‹ Relation des opérations de l'armée aux ordres du prince Joseph Poniatowski pendant la campagne de 1809 en Pologne contre les Autrichiens;Chapitre 7 sur 37 · SUB LE PRINCE PONIATOWSKI · texte numérisé non relu

SUB LE PRINCE PONIATOWSKI

attaque , exécutée en tirailleurs , fut puissaininent appuyée par l'artillerie du cinquième corps. Une vive fusillade s'engagea de part et d'autre et dura jusqu'à midi sans qu'il fut possible aux Polonais de faire de notables progrès, vu la grande supériorité numérique deFennemi. Alors Poniatowski ordonna à son infanterie de redoubler d'efforts pour occuper le mamelon disputé par les Russes avec tant d'opiniâtreté. L'infenterie polonaise s'avança jusqu'au sommet , mais ne put s*y maintenir , et dut se contenter d'occuper les broussailles qui en couvraient la pente de son côté, tandis que, de son feu, notre artillerie en battait continuellement le sommet.

Les choses en restèrent là jusqu'à deux heures de l'après-midi ; alors Poniatowski , s'apercevant des progrès du centre de l'armée, dirigea une nouvelle attaque contre la position ennemie. Son infanterie, formée en colonne, attaqua le mamelon de front, tandis que sa cavalerie le tournait par sa gauche. Ce mouvement eut un plein succès , et la position fut enfin enlevée. En vain les Russes s'efiforcèrent-Us delà reprendre ; ils furent repoussés avec perte et pour- . suivis par nos troupes. -L'ennemi perdit, dans cette journée, beaucoup de monde mis hors de combat ; mais les Polonais lui firent peu de prisonniers , parce que la cavalerie sabra les fuyards sans faire de quartier.

Dans cette journée mémorable , l'armée de Napoléon triompha de tous les obstacles, et remporta un avantage signalé ; mais la victoire eut encore été

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plu» complète sans une faute commise dans les dispositions de Tordre de bataille. En effet , l'armée de Koutouzoff avait pris une position qui favorisait éminemment les plans de Fempereur : son centre et sa gauche se trouvaient en face de celle de Napoléon, à cheval sur la grande route de Smoiensk à Moskou ; mais sa droite, placée en crochet, faisait , sans nécessité , fece à la Moskva , où elle n'avait pas d'ennemis à combattre. Le plan de Napoléon consistait à écraser le centre et la gauche de Fennemi avant que la droite pût venir à son secours. Il disposa son armée de façon à attaquer par échelon]», par sa droite , et à n'engager successivement ses corps d'armée qu'à mesu|;« que cette droite ferrait des progrès. Il importait dè^ lors émii^emmient que le corps du prinjce Poniatovvski fût en état de ren^porter, dès le commencement de la bataille, dies succès dédsi&, et de pousser en avant 0v,ec ^jigueur; mais 11,000 Polonais , chargés de cette opération importante , n'étaient pas sufflf.^Qf^ ipoji^ l'exécuter : ils ne piiirent obtenir d'avantages marqués , et furent obligés de s'arrêter 4ans lejur marche avant ^ réitérer leurs e^o^t» cQi^e un eune^^ fort .su.périeur en nombre. ]Ue$ ailles échelons ^'engagèrent donc s^icpesçivei^i^t ^vant que Taile gauche riisse pût êt^e forcée dçuois sa position. L'attaque devint alors paraUèJe aju lieu d'être .objUque, et ies principaux efforts dirent être dirigés Siur le centre de l'armée rus^, qui occupait uue position fornûdable sur une cha-ine de maxtje-

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lom couverts de ravins et fortifiés de plusieurs redoutes. Ces différents obstacles empêchèrent que les progrèi de Farmée de Napoléon fussent aussi rapides qu'ils auraient du Vêtre d'après le plan primitif , et donnèrent le temps à KoutouzofF de replier sa droite et de remployer à soutenir la partie de son armée qui était si vivement attaquée. La bravoure des troupes, les^bonnes dispositions des chefs des corps, triomphèrent cependant de l'opiniâtreté , de la résistance des Russes : le centre de leur position fut forcé ; une nombreuse artillme française vint couronner les hauteurs occupées au commencement de l'action par l'ennemi , et sema la mort dans ses rangs. 50,000 Russes furent mis hors de combat dans cette sanglante journée , tandis que l'armée de Napoléon n'éprouva qu'une perte de 18,000 hommes. iC'était certes un beau résultat. Les troupes russes , découragées et mises en dés(mlre par cetAt énorme perte, se mii^nt en retraite et ne purent dés lors opposer aucui9^ msiatanoe à la marche de Napoléon mv Moskoi».

Cette ancienne capitab de la Russie fut occupée, le 14 septembre, par la grande armée, et Napoléon comf>tait pouvoir donner enfin à ses troupes un repos dont elles avaient tanf besoin. Mais ce repos fait bietttôt troublé par l'incendie de la ville.

En abandcmnanl; Moskou , Je igouvwAeur , Rositof^ czin, avait tout préjKiré po.uir la brûler complètement. Quiolques ceait^nes de «malfaiteurs , apofttés par ks Ruâsés euncnmèaies , y mirent le feu daus la

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nuit qui suivit Ventrée de nos troupes, et revinrent à la charge pendant plusieurs jours consécutife. La plupart des maisons de Moskou étaient en bois, et les lix)i8 quarts de cette grande cité furent consumés en moins d'une semaine. Ce coup , inspiré par le désespoir, pouvait néanmoins devenir plus funeste pour les Russes que pour les Français : il détruisait le centre de leur commerce et de leur industrie , et ne privait Farmée française que de la majeure partie des ressources qu'elle pouvait trouver à Moskou. Ce qui restait encore de vivres suffisait pour faire subsister l'armée pendant plusieurs mois , et le pays fertile qui environne cette ville pouvait fournir en quantité suffisante les fourrages indi^enssd^les à Tentretien de ses chevaux. Si Napoléon avait pris la résolution de «e replier sans délai sur Smolensk, le désastre de Moskou ne lui eût causé d'autre préjudice que de l'obliger à évacuer cette capitale. Mais se confiant dans sa fortune et dans la réussite des négociations entamées avec le gouvernement russe, il y séjourna trop longtemps, et il exposa par là son armée , privée de vêtements d'hiver et mal acclimatée , à un désastre complet.

Le corps de Poniatowski , qui était destiné à faire partie de l'avant-garde commandée par le roi de Naples , ne fit que traverser les faubourgs de Moskou , et se porta sur la Pahra , où se réunissaient les troupes qui , sous les ordres de Murât , étaient destinées à observer l'armée de Koutouzoff. Celui-ci, après s'être d'abord avancé dans la direc-

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tion de Kazan , vint prendre position sur la route de Kalouga, couvrant les pays fertiles qui , de là, s'étendent vers le midi de la Russie , d'où il pouvait tirer d'inunenses ressources et recruter promptement son armée. Le roi de Naples suivit le mouvement des Russes , et plusieurs combats leur furent • livrés par Tavant-garde de la grande armée. Un des plus importants fut ce]ui de Tscherykow. Le cinquième corps, conunandé par le prince Joseph, y prit seul part, et c'est à lui seul qu'est dû le succès brillant de cette journée.

Le 29 septembre, Poniatowski se porta, par les bois, sur le village de Tscherykow. Sa cavalerie, appuyée de l'artillerie légère , marchait en tête. En débouchant de ces bois, elle se trouva en face d'un corps de cavalerie ennemie bien supérieur en nombre. Les deux partis se chargèrent à plusieurs reprises sans résultat décisif ; mais , pendant cet engagement^ l'infanterie russe eut le temps de se déployer parallèlement à la grande route de Moskou à Kalouga. Le cinquième corps prit position en fiace de l'arméç ennemie. Ayant reconnu la position de l'arni^e ennemie , le prince fit attaquer le village de Tscherykow, auquel s'appuyait l'aile droite des Russes , qui en furent chassés et y mirent le feu en se retirant. Bientôt après, un bouquet d'arbres, qui se trouvait du même côté , fut aussi enlevé par les Polonais. Cependant, les Russes se maintenant toujours dans un bois plus étendu qui CQuvrait leur centre, le prince les y fit attaquer par son in-

fanteric , appuyant ce mouvement du feu de son artillerie, et il en prit possession. Une division de cavalerie ennemie se porta alors contre notre gauche ; mais elle fut repoussée avec perte. Néanmoins l'ennemi réunit ses forces et attaqua les Polonais sur tonte la ligne. Ses efforts principaux étaient dirigés contre Tschcrykow ; mais il fut partout repoussé.

L'attaque du bouquet d'arbres n'eut pas plus de succès ; les troupes qui l'occupaient , envdoppées un instant , furent dégagées par une charge à la baïonnette. Toutefois, l'infiintme russe se rallia et tint bon. Le combat devint alors très vif ; l'ennemi pardit beaucoup des siens, et finit par se débander en nous abandonnant le champ de bataille. Dans cette journée , les Russes perdirent plusieurs millîèârs d'hommes et 500 prisonniers , tous blessés. De leur côté , les Polonais eurent 160 hommes tués et 300 blessés.

Après le combat, comme le prince retournait à son quartier-général , suivi de son état-major et d'une escorte dé 50 chevaux , il rencontra , à la nuit tombante, ti^ne forte colonne d'infenterie russe qui débouchait du bois. On ne reconnut l'ennemi que lorsqu'il n'était déjà plus temps de reculer. Une seule décharge de cette infenterie eut mis dans uii grand péril la vie du prince et des siens. Il n'y avait qu'un coup audacieux qui pût les tirer de ce mauvais pas. Le prince eût bientôt pris une résolution ; et, chargeant vigoureusement cette masse formidable à la tête de la poignée de

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braves qiii raccompagnait , il l'eut en un instant culbutée et irefoulée Ver» le bois , où elle se hâta d'aller chercher un reftige. On fit quelques prisonniers, et le prince fut sauvé. .

A la faveur du succès qu'il venait d'obtenir , le cinquième corps , ainsi que l'avant-garde de l'armée, purent jouir enfin de quelque repos. Les Russes évitaient à dessein tout engagement nouveau ; et , pour mieux endormir la vigilance de l'empereur, Koutouzoff consentit à un armistice dont la rupture devait être dénoncée vingt-quatre heures à l'avance.

Pendant la marche de Napoléon sur Moskou , et son séjour dans cette capitale , il s'était passé des événements importants aux deux ailes de la grande armée , destinées à couvrir ses communications avec le duché de Varsovie. Dès le début de la campagne, et tandis que notre aîle droite poursuivait Bagration dans le but de détruire son armée, Toitaassoff, à la tête de 40,000 hommes , traversait la Vôlhynie et franchissait le Bug. Ce mouvement menaçait les derrières de l'empereur, et Varsovie même. Le corps du général Reyilier , renforcé par une division du général Kosinski, tirée des réserves de Târmée, fut d'abord détaché contre lui , et ces forces étant encore jugiêes insuffisantes, le corps de Schwartzenberg, qui était en marche sur le Dnieper, eût ordre de rebrousser chemin et de se porter de ce côté. Schwartzenberg et Reynier réunis repôiissèrenl Tormassoff au delà du Styr. Lorsque la paix, conclue

avec les Turc8, permit aux Rusges de porter 46,000 hommes de vieilles troupes, aux ordres de Tschitschagoff , au secours de Tormassoff et de reprendre l'offensive, tous deux, s'avançant sur le Bug, menaçaient sérieusement la ligne d'opération de l'armée de Moskou.

Pendant que cela se passait au midi, au nord les troupes commandées par Macdonald , Oudinot et Saint-Cyr se maintenaient sur la Dzwina. Mais Witgenstein, qui commandait les forces russes en Livonie , recevant sans cesse de nouvelles recrues , et renforcé par une division de l'armée de Finlande , allait bientôt être en état de reprendre l'offensive. Napoléon, qui avait prévu que la guerre d'invasion qu'il entreprenait lui coûterait beaucoup d'hommes , avait préparé sur la Vistule et sur l'Elbe des réserves imposantes pour remplacer les pertes inévitables de la guerre. Ces réserves s'avancèrent successivement à la suite de l'armée ; mais , arrivées en Litvanie , elles durent s'y arrêter , afin de porter secours aux deux ailes, qui étaient toutes deux menacées.

Pendant l'armistice qui venait d'être conclu entre les deux partis , le roi de Naples campait , à la tête de 35,000 hommes, auprès du village de Voronovo, en présence de l'arniée de Koutouzoff, qui occupait la position de Taroutino, et se recrutait chaque jour de nouvelles levées. L'approche de l'hiver accrut la confiance des Russes. Koutouzoff ne put plus contenir leur impatience, et, voulant pro-

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