SUR LE PRINCE PONIATOWSKI
L'augmentation des cadres de l'armée du duché réclamait les soins du ministre de la guerre. Poniatowski remplit cette tâche avec zèle. L'armée polonaise, forte de 60,000 hommes depuis la campagne de 1809, reçut une organisation nouvelle et plus uniforme , dans laquelle le partage en légions fut aboli ; elle acquit une instruction et une disciipiiae parfaites.
Cependant Napoléon se préparait à combattre les Russes , à les refouler dans le Nord , et à rétablir enfin une Pologne puissante et toujours armée, qui veillerait du côté de l'Orient au salut de son empire, et arrêterait désormais toute irruption des Moskovites en Europe. A cet effet, il devait compter principalement sur la coopération active des Polonais , et il aurait dû sans doute opérer des armements considérables dans le duché de Varsovie, et assigner un rôle important aux troupes polonaises, mieux acclimatées , et plus intéressées à l'issue de cette lutte qu'aucune autre troupe de la grande armée. Mais l'empereur, se confiant dans les moyens formidables d'agression qu'il avait accumulés de longue main , se contenta de porter l'effectif de l'armée polonaise à 70,000 hommes, et de prendre à sa solde un tiers des troupes du duché.
A k veille d'agir dans un pays presque inconnu,
graoâ'duc de Varsovie. Napoléon lui envoya la grand- croix de la Légion d'Honneur, et une épée enrichie de son chiffre, et Frédéric- Auguste le grand cordon de l'ordre militaire de Pologne, auquel il ioignit une dotation d'un million de TrancS en biens- fonds sur 1c domaine des provinces récemment conquises.
f t dont il ne possédait pas même de carie exacte, il désira consulter, sur ce sujet important, dés Polonais instruits, et principalement le prince Poniatowski. H lui comitiuniqua son plan de campagne. Le prince lui donna toutes les informations désirables, et lui conseilla de réunir les troupes bolonaises sur le Bug, et de les employer à la conquête des provinces du midi de la Pologne, afin d'augmenter ses forces à Taide des immenses ressources que lui offriraient ces riches provinces. Outi^ les productions de leur sol fertile , elles pouvaient à elles seules fournir à Napoléon 100,000 hommes et 100,000 chevaux. Cette conquête devait réaliser im autre résultat non moins important , celui de se rapprocher de la Turquie ; ce qui eût sans dôilte contribué à relever le courage des Ottomans, et les eût jiortés à appuyer les efforts de la France par une puissante coopération. Mais Napoléon ne jugea pas convenable de détacher une force aussi consi- -dérable de ce côté ; il croyait pouvoir se piasser des ressources que le plan de Poniatowski lui eût assurées. Déterminé, dans ctette circonstance, par d'autres vues politiques et militaires, il résolut d'établir sa ligne d'opérations , par Kowno et Wilna , sur Smolensk, en appuyant son aile gauche à la mer ; et il faut avouer que, sous le rapport militaire, la position trop étendue de l'armée irusse , qui lui était opposée et ne comptait que 230,000 combattants, et qui appuyait sa droite à la Baltique et sa ^gauche au Slyr, devait le décider à diriger ses prin-
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cipaux efforts sur le centre de la ligne de défense de Tennemi. Au reste , Napoléon , marchant à la tête de 400,000 hommes , croyait pouvoir triompher de tous les obstacles ; et toutes les probabilités de succès étaient en sa Saveur. La difficulté était de faire subsister de telles masses. On peut reprocher à Tempereur de n'avoir pas, dans cette campagne, mieux organisé le service des vivres de son armée, car c'est le manque de subsistances qui fut la cause principale de ses df^sastres.
L'époque de l'ouverture des hostilités approchait; la diète du duché s'était confedanée et avait proclamé la reconstitution du royaume de Pologne ; de son côié, le prince Poniatow^ci pourvutaux derniers préparatifs que réclamaient les circonstances. D'après les ordres de Napoléon , les troupes du duché ^ ainsi que plusieurs régiments polonais qui sauvaient dans rarméefipançaise , furent répartis dans les différents corps de la grande armée , à ^exceptio^ de trois divisions d'infanterie et d'une division de cavalerie, qui devaient former le cinquième corps , fort de 35,006 hommes, sous les ordres de Poniatowski.
Napoléon porta ses forces principales sur Kowno et Olitta. Le cinquième corps pénétra en Litvanie par Grodno , et fit partie de l'aile droite de la grande année commandée par le roi de West^
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phalie. Jérôme Bonaparte avait aussi sous ses or* dres le huitième corps westphalien , le septième , fomié de Saxons , et le quatrième corps de cavalerie de réserve composé de cavalerie française, allemande et polonaise. Ces forces imposantes , que Foii peut évaluer à 80,000 hommes, devaient agir contre la deuxième armée russe , forte seulement de 65,000 hommes, commandée par Bagration, et être appuyées par 30,000 Autrichiens qui avaient passé le Bug à Drohiczyn.
Par sa pointe sur Wilna, l'empereur espérait empêcher la réunion de la delixiéme armée russe avec la première , qui se retirait alors excentriquement vers la Dzwina. Il détacha 30,000 hommes aux ordres de Davoust pour couper toute retraite à Bagration ; et certes , si ses ordres avaient été exécutés' avec précision, la deuxième armée russe, resserrée par des forces si supérieures, devait être forcée à mettre bas les armes ou à se jeter en Ukraine. Mais le roi de Westphalie marcha lentem^it ; ses troupes, dès le début de la campagne, manquaient de vivres , et il ne poursuivit que mollement l'ennemi. Bagration sut profiter habilement de tous les obstacles que présentait le terrain pour retarder sa poursuite. Davoust ne put à lui seul l'arrêter dans sa retraite ; il fut contraint , après une bataille indécise livrée à Mohilow, de lui permettre de passer le Dnieper, et de se réunir, sous les murs de Smolensk, à Barklay deToUy, qui commandait la première armée russe , et s'était retiré sur cette place
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après avoir échappé à la poursuite des forces que Napoléon avait feit agir contre lui. Instruit des retards que mettait Jérôme dans sa marche, et du peu de succès de ses premières opérations , dans le cours desquelles son avant-garde était tombée dans une embuscade et avait subi un échec à Mir, Napoléon lui en témoigna son vif mécontentement ; ce qui détermina le roi de Westphalie à quitter immédiatement l'armée, et à retourner dans sa capitale.
L'aile droite de la grande armée resta ainsi sans chef pendant plusieurs jours; et lorsque Poniatowski fut investi par l'empereur de ce commandement important, il lui était impossible de réparer le temps perdu , quelque promptitude qu'il apportât à exécuter les ordres qu'il avait reçus. Napoléon, qui n'admettait pas qu'il existât des difficultés insurmontables, rejeta d'abord sur le prince la respon* sabilité de la non réussite de son plan ; mais bientôt après , reconnaissant son erreur , il lui rendit ses bonnes grâces , et l'accueillit avec bienveillance et distinction lors de la réunion du cinquième corps avec sou armée devant Smolensk^
On se prépara à l'attaque de cette ville, où l'armée ennemie était arrêtée,. et qu'elle se proposait de défendre. Smolensk peut être regardée comme la clé de la Ru^ie du côté de lia Pologne. Il importait éminemment à Napoléon de l'occuper. Le 16 août, dès son arrivée devant la place, et quoiqu'une partie de ses troupes ne fussent pas encore entrées cb ligne , il fit attaquer la citadelle de Smolensk par le corps
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deNey ,qui iie put s'en rendre maître. Le lendemain, l'empereur avait réuni 150,000 hommes autour de la ville, et il renouvelait ses attaques avec vigueur.
Dans l'ordre de bataille, le corps de Poniatowski formait la droite. Le 17 août, au matin, une brigade de cavalerie polonaise , soutenue par une batterie d'artillerie à cheval, attaqua la cavalerie russe qui se trouvait en avant des feubourgs, et la contraignit à rentrer dans Smolensk. L'infenterie du cinquième corps, partagée en quatre colonnes, se porta ensuite sur les faubourgs, en chassa les Russes malgré la plus vive résistance, et s'y établit. L'artillerie polonaise contribua puissamment à cette attaque par un feu bien soutenu. Il en coûta néanmoins , aux Polonais , 500 hommes tués et 700 blessés. Les autres corps de l'armée rivalisèrent de zèle avec le cinquième , et firent d'aussi grands progrès.
Dans cette sanglante journée , qui se termina par l'entière occupation des dehors de Smolensk. Nos troupes ne purent franchir le mur d'enceinte, bien qu'il eût été battu en brèche pendant plusieurs heures. La ville fut incendiée sur plusieurs points par nos projectiles, et les faubourgs, occupés par les Polonais, entièrement brûlés.
On se préparait à renouveler Fattaque le lendemain ; mais les Russes , craignant pour leurs communications, se retirèrent pendant la nuit, et, après un combat meurtrier qui eut lieu le 18 à Valoutina , ils se mirent en marche pour se porter sur Moskou.
LVrripereur résolut de les poursuivre, espérant
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bien les forcer à une bataille, qu'il désirait ardemment. Il se mit donc en marche sur trois colonnes, dont la principale s'avançait par la grande route de Moscou, et les deux autres par des chemins de travei'se latéraux. Le corps de Poniatowski formait celle de droite. Comme il n'avait devant lui que des kosaks , il n'eut pas d'engagement sérieux à soutenir ; mais , marchant par des routes étroites qui le forçaient souvent à foire de longs détou^^s , et obligé de se tenir constamment à la hauteur de la colonne impériale, il éprouva de grandes fotigues.
Heureusement Poniatowski entretenait parmi ses troupes une parfaite discipline. Il n'envoyait point à la maraude et ne dévastait pas le pays. Cette sage conduite retint les habitants dans leurs demeures, et les disposa à vivre en bonne intelligence avec les Polonais. Us leur fournissaient des vivres et des fourrages eff abondance, ce qui ne contribua [>as peu à maintenir le cinquième corps en bon état.
En atl^dant, Koutou^ff , qui avait remplacé Barclay deToUy au commajadement de^'armée russe , voulut marquer son avéuenient par un fait d'armes éclatant , et il se décida à livrer une bataille générale à Napoléon. Il choisit, à cet effet, une forte position sur la grande route eu avant de Mojaïsk. Dès que l'empereur eut coij^naissance de ses intent^çns, il ordonna aux cplonnes latérales de se rapprocher de la grande route. Ce fut par suite de cet ordre que le prince Josçiph prit part au combat du 5 septembre, qui fut pour ainsi dire le prélude de la
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grande bataille qui allait être livrée. Dans cette journée , le corps polonais coopéra avec Tavant-garde de la grande armée commandée par le roi de Naples , et contribua à la prise d'une redoute élevée près du village de Schewerdino, qui était la clé de la position de Tennemi, et qui fut emportée par la division Compans.
La journée du lendemain fut employée à se préparer , de part d'autre , au combat. Poniatowski tenait encore ici la droite de la ligne de bataille, et l'opération décisive lui fut c^onfiée. Il devait commencer Faction en attaquant la gauche de Farmée ennemie, quoiqu'il ne comptât alors que 11,000 hommes sous les drapeaux *.
Le 7 septembre, dès cinq heures du matin, le corps polonais se mit en marche pour tourner le bois auquel s'appuyait la gauche de l'armée de Koutouzoff ; il s'avança ensuite par la veille route de Smolensk à Moskou, afin d'attaquer l'extrême gauche de l'armée ennemie. Une forte batterie soutenait de son feu ce mouvement. Le village de Passerevo, occupé par les Russes, fut d'abord emporté, et ensuite le petit bois en avant de ce village. Le cinquième corps continuant son mouvement offensif, Poniatowski dirigea trois bataillons d'infenterie sur un mamelon couvert de broussailles , qui était occupé en force par l'infanterie russe. Cette
* Dès le passage du Dnieper, le cinquième corps avait été aiïaibli par le détachement de la division Dombrowski , qui bloquait Bo-
briiysk.