerre dé l'Indépendance, et, comme nous veinons de le voir, pendant la càhapagne ôé 1792» en Pologne.
SUR LE PMNGE FOIIIATOWSMI. ii
l'opinion publique le désignait unanimement pour le commandement suprême. Après quelques retards nécessités par les circonstances, le moment étant jugé fevorable, Kosciusaeko vint à Krakovie, se mit à la tête de la garnison , composée de 1 ,000 hommes de troupes polonaises , et fut proclamé , par elles et par le peuple, dictateur (naczelnik) le 24 mars 1794. L'état militaire de la Pologne était alors de 24,000 hommes ; mais ces troupes étaient disséminées dans difierents cantonnements , et observées de près par les Russes et les Prussiens.
Kosciuszko n'eut qu'un court délai pour orga-^ niser ses forces. Il réunit à la hâte une faible division , qui consistait , pour la plus grande partie, en paysans armés de faulx. C'est à la tête de ce corps, composé de moins de 4,000 hommes, qu'il s'avança, le 1" avril, à la rencontre d'une division russe de 6,000 hommes, commandée par Dénisoff, et la défit, le 4 avril, à Raslawice *. Dans le courant du même mois , Varsovie et Vilna se le-
* Kosciuszko , qui marchait souvent à la tête des paysans polonais, portait leur costume, vivait aussi frugalement que ses soldats , et était accessible à tous. Cétait Vhomme du peuple; auss les paysans polonais Vappelaienl-ils « notre Thadée. »
22 NOTIC» HISTORIQUE
vèrent, vainquirent et expulsèrent les gamisons russes , et reconnurent le pouvoir du dictateur. Dans^le mois d'avril, et dans le cours du mois de mai, Kosciuszko profita de renthousi&sme général pour favoriser Tinsurreetirâ , tpxi se propagea dans la plupart des provinces de k Pdbgne possédée» par la Rnssie. Avec l'activité qui le caractérisait , il suffisait à tout. Il constitua le goi^ememoit, leva une armée , géra les affaires publiques , et dirigea les opérations de la guerre. Les forces dont disposait alors Kosciuszko ont été évaluées à environ 26,000 hommes de troupes régulières et à 34,000 de levées irrégulières. Mais les ennemis , alarmés des progrès des Polonais , réunirent leurs soldats : 75,000 Russes, et 4&,000 Prussiens, vinrent successivement fondre sur la Pologne.
En juin , les coalisés prennent Voffensive ; Kosciuszko combat à Szczekociny, le 6, une armée ennemie double en nombre. Forcé de céder à des forces si supérieures, il se retire en bon ordre sur Varsovie, sans être suivi de près par Tennemi ; néanmoins les Prussiens occupent Krakovie. Enfin, une armée de 36,000 hommes de troupes coalisées , à la tête desquelles marche le roi de Prusse , s'avance et vient mettre, le 13 juillet, le siège devant Varsovie, Pendant sept semaines , les alliés s^épuisent en vains efforts contre la capitale, qui n'est défendue que par 18,000 hommes de troupes soutenues par la population armée *.
* Varsovie comptait alors 110,000 habitanls. Elle n'avait pour
SUR LB PRllfGS PONJATOWSCI. SS
Cendant la Grande-Pologne s'était insurgée à Texemple des autres provinces polonaises. Les com* munications des assiégeants furent menacées , et les coalisés se décidèrent , le 6 septembre , à opérer la levée du siège. Les Prussiens, sous les ordres de leur roi, se retirèrent par Piotrkow dans la dii-ection de BreslaWy et les Ausses, commandés par Fersen, remontèrent la Yistule jusqu'à l'embouchure de la Pilica y passèrent cette rivière et se portèrent vers Kozienice sur la Yistule. Plus tard, ils préparant un pont pour franchir le fleuve et pour rejoindre Souvaroff , qui , à la tête d'une division de l'armée de Turquie , était accouru à leur secours , et se trouvait alors sur le Bug. Dans le même temps , les Litvaniens soutinrent une lutte inégale contre divers corps ennemis qui opéraient de ce côté et faisaient des excursions jusque sur la Drwina et la Bérézyna ; mais les forces russes s'accroissant sans cesse, ils furent obligés d'évacuer Yilna le 12 août. L'armée litvanienne se r^lia alors ^ur le Bug, tout en combattant Tennemi. Le principal engagement eut lieu à Krupczyce, le 18 septembre, entre Souvaroff et Sierakowski, et fut tout à l'avantage du général polonais; mais, le lendemain, Sierakowski, ayant mal assuré ses derrières , fut tourné et pris en flanc entre Térespol et Brzesc par les Russes.
loute défense que des lignes d'un raille relief construites en 17S9, lors de la peste qui désolait le pays ; mais Kosciuszko les renforça successivement pendant la durée du siège, en faisant construire lOSxetranchements de diverses dimensions.
24 NOTICB HI8T0RIQU£
Contraint à une retraite précipitée, il y perdit toute son artillerie.
Après la levée du «iége de Varsovie , Kosciuszko dut se livrer aux soins qu'exigeait le gouvernement du pays. Par sa nature dictatoriale, le pouvoir, dont il était investi, avait une action simple et forte, mais devait naturellement rencontrer à la longue une certaineoppositiondans une nation habituée aux formes constitutionnelles. Kosciuszko sut triompher de ces obstacles et foire constamment respecter son autorité ; mais , d'un caractère doux et conciliant , il répugnait par principe à tout acte de sévérité. H eut à supporter beaucoup de désagréments personnels qui l'abreuvèrent d'amertume; et ce n'était que sur les champs de bataille qu'il reprenait sa sérénité. Persuadé que le salut de la Pologne ne dépendait que de la victoire, il répétait souvent à ceux qui discutaient dans son conseil l'avantage de telle mesure gouvernementale sur laquelle les avis étaient partagés : « Il faut combattre et encore combattre, « et vaincre. »
Un nouvel ennemi menaçait alors l'insurrection : les Autrichiens avaient envoyé une division occuper le palatinat de Lublin , sous prétexte de couvrir leurs frolitières. Kosciuszko dut détacher, de ce côté, 3,000 hommes , aux ordres du général Poninski , qu'il chargea en même temps d'observer la Vistule, et d'empêcher Fersen , qui se trouvait toujours sur la rive gauche, de franchir le fleuve. Poninski battit les Autrichiens à lozefow, et les força à rentrer en
SUR LE PAINCB MHIATOWSKI, IS
GalUcie. Il vint ensuite se placer à Bobrowniki, sur le Wieprz, pour remplir sa mission en observant Fersen. Kosciuszko , après avoir détaché une division contre les Prussiens , résolut alors de réunir ses forces principales entre le Bug et la Yistule , afin d'empêcher la jonction des deux corps de Tannée russe , qui se trouvaient séparés par ces deux rivières. En habile général , il se mettait pai>-là en mesure de battre l'ennemi partiellement s'il s'engageait inconsidérément. Le sort semblait lui préparer un succès décisif. Pour la première fois , il pouvait espérer de combattre les Russes presque à force égale. Son plan était bon ; mais il échoua dans l'exécution. Fersen , qui se trouvait à la tête de 12,000 hommes , franchit audacieusement la Yistule près de Macieïowice ; la supériorité de son artillerie ne permit pas à Poninski , quoiqu'il eût alors 5,000 hommes sous ses ordres, de lui disputer long-temps temps le passage du fleuve *. Cette opération fut exécutée avec rapidité , et Kosciuszko n-'eut pas le temps de rallier toutes ses forces disponibles de ce côté. Cependant il s'avança contre Fersen à la tête de 7,000 hommes ; et le trouvant en position près de Macieïowice , le dos à la Yistule , il crut pouvoir le culbuter dans ce fleuve. Kosciuszko se plaça en face des Russes et se prépara au combat , comptant sur la jonction prochaine de Poninski ; mais, trop confiant dans sa fortune, il laissa derrière lui des marais qui rendaient toute retraite impossible.
* Poninski avait 22 pièces de canon, et Fersen 94.
26 UrOTICE HISTORIQUE
La jonction attendue n'eut pas lieu ; et , dans la journée du 10 octobre , les troupes polonaises furent entièrement défaites et presque anéanties. Ce. fut un grand malheur ; mais le coup le plus fatal pour Findépendance nationale ce fut la captivité du dictateuTy qui fut fait prisonnier au moment où il s'efforçait de rallier ses troupes pour les ramener au combat. Kosciuszko, entouré d'ennemis et couvert de blessures, dédaignant d'accepter quartier, tomba presque sans vie en leur pouvoir.
Cette catastrophe inattendue porta le découragement dans les rangs des patriotes. Wawriecki , citoyen recommandable à plus d'un titre, mais qui n'était pas homme de guerre, fut proclamé généralissime.
Souvaroff rallia 24,000 hommes devant Praga , où Wawrzecki avait réuni 14,000 hommes dans de faibles retranchements. Il confia la défense de ce poste à Zaionczek. Cette armée, si inférieure en nombre, était adossée à la Yistule, n'ayant qu'un seul pont pour eflEectuer sa retraite. Ce fut une grande faute d'accepter le combat dans une position si défavorable. Si les Polonais eussent franchi le fleuve et se fussent contentés de défendre Varsovie et la rive gauche de la Vistule, ils auraient encore pu soutenir la lutte. Souvaroff les attaqua à Praga , força leurs retranchements , et détruisit presque entièrement leur armée dans la nuit du 3 au 4 novembre, 12,000 citoyens , qui habitaient le faubourg , y furent aussi massacrés. Quel-
SUK LU PBINCB POlfUTOWSKI. 37
que8 faibles re&tes de^ défenseurs de Praga parvinrent seuls à rentrer dans Varsovie» où ils se réunirent aux troupes qui y tenaient garnison; mais leur énergie, abattue par tant de revers, ne leur permettait pas d'afËronter un nouveau siège. Le 8 du ménw mois , Varsovie capitula et tomba au pouvoir de SouvarofF.
La réunion des forces disponibles que possédaient encore les Polonais eut lieu à Radoszyce , au delà de la Pilica. Wawrzecki, Dombrowski, et les autres chels> y tinrent conseil. On voulait essayer de percer à travers FAllemagne et de rejoindre les républicains français sur le Rhin ; mais ce projet hardi fut bientôt abandonné à cause du découragement général qui s'était emparé des esprits. L'armée se débanda , et quelques chefs isolés se rendirent seula en France pour y former fivts tard des légions polonazies qui se distinguèrent dans les rai^ de l'armée française pendant le cours des mémorables guerres de la révolution , et entretinrent pour des temp^ meilleurs le feu sacré du patriotisme.
n nous reste à rendre compte de la part que prit PcHsiatowski à cette lutte mémorable. Dès que la nouvelle de l'insurrectioa de Krakovie lui fut parvenue à Vienne , son cœur tressaillit de joie et s'ouvrit à l'espérance , et il n'hésita pas à rejoindre l'armée insurrectionnelle. Il trouva Kosduszko , dans les derniers jours du mois de juin , près Varsovie. Le prince Poniatowski , avec cette abnégation qui le caractérisait , offrit au dictateur , dont na^
guère il était le chef, de servir comme volontaire 80U8 ses ordres. Kosciuszko, qui appréciait sa loyauté et son patriotisme , n'hésita pas à lui donner un commandement important. Pendant le siège de Varsovie , il confia à Poniatowski la direction de Faile droite de son armée. Il était chargé de défendre la partie de Tenceinte de la place qui s'étend depuis la Vistule jusqu'à Vola. Le prince y déploya une activité et une habileté dignes de sa haute renommée. Tous les jours étaient marqués par quelques nouveaux combats. Des intelligences secrètes que les ennemis s'étaient ménagées dans la ville leur ayant révélé la faiblesse des retranchements nouvellement construits sur des buttes de sable, près Powonzki, appelés batteries suédoises, ces retranchements furent attaqués de nuit et enlevés. Ils étaient trop éloignés de nos lignes pour être secourus. Le village de Potvonzki fut même un moment occupé par les Prussiens ; mais le prince Joseph accourut et le reprit à l'instant. L'exaltation de la population de Varsovie était à son comble : tout revers était imputé à la trahison ; et comme la position momentanément perdue se trouvait dans le commandement du prince , quelques murmures s'élevèrent contre lui ; mais bientôt l'opinion pubUque en fit justice , et Kosciuszko continua à donner toute sa confiance à Poniatowski, qui, en toute occasion, y répondit dignement.
Après la levée du siège de Varsovie , le prince Joseph fut détaché, sur la Bzura, à la tête de 3,000
SUR LE PaiNCB PONJATOWSKI. 29
hommes , afin d'observer les Prussiens , qui s'étaient retirés de ce côté , et de se tenir en communication avec Dombrowski, que Kosciuszko avait envoyé dans la Grande-Pologne. C'est là qu'il apprit successivement les désastres de Macieiowice, de Praga et de Varsovie; la captivité de Kosciuszko, qui fut conduit à Saint-Pétersbourg et renfermé dans la citadelle, et la perte totale de la cause polonaise. Son faible corps ne pouvait être d'aucun poids dans la balance des événements. H se replia sur Radoszyce , et partagea le sort des autres troupes polo* naises. Quant au prince , il reprit le chemin de Vienne , et fixa son séjour eQ Autriche. Là au moins il était parfaitement indépendant , et il y attendit des circonstances plus propices ; mais il ne chercha pas à prendre du service , même dans les armées françaises , ne voulant , répétait-il , tirer l'épée que pour sa seule patrie.
La Pologne fut définitivement démembrée par l'Autriche, la Russie et la Prusse, et effacée de la carte de l'Europe. Le roi, contraint de quitter Varsovie pour aller habiter Grodno, y abdiqua en 1795. En 1797, il fut jnené à Saint-Pétersbourg, où il continua de traîner une vie flétrie dans une honteuse opulence. Quels quç fussent les droits du malheur et le^ sentiments d'attachement et de reconnaissance du prince Joseph, il ne voulut pas suivre son oncle dans son exil , et il continua d'habiter l'Autriche. En vain Catherine lui proposât-elle d'entrer à son service , et le menaça-t-elle de
30 NOTICB HISTORIQUE
la confiscation de ses terres s'il refusait de se soumettre ; il préféra s'exposer à là vengeance de l'impératrice plutôt que de fléchir, et il perdit ses biens situés dans les états de la domination russe.
Cependant le roi de Pologne mourut dans l'année 1798 y et le prince Poniatowski recueillit une grande partie de son immense héritage, corn* posé des biens que le roi possédait dans la Pologne prussienne. Dans ses vastes domaines , se trouvaient de superbes habitations embeUies par le goût exquis du fcu roi y qui cultivait les arts et les sciences , des galeries de tableaux, des bibliothèques choisies, des statues et d'autres objets d'art de grand prix. Lazienki, parc royal qui renfermait plusieurs corps de Ic^s d'une architecture élégante^ situé dans l'enceinte même de la capitale , était la plus remar-f quable de toutes par sa magnificence. C'est là que le prince reçut Louis XVIII, roi de France; et ce prince exilé y fixa scm séjour pendant plusieurs mois. Les Polonais se plurent à entourer Louis de leurs hommages et de leurs respects ; il y avait entre eux et lui tme puissante analogie, celle du malheur. Poniatowski répondit dignement , dans cette circonstance , aux sentiments de ses compatriotes. Mais la politique de la Prusse dut bientôt mettre fin au séjour de Louis XVIII à Varsovie , et il alla habiter Mittiau en Kourlande.
Le prince Joseph préférait a tous ses autres domaines sa terre de lablonna, éloignée de deux milles de Varsovie. Il se plut à l'embellir et à contribuer
SUK I.B PKIlfGB FOIflATOWSKf. SI
au bonheur de ses vassaux , sur lesqueb il répandait ses bienfaits avec libéralité. Pendant les huit années qui suivirent son retour en Pologne, il y passait toujours la belle saison. Là , il méditait sur l'avenir de la patrie. Uhiver , il habitait son hôtel de Yar* sovie, où il tenait un grand état de maison, donnait des fêtes magnifiques , et réunissait dans ses sa^ Ions la société la plus choisie de la capitale. C'est un trait caractéristique , dans la vie du prince , que sa fedJité à modifier sa conduite d'après les exigences du moment. À la guerre , ses mœurs étaient austère , sa table frugale; il dédaignait alors le luxe et les commodités de la vie y et aucun des généraux de son armée ne l'a surpassé dans la stricte observance des devoirs que commandait le service. Pendant la paix, au contraire, il aimait le luxe, la magnificence, et se livrait au plaisir avec ardeur et avec un abandon qui approchaif presque deia mollesse.
Cependant les événements pohtiques marchaient avec rapidité. La révolution française avait triomphé de tous ses ennemis intérieurs et extérieurs. Cette grande commotion politique fit surgir en France des hommes d'une haute capacité. Napoléon Bonaparte les surpassa tous par son génie. H brillait également dans le conseil et sur les champs de bataille. Favorisé par les circonstances, il sut s'élever par lui-même , de simple sous-lieutenant , jusqu'à la dignité de premier consul, et, en 1804, il ceignit la couronne impériale. Sous son gotiyemetnent , l'empire français se consolidait de jour en jour, et de
32 NOTICB HISTORIQUE
plus en plusies victoires de Napoléon agrandissaient sa puissance. SiLouis XV, plongé dans de honteuses voluptés, n^avait pas su empêcher le premiar partage de la Pologne, si le gouvernement de Louis XVI et celui de la république , sans cesse agités par des commotions intérieures, ou occupés à se défendre contre Tennemi extérieur, n'avaient pu porter un secours efficace aux Polonais depuis 1788 jusqu'à 1794, il était à croire que l'Empereur Napoléon saisirait la première occasion pour réparer les fautes et l'impuissance de ses prédécesseurs, et essaierait de reconstituer en état indépendant cette Pologne , la plus fidèle alliée de la France. Les espérances d'un grand nombre de Polonais se tournèrent donc du côté de Napoléon. Elles étaient justifiées par son génie et par l'intérêt manifeste de sa couronne. En 1805, ces espérances semblaient acquérir quelque consistance. L'empereur vint en Moravie , remporta la victoire signalée d'Austerlitz, et ses troupes victorieuses allaient pousser jusqu'aux frontières de Pologne, lorsque la paix de Presbourg vint mettre fin à la guerre *.
* Il y avait aussi un parti qui voulait mettre Alexandre sur le trône de Pologne ; à sa tête étaient les princes Czartoryski. Ce parti , quoique peu nombreux , n'était pas sans influence dans le p'ays, et eut un instant «quelques chances de succès. Antérieure^ ment à la bataille d'Austerlitz , ses projets semblaient au moment d'atteindre leur but. Le tzar voulait détacher de son empire les provinces polonaises qui y étaient incorporées. La Pologne prussienne devait se lever et IHinlatowski se mettre à la tête de Tinsurrection, lorsque le rapprochement de la Prusse et de la Russie vint anéantir ces flatteuses espérances..
SUR LE FRIPTCB POKIATOWSKI. 33
En 1806, la Prusse s'était engagée imprudemment dans une lutte inégale ayec Napoléon ; elle vit son armée anéantie à léna ; et toute la campagne ne fut qu'une suite de désastres pour elle et de triomphes pour les Français, qui plantèrent les aigles impériales sur les rives de la Warta. Napoléon arriva à Posen le 25 novembre. II y fat reçu avec joie par les populations de la Grande-Pologne , qui se levèrent en masse pour secouer le joug prussien. L'empereur sans doute avait les ineilleures intentions pour la Pologne , et il voulait la rétablir dans ses anciennes limites ; mais cette tâche était difficile : la prudence ne lui permettait pas d'attaquer les trois puissances copartageantes à la fois; il devait suspendre ses coups d'un côté pendant qu'il frappait de l'autre , et l'intérêt de son empire lui défendait de s'engager inconsidérément. Il encouragea donc, à son arrivée en Pologne, l'insurrection qui s'étendait progi*e8sivement dans le pays , mais sans donner aux Polonais des gages certains de ses intaitions fatures.
Cependant l'armée française s'avançait sur la Vistule. Les tix)upe8 prussiennes étaient au moment de quitter Varsovie ; et le roi de Prusse, craignant les désordres qui pouvaient accompagner une insurrection populaire , voulut mettre le pouvoir aux mains d'un Polonais influent qui enchainàt ces désordres par sa popularité même. Il tourna ses vues vers le prince Joseph , et lui proposa le gouvernenement de Varsovie et des pays environnants. Ce prince , mu par un sentiment que l'on pourra fa-
34 NOTICE HiSTOAIQUE
eilement apprécier, surmonta la répugnance qu'il éprouvait à tenir le pouvoir des mains d'un mo* narque étranger et usurpateur; et, voulant être utile à ses concitoyens , il accepta la proposition du roi. Il fut nommé gouverneur de la capitale de Tancienne Pologne. Ce fut en cette qualité que le prince Joseph fut appelé à recevoir Tavantrgarde de la grande armée conunandée par Murât, lors de son entrée triomphale à Varsovie, et il partagea, dans cette occasion , la joie de tous ses compatriotes ; mais en même temps, avec la délicatesse exquise qui le caractérisait, il écrivit au roi de Prusse pour lui exposer les motifs de sa conduite, dictés par son patriotisme. Murât témoigna aux Polonais toute sa sympathie ; mais , ne voulant rien préjuger sur les intentions de Tempereur quant à l'existence politique de la Pologne, il se contenta d'instituer à Varsovie une commission administrative.
L'enthousiasme des habitants de la Grande-Pologne et de la Mazovie était à son comble. Ils couraient tous aux armes pour combattre l'ennemi , et le prince partageait leurs sentiments. Dans sa haute position, la prudence lui commandait néanmoins quelque réserve. Avant d'agir, il dut s'attacher à bien connaître les intentions de Napoléon sur la Pologne. L'empereur arriva à Varsovie le 19 décembre, et fut entoiH^ de tout ce que le pays avait de plus illustre. Voulant profiter de l'élan général de la nation pour former une armée qui pût lui servir de puissant auxiliaire,
SUB LJB PftINCB PONIATOWSKI. 35
il songea à m^tre à ta tête un personni^e émi<* nent, et tourna d'abord ses vues vers Kosciuszko, qui , des prison$ de Pétersbourg , avait passé en Amérique *^ et s'était ensuite retiré en France^ où il habitait alors ; mais Kosciuszko^ concevant quelque défiance à l'égard de Napoléon, défiance qui prenait sans doute sa source dans ses principes républicains, instruit à Técole du malheur, et appréciant à juste titre son influence sur la nation polonaise, demanda d'abord des assurances positives de k part de Fempereur : il voulut que l'indépendance de la Pologne , dans ses anciennes limites , fût avant tout proclamée. Napoléon, qui avait alors à ménager l'Autriche, ne prétendait pas s'avancer autant. Kos^ ciuszko rejeta donc ses propositions , et dit hautetement c( qu'ayant , une fois déjà , déçu les espérances de ses concitoyens, il ne voulait pas s'exposer à leur attirer une nouvelle catastrophe. » Les vues de Napoléon se tournèrent alors sur le prince Joseph , qui , entraîné par le mouvement général des esprits, était plus facile à émouvoir. Napoléon l'invita formellement à se mettre à la tête de l'armée polonaise qui allait se former sous l'égide de sa puissance. Quoique Napoléon n'eût donné aucune assurance positive quant au rétablissement de la Pologne, et n'eût pas voulu convoquer la diète nationale ^ se contentant de nommer une commission de gouvernement, à la tête de laquelle il mit le ma-
* Ce fui Tempereiir Paul 1«>^ qui lui rendit la liberté à son avènenement au trône.
réchal de la dernière diète , Stanislas Malachowski ^ Poniatowski crut devoir accepter les propositions de Fempereur , car il sentait qu'il était indispensable de former promptement une armée qui contribuerait puissamment à Theureuse issue de la guerre, de laquelle dépendait le sort futur de la Pologne.
Dès lors , Poniatowski devint le principal représentant des intérêts de sa patrie auprès de Napoléon , et il remplit dignement sa tâche. Les efforts que firent , à cette époque , les populations polonaises , étaient prodigieux : non seulement le pays y nouvellement délivré , fournit à l'armée française toutes les choses indispensables à son entretien , mais trois légions , sous les ordres de Dorabrowski , Zaionczek et Poniatowski , furent formées comme par enchantement , et présentèrent un effectif de près de 27 ,000 hommes.
Poniatowski conférait fréquemment avec l'empereur, et discutait avec lui les intérêts du pays. Il soutenait ses opinions avec la franchise et la droiture qui le caractérisaient. Il s'éleva entre eux , dès le principe, un point de contestation important. Napoléon voulait que les troupes nouvellement levées portassent la cocarde française ; Poniatowski , au contraire , soutint la nécessité de leur donner les couleurs nationales , et , il faut le remarquer, c^éudt pour ainsi dire une reœnnaîssance tacite de la Pologne. Napoléon finit par céder à l'opinion du prince. Bientôt des régiments nouveaux , au milieu desquels flottait le drapeau polonais.
SUR LU PftUrCB PONUTOWSKI. S7
vinrent renforcer la grande armée et seconder ses efforts- Peu après l'occupation de Varsovie , une armée russe vint au secours de la Prusse. La guerre se ranima et continua malgré la mauvaise saison. Les coalisés firent quelques efforts pour refouler l'armée française sur la Vistule. Alors eurent lieu les combats de Pultusk et Golomin , et la sanglante bataille d'Rylau. Us furent tous à l'avantage des Français. Cependant les hostilités cessèrent quelque temps, et les deux partis utilisèrent ce repos pour organiser leurs mesures de guerre *.
Au printemps, d'habiles manœuvres de Napoléon préparaient la victoire décisive de Friedland , qui décida de l'issue de la lutte. Les coalisés se retirèrent derrière le Niémen ; un armistice fut conclu bientôt après, et enfin la paix fut signée le 7 juillet 1807. Les espérances des Polonais , qui désiraient ardemment le rétablissement de la Pologne dans ses anciennes limites , ne furent alors réalisées qu'en partie. Napol'on ne pouvait pas exiger de l'Autriche la restitution de sa part de la Pologne ; et il crut momentanément devoir ménager la Russie. Il ne lui disputa pas les acquisitions qu'elle avait faites
* Alexandre, qui redoutait les progrès de Napoléon en Pologne, voulut alors balancer son influence par la formation d'une armée polonaise. 11 promettait le rétablissement d^une Pologne régénérée sous son sceptre; il voulut même appeler le généi*al Kniazewicz , qui habitait ses terres de Wolhynie, à la commander; mais ce vétéran des légions polonaises refusa de coopérer à la guerre civile, et le projet Tut abandomié.
par le» trois partages de l'anciçiinç république , et il l'agrandit même du gouvernemopt de Bialystqk, détadié de la Prusse. Cette puissance seule fut forcée de céder presque toutes ses possessions en Pologne. Napoléon en forma un état indépendant , régi par une constitution, sous le titre de grand-duché de Varsovie. Il en donna la souveraineté au roi de Saxe , dont les ancêtres avaient jadis régné en Po- ' logne. Les Polonais furent loin d'être satisfaits ; mais bientôt de nouveaux événements, de nouvelles guerres soutenues par la France contre les puissances copartageantes , et surtout la confiance que leur inspirait le génie de l'empereur, ranimèrent leur zèle un moment refroidi, et les rallièrent à la cause de la France avec une confiance entière et un dévoûment sans bornes.
Après l'établissement du duché , toutes les branches de l'administration du pays furent promptement organisées, et la formation de Tarmée fut surtout poussée avec vigueur.
Poniatowski continua à gérer les affaires militaires du duché en qualité de ministre de la guerre. Il compléta la constitution des trois légions que l'on venait de former ; elles étaient composées de troupes de toutes armes avec une organisation semblable ; mais chacune avait un chef, un état-major, et même un uniforme différent. Ce partage de l'armée aurait eu quelque inconvénient par la rivalité qui existait entre Zaionczek, Dombrowski et Poniatowski , qui les commandaient , si Famour d'une patrie com-