SUR IB PRINCB PONIATOWSKI. (S
fiter de la position un peu hasardée de Parmée da roi, dont la gauche appuyait à des bois qu'il avait négligé de feire occuper par ses troupes, il résolut de le surprendre. Le roi, de son côté, voulait prendre une position plus forte et plus sûre à Vinkovo. n ordonna à ses troupes un mouvement de retraite pour la matinée du 17 octobre ; mais ce mouvement fiit prévenu par les Russes , qui s'étaient préparés , pendant la nuit , à une attaque contre le front et l'aile gauche de Murât. D'après les dispositions de Koutouzoff, un corps devait s'avancer par les bois dont nous venons de parler , afin de tourner cette aile qu'on se proposait d'attaquer en même temps de front.
Ce mouvement frit exécuté à la pointe du jour et eut un plein succès à son début. Le <x)rps de cavalerie de Sébastiani fut surpris et son artillerie enlevée. Les Russes se portèrent ensuite sur la position occupée par le cinquième corps ; il formait l'extrême gauche et se trouvait heureusement sous les armes ; car leur cavalerie se répandit au milieu de ses bivouacs. L'attaque était si inattendue , que le prince Joseph lui-même eut à peine le temps de quitter sa baraque et de monter à cheval ; mais sa présence d'esprit et son courage , ainsi que la valeur chevaleresque du roi de Naples , pai^vinrent à triompher du danger. L'infanterie polonaise se forma en carré, et se retira lentement en repoussant les attaques réitérées des Russes. La cavalerie la seconda et enfonça une colonne d'infanterie ennemie. Le roi se
1M IfOTIGB tBêt(mQ^M
ihit'en personne à la tête des carabiniers fi^açaft, . qui jfirent une charge brillante , et cidbutèrent la cavalerie russe. Ejifin les trouves du roi de > Naples parvinrent à se replier dans la position de .Vinkovo sans éprouver de grandes p«tes, excepté a^e de l'artillerie de Sébastiani , qui était tiombée au pouvoir de Tennami dès le conamaaw^emient du combat.
Après avoir lait dififérentes tentatives pour Mer ' des négociations avec Alexandre , Napoléon ^ «con- ; vaincu de l'inutilité de ses efforts , se décida à -quitter Moskou le 19 octobre, et à se replier :sur Smolensk. Sa ligne d'opérations se dirigeait sur cette place; et, quoique le .pays êkt ' p(résque complètement dévasté , il espa:^t trouver ' suffisamment de subsistances aux étapes iiitâ:^iiiédiaires. On devait y préparer des, magâesi»s coii- ' ferts par des postes bien fortifiés et gardés par de forts détachements. Naipoléon allait donc se retirer sur Smolensk , voulant cependant firatpper un grand coup, refouler l'armée de Koutouzoff surKâlouga , et gagner par là quelques marches. Jl se porta d'abord sur cette direction. Par suite de ces opérations, un combat sanglant fut livré, le 23 octobre , à Malo-Yaroslavétz , où l'on vainquit encore les Russes. Le vice-roi d'Italie et son corps d'armée eurent tous les honneurs de cette briUaixte journée. En imême temps , le corps polonais se trouvait à Borovsk , couvrant la droite de l'armée. :I1 poussa une reconnaissance sur Médyne, et ies
SUR m wMmcm fokutowski. 6X
trblipef dhargées de cette opération, étant tond)ée8 au milien d'un coipa d'enn^nis très supérieur en nembre, y essuyèrent un échec.
Après la journée de Malo-Yaroslavétz , l'armée de Moskou commença sa retraite, se dirigeant, par BfDjaîak sur Smolensk. Le cinquième corps , qui k>ngeait son mouvement sur la gauche, vint la rejoindre à Viazma , après avoir été obligé de rep<Hisser constamment , pendant sa marche » une ûûéede Kosaks qui ne lui laissaient aucune trêve. Près de cette dernière ville, le prince Poniatowski» vcmlant reconnaître Tennemi, gravit un mamelon qui se trouvait à peu de distance de la grande route ; mais il eut le malheur de se fouler la jambe droite, son cheval s'étant abattu sous lui. Cet accident k contraignit , pendant le reste de la campagne, à suivre en voiture les mouvements de l'armée. Elle fut ainsi privée non-seulement d'un de ses généraux les plus habiles , mais d'un chef dont Vascendant moral eût sans doute rendu , pendant la retraite, d'inappréciables services. Le vénérable géiiéârail Zaionczek le remplaça dans le commandement du cinquième corps.
Cependant les espérances de Napoléon, qui croyait pouvoir se retirer en bon ordre sur Smolensk , furent déçues. Les vivres, qu'il supposait trouver en abondance sur sa ligne d'opérations, suffisaient à peine p<mr la subsistance de sa garde ] dès que les autres troupes eurent consommé les vivres qu'elles avaient emportés de Moskou , il ne leur restait piescpie
68 NOTIGB BISTOHIQCTB
aucune autre nourriture que la chair de cheval. On ne pouvait 8e procurer de fourrages qu'àime forte distance de la grande route. Après une longue marche , on devait fourrager pendant une grande partie de la nuit, hommes et chevaux étaient exténués de fetigue et de besoin. DepOis Yiazma , le froid se déclara avec une grande intensité , et descendit à douze degrés au thermomètre de Réaumur. L'armée était mal vêtue ; les chevaux y périssaient chaqtie nuit par centaines. H fallait successivement abandonner l'artilerie. Les montures de la cavalerie se soutenaient à peine et n'étaient plus capables de fournir une charge. Malgré l'admirable fermeté des chefs et l'exemple de Napoléon luimême, qui marchait à pied au miheu de ses troupes , le découragement s'empara du soldat , et la plus grande partie quittait les rangs et s'empressait de regagner à la hâte Smolensk. Mais rien ne put ébranler Farrière-garde ; elle soutint avec succès plusieurs combats contre l'ennemi et le repoussa constamment. .
A Smolensk , l'armée trouva des vivres et se reposa pendant quelques jours de ses fatigues; mais elle ne put s'y arrêter. Les nouvelles qui parvinrent à l'empereur sur les progrès deTschitschagoffl'alarmaient à juste titre. Les efforts du maréchal Victor , réunis à ceux d'Oudinot, n'avaient pu arrêter les progrès de Wittgenstein. Il était à craindre que les généraux ennemis ne vinssent opérer leur jonction sur les derrières de l'armée de Moskou , et couper
SUE JLB P&INCE PONUTOWSKI. 69
toute retraite à cette malheureuse armée, que Koutouzoff allait bieatôt presser de front.
Napoléon quitta Smolensk le 14 novembre , et continxia sa retraite. En exécutant ce mouvement , son armée marchait par échelons à distance d'une journée. A mesure que ses échelons arrivaient à Krasnoï , ils devaient combattre les Russes , qui les avaient devancés sur ce point. Le cinquième corps «e présenta le premier, et trouva la grande route interceptée par le corps de Miloradovitsch ; mais , habilement dirigé par le général Kniaziewicz *, il réussit à se foire jour. Davoust et le vice-roi furent aussi arrêtés sur ce point. Réunis à la colonne impériale, ils eurent à soutenir, le 17 septembre, un combat très vif contre toute l'armée de Koutouzof . Ce ne fut qu'à 'a présence de Napoléon , et à ses excellentes dispositions , qu'ils durent leur salut. L'empçreur parvint à se replier en bon ordre mr Orsza , et passa le Dnieper. Mais le maréchal Ney, qui formait l'arrière-garde , ne put se tirer de la position difficile où il se trouvait , qu'en passant ce fleuve sur la glace , et en se repliant , par sa rive droite , sur le même point. Pressé , entouré de tous côtés par des forces décuples, il parvint néanmoins à triompher de tous les obstacles , et rejoignit l'armée impériale, à la tête des débris de son corps, sur la route de Borysow.
L'armée de IVJoskou était alors dans un péril émi"
* Il remplaçait, au commandement du cinquième corp$,Zaion9 P2€k» alors malade.
70 KOTIGB HISTORIQirB
nent. TachitschagofF avait su dérober quelque marches à Schwartzenberg, qui ne le suivait que dé loin. H culbuta les régiments litvaniens denotivelle levée , et s'empara de Minsk , où se trouvaient de grands magasins de vivres et d'équipements doift il se rendit maître. Les Russes vivaient dans l'abondance , et ne manquaient pas des vêtements indiépeilsables dans cette saison rigoureuse , tandis que l'armée de Napoléon manquait de tout. Quoiqu'en se retirant sur la Bérézina elle eût rallié successivement des corps qui se trouvaient échelonnés sur sa route et qui étaient en bon état , tous les efforts dé Napoléon ne purent parvenir à la réorganiser. La garde exceptée, le désordre avait complètement envahi tous les corps d'armée qui revenaient de Moskou ; il se communiqua même aux troupes de réserve , et le nombre des traînards augmenta au point qu'à peine un tiers de l'armée se trouvait alors sous les armes ; tout le reste était débandé , et le grand nombre des hommes isolés gênait les mouvements des troupes.
Dans ce moment critique, Tschitschagoff s'avança sur la Bérézina , s'empara du pont de Borysow , et f oupa les communications de l'armée avec Wilna et Minsk ; en outre, Wittgenstein était sur le point d'opérer sa jonction avec lui . Toutefois Napoléon ne désespéra pas de sa fortune ; il contint Wittgenstein , sut franchir la Bérézina malgré Tschitschagoff , et sans que Koutouzoff , dont l'armée était elle-même réduite de moitié, pût parvenir à l'atteindre. Le
SUE u nsa&i PomArawsKi. M
eioqQième corps , qui venait d'être rallié par la divi* I »ion Dcmibrowski , comptait encore 8,000 faommet
^ doug le» armes , dans^ la journée mémorable du 28
novembre, et contribua puissamment à repousser le corps de Tscbitscbagoff qui s'avançait pour couper la retraite à Napoléon.
î La Bérézina franchie, l'empereur se retira sur
Wilna. Les vivres étaient plus abondants en Litva* I nie; mais si le soldat souffrait moins de la faim, d'un
autre côté , un froid de vingt à trente degrés vint mettre le comble à sa détresse. Les honmnies ton^ baient glacés de froid le long de la grande route ; . chaque bivouac était encombré de cadavres; l'armée
n'était phis qu'une cohue qui se retirait en désordre; les bagages , l'artillerie étaient abandonnés. Une feible arrière-garde, composée de quelques troupes qui avaient moins souffert , arrêtait avec jfeine la ' poursuite de l'avant-garde ennemie. L'horreur des
I maus que l'on supportait , paralysait tous les coura-
I ges ; l'abattement moral des esprits était au comble.
Hâtons-nous de détourner les yeux dé ce tableau funeste, et revenons au prince Joseph, qui fut sauvé comme par miracle au milieu de ce désastre général. Etendu dans sa calèche de voyage , réduit à l'impuissance par l'état de sa santé , souffrant luimême de la faim , il éprouvait encore le cruel martyre d'entendre chaque jour le bruit du canon sans pouvoir partager les efforts de ses frères d'armes. Mais Napoléon veillait sur lui ; il ordonna que sa voiture maréhât à la suite du trésor, qui était es-
79 KTOTIGE HISTORIQUE
corté par un corps d'infanterie d'élite. Le prince arriva ainsi à la Bérézina accompagné de * quelques officiers. Là- il fallut traverser les faibles ponts qu'on venait de jeter sur la rivière, et sur lesquels se pressait une immense cohue de traînards. Quelques milliers de voitures encombraient les approches des ponts, et il était expressément défendu de les laisser passer. Napoléon voulait profiter de l'obstacle qu'offrait ce défilé pour les détruire , afin d'en débarrasser l'armée dont elles gênaient les mouvements. La calèche de Poniatowski se trouvait au milieu de tous ces équipages. Les officiers de son état-major faisaient de vains efforts pour atteindre les ponts et faciliter son passage, lorsqu'un détachement de gendarnierie d'élite vint au secours du prince ; il lui fraya un chemin en renversant devant lui hommes, chevaux et voitures , il put ainsi franchir, le fatal défilé, et arriver sur l'autre rive sain et sauf.
Napoléon, s'étant convaincu de l'inutilité de ses efforts pour rallier l'armée, se décida à retourner en France pour en lever une nouvelle , réparer , s'il était possible , les suites désastreuses de la retraite , empêcher le découragement de l^ France et là défection de ses alliés. Il remit le commandement au roi de Naples, lui ordonnant de rallier les débris de l'armée à Wilna, et il partit de Smorgonie^ le 5 décembre, dans un simple traîneau, voyageant sous le nom de son giani écuyer, le duc de Vicence, qui l'ac^pmpagnait.
Msi^ le^ ressources que prései^te une grande
SUR LE PtINGB FONUTtHirSKI. 73*
viHe 9 et les immenses approvisionnements qu'on trpava dans Wilna , le roi ne put s'y soutenir que quelques jours , et se retira par Kowno sur Kœnrgsberg ; de là, il gagna la Vistule , où les débris de la grande armée trouvèrent enfin un refuge dans les forteresses qui bordent cette ligne de défense formidable , dont ils. vinrent former les garnisons. Une partie seulement de cette malheureuse armée se dirigea sur Posen , où le roi de Naples quitta te commandement qui lui était confié pour rentrer dans ses États. Il laissa le peu de troupes qui l'avaient suivi sous les ordres du vice-roi d'Italie , qui luimême se rttira bientôt sur Berlin,
Poniatowski , après le passage de la Bérézina , fut conduit à Varsovie , où il arriva vers la fin de décembre. Dès que la santé du prince fut rétablie , il ce hâta de rallier les débris de l'armée polonaise. De toute cette armée, 5,000 hommes seulement avaient gagné Varsovie ; mais ils ramenaient avec eux presque toute leur artillerie , et rapportaient leurs aigles. Le conseil de la confédér^ion générale fit quelques préparatifs pour résister à l'invasion : on opéra , dans le duché , des levées d'hommes et de chevaux ; on décréta la levée en masse (pospolite-ruszenie) , qui avait autrefois sauvé la Pologne dans les extrêmes dangers. Poniatowski en fut nommé chef sous le titre de Régimentaire ; mais il. était malheureusement trop tard.
L'ennemi, profitant de ses succès, vint bientôt franchir te Vi^twlç et paralyser ces tardife tÉforts
d'à» patriotisme impoisdaiit. Tout était enveloppé dans la fatalité qui poursuivait I^poléoâ dan» c^tt^- Bualheureuse et glorieuse campagne^ Combien dutil regretter alors^ de s'être trop fié à sa fortuBe, et dé n'avoir pas* profité de l'ardeur partriotique dei^ habitants pour former une forte réserve de troupe* polonaises , ce qui était d'autant plus facile , qu*à l'ouverture des hostilités toute la population viifiledu duché ne demandait qu'à prendre les arme*? Cette réserve réunie aux corps de Schwartzenberg et de Macdonald, et aux cfebris de l'armée de Moskou eût, on ne saurait en douter, arrêté sur la Vistulé l'armée russe , que les combats et l'iodêmenee dé l'air avaient considérablement affeibRé; celle-ci n'aurait pu, au printemps, remplir ses cadres que de bandes de paysans , incapables de lutter contre les soldats de Napoléon. Il aurait donc eu aloraf toutes les chances de succès en sa feveur:
Cependant les troupes russes passèrent le ffetrve sur plusieurs points, et Varsovie tomba en leur pouvoir. Les débris du 5*** corps et la division Kosinskf, ^e portèrent sur Krakovie, après avoir Jeté des garnisons dans les places du duché. Le corps de Schwartzenberg suivit leur mouvement. Uh seul détachement de troupes polonaises se retira sur KaBsz, et forma plus tard le noyau d'une division qui fut comidandée par Dombrowski. Quant au prinee
sn tJÊ non vohutowski. n
FMiatowdd , profitant'des ressources que lui ofbmi KrakoTie, et de deux mois de répit, il réoiçanisa «on corps d'armée , et le porta à 12,000 hommes. Le corps autrichien , qui était en première ligne y le couvrait du côté du nord.
Alexandre se présentait comme libérateur des peuples y et avait efifectivement fait de grands progrès dans l'opinion en Allemagne ; mais Fesprit de la Pologne Pinquiétait. Il voulut essayer de neutraliser les mauvaises dispositions des Polonais à 8on égard ; et y tandis que Poniatowski et le gouvernement suprême se trouvaient réunis à Krakovie y il chargea le prince Antoine Radziwill * de se rendre dans cette ville sous préteste d'affaires de &mille y mais avec la mission cachée d'ébranler la fidélité des Polonais. Il devait proposer« que le duché u de Varsovie fût regardé comme neutre pendant la « durée de la guerre, et que le prince Poniatovrski « réunit toutes les troupes polonaises à Zamosc pour c( y attendre l'issue des événements. » La mission de Radiivill était épineuse ; 11 craignait la surveillance du ministre de France , Bignon , qui observait ses démarches. La fidélité de Poniatowski à ses principes lui était connue ; et le négociateur occulte n'osa pas d'abord faire au prince d'ouverture di* récte. Cependant il sonda les dispositions de quelques membres du gouvernement polonais , s'enîmrdit ensuite peu à peu , communiqua ses propositions aux personnes qu'il croyait avoir le moins de répu-
* U avait éj^usi une princesse de Prusse.
76 irOTlCB mSTORIQVK
gnance à abandonner de Talliance la France , et 8e dédda à la fin à s'ouvrir à Poniatowski , en lui insinuant que l'acceptation de ses propositions assurerait à la Pologne une existence politique indépendante. Le prince fut indécis entre son devoir comme militaire et V intérêt apparent àe. la patrie, qui semblait exiger une nouvelle alliance. Dans l'impossibilité de les concilier, il eut un instant la pensée de «'6ter la vie * ; mais il réfléchit que la Pologne ne pouvait attendre sa régénération des mêmes puissances qui l'avaient partagée, et resterait tout au plus leur tributaire. Il mit toute sa confiance dans la fortune de Napoléon , et demeura inébranlable. Cependant les intrigues de Radziwill étaient venues à la connaissance du résidant de France,Bignon, qui exigea formellement l'arrestation du négociateur; mais Poniatowski, obéissant à la générosité de son caractère, ne souscrivit point à cette demande : il voulut couvrir de sa protection un homme qui s'était fié à ta loyauté, et qui, au reste, croyait n'agir que dans les intérêts delà Pologne **; il fit reconduire Kadziwill aux avant-postes ennemis.
* Le prince lui-même a raconté ce fait à Tauteur de ce livre , à Kollyn, en Bohême, où ce dernier était venu lui apporter des ordres de Napoléon, U s*exprima ainsi : c( Vous savez, mon ctier c Soltyk, que je n-ai pas un esprit romanesque , et cependant J'é- « tais au moment de m'ôler la vie à Krakovie. »
**A\ant dé se cliarger de celte mission épineuse, Radziwill avait conseillé à Alexandre de reconnaître Tindépendance du duché de Varsovie ; mais il n*avait pu obtenir de lui que de vagues promesses I qui pourtant lui parurent offt^ir quelques chances favorables
pour les Polonais, dan» ces malheureuses circoostançei,
SUR IB MUKCfi POmÀtowsa. 77
Les souverains de Russie et de Pï*usse s'étaient réunis à Kalisz, ils y avaient oondu un traité d'alliance contreNapoléon ; et après avoir laissé une armée russeenPolc^epour former le blecusdesplaces fortes et observer Krakovie , ils portèrent leurs fbroeg principales sur TElbe. Alors le vice-roi évacua Berlin, passa le fleuve, et se porta sur Leipzig, où il réunit 40,000 hommes. Les alliés franchirent l'Elhe et oo cupèreut la Saxe ; et le vice-roi se retira sur Magde* bourg, où il pnt position à cheval sur le fleuve, et sut , par 4'habiles manœuvres , contenir Tennemi malgré la supériorité de ses forces.
Pendant. ce temps , Napoléon. s'était occapè avec la plus grande activité de la réorganisation d'une nouvelle armée , qu'il conduisit bientôt en Allemagne. Elle était forte de 140,000 hommes, et composée en partie de vétérans tirés de l'armée d'Espagne et de Ig marine impériale ; mais la plupart des soldats étaient des conscrits à peine exercés au maniement des armes. Cette brave armée fit des prodiges. Réunie à celle du vice-roi , elle remporta lavictoire éclatante de Lutzen , le 2 mai. Napoléon, franchit ensuite l'Elbe, s'avança en Lusace, vainquit les alliés, le 21 mai, à Bautzen, les refoula en Silésie, et poussa jusqu'à l'Oder. Les chances de succès, étaient alors en sa faveur. Il n'avait plus qu'à faireun pas pour atteindre la frontière du duché de Varsovie, qui certainement se fut levé à son approche ; mais l'espérance de négocier une paix honorable le séduisit : il s'arrêta, et conclut^ le 4 juin, un àrmis-:
Y9 IfOnC» WSTWIQiB
tice à Neumai*ck » durant lequel il traita de la paix sous la médiation de rAutrich6<
Revenons à ce qui se passait en Pologne.
Malgré Toocupation du duohé par les Russes, les espérances des Polonais n'étaient pas abattues. L'es^ prit public se soutenait. Une insurrection se prépa*rak , et Ton attendait avec impatience FarmÀB libératrice. Dès le commencement du psintemps , le prince Poniatowski voulut utiliser oes heureuses dispo^tiong , et opérer une puissante divtersion en feveur de la France ^i se portant sur Var^vie. Il proposa au général autrichien de le seponder danS' ce mouvement offensif ; mais celui-ci refiisa , et , s'interposant même entre les Russes et' les Polonais , il paralysa le plan du prince^ qui aurait pu sans, doute être couronné de succès , favorisé qu'il eût éiè par l'approche de l'armée de Napolécm, à la suite des victoires qu'il avait remportées en AUemagpe*
Cependant l'empereur, au moment de passer lé Rhin, avait ordonné à Poniatowski de se porter en Saxe par la Moravie et la Bohême , et celui-ci avait réuni ses forces dans le rayon de Podgorase , sur la rive droite de la Vistule ; et , après avoir réorganisé ses régiments , il se mît en devoir d'obéir. Le prinèeavait déjà feit deux marches , lorsqu'il reçut , par Fentremise du général Sokdhiicki , la nouvelle de' la victoire de Lutzen. Ce général , plein de confiance dans la fortune de Napoléon, et d'un caractère aattreprenafnt , lui conseilla de rebrousser chemin > de repasser la Yistule ^ et d^attaquer le corps <Fw-
«éetiBBetqiii se itroimifc en présence dès Autriehins 4fei«ïaiit£jpako'9âe; mais le prinoe, assuré d'éproaver delaxésigtaBcedaifêl'^xécatioiide oeprojetde la part ^l^^^Kftridie, M^^^^gnaM d'amener par-^lA un conêitfmm K)efC;te{missaBce , ce qui l'eût immédiatement 4etat^éedel'aQianoe française , conimua son mo«- Pesxtî^j 4St ^i^t pr^idi^ position à Zittau en Saxe.
Peiidant Mlrte marché, â eut l'occasion de rece- ¥^ un témoignage flatteur de l'estime de l'em- ^1%^ #Aûti*i<^ pour «on an»ée et pour lui- Même. &'sf>i*è8 mxê convention conclue entre les WÊ[Wiàt^ respectives, ies troupes pcdonaises devaiait ^trav^ersans arme tes états autrichiens , afin d'empêbl^r ^tînlt^excès-de la part du soldat ; mais , dès Iks ^f^pémières étapes , l'exceBente discipline et Tordre parfait <jui régnaient dans le corps de lV>niatowt^ ra^^wrèrent le gouvernement de ce pays, et l'empe- ?reur ^Autrkjbè ordonna de restituer les armes aux Pol<mâis. II accompagna cet c^dre d'une lettre 4al- ^&me pour le prince. C'est à la même époque que ^onia^tow^i reçut de Napoléon un décret qui l'ateisimilait aux marédiaax de France.
J^endaM la durée de l'armistice, Napoléon avftit éiefhelonné 266^000 hommes de ses troupes entre Skresde et fireslaw, et sur l'EHbe. Les troupes polonaises ^ue Poniatowski venait de ramener de Krafaovie, avaient été renforcées d'un régiment d'ihfenterie formé à Wittemberg des- débris de la, lé- ^<m de la Yistule. Elles présentaient un effectif 4e *%§©8 hommes , réparti entre six régimciîts d4ii-
80 IfOTICB HISTOAIQUB
fanterie, huit de cavalerie, et six batteries d'artillerie . L'inÉantêrieetrartillerie formèrent le huitième corps de la grande armée, dont Poniatowski prit le commandement, et la cavalerie le quatrième corps de réserve, qui fut mis sous les ordres de Keliennann; on y joignit deux batteries d'artillerie française. Ces troupes furent cantonnées dans les environs de Zittau. La cavalerie était excellente et bien montée; elle fut fort utile à la grande armée , dans laquelle cette arme était peu nombreuse. D'un Autre cô«é, une division polonaise, qui comptait deux régiments d'infanterie, deux de cavalerie, et une batterie d'artillerie légère , avait été oi^aniséfe à Wetdaar par les soins du général Dombrowski, qui en avait pris le commandement. Cette division fit partie du corps de Vandamme, et fut cantonnée à Wittemberg.
Les négociations «itamées sous^ la médiation de l'Autriche échouèrent. Cette puissance voulut imposer des conditions qui semblèrent trop dures à l'empereur, et stipuler pour elle-même la concession de vastes territoires. En cas de refus, elle menaçait de se joindre aux enn<!imis de la France. Quel ^ue fût le danger de sa position, Napoléon ne voulut pas céder, et préféra courir de nouveau les chances des combats. Il commandait une armée inférieure d'un tiers à celle des alliés*, et qui était moins aguerrie. La plupart de ses soldats étaient des
** Après l'adhésion de TÂutriche à la coalition, la force totale des troupes de Napoléon , en Allemagne , était de 400,000 hommes ; mais les alliés lui opposèrent une armée de 600,000 combattants.
S0R LB Pkisùi& POKurowsit. ât
jeunes gens de dix-huit à dix-neuf aus, incapables de supporter les fatigues delà guerre. Il sut pourtant tenir en suspens la fortune pendant deux mois. Partout où Tempereur se présentait à la tête de sa garde, il était victorieux. Il remporta à Dresde une victoire signalée ; mais ses lieutenants éprouvèrent bientôt après des échecs à Culm, à Gros-Beren, sur la Casbach , et à Jutterbock. Resserré de tous côtés par les alliés, qui, à la suite de ces différents succès, avaient passé TElbe et débouché simultanément des montagnes de la Bohême , Napoléon dut se retirer sur Leipzig , et chercher à étabhr sa ligne d'opérations sur le Khin, laissant dans les places de FElbe de fortes garnisons, dont deux corps d'armée, qui, restés à Dresde * , lui manquèrent au moment décisif.
Pendant le cours de ces opérations , le corps de Ppniatowski , qui formait un effectif de 8,000 hommes**, fut d'abord employé à garder les débouchés de la Bohême , dans les environs de Gabel ; ce qu'il fit av^c succès. Il obtint des avantages marqués sur l'ennemi , principalement à Friedland ; il fut ensuite réuni à l'armée du maréchal Macdonald , et eut à soutenir des combats très vifsàBautzen, à Leibau et à Stolpe. Enfin il traversa l'Elbe, et se recruta de 3,000 prisonniers autrichiens , Polonais d'origine.
* Ces deux corpâ, aux ordres de Saint-Cyr, forts de 27,000 hommes, furent ceroés à Dresde et obligés de capituler.
♦* La cavalerie polonaise composait le qualrième corps , et comptait 4»000 chevaux.
Si IVOTIGE HISTORIQUE
Phcé alors sous les ordres du roi de Naples , il concourut à arrêter la marche de Farinée de Schwartzenberg, qui se portait sur Leipzig. A cette même époque , il livra encore différents combats , notamment à Pennig , à Frobourg et à Wachau. Ce corps se réunit peu après au gros de l'armée devant Leipzig, et forma l'extrême droite dans les deux mémorables batailles qui eurent lieu près de cette ville. Les pertes qu'il avait faites dans les combats précédents l'avaient réduite 6,000 hommes. Toutes les forces réunies de Napoléon ne formaient alors que 160,000 hommes , auxquels les aUiés opposèrent successivement 350,000 combattants.
Le 16 octobre, la victoire sembla un moment se déclarer pour Napoléon : le centre de l'armée de Bohême venait d'être enfoncé , lorsqu'une charge d'un régiment de Kosaks de la garde impériale russe changea le sort du combat. Dans cette journée, le huitième corps se soutint dans, sa position , et conserva finale;ment le village de Dellitz , où il s'était établi,et que les alliés attaquèrent avec un te] acharnement qu'il fut pris et repris sept fois. Une des brigades polonaises , qui s'était formée en carré, fut vigoureusement chargée par une brigade de cuirassiers autrichiens : elle tint ferme, et ne fut point entamée. Alors la cavalerie ennemie traversa les deux lignes françaises et pénétra jusqu'aux réserves formées par la vieille garde. Assaillie de toutes parts, et voulant rejoindre le gros de son armée, elle fut détruite par
SUR LB PBUfCB PONIATOWSKT. 8^
lefeu à mitraille de l'artillerie française. Poniatowski empêcha les troupes autrichiennes de déboucher sur le flanc droit de l'armée de l'empereur , et , vers le soir , appuyé par une division de la garde , il obtint un succès signalé , refovila les Autrichiens derrière la Pleiss, et leur fit 1 ,000 prisonniers parmi lesquels se trouvait le général Merfeld. Napoléon voulant récompenser le prince pour les services qu'il avait rendus dans cette journée., le nomma mai^hal de France. Cette faveur était la dernière qu'il devait recevoir de l'empereur.
Le lendemain, 17 octobre, fut employé par les deux partis à se préparer à une nouvelle lutte. Napoléon attendait l'arrivée de son grand parc qu'il avait laissé à Ellenbourg ; mais tous les officiers qu'il envoya successivement pour porter au général qui le commandait l'ordre de venir le joindre à Leipzig , ne purent passer , ou furent faits prisonniers. Ce parc devait fournir à l'empereur des munitions pour deux batailles , et des pontqns à l'aide desquels il eût établi plusieurs ponts sur la Pleiss et sur l'Elster, qu'il devait traverser en se retirant sur ]Ëxfiarth. Privé de la ressource que lui eussent offert ces pontons , il aurait pu y suppléer par des ponts de chevalets , qu'il pouvait construire promptement à l'aide des ressources que lui fournirait la ville de Leipzig ; mais , soit qu'il voulût que rien ne pût donner à penser qu'il doutât de la victoire, ce qui eiat pu ébrankr le moral de ses troupes, et encouragpv les alliés, soit que, dans le trouble iijséparable
él KOYICB HldTÔlltQtfi
d'aussi grands événements , ses ordres n'eussent point été exécutés , toujours est-il que la construction des ponts fut négligée. Cependant l'empereur avait, dès le 17 octobre, résolu d'évacuer le terrain ; et en livrant la bataille du 18 , il ne chercha plus à vaincre , mais à gagner du temps pour sauver ses blessés et ses malades , et à procurer une retraite facile à son armée. Cette journée fut néanmoins une des plus glorieuses pour ses armes.
L'armée française se soutenait devant Leipzig , avec la plus grande valeur, contre des forces doubles en nombre, lorsque le corps saxon passa à l'ennemi , et força Napoléon à rapprocher ses troupes de la ville, afin de faire disparaître le vide que cette défection formait dans sa ligne de bataille. Les alliés gagnèrent du terrain, mais ne purent forcer les troupes françaises dans leurs dernières positions devant les faubourgs de la viUe. L'honneur des armes était sauf; les ennemis avaient encore une fois éprouvé que tous leurs efforts devaient échouer contre la valeur de nos soldats. Leur perte était double de celle des Français; mais des défections se déclaraient de toutes parts sur les derrières de Napoléon ; l'empereur se décida donc à se retirer sans retard.
Cette retraite fut effectuée dans la nuit du 18 au 19, et dans la matinée de ce jour. Il ne resta à Leipzig que l'arrière-garde , composée des débris des corps de Macdonald, de Lauriston et de Poniatowski. L'empereur en confia le conmiandement au