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mune n'avait resserré entre eux les liens d'une noble fraternité ; elle se changea dès lors en une émulation propice qui se communiqua aux soldats et perfectionna promptement l'instruction de l'armée polonaise. Dès l'année 1808, le duché de Varsovie put fournir trois régiments d'infanterie et *ine batterie d'artillerie à l'armée d'Espagne. Trois autres régiments d'infanterie concoururent à former les garnisons des places de la Prusse occupées par les Français, Un régiment de cavalerie fut envoyé en Westphalie. Il ne restait en 1809 , pour la défense du duché , que 15,000 hommes , avec 2,000 hommes de troupes saxonnes qui y stationnaient,' et ce ne fut qu'immédiatement avant l'ouverture des hostilités contre 1* Autriche, qu'une levée de 8,000 conscrits renfojrça ses rangs ; mais ces hommes inhabiles à la guerre ne pouvaient être encore employés en campagne.
Cependant l'Autriche se préparait à la guerre; elle comptait d'un côté sur les secours que lui fournirait l'Angleterre, sur le mécontentement de l'Allemagne, et, de l'autre, sur la diminution des forces de Napoléon, que la guerre d'Espagne et l'occupation du Portugal avait forcé d'employer une armée considérable dans la Péninsule. Il restait à Napoléon au delà de 300,000 hommes de troupes françaises et alliées* pour repousser l'agression;
* Dahs ce nombre, sont compris 35,000 Russes qui devaient agir au besoin concurremment avec nos troupes. Depuis Tilsitt, A1e:iandre était l'allié de Napoléon.
mais r Autriche avait 330,000 soldats réguliers et 100,000 hommes de landwehr à lui opposer.
L'ennemi prit l'offensive sur tous les points : en Italie, en Bavière et en Pologne. 33,000 hommes furent destinés à la conquête du duché. Cette armée était composée de troupes aguerries et commandées par l'archiduc Ferdinand d'Esté, frère de l'impératrice. Les Polonais furent surpris , ainsi que les Bavarois et les Italiens. Â l'ouverture des hostilités , les préparatifs de défense n'étaient pas complets. Il importait d'éviter un engagement général : dès le début , l'armée Polonaise aurait pu être écrasée par Ferdinand. Poniatowski dut temporiser, traîner la guerre en longueur, et, profitant du patriotisme des habitants du duché comme de celui de la Galicie , organiser l'insurrection du pays, qui pouvait puissamment seconder les efforts de l'armée nationale.
Vers le milieu d'avril, Ferdinand s'avança, à la tête de 33,000 hommes , sur la capitale du duché, que Poniatowski ne voulut pas abandonner sans combattre. Le 19 août, une bataille fut livrée à Raszyn ,. à deux miUes de distance de Varsovie. La position du gros de l'armée polonaise était couverte par un ruisseau marécageux ; mais son avantgarde 86 trouvait en avant de la ligne de bataille,
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et occupait le village de Falenty et un boi9 voisin. Elle se trouvait par-là exposée au premier choc de l'ennemi. Celui-ci parut à une heure en vue de Falenty. Ferdinand, impatient de combattre, néghgea de déployer son armée et de recoimaitre celle des Polonais, et fit attaquer, vers deux heures de Taprès - midi , la position de Falenty par son avant -garde , appuyée par quelques bataillons d'infanterie qui arrivèrent successivement sur le champ de bataille. Les Autrichiens soutinrent leur attaque par le feu de plusieurs batteries, auxquelles Fartillerie polonaise, moins nombreuse , ne put ré^ pondre que faiblement. Néanmoins le combat fut acharné. Les Polonais firent un résistance désespérée ; cependant , vers cinq heures du soir , ils durent se replier sur Raszyn.
L'archiduc fit alors attaquer la position de Tarmée de Poniatowski, s efforçant de firanchir le ruisseau marécageux qui la couvrait , sur trois points différents ; mais ses efforts principaux furent dirigés sur le centre , qui était couvert par le village de Raszyn , et qui fut vivement disputé. Les Autrichiens s'en rendirent maîtres ; mais ils ne purent en déboucher , parce qu'ils étaient arrêtés par le feu d'une forte batterie polonaise et saxonne qui les mitrailla pendant plus d'une heure. A la nuit tombante, ils se replièrent derrière Raszyn, et les Polonais se maintinrent dans leur position. La canonnade dura , de part et d'autre , jusqu'à neuf heures du soir. Les Polonais perdirent, dans cette
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journée , 1 ,400 hommes mi9 hors de combat , et la p^ite des Autrichiens , qui combattirent presque toujours à découvert, fut évaluée à 2,500 hommes. Cependant Poniatowski , qui ne comptait plus que 12,000 hommes sous les armes , et qui fut affaibli par le départ de 2,000 Saxons , qui , d'après un ordre de l'empereur , retournèrent en Saxe , jugea convenable , dès que le combat fut fini , de se retirer sur Varsovie dans la nuit même, et d'y rallier ses troupes.
Cette bataille eut pour résultat d'imposer à l'ennemi , par la valeur que nos troupes y déployèrent dans une lutte de plusieurs heures contre un ennemi si supérieur en nombre , et favorisa la conclusion d'une convention par laquelle le prince Joseph , qui ne pouvait se maintenir à Varsovie, obtint la faculté d'évacuer, sur la place de Modlin, ses armes et ses approvisionnements de guerre, et de se retirer avec son armée sur la rive gauche de la Vistule.
Dès lors le premier but de la campagne était atteint et les premiers efforts de l'ennemi rendus infructueux. En vain il tenta le passage de la Vistule ; il fut rejeté avec perte sur la rive gauche. Poniatowski * put alors continuer la guerre avec avantage. Il était couvert par la Vistule; il en profita pour exécuter un mouvement hardi : il se porta en Galicie , surprit les détachements isolés de l'ar-
* Le prince élait alors à la fois le chef militaire et politique du pays; il réunissait dans sa personne un pouvoir dictatorial , qui seul peut sauver l État dans les grandes crises politiques.
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mée autrichienne , dispersa ses recrues , s'empara des places de Zamosc et de Sandomir, de ses dépôts de guerre et de ses magasins , et appela aux armes la population , qui s^émut tout .entière , et s'empressa de répondre à son appel. Depuis le Bug jusqu'au Dniester , tout k pays était insurgé. En même temp, les lieutenants du prince, Dombrowski et Zaionczek , organisèrent de nouvefles levées dans le duché, sur les deux rives de la Vistule , et les Polonais furent ainsi à même de reprendre l'offensive sur tous les points. Ferdinand , qui comptait sur la levée du nord de l'Allemagne , et qui espérait même la coopération de la Prusse , avec laquelle l'Autriche négociait secrètement , porta des détachements de son armée jusque sur les frontières de ce royaume, menaça Thom, et perdit de cette manière un temps précieux. Toutes ses espérances furent déçues : les insurrections du nord de l'AUemagne furent étouffées, et la Prusse, effirayée par les victoires de Napoléon , n'osa se déclarer contre lui.
Cependant les progrès de Poniatowski , sur ses derrières , inquiétèrent l'archiduc. Il se retira , en abandonnant la capitale et le duché. Poniatowski, maître de l'importante position de Sandomir, aurait pu, en marchant en avant, couper Ferdinand de Krakovie, et le menacer dans sa retraite; mais, soit qu'il n'eût pas encore acquis cette habileté et cette confiance en lui-même que kii donna plus lard une longue expérience acquise sur tant de
champs de bataillé, soit qu'il n'eût pas voulu abandonner les habitants de la rive droite de la Vistule à la vengeance des Autrichiens et au mauvais vouloir de l'armée, russe , qui s'avançait du Bug comme alliée de Napoléon , mais dont les intentions secrètes lui étaient connues , il resta inactif sur le San, et s'exposa à voir bientôt ses communications interceptées avec Sandomir , qui , quoique défendue par une brave garnison aux ordres du général Sokolnicki, ne pouvait longtemps résister. Dombrowski et Zaionczek suivaient à la vérité le mouvement rétrograde des Autrichiens ; mais, isolés comme ils l'étaient et marchant à la tête de nouvelles levées, ils ne ppuvaient rien entreprendre de définitif pour secourir cette place. Ferdinand , qui avait réuni ses forces entre la Vistule et la Pilica , voulut alors profiter de sa position centrale pour attaquer successivement les divisions polonaises ainsi isolées ; mais il exécuta son plan mollement , et ne sut pas frapper de coups décisifs. Zaionczek fut , il est vrai , repoussé et vint joindre Poniatowski sur le San ; Dombrowski contenu fut forcé à repasser la Pilica ; Sandomir fut réoccupé par capitulation après la défense héroïque de sa garnison * ; mais aucun des corps polonais ne fut détruit ni même entamé.
I^e prince, attaqué à son tour le 12juinà Wrzawy,
* Sokolnicki conclut, avec les Autrichiens, une capitulation honorable , par laquelle il avait la faculté de se retirer avec ses troupes derrière la Pilica.
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sut triompher des efforts de l'ennemi, qui lui était supérieur en forces. Â deux heures de TaprèMnidi , les Autrichiens ouvrirent leur attaque contre la division polonaise , qui occupait , en avant du San , une position couverte par des digues et par le village de Wrzawy. Les attaques de Tennemi étaient impétueuses ; mais elles furaoït rqpoussées avec vigueur par les Polonais ; et les Autrichiens perdirent bon nombre des leurs par le feu de l'artillerie polonaise avantageusement placée. Vers le soir , l'attaque de l'ennemi s'étant ralentie y l'infanterie polonaise s'élança sur les Autrichiens, et fit ployer leurs lignes. Une compagnie polonaise s'avança trop loin à la poursuite de l'ennemi , et fut sabrée par les chevau - légers autrichiens. La journée se termina, de part et d'autre, par une canonnade qui dura bien avant dans la nuit, pendant laquelle les deux armées gardèrent leurs positions respectives. Le lendemain , Poniatowski resta sur le champ de bataille, et ce ne fut que dans la nuit du 13 au 14 qu'il fit repasser le San à ses troupes par un pont de bateaux qui assurait sa retraite, et qu'il fit lever dès que le passage fat effectué.
Sur ces entrefeites,- difiGèrents corps autrichiens, la plufmrt de nouvelles levées, avaient réoccupé la partie de la Galicie qui s'étend de Léopol vers le Dniester, et entravaient la formation des nouvelles troupes qui s'organisaient dans ces contrées. Mais , d'un côté , l'arrivée de 35,000 Russes , aux ordres du prince Galitzyne , sur le San , et , de l'autre ,
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les habiles mouvements des partisans polonais, qui harcelèrent sans cesse les troupes ennemies, les forcèrent à repayer cette dernière rivière, et à abandonner Léôpol et ses environs aux troupes russes. L'année de Galitzyne semblait devoir promettre à Poniatowski une puissante coopération ; mais en vain exigea-t-il des Russes qu'ils se portassent en avant, Galitzyne ne voulut pas prendre Toffensive, et refusa de passer la Yistule. Un nouveau plan de campagne fut alors concerté entre les deux cheés. L'armée russe devait agir sur la rive droite du fleuve, et l'armée polonaise passer sur la rive gau-^ che pour attaquer Farchiduc et préserver le duché d'une nouvelle invasion.
Poniatowski franchit la Yistule à Pulawy, tandis que Sokolnicki et Dombrowski passaient , de leur côté, la Pilica, et venaient le rejoindre à Radom, sans que les Autrichiens cherchassent à entraver leur réunion. L'archiduc fut alors rappelé, et le général Mondet lui succéda dans le commandement du corps autrichieai. Celui-ci commença sa retraite vers la Silésie autrichienne , voulant sans doute se rapprocher de la grande armée ccrnimandée par l'archiduc Charles , qui se préparait alors à hvrer une bataiUe générale. Poniatowski suivit le mouvement de l'ennemi , et remporta des avantages marquéo sur son arrière^arde. De son côté, Galitzyne, après avoir réoccupé Léopold, qui était tombé momentanément au pouvoir des Autrichiens , s'avançait lentement par la grande
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route de Krakovie sans éprouver aucune rémtance.
Cepaidant Poniatowski le présenta devant Krakovie ; et le8 Âutridiiens , décidés à évacuer cette ville y voulurent en retarder Voccupation par <ks négociations qui amenèrent une capitulation par laquelle cette ancienne capitale de la Pologne tomba au pouvoir du vainqueur ; mais , en même temps, ils s'empressèrent de donner avis de ce qui se passait à Galitzyne, qui détacha une division de son armée sur Krakovie, afin de prendre possession de la ville. Le prince Poniatowski , fort de son droit j ordonna à Favant-^arde polonaise d'entrer en ville de gré ou de force , et les Russes ne crurent pas devoir opposer de résistance à cet ordre impératif.
Toutefois, les Polonais durent partager leur préoieiise conquête avec les Russes , et les troupes des deux nations occupèrent conjointement Krakovie. Le prince fut reçu par les Krakoviens en libérateur, et eut la gloire de délivrer l'antique cité où reposent les cendres des rois de Pologne, et qui renferme des monuments qui attestent la grandeur d'une nation jadis la plus puissante du Nord.
Pendant que ces événements avaient lieu en Pologne, ks opérations en Italie et en Allemagne, qui avaient commencé favorablement pour l'Autriche, s'étaient terminées a l'avantage de Napoléon. Après la victoire de Ratisbonne et la prise de^ Vienne,, Tempereur voulut franchir le Danube. Une pre-
mière tentative pour passer ce fleuve n'eut pas de succès , et les deux armées restèrent (juelque temps inactives. Les généraux en chef opposés réunirent alors leurs forces sur le Danube. L'armée autrichienne d'Italie se retira sur la Hongrie, et celle du vice-roi la suivit. Une seconde tentative poilir passer le Danube réussit complètement, et amena la victoire signalée de Wagram. L'armée de l'archiduc Charles se retira alors sur la Bohême, et tout semblait présager la ruine totale de la monarchie autrichienne ; mais il n'entrait pas dans la politique de Napoléon de détruire l'empire d'Autriche, il ne voulut que l'aShibhr , en détachant du corps de l'État les nouvelles provinces qui augmenteraient la puissance de ses alliés.
Un armistice, conclu à Znaym le 12 juillet, mit fin aux hostilités : on traita de la paix à Vienne, et elle fat conclue le 14 octobre. Le duché de Warsovie reçut en partage la Nouvelle-Galicie, et le cercle de Zamosc , qui faisait partie de la Vieille-Gahcie. L'*empire russe s'agrandit du cercle de Tarnopol , détaché de cette province. Le reste de la Pologne autrichiexme continua à faire partie de l'empire de François H.
Ainsi Poniatowski, en trois mms, sut non seulement arrêter les {progrès des Autrichiens sur la Vistule, mais encore reconquérir une province qui comptait 2,000,000 d'habitants *.
* Les services éiûinenls rendus par Poniatowski dans cette campagne furent, récompensés par l'empereur et par le roi de Saxe,