‹ Relation des voyages faits par les Arabes et les Persans dans l'Inde et à la Chine Akhbâr alSîn walHind. Texte arabe impr. en 1811 publ. avec des corrections et additions et accompagné d'une tr. fr. par m. ReinaudChapitre 3 sur 8 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

éUlt • (Jlforom^, tom. I*% fol. yS.)

DIMOOHS FRÉLUmiAIRE. xc»

femmes da Thafec; ii s'empreasa même

de s'en procurer une. Ibu-Bathoutha parle de ces femmes en deux endroits de sa relation ^ A propos de la ville de Déoguir, nommée à cette époque par les mnsul* mans, Daulet-abad, il dit que le territoire de cette anti<{Qe cité était occupé par un peuple de race maratle; puis il ajonte:

tIXeu a doué les femmes des Marattes d^une grande beauté, pardenli&rement dans le aez et les sourcils. Ces femmes ont des moyens de plaire et.. • • moyens qui ne se rencontrentpaschez les autres*. •

^ Ces deux passages manquent dans Tabrégé qm a été traduit par M. Lee.

1^ jffJ qmaI • (Man. arabe de la Sibl. roy.

suppl. n^ 670, fol. lik verso.)

c DISCOURS PRELIMINAIRE.

Le second endroit où Ibn-Bathoutha a

parié de ces femmçs, ces! lors(j[uil se trouvait dans les îles Maldives» Il raconte que le viiir de ces iles lui ayant, par forme de politesse» envoyé une esclave» en lui faisant dire que, si celie-ci ne lui convenait pas, on lui enverrait une femme maratte,

lui qui ne désirait rien tant qiH3 de faire connaissance avec les femmes maratles , demanda une de celles-ci , ce qui lui fut accordé. Cette femme portait le nom de Cal-astan, ce qui , dans la langue du pays, signifiait Jleur da jardin, et elle lui plut beaucoup* Le vizir lui en donna encore une qui était originaire du Mabar S c'està-dire de la partie du continent indien qui fait face à l'île de Ceylan*.

Diaprés cela le pays du Thafec ré«

pondrait à la province actuelle (FAurengabad, et, par ses relations amicales avec les marchands arabes, il rappellerait ce que les écrivains de rantiquitc racontent du

^ Ibidem, foL laa.

0ISQOOBS PRBUMIIIAiaB. €t

commerce fait par les Grecs et ies Romains «vec la vBle de Tagara , la Deoguir des Indiens. Â la vérité il s agit ici de femmes d*iui teint Manc, tandis que le teint ma«»

ratte tire vers ie noir; mais ou peut supposer qae les femmes en question foi^ maient une race particulière.

Suivant le marchand Soleyman, &ax

rojaumes du Balliara, du Djorz et du Tbafec était contigu un empire nommé Rohmy, qui possédait des troupes extrêmement nombreuses, encore plus nombreuses que celles duBaihara et du roi du Sjon; quand ie souverain marchait à la guerre, il était accompagné de cinquante mille éléphants. On fabriquait dans ce pays des étoflfes de coton qui n*«vaient pas leurs semblables pour la i^èreté. Une robe faite avec celte étoffe pouvait passer à travers Tanneau d'un cachet. De son c&té, Massoudi rapporte que ie royaume de Rohmy se trouvait, en partie sur les bords de la mer, en partie dans Tintérieur

wà

eu DiÔCOUAS PKËUMlNÂmfi.

tôt, suivâDtsa maoièrç d'écrire y Onah m a a n'était pas le nom du pays , mais le titre

qu'avait adoptcî le souverain -. Ces dillërentes circonstances me font croire que le pays de Rohmy répondait à l'ancien royaume de Visapour.

Soleyman parle ensuite ^ d^un royaume situé. dans l'intérieur des terres, et quil nomme Kascheb ou Kaschibyn.Ce royaume correspond probablement au Myssore.

Il est singulier que Soleyman n'ait rien dit à cette occasion du cap Comorin et du territoire environnant. Àbou-Zeyd a suppléé à son silence ^9 et son récit est conibrnie à l'élat des lieux.

Soleyman passeimmédiatement du pays (le kascheb à celui dont le roi, dit-il , se nomme Kyrendj , et qui est situé sur les bords de la mer. Ce royaume me paraît répondre aux environs de Madras et de Masulipatan , et je serais porté à identifier

^ Morûodj, tom« P% foL 76 et 76.

• Pag.Sor

* Pag- 97*

DISCOURS PR£UMINAIRË« cm

ce lieu avec le pays de Kedrendj « pap qui , ainsi qu^on Ta vu , donnait 3on nom

à la cinquième mer, et doù les navires qui se rendaient en Chine, mettaient à la voile pour h s cotes de la presqu'île de Malaka ^ Édrisi semble avoir placé au même endroit une île qu'il nomme He^ rendj ou Ilerjdj ^ ; il parie a cjette occasion d'une pagode qui est peut-être l'immense édiiice dont on voit encore les ruines, à quelque distance , au midi , sur les bords de la mer, au lieu nommé Mavalipouram ou Mahabalipoarani, et plus ordinairement les Sept pagodes, D^un autre côté, l'on trouve I à 1 embouchure du Godaveri, un territoire appelé Coringa, et les livres sanscrits placent au nord de la Kitsna un pays nommé Kalinga.

Une circonstance c[ui me semble confirmer la place que je donne à ICyrendj «

' Voyez ci-devant, pag. lzzvii.

* ou ^J^* Édrisiy traduction frani çaise, tom. V% pag. 80 et ôi •

m DISCOURS PBëUMINÂIRB.

c'est HB que dit le marchand Soleyman , immédiàtement après avoir parlé de cette contrée. Il s'exprime ainsi : « Ensuite on 3rencontre plusieurs royaumes dont Dieu seul connaît le nombre.! Ces paroles sendilent ànuonéer une intmup^on dans Ténumératioa qui vient d'être faite des principautés de rindct et cette interruption ne peut guère tomber que sur les côtes d'CMssa, du Bengale et de TAracan.

Un passage cité par Édrisi semble avoirla même intention» Voici ce que dit Édrisi ' ; « Le plus grand roi des Indes est le Balbara, titre qui équivaut à celui de roi dès imf. Ensuite tient le Komkam (ou Concan ) ; son pays est le pays du Sadj ^ 5 après cela vient le roi duTbafec, puis le roi du £jaba ^ ; puis le roi du Djorz ^ ; enfin le

' Tom. I*' de ia txad. £BUiçaise« pag. 97*

* Voyez ct-devantt pag. xcn*

' La côte du Coromandei. (Voyez d-devanl ,

pag. L2JULT.)

^ Le royaimie de Canoge» compieoant le

Bengale* (Voyez ci-devant, pag. zcv.) •

DISCOURS PRÉUMINAmE. gt

roi du Camrouût dont les Etats touchent à la Chine ^

Telles paraissent avoir été les divisions de la presqu'île de Tlnde» au siècle de notre ère. Il est à regretter, comme je l'ai dit, que les noms de lieux ne soient pas mieux fixés. Quelques-unes de ces dénominations semblent avoir été des titres attachés à certaines dynasties , et non pas des désignations de pays; elles seraient même toutes dans un cas pareil , si 1 on s'en rapportait au témoignage d'Ibii-kliordadbèli , écrivain arabe de la dernière moitié du ix' siècle de notre ère

'Le marcliand Soleyman, après avoir

' Le royaume d'Assum. {Voyez ci-devant t pag. Li.)

* Le témoignage d'Qbn-Kliordadbéh a été

reproduit par Ëdrisi , tom. I" de la traduction française, pag. 17s. Une partie de ce qui précède se retrouve dans im passage d*Ibn-Sayd , dti' par Aboidféda, Hisioria anieishmiea, édition de M. 1 l( isclier, pag. 172; mais la plupart des nuins sont altérés.

cvf DISCOURS PABLUlUIAIRfi.

traversé le golfe du Bengale, s arrête à une contrée où se faisait sentir Tinfinence chinoise, et qui probablement était située aux environs du câp Martaban; c'est le pays de Moudjah , dont Édrisi a fait une fie. Le récit de Soleyman donne lieu de croire que le pays de Moudjah était dans le voisinage d'un lieu maritime appelé Senef, lequel avait donné son nom à tous ces parages, âoieyman s'exprime ainsi ^ :

€ Les navires (en partant de Kedrendj ) se rendent au lieu nommé Senef, situé à une distance de dix journées, s Quelques au* teurs ont rattaché le mot Senef k celui de Tmmpa, nom que portait alors et que porte encore aujourd'hui la partieméridionalede la Gochinchine K Mais Soleyman et Massoudi semblent s^accorder à représenter la mer de Senef comme se trouvant à Toccident du détroit de Malaka et des îles de

> Pag. 18.

* Comparez les notes de Mafsden, sur la re»

lation de Marco-Polo, pag. 585 et suîv. , et le recneilde M. Gildemeister» déjà cité, pag. 69.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. etu

Java et de Sumatra; immédiatement après

avoir franchi ie détroit de Malaka et celui de la Sonde , on entrait , suivant Massoudi , dans la mer qu il appelle Sandjy, et qui est peut-être une altération du mot tfondjy ou Matizi, nom donné dans le moyen âge à ia Chine méridionale ^ Il faut donc rattacher la dénomination de Senef à une autre origine.

Au delà y reprend Sol^fman % se trouvent les Etats du Mabcd, qui comptent un grand nombre de villes» et dont les habitants se rapprochaient de plus en |dus des Chinois. lie royaume du Mabed et la Chine étaient séparés par des montagnes.

Ce royaume me paraît répondre à celui de Siam.

Après cela les navires arabes se dirigeaient vers la Chine. On a vu ipie les vaisseaux chinois, qui doublaient Tile de Ceylan , retournaient dans leur pays par

* Sandjy s'écrit , et Mandjy ^yi^»

Lei Chinois proMnoent Jf4Hi4fa.

le détroit de la Soude, qui sépare Java de Sumatra.

Pour les naviros arabes (juî , autant qu'il leur était possible, ne séloiguaient pas des côtes, ils passaient entre la presqu'île de Malaka et 1 île de Sumatra. Le marcband Soleyinan, après avoir parlé de l'arrivée des bâtiments à Senef , ajoute ^ qu'ils se rendent en dix journées dans une île ou presqu'île nommée Sendetfoulot, Quon fasse de Senderfoulat une île bu une presqu'île, sà situation était nécessairement près de i entrée du détroit de Malaka. Soleyman ajoute : «Quand Dieu a fait la grâce aux navires de sortir de Senderfoulat , ils mettent à la voile pour la Chine et y arrivent au bout d'un mois.v Sur ce mois, sept journées étaient employées à franchir ce que Soleyman appelle les portes de la Chine , et qui étaient , dit-il , des montagnes baignées par la mer; ces montagnes ne laissaient aux vaisseaux qu'un étroit passage. Les portes de la Chine

» Pag. 18. ' '

DISCOURS rRhUMINAIBE. cix

nie paraissent désigner les groupes d^îloLs situés entre Tiie Formose et 1 lieTchu-saii, sur un espace dVnviron cinq degrés.

Solcymau , Massoudi et Abou-Zeyd s'accordent à dire que les navires arabes abordaient dans un port de la Cliine , appelé Khmfovu Renaudot et Deguignes ^ ont cru qvLil s'agissait ici de Canton. La vérilé est que depuis longtemps il y avait des marchands arabes établis à Canton , ville que les Chinois nommaient alors Th$ing-hai^ Les auteurs chinois racontent ([uc, vers i'aa 75s de notre ère, les Arabes et les Persans établis à Canton profitèrent des troubles qui affligeaient en ce moment la Chine pour exciter un tumulte dans la ville ^ et qu à la faveur du désordre ils pillèrent les magasins , brûlèrent les maisons des marchands et s enfuirent par mer

' Histoire des IJims, hv. VIII, pag. 39.

^ Abrégé de Vhiiioire chimise de la gmdê dy»

nastie Tang, par le P. Gaubil, dans les Mémoires concernant Thisloirc et les sciences des Cbinois » tom. XVI > pag. 86.

ex BISCOUaS PllÉLUIiNAia£.

Mais Klaprotli a fait voir que la situatioD de Khâttfou était fim au Bord> dans ia province de Tche-kiang, sur les bords de ia rivièrïB Kiang, |Hrès de son embouchure Cest la ville que Manso- Polo a nommée Gampon. Elle servait de fNirtà la ville de HaB!^4olieott*^u, située sur la même rivière, à <{uelques journées aii^ssMj^ et encore -«i^cHini'hui capitaie de ia province; Hang-tcheou-fou répond à ia ville que Marco-Polo nomme Quinsai, et qui est i^>pdliée par les Arabes AÏMan- Sûh ^. Voici ce que dit Marco-Polo ^ : c £i encore vous feis savoir que vingt -cinq milles loin de cette cité est la mer, entre grec -(ftord-^est) «t levant, et illuec a une

cité qui est appelée Ganfii, et illuec a moult bon port, et y vient ipcwdissimes

' MAnoiret rêladfs à l'Asu, par Klaprotb, tom. II, pag. aoo et suiv.

* Géographie d'Aboidféda, texte arabe, peg. i6à* «

* fidkîen ée la Société de géographie, pog. 170 et AaS.

mSCOQftS PBBf.HiiWAI»K. eu

navies cl grandisBiniM aiifeandics et de

grand vaiiauce de lade et d'autre pari. »

U 661 ék dans ie K^lak'al-adjwfib ^ que la meilleure de» j^orUs de la CLiuc, pour fiûre le eomnercev était celle qui condoi- «ait à Rluinfou ; c'était la plus proclie :

pour entrer par uue autre, il eàt laliu AÂre nu détour. Le port de Kbanfoii, jadia ai florifisant, est à présent engorgé par lea sables, et il n'y entre plus que de petilea barques*

Il me parait, du reste, que tes grands

élablissemeuis des Arabes et des autres étrangers qui venaient fiiire le commerce en Chine n'étaient pas k Khanfou, mais dans la capitale de la provisce, Hang-

tcheou fou. Abuu-Zc) J dit* qu'en lie Klianfou et la mer il y a une distance de quelques journées, ce qui ne saurait s appliquer au port proprement dit de Kbanfou. Il en était de même au temps de Marco-Polo^ et cet illustre voyageur»

^ 901» anc. fonds ar. fol. 25. — ' Pag. 63.

Gttt DISGOUBS PRÉUMIlffAm

qui dit à peine quelques mots de Khanfou,

sVtend longuement sur la ville de Qainsai, dont le nom« suivant lui « signifiait cla cilu du ciel.» La description que Marco- Polo donne de Quinsai s accorde avec ce que disent les écrivains persans et arabes de la même époque ^ Comme cette des* eription ëdaircit certains passages de la relation du marchand Soleyman et des remarques d'Abou*Zeyd, je ne puis me dispenser d^en reproduire un extrait, Marco-Polo, après avoir dit que Quinsai était sans contredit la plus noble cité et la meilleure qui fût au monde, s^exprime ainsi * : « Quiasay est si grant qu elle a

^ Les témoignages de ces écrivains ont été rapportés par M. Qoatremère, HUtotre des Mon*

goU, par Rascbid-eldin , pag. Lxxivii et suiv.

^ Pour l'extrait qui suit, je mets à contxibu» tion les manuscrits de la Bibliothèque royale^

fonds français, n" 8892, fol. 67 et suiv. et n° 102 Go, fol. vSc) verso et suiv», lesquels me paraissent oifinr sur ce point un texte plas correct que celui qui a été publié par la Société de géographie.

bien cent milles de tour, et si y a douze

laiUe pQ06 da pi^rte» ai liattl& que par dessous passait bien une grant navie. Et oe &e merveille nuls se ii y a tant de pons; car je voua dUs que la eité eel toute en eaue ei environnée d'eaue; ai «pie pour ce convient qu'il y ai* maint pont pour aller par ia cité. En cette cilé avoil donye manières de divem mealiera; et pour chacun mestier avoit douze miiie roaiiomi où ceux qui omrroient dor

mouroient. Et en chacune maison avoit dix hommoa du moina» et e» telle y avoit vingt, et en telle y avoit trente, et eu telle y avoit quarante. Non paa qu ils t'us- •BDt tma maîtres , nmis valets menestraux qui fimt ce que le maître conunande. Et tout ee avak faie» mestier eu la dite cité* Car d elle se Iburnissent cités el viHes àt

la eonlréo Et etoil otatdi et ordomMl

de par le roy que nul ne fit autre mestier que eehii do sou père» si eût tout Tavoir du monde. Et a dedans la cité un grand lac qui a bien triute nailies de tour^ et eu

cMf DISCOURS PRELIMINAIRE.

tour ce lac a moult de beaux paiais et moult de belles maisons, qui sont de grands gentb et ricbes hommes et puissants de^ mourant en ia cité. Et y a moult d'ab**

bayes et d'églises de ydolatres Avol

maisons de cette cité avoit hautes tours de pierre où Ton metioit les chière» choses pour doute du feu. Car les autres habitations sont de bois* Les gens sont idolâtres. ... et mangent de toutes chairs de chien et d'antres viles bétes que chré* tiens ne inangeroient en nulle manière..*.

Encore sachiez que en la dite cité a un mont sur lecfuel a une tonr> et sur cette tour uue table de fust, et toute fois que feu ou autre éfiroi étoit en la cité, un homme qui là étoit ordonné , tenoit un martel en sa main, dont il feroit sur la dite table, si fort quil étoit ouï de moult loin; sy què quand on oyoit sonner cette table, chacun savoit certainnement cju il avait feu en ia cité ou autre besoing. £t est à savoir que le grand kaan fait moult bien garder cette cité , pour ce qu elle est

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

cbief de la contrée de ^langy, et pour ce qu il y a moult grand trésor des droitures des marchandises (|uc Ton y fait; car il en a si grand profit cpie nul ne le pour-

rolt croire, qui vu ne raurolt. Et sont toutes les rues pavées de pierre, et aussi sont tous les chemins de la contrée de Mangy, si que on y peut bien chevaudier et aller par tout nettement. Et si n*étoit le pavement , on ne pourroit honnement chevaucher, car le pays est moult bas, et y a moult parfond (mares) quand il pleut.

. Et encore sachiex que en cette cité a bien trois mille bains qui sourdcnL de terre, de quoi les gens ont moult de délit et de netteté. Et est la mer oc(5ane à vingt-cinq milles, près de cette cité, quoa appelle Ganfu ; et y a moult grand navie qui vient et va en Inde et aux autres parties éfranges, portant et rapportant marchandises de maintes manières de quoi la cité vaut mieux; et de cette cité de Quinsai part un fleuve grand qui va jusqu'au port de la mer« . . . , • Encore est en cette cité le

cw DiSCUUii3 PfiËLlMilUiai:;.

palais du roy, qui esi le plus grand qui aok M lotti le monde. Il a dix millea de

tour, et est tout mure eutour de hauts mura et tout créaelé«t dedauâ lea muia a les fias beaux jardinv et les plua defil* takiea qui smeut au moade; et y a maintes fontaÎBea èt maints lacs qui sont pleins de poisson. £t au milieu est le palais qui est moult grand et moidt beau. U y a vingt sales belles , etc. »

KbanibUf et par conséquent Uangtcbeou-fou , étaient dans une position bien plus favorable pour le commerce qpie ne Test Canton. Canton , par sa situation au sud-^st d'une chaîne de montagnea, çontmuniqae difficilement avec les pnmnces du uord-ouest de Tempire, les plus riches de toutes. Kkanfon et Hang-tcbeou-fou remportaient à cet égard. La capitale de l'empire était alors la ville nonunée actuellement Si^ngan^fon, laquelle étoit appelée par les écrivains arabes et syriens du moyen ftge Khomdan* Si-ngan^u, qui , ainsi que Deguignea Ta reconnu le pre-

DISCOURS PRÉUMUfAIRE. cxyn

mier, se liommait Tcban-ngan ou la cour occidentale , est située sur les bords du W ei, Tun des affluents du fleuve Jaune, dans ia province du Cben-si ^ C'est là qu a été trouvée Tioscription chinoise et syriaque, qui lut érigée vers l'an 780 de notre ire, et qui prouve que la religion chrétienne était dès lors répandue en Cbine^.

Khanfou et Uang-tcheou-fou étaient trèsbien placées pour coinmunlqaer avec l'intérieur de lempire , et rétabiissemeat des musulmans, et des peuples d'autre religion, dans deux lieux aussi importants, montre que le gouvernement chinois était bien moins ombrageux qu il ne la été de-

* Dictionnaire des noms anciens et modernes des villes et arrondissemenU de l'empire chinois, par M. ÉdouardBiot, pag. 172 et xqS.

* Cette inscription a donné lieu à une longue polémique. (Voyez le sup])î<;ment à la Bibliothèque oricutale de dHerbelot , par le P. Msdelou ; les Mélanges asiatiques, de M. Abei>Rénmsat, fom. I*^ p. 32 et suiv., ainsi que les Nonr. mélanges asiatiques , tom* II , pag. 169 et suiv.)

ci?ia mSCODRS PRELIMINAIRE*

puis trois siède» envers les {miasances européenoes» Oa sail ^ue ^jusqu^à ces dernières années, les EniNipéetts nWt en la laculié de commercer qae dan& la ^ace de Canton; lor8(|ae les missionnaires catholiques, dont le savoir était dun secours sî otite à Tempiret et les agents diplomatiques obtenaient la faculté de se rendre à Pékiogfbeamconp f^rapproehédelamer

que Si-ngau-fou, et qui, depuis le Xîn* siècle de notre ère, a iavantage de comr muniquer par un canal avec Hang-teheoufou, ils étaient obligés de faire plus de quatre cents fienes dans rintérienr des terres, tantôt à travers des montagnes escarpées, tantôt dans des barques o& à peine on laissait entrer Tair.

Abou-Zeyd raconte ^ le voyage qu'un Arabe de la tribu des Corayschytes fit en Chine, vers Fan 872 de notre ère. Cet Arabe, qui était établi à Bassora, lieu cle la résidence dAbon-Zeyd» se nommait Ibn-VaLab ; il était issu de Habbar, fils

' Pag, 79 et soiv.

DISCOURS ra&LIMINAlBfi. cxu

cVAl-asouad^ dont la famiik régnait sur la vilie de IMbiwoQra , prè^ des bouches de llndus à cviiv époque la partie méridionde de la Mésopotamie avait été envahie par une bande de guerriers originaires du ZangoeW 9 et la navigation dn Tigre et de TEuphratc se trouvait interceptée^. L'an S&7 de Thégire {870 ou 87 1 de J. C), la viHc de Bassora ayant été prise et saccagée par les Zendj Ibn- Valûi) , dont ia fortune avait péri dans le naufrage général, se rendit h Syraf. De là il passa dans llnde , dont il visita les provinces; ensuite il remit à ia voiie et se dirigea vers Klmiibn ^nais il nese contenta pas de visiter la côte ; il voulut voir ia «eapitaie; pnîs^ se prévalant de sa «pia* lité de parent de Mahomet, il demanda

' Voyez ci-devant, pag. xlv.

' GliroDi(jue d'Abonlféda^ toiii. II , pag. a 28 et suiv.

' Ibidem, tom. Il, pag. 2 36.

* Ycjm le JlN«wjf««lHisek«& de Massondi , tom. fol. 61.

eu DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

à être présenté à 1 empereur. A son re^

tour daiis Tlrac, et à une époque où il était devenu vieux , il fit le récit de son voyage à Abou-Zcyd qui nous Ta conservé.

La Chine était alors sous Tautorité des princes de la dynastie Thang , et avait atteint un iiaut degré de splendeur. Quel* ques princes de cette dynastie avaient fait preuve de la plus grande capacité. Le récit d'Ibn-Vahab offre un air naturel , et s'accorde assez avec ce que Ton connaît de la Chine à cette époque. Cependant quelques personnes « qui font de la Chine robjet spécial de leurs études, ont con* testé la véracité de ce récit. Une circonstance qui a excité leur doute , c est la connaissance que rcmpcreur, dans ces temps de barbarie, était censé avoir des prin« cipaux royaumes du monde, et surtout 1 aveu par lequel l'empereur accordait la prééminence au khalife de Bagdad.

En effet, dans le cours de Tentretien d'Ibn-Vahab avec Tempereur, celui-ci dit qu en Chine on comptait quatre empires

DISCOURS PRÉLIMINAIBE. cxxi

qui remportaient de beaucoup sur tous les

autres, mais que le plus aobie de tous et le plus puissant était le royaume de Perse , devenu alors une dëpcudance du kliaUfat de Bagdad. Un tableau , à peu près semblable, des principaux monarques de la terreavaitdéjà été retracé par le marchand

Solcyman, comme exprimant 1 opinion des peuples de Tlnde et de la Chine ^ Voici les termes dans lesquels Abou-Zeyd fait parier 1 empereur ; «Les Arabes, eu làisant la conquête de la Perse, ont triompbé du plus noble des empires, du plus vaste en terres cultivées, du plus abondant en ricliesses, du plus fertile en hommes intelligents , de celui dont la renommée s'étendait le plus loin.» Or, ces paroles n^avaient rien que de conforme au grand éclat qu avait jeté la Perse sous la domination des rois sassanides, surtout sous Cosroès Nouschirewan.

L'empereur dit ensuite qu en général le souverain le plus riche en provinces

^ Pag.

cuit DISCOURS PRÉUIfINAiRE.

était celui qai règne mr llrac , parce que rirac était aitué au milieu du moude, et que les antres royaumes étaient rangés autour de lui ; voilà pourquoi on donnait au prince de Tlrac le titre de roi de$ wU. Le motif qu apporte l'empereur pour accorder la préénûneace aux rois de Perse eH aux khalifes I leurs successeurs, montre quelle idée exacte les kommea instruits de i'Inde et de la Chine, avaient, a cette époque, de Téiat du monde , tel qu'on pouvait se le représenter, avant la découverte de l'Amérique. Cette opinion , du reste , combinée avec la division du monde en sept climats , division qui fut imagiaée par le oMèlire Flolémée, remontmt au temps des rois sassanides , et même était plus an^eime. Masaoudi ^ et les écrirai&fr arabes les plus graves ne manquent pas ifiBsiator sur eet avantage de r&ae. Voici ce que dit Hamza d'ispahan , qui écrivait vers le milieu du a* siècle de notre èrcr

' Hecueil des notices et extraits des matmcril^ de la Biblioth, royàk, t. VUI, p« i4o et

DISGOOSS nUSUMUttlRB. ciuii

et qui était aa couianl des tradition» persanes : La quatrième partie du inonde seijdemeDt est habitée , et ee quart, qui se divise en un grand nombre de contrée:^, est partagé entre sept nations priaeipales»

à savoir, les Chinois, les Indiens, les nègres, les Beri>ers, iesEomains, ies Turcs et les Ariens; ies Ariens , qui sont les mêmes que ies Persans, occupent une position centrde au milieu de ees uth tiens, et six de ces nations entourent la première. En effet, le Sud-Est se trouve au pouvoir des Chinois, et le Nord-Est, au pouvcMr des Turks; les Indiens oecupent le Sud, et en face d*eux, du côté du Nord, sont les Romains; le Sud-Ouest appartient aux nègres, et le Nord-Ouest, du côté opposé, aux Berbers. Ces six n«* tiens occupent les extrémités du monde habité, et ies Ariens sont placés au een* tre ^« s n est certain que , sous le rapport

' Hamsad^Ispalian, édition de Saint-Péters* bourg, pag. 3 et h* On trouve une division analogue dans un traité d*Albyroany, man.

physique, Tlrac était placé au centre du inonde, de TEst à TOuest, et dans le quatrième climat, du Midi au Nord* Sous le .rapport historique, il avait successivemeni donné naissance aux empires de Mnivc, Babylone, Suse, Ctésiphoa et Bagdad.

Il est possible qu'Ibn-Vahab, dans le cours de son récit» se soit laissé influencer par les idées qui circulaient chet ses compatriotes, et qui! se soit glissé dans sa relation quelques expressions qui ne s accordent pas tout à fait avec le langage tenu par Tempereur. Gela serait d'autant moins étonnant que, d'après les paroles que Fauteur arabe met dans la bouclic (l'ibn - Valiab , la longueur du temps qui s'était écoulé depuis son voyage lui avait fait oublier certains détails. Mais à considérer le récit dans son ensemble, il me parait à Tabri de toute objection.

On aurait tort de juger de Tesprit chinois, aux ynf et ix* siècles de notre ère, par

ar. de la Biblioth» royale, anc* fonds, n"" 684 , fol. 46 veno.

D1SC0UB5 PAËLIMINÂIAE. cxiv

resprit qui domine dans le céleste empire, depuis rétablissemeDi de la èfVM^

tic tics Ming, lors de Texpulsion des

prince» de race «ongoie, ve«i.fi«d« xiT* siècle. On sait que la doctrine des lettrés en Cbine, doctrine qui mène seule aux emplois publies, et qui oouslitue, pour ainsi dire, Févangile du gouvernement, repose sur cinq livres réputés sacrés; et ces livres, qui n'ont presque rien de religieux, roulent sur des ques* tions de morale , auxquelles ont été mêlées certaines Iraditioiis populaires. Dn de CCS livres est îe Chou-king, qui a pour auteur le célèbre Confucius, et qui fut composé dans le vi* siède avant notre ire. Confucius, dans le chapitre Yukong ^ , donne une description de Tempire chinois , tel qu il se trouvait au temps d' Yao, plus de deux mUle ans avant J. C. ;

^ Lims sacrés d$ l'Orient, leeueîlUs par

M. Paulhicr, pag. 60 et suiv. Dans ce volume, la traduction du Chourkiag appartient au père fiauba.

Gxxvi DISCOURS PBÉLIVINÂIRB.

et il suppose Tempire divisé en neuf

tclieou, c'est-à-dire, neuf parties bornées par quatre mers, coupées par neuf rivières et couvertes du même nombre de montagnes. Le P. Gaubii a lait observer que la place des tclieou , diaprés !e nom qu ils portent dans le Ckou-king , était si bien indiquée , qu'encore à présent il était facile de les reconnaître ; un savant sinologue a récenmient publié à ce sujet un mémoire qui ne laisse rien à désirer ^« Néanmoins les écrivains cbinois les plus vénérés, notamment Confucius lui-même, croyant apparemment relever par là la gloire (]c Yao, prétendirent que ce prince avait régné sur le monde entier. Suivant eux, les neuf tcheou comprenaient tout le dessous du ciel : or, une ode du Chi-' king renferme ces mots : « Le dessous du ciel est limité par les quatre mers ^. »

L'opinion d'après laquelle ia Chine oc-

^ Mémobe de M. Edouard Biot, dans le Journal asiatique d*aoAt iS/ia.

^ Mémoire de M. Edouard Biol sur les mœuid

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. cxxxn

cupe le milieu du inonde, opinion qui lui a fait donner par les indigènes le nom Empire du milieu, a une origine analogue.

Conlucius, parlant, dans le même chapitre du ChoU'hing, d'un partage des terres qui eut lieu sous le règne de Yao, dit qu'on en fit cinq parts, et que le domaine impérial fut placé au centre ^ On induisit de là que la Chine se trouvait au milieu du monde, entourée de quelques centaines d iies, qui forment le reste de Tunivers. La plupart des cartes modernes chinoises placent TOcéan glacial arctique à peu de distance de la grande muraille»

Ces doctrines absurdes , mais qui étaient pour ainsi dire consacrées par des témoignages respectables, entraient dans les croyances populaires , et rien n'a pu les

des anciens Chinois, d'après le Chi-kitig^ JwT" nal asîafUiue de décembre i8/i3 , pag. àiS.

* M. Pauthîer, Livres sacres de l'Orient, pag. 65, donne, dans une note, d après les écrivains ehinoîs, une représentation de cette division.

cx&Yiii DISCOURS PRÉLIMINAHIE.

en déraciner. Elles prirent surtout de l'ascendant à Tépoqne où, par l'«xpulaion des Mongoîs, la Chine se trouva isolée de aea communicationa avec ia Perse et là presqu'île de Tlnde. A la vérité, lorsqu'au commencement du xyi*" sièdie les navires européens apparurent tout à coup dans les «ers orientale», les préjugés chxao. suluirent ime rude atteinte. On vit même bientôt le gouvernement cbinois obligé derecourir aux lumières de la docte Europe, pour la rédaction du calendrier, ia construction des cartes géographiques de l'empire , etc. Mais ces travaux si utiles, restaient, pour ainsi dire, en dehors de i& sphère des masses populaires; ou bien, si les écrivains indigènes en empruntaient quelque fragment, ils y firent de telles mo^ diiicationSi que les auteurs eux-mêmes ne s^y seraient pas reconnus ^ On a vu naguère un exemple de l'état d'abaissement où l'orgueil et des préventions invétérée».

^ Description de la Chine, par Davis, traduc^ tion française, tom. II, pag* aoi et 21 5.

DISCOURS PRéUHINAIRE. cssix

peuvent faire tomber une nation douce

et polie; c est la faible résistance que les trob cent millions de Chinois ont opposée é\ une poignée Je soldats anglais.

Mais ces préjugés, quoique répandus de tout temps en Chine, ne me paraissent pas avoir exercé une aussi grande influence sous la dynastie Thang et à d'autres époques. On a vu que, dès Tannée 758 de J. Cm il y ftvait des Arabes établis à Canton. Quelque temps après, Fempereur reçut une ambassade du khalife Haroun-Alraschyd ^. L'établissement des marchands arabes et des autres étrangers à Khanfou et à Hang-tcheou-fou , montre, à lui seul , que la politique du gouvernement était beaucoup moins ombrageuse qu elle ne l'a élc dans les derniers siècles» lorsque Taudace des Européens eut commencé à répandre Tefiroi dans ces parages.

' Histoire de la dynastie Thang , par le père Gaubil, tom. XVI des Mémoires de ia Gbioe»

pag* i&o, làh et 384*

Les relatioM des empereurs ekiaoîs

avec les régions occidentales étaient déjà ancieunes à cette époque» On sait qiie ia puissance chinoise, vers les commencements de notre ère» sétendit pendant qndque temps jusqu^aux bords de la mer

mencement du yii* siède, subjugua le Tonquin et le royaume de Siam. Sous son règne, le commerce intérieur de laCUne fut très-florissant; on voyait arriver en fouie des marchands des contrées les plus éloignées. Telle fut l'aiBuence des étrao* gers » qu'on fut oUigé , pour prévenir tout désordre, d'instituer des magistrats paiticttliers. Les empereurs recevaient des ambassades des royaumes du Népal et de Magada, dans linde, et de Yezdedjerd, roi de Perse, qui, chassé de ses Etats par les Arabes , se réfugia sur les terres chinoises ; enfin y il vint une ambassade duFoalin, ou empire de Constantinople. L'historien chinois fait remarquer à cette occasion que les Arabes étaient devenus formida-

DISGOUUb mÉUMINÂIRE. cki&i

bles, quils avaient envahi les provinces romaine et Bomms l'empire §rec m

tribut. L'introduction du cliristianisinc en Chine, par rintermédiaire des chrétiens nestoriens de Syrie et de Mésopotamie, €fpi avaient été obligés de traverser la Perse et in Tartane , dut également con-»

trihuer à répandre dans l'Empire céleste , des notioDs exactes sur les pays de TOcci* dent'»

Les renseignements géographiques re* cueillis par les Chinois, à cette époque, ne se bernaient pas à des données vagues et insignifiantes. L'an 721 de notre ère, un prêtre bouddhiste, nommé Y-hang, fut chargé d'exécuter des travaux de triangulation dans les provinces de l'empire.

Non content de ces opérations délicates , Y-hang fit envoyer des observateurs dans les capitales de la Cochinchine et du Ton-

^ Mémoire de If. Abd-Béorasat sur Pexten-

sion de l'empire chinois du côté de l'occident. {Mectt/eil des mémoires dê l Académie des inserip' iimUf tom. Vlli, pag. 80, et sniv.)

cxxxii DISCOURS TRELIaMINAIRE.

quin , ainsi que dans le nord de la Tartarie, afin d'y marquer la durée respective des jours et des nuits, et de reconnaître les étoiles qui n'étaient pas visibles sur l'horizon de Si-*ngan-fou« Y-hang fît également observer Tombre du gnomon dans un pays de Tlnde» situé sous le 6^ degré de latitude septentrionale, et que je présume être la Pointe de Galles , dans 1 île de Ceylan ^» Les historiens chinois parlent encore d'une carte qui fut construite au commencement du ix* siècle ^ peu de temps avant le voyage du marchand Soleyman, par un officier nommé Kia*tan.

Cette carte, qui avait trente-trois pieds de long sur trente pieds de large , était divisée en carrés d'une grandeur déterminée, de manière qu'on pût y reconnaître la situa-

^ Comparez TAstronomie chinoise , du père Gaubil, publiée par le P. Soucîet, tom. II»

pag* 74 et suiv. et THistoire de la dynastie Thang, par le P. Gaubil, tom* XVI dies Mé»

moires de la Cliinc, pag. 16 , et pag. i4^> du Iraitc de la chronologie chinoise.

DISOOUBS PRÉUMIIIAIRB. cmm

tioD respective des lieux, du midi au nord et de lorient à i occident. Elle ne renlermait pas seulement la Chine et ses vastes

possessions, mais aussi des aperçus de l'Inde, de la Perse, de l'Arabie et de i'empire de Gonstantinople ^

Les réflexions qu on vient de lire s'appliquent spécialement à une ëpoque où la Chine jouissait des bienfaits de 1 ordre et de la paix. Peu après le voyage d'Ibn-Vahab» le pays, qui , depuis quelque temps, était en proie à de vives agitations, fut déchiré par des guerres intestines; la dynastie des ïbang fut renversée, et i empire lut sur le point de s^engloutir avec la civilisation elle-même. Abou-Zeyd raconte^ que, vers Tan 264 de Thégire (878 de J. C), un aventurier, appelé Banschoua, leva Tétendard de la révolte, et attira autour de lui une foule de gens sans aveu. Bientôt une armée se forma sous

^ Gaubil, Histoire de la dynoitU Thang , tom. XVI des Mémoires de la Chine, pag* i5a.

* Pag. 6s et siiiv.

cuxiT mscoims pRBLiBfmAiiœ.

sa direction ;pliisieim vîUea ibreiit prtfea*

notamment Klianfou ; et, suivant Abou- Zeyd, cent vingt mille musulmans Jnirê, dirétiens et mages , qui étaient étddis dans JUianibu, furent passés au fil de Tépée, sans compter les personnes qui furent tuées d'entre les indigènes. La ca* pitale elle^éme lut obligée d ouvrir ses portes, et l'empereur s enfuit sur les frontières du Tibet La fortancidu rebelle se maiAtint pendant quelque temps. Enfin , l'empereur mit dans ses intérêts un prince de race tnrke , qui régnait sur les Tagax* gaz , à roocident de la Cliine. Le fils du m se mit en marehe avec une armée dont le nombre, suivant Massoudi, $ élevait k 4{uatre cent mille bommes, à pied et A

cheval ; le rcliellc fut abattu , cl Fempercur rentra dans sa capitale. Mais celui-ci a avatt plus ni trésor ni armée; les fifo^nees se IstNxvaient à la merci de quelques ambitieux. La maison impériale finit par disparaître^ au milieu du désordre; ii ny eut plus de sûreté pour personne ^ et les

marcliandâ arabes cessèrent d'aller commercer en cube.

Le récit des historiens chinois s'accorde assez biea avec celui d'Âbou-Zeyd, Le souyerain qui régnait en Chine en milieu du IX* siècle de notre ère» temps où le mardiand Sdieyman visita le Céleste em-* pire, se nommait Siuan-tsoung ; ce prince monta sur le tiAne en 646, et à sa mort^ en 859 f ^ remplacé par son ûb Ytsonng; à cette époque, la pniisance des eunuques, dont ii est parié plusieurs foi^ dana le cours de la vdaûaa^ était arrivée

à bon apogée; les vastes frontières de Y cm" pire, ai difficiles à garder, donnaient iiett à des révoltes presque continuelles; le Tibet, quoique déchu de iinfluence qu'il eierçait auparavant, était encore redoutable; les tribus répandues au nord du Tibet, entre la Chine et la Perse, avaient presque sans cesse les armes à la main.

Y-tsoung mourut en 874 ^ et eut pour suecesseur son ilis Hi-tsoung. Ce fut sous le règne de celui-ci que Ibn-Vabab pénétra

Qxixn DISCOURS PRÉLIMINAIAE*

jusque dans ia capitale; et ce fut presque immédiatement après le départ de ce voyageur que survinrent les désordres dont parie Âbou-Zeyd.

La révolte éclata dans les provinces de Pe-tchy-ii et de Cliantoung, au nord du fleuve Jaune, près des bords de la mer orientale. Un des chefs des rebelles était Houang-tchao, le même qu'Âbou-Zeyd nomme Ban-sclioua. Uouang-tcliao appartenait à une famille de marchands qui s ciait enrichie dans le commerce du sel.

Il fit ses études classiques, dans Tespoir d'arriver aux emplois publics. Comme il ne réussit pas dans ses examens du doctorat et qu^il tirait bien de Tare, il recourut à la violence. Bientôt la Chine orien* taie et une partie du centre de f empire se trouvèrent exposés aux déprédations des rebelles*

Houang-tchao , devenu le chef unique des insurgés, nosa pas d'abord prendre le titre d empereur. Il se contenta tle celui de jfrojid général qui oltofoe le cieL En

DiSCOUliS PRÉLIMINAIRE, cuixvu

879, il entra dans le Fou-lvian et le Tchekiaog, et prit la ville de Uang-tcbeoufou, de laquelle dépendait le poii de Khanfou. Ce fut sans doute alors qae se commirent tous les excès dont eurent tant à souffirir les musulmans, les chrétiens , les juifs et les mages ^ L^année suivante , Uouang-tchao envahit la province de Ling-nan, qui est aujourd'hui la province de Canton. Malgré des écLecs partiels, son armée grossissait tellement, qu à la fin de Tannée il se trouva à la tete de deux cent mille hommes » sans compter les troupes qui étaient sous la conduite de ses lieutenants. Il prit alors le titre de grand général aidé par U cid» et se dis-

^ Le P. Gaubii n'a pas fiât mention, dans son histobe des prinoesdela dynastie Thang,

de la prise de Hang-tcheou-fou ; mais mon savant confrère, M. Stanislas Julien, a trouvé rindication de ce fiât dans les livres chinois de la Bibliothèque royale, Nouvelles annales des Thang, édit. impériale, liv. ccixv, 3^ partie, toi» 5 verso.

cixxvni DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

posa à aller attaquer la ville de Tchanngan, capitale de rempirc. 5a marche fut si rapide, que i empereur eut à peine le temps de s'enfuir. Houaiig-tchao entra dans la capitale, et, &e déclarant empereur, iit mettre à mort les membres de la famille impériale qui n'avaient pu se sauver,

Cempereur s'était retiré dans le Ssetcliouan. Les troupes quil parvint à rallier battirent Tusurpateur et entrèrent dans la capitale. Mais elles y commirent de si grands excès, que Uouang-tchao, revenant subitement sur ses pas, les tailla en pièces; les deux tiers de Tarmée impériale périrent dans ce désastre.

Alors l'empereur eut recours à un chef turk, nommé Li-koue-tchang, et à son fils Li-khc-young. Ces Jeux chefs appartenaient à une tribu appelée Cha-tho, précédemment au service du gouvernement chinois; ils avaient encouru la disgrâce de Tempereur et s^étaient réfugiés chez les Ta- ta ou Tartares, tribu mongole qui habitait dans le voisinage du

DISCOURS PRELUflNAlRfi. cxiux

mont ia-cbaa«aux eu virons de la grande muraille, du côté nord-ouest de la Chine.

Li-kLe-youiig se mit en marche à la téte de dix mille Tartares. Les€ha-tho, ses compatriotes, de même que plusieurs autres tribus turques, à qui les empereurs de la Chine claicnl dans rusagc de confier la garde des Irontières, se joignirent à liû. Avec toutes ces forces, il attaqua les rebelles dans riiiver de Tannée 883* Houang-tchao , chassé de province en province, finit par se donner la mort.

Son gendre lui coupa la têtOf et se remit , avec loule sa lamillc, entre les mains du générai turk^

Le récit d^Abou-Zeyd et celui des écrivains cliinois donnent lieu à deux remarques. On a déjà vu que la ville qui avait

' Pour CCS divers événements , et pour ceux qui les suivirent , comparez rilîstoire de la dynastie Thang, par le P. Gaubil, Mémoires de îa Chine , Um, XVI , pag. a6i et sniv. et les Tableaux historiques de l'Asie, par Klaprotb, pag. 223 et suiv.

uxL DlâCOUAS PK£UM1!«A1R£«

alora ie titre de capitale de la Ciiine, et que les Chinois appelaient Tchaïk'ngm, était nommée, par les écrivains arabes et ijriena, du nom de Khomdan» Pour Massoudi ^ et Tauteur du Keiah-alrodjayb^f ils appelieut la capitale Aiunoua, Aymom ou AnsQiM ^. La rille dont il s^agit avait reçu le titre de Cour occidentale, par opposition à Lo-yang, qui servit quelquefois de résidence aux princes chinois , et qu on surnomma Cour on^ntale^ à cause- de sa situation à Torient de la première, dans lu

pmince de Ho-ium.

ALou-Zc) J dit que ce fut au roi des ïagazgaz que i empereur dut sa rentrée dans ses États , et les auteurs chinois ne font pas mention d*ttn nom qui approche de celui4à ; ils a'accprdent seulement sur

^ iforam^'-ol-cb^hci^ tom. P% &!• 56. vetso et 59 verso.

* Man. arab. de la Bibl. royale, anc. fonds, n* 901, fol. &i.

^ y^\f et j^î « Évidemmcat ces dénominations n*en font qii une. -

DISCOURS PRÉUM1NA1R£. c^li

ce point, que le prince en question appartenait à un peuple de race turke* Ott sait d aiUeurs que les Cfaa-tho étaient établis dans l'Asie centrale, aux environs du lac de Lopf lieu oà il subsiste encore des traces de leur séjour. Où clait le pays des Tagazgaz? Ce point serait d autant plus important a cclaircir que, suivant les écrivains arabes, c est par ce pays quil iaiiait passer pour se rendre, du Khorassan et des autres contrées musulmanes des bords de rOxus , dans les provinces de la Chine.

Le marchand Soleymau s'exprime ainsi ^:

«En deçà de la Chine (à l'Ouest) sont le pays des Tagazgaz, peuple de race turke»

et le khacan du Tibet Voilà ce qui temine la Cbine du côté du pays des Turks. »

Les contrées situées entre la Chine et le cours de TOxus ont toujours été connues d'une manière imparfaite, et Tétat physique de ces rcgions ne permet pas d'espérer qu on en lasse jamais une description d^une exactitude rigoureose. Ajou-

' i'ag. 60*

cuii D18G0M6 PBÉUMillAUlfi.

tez à cela les nombreuses révolutions auxquelles le pays a été exposé > la deitrnotmi (les tribus les unes par les autres , leurs déplacemeols et leurs ehangemenls de aonu Un autre obstacle est la manière coiiftue dôût les écrhrains frecs et roniaiuSy et^ plus tard, les écrivaios arabes^ ont parlé de ces pc^pulatîoDs» la {^part nomades. Chez les écrivains de Tanliqmté , les peuples du nord de 1 Asie et de l'Europe étaient des Scythes; chez les anciens écrivains arabes» ce sont des Turks; ches les écrivains postérieurs , ce sont des Tarlares, ou plutôt, comme prononcent les Arabes, les Persans et les Turks, des Tatars. De leur côté, les Cliiuois se sont fait un ]daisir de donner à ces populations des noms quelquefois bizarres, soiiveat arbitraires*

Au IX* siècle de autre ère , et dans la première moitié du x\ les contrées baignées par rOxus et le Yaxartes étaient, d après ie témoignage de Massoudi, d^Al-* estakbry et de Ibn*Haucal, occupées par

DISCOURS PKÊUMINAIR£. cxlui

les Uiaiioks, nn nAU et au sudUest, et

les Gozzes au nord-ouest, du côté du lac AnL (Lee Tagazgax étaient établis à iV rient des KJiarloks et à roccident de la GJbÎM; enfin les Tibétains « (pii^ pendant quelque temps s'étaient avancés au loin, au nord et au nord-esti avaient été oJ^gés de fienirer sur leur territoire. Voici oomiïtent s'e2i|>rime Ibn-Haucai, iequd este peur garant un émir d'origine tnrke qui avait occupé un poste élevé à la cour de fioUbtara, et qui était émir de la prin«* cipauté de Gazna : «tDe Tlrac à l'Oxus, il y a deux mois de mascbe; de TOxus à la limite des prorinees musulmanes , sur le territoire de Fergana, îi y a un peu plus de vingt mardbes ou journées; de là pour arriver au pays des Tagazgaz , en tcaver"saat le pays des KbaiioÛiSY il y a un peu plus de trente marches; de là à la mer orientidef à r^extrémité de ia Gbine, il y a eiMriron deux mois de marche ^ »

* Ce passage a été rapporté par M. Roorda, Mal ittion Ahmklis, Leyde» iSaS, pag. 5o«

cxLiv DISCOURS PRÉLIMINAIRE.

MaMondi, dans son MoromlJ-al'dzekdf ^ fonmit sur ces régions, ainsi que snr la Chine , «{uelques détails peu connus et qni jettent du jour sur l'état ancien de ces vastes contrées. Voici ce qu'il dit : t Au nombre des petits-fils de Japhet, fils de Noé^ était Amour. Quand les enfants de Noé se partagèrent les difiérentes régions de la terre, les enfants d'Amour traversèrent rOius et s'avancèrent à Test et au sudest, juscpi'en Chine. Les uns adoptèrent la vie domiciliaire; les autres, particulièrement les Turks proprement dits, firent choix de la vie nomade.

« Une partie des enfants d'Amour s^établirent sur les frontières de Tlnde. Pour ceux-ci , la force des rayons du soleil influa sur leur teint, et ils se rapprochèrent des Indiens plus que des Turks* Une autre colonie fixa sa demeure dans le Tibet. Les anciens habitants du Tibet sont d'origine hemyaryte; leur patrie primitive était TArabie. Les rois portaient autrefois le titre de Tobba, à Timitation des

DISCOURS PRÉLIMINAlilE. cij.v

rois du Yémen, et comme souvenir de leur première patrie; maintenant, on les surnomme Khacm. La langue du pays»

qui était hemyaryte, s est altérée par suite de l'immigration des tribus turkes ; cellesci mènent la vie nomade et formeut une population extrêmement nombreuse ^ »

Le témoignage de Massoudi, relativement à rétablissement de populations de

* Moromlj'ol'dzeheb , lom. I", fol. 56, 68 et suiv. La distinction que Massoudi fait de deux classes de la population du Tibett est confirmée par un mÎBsiomiaire catholique qui avait longtemps résidé dans ce pays ; c'est le P. Orasio délia Penna» La relation du P. Oraiio cominenoe ainsi : Questo termine TUbet è una «parola corrotta in lingua tartara ; ma in bnon «liuguaggio si deve dire Thohoi oppure Tan^ui «Imteor. IViii^al signifies ahitatore ddle case» e «fcatear Yuol dire paese o regno, cioè regno deuqli ahitatori délie case, mentre i Tartari dimo- «rano nelle tende fatte di feltro , o di tele grosse «tessntedi pdi diyakossianobovipeloii, ed i uThibetanî dimorano nelle casc.« Journal asia*

ti^ue de septembre iôSÂ, pag. 177.

cxLVi DISCOURS rniiLIMINAmE.

race toriie dans le Tibet et dans la vallée

lie i li)Ju5y est coniirnié par ce qu'on lit dana l'ouvrage persan intitulé Modfmcl' al'ievarykh, ci par Albyrouny. Dans ie premier ouvrage, les Turks sont représentés comme les maîtres des eonlrc^es situées au sud-ouesl de Tlndus, dès le V* siècle avant notre ère, sous le r^f:^ne de Danus, lils d Uystaspe ^ De son côté, Albyrouny dépeint les peuples qui babi-* taient de son temps le Tibet, le Kboten, et les contrées voisines , comme étant de race turke'*. Ces peuples faisaient des in* cursions jusque dans la vallée de Cachemire,

« Le Tibet, suivant Massoudi^ est un des

pays les mieux partagés pour Tair, l'eau,

* J'ai donné un extrait de Toawage pemn dans le Journal asiatique d août 1 844* pag. 1 7 1

(pag. lu du tirage à part).

^ Voye2i l'extrait d*AlbyrouBy que j'ai publié dans le Journal asiatique de septembre i8ià, pag. 267» 269 et 289 (pag« ii5, 117 et lij du tirage à part).

DIdGOUBd FBJSLlIflNAiaB. cwu

le» plaia6& et les mouli^iies* Le» bahi* tants sool si heureux qu'ils ne cessent pas de rire; jeunes el vieux, tout le monde se livre à la joie. Les fruits soni très-abon* dauts dans leur pays, et ou y compte beaucoup de villes el de lieux fortifiés.

«Quant à la plus grande partie des enfants d'Amour^ ils gagnèrent les liords de la mer Orientale. Ceiu-et se partagèrent les provinces de la Chine et en défrîcUèreot ie soK Le {iremier qui régna sur eux traça le cours des rivières, extermina les bétes féroces et planta des arbres. Dans ce pays, la popuialiou est si nombreuse que les villes et les habitations se toucheot les unes les autres. Anmoua, la capitale, est située à trois mois de marebe de la mer.

Les Chinois sont partagés en familles el en tribus, comme le sont les Arabes. Ils comptent cinquante générations, plus ou moins, depuis le temps actuel jusqua Amour. Ils tiennent compte de ces diffé* reuces de race daus les rapports de la vie, et les familles évitent de s ailier

cuftii DISCOURS PRiLUaNAIRE.

entre eUes» de peur de laisser dépérir le sang^i

Les Chinois, malgré Tépoque reculée

où remontent leurs traditions historiques»

n ont quune idée confuse de leur pre»

miëre origine. Néanmoins, les inductions qu on peut tirer des documents chinois les plus anciens s^accordent, pour le fond»

avec ce que dit Massoudi. C est ce que i on voit dans un mémoire d'où j'extrais en partie ies résultats relatifs à cette question d origine. D'après les anciens documents liistorit^ues, géographiques et moraux que M. Ëdouard Biot, auteur de ce mémoire, a rassemblés et discutés, la nation chinoise ne fut d'abord qu'une réunion de pasteurs etide plànteurs, établis avec leurs familles, dans la longue vallée du fleuve Jaune, et liés entre eux par le besoin de se défendre contre les hordes sauvages de ces contrées, alors boisées et marécageuses. Le chef faisait

' Fol. 56 et suiv* Voyes ci-dessous le témoi* gnage d*Abou-Zcyd, pag. i ig.

éts règlements pour le calendrier, |iour les travaux de dessèchement d une utilité reconnue, et pour les peines à infliger aux maliaiieura. La race, dont il était le chef, est distinguée par un nom spécial » ia race aux clieuesm mir$\ épithèto qui convient parraitement aux tribus turkes; car çest la même dont se servent les écrivains persans pour désigner» dàm les poésies éro tiques, les beautés venues du TurLestan^ Les mêmes documcuU paraibbeul indiquer que la race aux cheveux noirs s'emparait d un sol sur

lequel elle n'était pas née. Le berceau de cette nation semble devoir être plaoé sur les degrés inférieurs d'une des grandes diaines de TAsie centrale, le Kouen-luni qui , se liant avec THimalaya , à son extrémité occideu laie, s étend directement de l'ouest à Testf jusqu'aux frontières de la Chine. Ces traditions remontent à plus de

' Fi 11 chinois Li-min , ou « |ieuplc noir.»

' A (jrammar oj the Pcrsiaa langna^e , par

William Joue», Londres, iSa8i pag. 3&et&i.

CL DISCOURS PRÉUMINÀIRË.

deux mille ans avanl notre ire. Vers le xii^ siècle avant J. un nouveau centre de colonisatian se crée dans la partie occidentale de \a Cbine , dans ia vallée boisée de la rivière Wei , un des affluents dufleuve Jaune. Cette colonie s'étend par la con* quête ou par des arrangements pacifiques avec les chefs des peuplades sauvages qui rentourent. Bientôt une lutte s engage entre les deux centres de civilisation. La famille de louest, aguerrie par ses débats avec les hordes des environs, remporte aisément la victoire sur la famille de Test , amollie par les douceurs de la paix , et celle^

ci est presque cxlerminéc. C'est alors que s'établit ia dynastie des Tcbeou, qui tient une grande place dan. n>i,rtoire de. insti.

tutions nationales. Sous cette dynastie, la résidence principale du souverain fut établie à Foung, dans la province du Chensi > non loin de Si-ngan*fou ; ce fut ce qu on nommait alors la cour occltlentalc, A Torient, non loin du fleuve Jaune et sur les bords de la rivière Fo » on bâtit la seconde

DISCOURS PAÉUMINA1R£. w

cil^ royale, Lo-y ou Lo-yang, Dommëe opdiDairement la cour orientale. Le aouverain séjournait alternativement dans ces deux résidences f aiin de mieux surveiller les différentes parties de Tempire ^«

Suivant iMassoudi» la race qui, parmi les tribus turkes , remportait sur les autres par la pureté du sang et la bcautë des formes , était celle des Kbarloks. Les Kharloks exercèrent jadis la suprématie sur toutes les tribus turkes; ils furent pendant quelque temps maîtres d^une grande partie de l'Asie , et leur prince portait le titre de Kbacan des Khacans. Afrassyab , qui , suivant les traditions persanes , régnait à la fois sur la Tartane et la Cbine, et qui en* vabit la Perse > était Tun d'entre eux. Ce sont les Scythes, qui, suivant Hérodote, s'avancèrent jusque sur les frontières de

^ Voyes le mémoire de M. i3iot intitulé : Mémoire sur ïa canstitation poUttique de la Chine au xtf nèch avant notre ère. (Tom. II do recueil des

Mémoires présentés par divers savants à l'Académie des inscriptions et belles-lettres.)

€ui D16CUUaâ FAEUMiNAIM.

rÉgyptc. Madftoutli uomme la capitale de leur empire Aman ^

Les kliarloks ayant été abattus, furent remplacés par les Tibétains* Il est certain , traprcs le tiînioignage des écrivains cbinois, que les Tibétains, appelés par eux du noms de Thou-fan, jouèrent, aux vil*' et viii'' siècles de notre ère , un grand rôle dans TAsie centrale; les Tibétains firent place à leur tour aux Tagazgaz* Néanmoins Massoudi ajoute que, de son temps, les Tibétains étaient encore fort redoutables, et quils ne désespéraient pas de reconquérir leur ascendant.

La race turke , qui au temps de Mas-

souJi, remportait sur toutes les autres, était celle des Tagaxgaz. t II n y a pas en cemoment , dit Massoudi , parmi les Turks, de population plus lortc , plus nombreuse et mieux gouvernée que les Tagazgaz ; ils sont maîtres de la ville de Ivouscban ; leur empire s'étend depuis le Kborassan jus-

DISCOURS PRÉimiRAlRB.

qu^en Chine. Leur roi se nomme Afez-

Khacan ; c est un titre que ces princes se transmettent Ton à Tautre; on iui donne de plus le surnom de roi des bétes féroces et de roi des chevaux. £n effet , il n y a pas sur la ten*e d'hommes plus brutaux^ ni plus promps à verser ie sang, ni qui possèdent un plus grand nombre de chevaux.

A la dlilérence du reste des Turks, les Tagaxgax professent le manichéisme (c'est-à-dire la doctrine des deux principes, ie principe du bien et celui du mal, le principe de la lumière et celui des ténè> bres). C'est à Âfez-Khacan que s adressa f empereur de la Chine, quand il eut besoin d'appui pour pouvoir remonter sur son trône. Afei fit partir son fils avec quatre cent mille hommes à pied et à cheval ^»

Uempereur de la Chine, dans la con-

* Ces passages de Maasondi sont extraits du

Morottdj-al'dzeheby tom. P', depuis le fol. S6» josquau fol. 70. Moyez aussi la version an* glaise, pag. 3og et suiv.

cLiv IU:>CUiiii5 VliÈUMlNAlBE.

veriiaUouquil eut avec Ibn-Vahab « compta le roi des Tagaigaz parmi ' les cinq rois les plus puissants de l'iiaivers, et il le qualifia comme le qualifie ici Massoudi. Mai^ au temps (lu marchand Solcyman, c'est-àdire, vers Tan &bo de notre ère, il ii'élait pas encore parlé chei les Arabes du roi deâ Tagazgaz, ce qui prouve que la puissance de ce roi était d^une date récente^.

La ville de Kousciian était probablement située au centre de Tempire turk, du coté du lac de Lop, Moyse de Kiiorène « qui écrivait au siècle de notre ère , parle d'une vaste contrée nommée Kouschan ou CauchiJUi et située au midi et au nord de rOxus ^; il n'est pas probable que ni Tune, ni l'autre dénominations se rappoi>tent au pays des Tagazgaz. Je serais porté

* Comparez ci-dessous , pag 2 4 et 8 1 .

' Histoire d' Arménie, j^av Moyse de Khorènc, texte arménien et traduction française de M. Levaillaiil de Florival, t. pag. 809 cl ailleurs. Voy. aussi la Relation arménieune du P.Ëlisée, traduction du P. Garabed, Paris, i^Aât p« 3o3.

DISCOURS PRÉUMINAIRE. clv

à croire qae ia ville menitonnée par Mas-

soudi répond A la ville de KouIcIh», ou,

cominp prononcent les Ciiinoi» , Kou-tcbé.

Cette ville, qui renferme anjourdliui plus de mille familles, esi siiuée h cinq degrés à Toiiest du lac de Lop* A Tégard du nom des Tagazgaz, ce mot est probablement altéré; les manuscrits varient beaucoup dans sa transcription, ot il est devenu impossible de le rétablir.

Quoi (|u*îl en soit, si on compare le récit d'Abou-Zeyd avec celui des écrivains chinois. Ton ne peut s^empëcher de reconnaître les Tagazgaz dans les Cha-tho; c'est Topinion qui a été adoptée par le P. Gaubil ' , Deguignes ^ et Klaproth Je suis également porté à identifier Aiez-kbacan avec Li-Khoue-idiang^. Afez-Khacan, sui-

' nUloire de la dynastie Tmg, tom. XVI des Mémoires de la Clliinc, pag. 28S, ^ Histoire des Huns, liv. VUI , pag. S?* ' TMemm hinAminfm de Vâm, pag. asg.

* Les 1UBS« varient encore sur ce nom. Ils por*

tent: (jUU» Jf !• (^UU^j^l »etc* Mais ces

cm DISCOURS PRÉLDflNAIRE.

vaut Massondi , n^est pas un nom propre , mais un titre; et Li-koue-ichetng est un mot composé appitrtenant à la langoe chiuuise. Li était le nom de famille des empereurs de ia dynastie Thang, et Koac' tchancj était un surnom^ signifiant i sp1en> deur de l'empire. » Le titre de Li-houe' tchmff fut donné. Tan 869 de J. au prince des Cha-thOf à cause des services signdiés qu il avait rendus à Tempire. La plus grande difficulté , ce me semble , consiste dans la contradiction des deux rédts , d'après l'un desquels le roi des Tagazgas pouvait faire marcher avec lui quatre cent mille hommes , tandis que , d'après Tautre « ce roi était un simple vassal de la Ciiine, lequel , voulant échapper au courroux de Tempereur, s'était réfugié auprès d'une irihu mongole. Probablement les écrivains chinois ont ici, comme ib le font souvent,

différente» le^ns ne s'Alignent pas de la manière dont le nom de Li-khoué-tchang pourrait

être maïqué en arabe ; c*est

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. cltii

rabaissé ontre mesure un prince qui nV

vaii pas 1 avanlage d appartenir à la famille du jiU da ciel, bien qu'il eût été assez puis* sant pour le remettre sur son trône. Peutêtre le pays des Tagazgax étaitrii en ce moment en proie à des troubles intestins»

et falluiril le sentiment du danger que courait un prince ami , pour faire marcher la nation entière à son secours.

Abou-Zeyd dit ^ qu'entre la Sogdiane et la Chine il y a deux mois de marche « mais que cet espace consiste en un désert impraticable et dans des sables qui se succèdent sans interruption , n ollrant ni eau pour boire f ni rivière pour naviguer, ui habitations pour se reposer. Il ajoute que c'est l'aspect désolé de ces contrées qui avait empêché les Arabes d'en faire la conquête et de pénétrer jusqu^en Chine.

Néanmoins» telle est la passion de lliomne pour le mouvement et pour le gaiUf que, dès la plus haute antiquité, les caravanes ne craignirent pas de sW

' Pag. iià»

cLf m DISCOURS PSÉUMINAiRE.

poser dans ces contrées sauvages, A Tépo-

que ou ic5 |H iiples maritimes de l'Asie occideu4al6« les Phéniciens, les Grecs et l(\s Romains, ne connaissaionl pas encore la rouie directe de la Giiine, c est-à-dire dans les premien siàcles de notre ère, un conuucrce très-actif se faisait , par terre, entre i'Aste orientale et les contrées de rOccident Les marchands de la Perse, comme ils le firent plus tard, sous les khalifes arahes, parlaient du Khorassan et franchissaient i'Oxus; les Romains, à qui la Perse était fermée, passaient au nord de la mer Caspienne. Ptolémée dit que les caravanes se rassemblaient auprès de ia Tour de pierre , et cjue c'est de là qu'elles se rendaient dans la Chine, qu'il nomme paj^s des Sères ^ Sur les cartes qui accompagnent le traité de Ptolémée, la Toor de pierre* est placée dans une vallée, entre les sources de TOxus et d'une riviëre qui répond probablement au Yar«

* Géogn^hic de Plalémée , liv. VI , ch. i3«

* Xidivos mipyof.

kciid. A quelque distauce, du cùic de ïorient» est marquée une espèce de col « avec Tindication d'une aulre tour. Les voyageurs modernes out trouvé dans la cliaiae du Beiour des restes de bâtisse quHIs ont pris pour la tour de pierre dont parle Plolémée ^ Il était naturel que les princes de la contrée élevassent dans ee^ lieux sauvages des moyens de défense pour des hommes venus de loin, et qui, peut-être, n avaient pas d'armes; mais je ne comprends pas comment un tel lieu eût pu servir de rendez-vous. On trouve , à peu de distance» ta ville de Taschkend, située sur les bords du Yaxarte, et le mot tasckkend signifie» en turk, •château de piérre.» Aibjiouny» qui écrivait à une

' Voyes Heeren, Idks gar k commêree et la poKiufue des peuples de rantiquilé, tom. III,

|>af!f. /iiyctsuiv. , et, pour la vciilablc posiliou de ces débris, voyez louvrage de M. le baron Aleiandrc de Humboldt intitulé Àsm centrale , tom. l*^ pag. i35, avec la carte qui accompagne louvrage.

DISCOURS PR£LlHiNAlH£.

cpu([uc où les anciennes traditions avaient pu' se conserver» dit positivement qae Taschkénd répond à la tour de pierre de Ptolémée ^. Ne serait-il pas plus naturel de placer le véritable rendes-vons des caravanes à Taschkénd , et de ne considérer les deux tours de pierre marquées sur les cartes de Ptolémée que comme des espèces de corps de garde placés dans les gorges les plus dangereuses?

Mas&oudi» parlant des mines de sel anunoniac qui se trouvent dans TAsie centrale, dit avoir vu à Balkli un vieillard, plein d intelligence, qui avait fait plusieurs fois le voyage de Chine, et toujours par terre. Il dit encore avoir connu plusieurs personnes du Khorassan, qui s'étaient rendues de la ^ogdiane au Tibet et en Chine, en passant par les montar

^ Voy. les mamucrits arabes de la BîUiolli.

royale, fonds Dncaurroy, n* 22 , f. 72 v. Pour Taschkénd, appelée ordinairement Schasch, voyei la Géographie d*Abotdféda, texte arabe, pag. àgS.

DISCOUBS PBÊLIMINÂIAE. ciii

gues qui produisent le sel ammoDiac* Voici les détails qu*ii donne ^ : « Les |)ays situés entre le Khorassan et la Chine reuferment les montagnes du sel ammoniac [noaschader). L'été» pendant la nuit, on voit des flammes sortir de ces montagnes « sur une étendue d'environ cent parasanges^; le jour» il ne sort que de la Aimée, à cause que la flamme est écUp* séc par la clarté du jour. C'est de ce lieu que vient le sel ammoniac. Au commencement de rhiver, les personnes qui veulent se rendre du KJiorassan dans la

Chine se dirigent vers cet endroit. Là est une vallée située au milieu des montagnes, et qui a quarante ou cinquante milles de long. Les voyageurs s'adressent à des hommes établis dans le pays, et

* Morondj, tom. V\ fol. G 7 verso et loi. 68, et la traduction anglaise, pag. SBg. Ce passage fait partie de l'extrait reproduit, tom. II, pag. M<îet f"*

• Le sens est pcut-ctrc . » Des flammes qu'on

aperçoit à ia distance d'environ aeni poraiajigeS' y»

CLXii DISCOURS PiiÉUMlNAlUE.

obtiennent leurs services au moyen d^un salaire considérable. Ces hommes portent les effets des voyageurs sur leurs épaules , et font marcher ceux-ci devant eux, en les frappant avec un bâton , de peur qu ils ne faiblissent sur ce sol brûlant, et qu*ils ne s^arrétent, ce qui entraînerait leur perte. Les voyageurs marchent toujours devant, jusqu'à ce qu ils atteignent Textrémité de la vallée. Il y a en ce lieu des bois et des eaux stagnantes; en arrivant, ils se jettent dans Teau, afin de calmer la chaleur qui les embrase. Aucun animal ne peut s'engager sur cette route ; Tété « le sol jette des flammes, et personne n'ose se présenter dans la vallée. L'hiver, lorsque les neiges et les pluies ont humecté le sol, la chaleur s amortit et les flammes s'éteignent; cW alors qu^on peut se hasarder dans la vallée ; mais les animaux ne pourraient supporter une telle chaleur. Les per* sonnes qui viennent de Chine en Khorassan ont recours aux mêmes guides que celles qui vont du Khorassan en Chine,

DISCOURS PBÉLIHINAIRB. cuiii

et sont égalemeDi exposées à recevoir des

coups de bâton. Le trajet du Khorassau en Chine I eu passant par les montagnes du sel ammoniac, est d^environ quarante journées, et se fait sur un soi, tantôt cultivé 9 tantôt couvert d'eau , tantôt mou , tantôt sablonneux. Il y a un autre route, où peuvent passer les bétes de somme ; celle-ci exige quatre mois de marclic environ, et Ton est obligé de se mettre sous la protection des tribus turkes. 9

Les traités chinois, et les relations de quelques voyageurs européens, font mention de plusieurs mines de sel ammoniac, exploitées encore de nos jours dans la Tariarie; ces mines sont désignées par les Chinois sous la dénomination de Uo^ cliun ou «montagne de Feu.» Une d'entre elles se trouve dans la chaîne appelée par les Chinois Tfuan^han ou • mont Céleste, »

à Tendroit nommé Pe-chan ou tmont Blanc. • Cet endroit est situé à quelques degrés au nord de la ville de Kou-tché , dont il a déjà été parlé, et que je pré-

€Liit DlSCOUaS PRÉUHINAIRE.

sume être le lieu aommé Komchaii, par Maflsoudi ^ Voici ce que dit, d après les relations cliiuuises, un voyageur russe qui a naguère traversé ioi-méme Tcspace qui sépare Kiakta de la Chine: uLes montagnes où 1 on recoeiiie le sel ammoniac sont situées au nord de Koutché; les rochers y renfermeut des grottes nombreu* ses. Au printemps , en été et en automne t on voit briller dans ces grottes des feux qui ressemblent à des lampes ardentes, et il est diilicile d'en approcher; mais ces feux s'éteignént pendant l'biver» dans les.

grands froids et quand les neiges sont abondantes. C'est alors que les babitant& de ces contrées vont ramasser le sel ammoniac; ils se déshabillent tout nus pour effectuer cette opération K »

* On fera bien , pour ces contrées sur lésquelles ou commence à peine à avoir des notions un peu précises, de consulter la carte qui accompagne rouvrâge de M. de Humboldt intitulé Asie cvnirak.

^ Voyage à Peking, par Timkowski, tradac*

La vallée doot a parlé Masaoudi» me parait devoir dire placée à travers le rnoot Thian-chan. Du reste, Massoudl fait mention de deux routes, dout Tune était beaucoup plus longue que Tantre. H y a plus, les historiens chinois indiquent, pour les conomencements du xvxi* siècle de notre ire, trois routes qui conduisaient , de la province chinoise duChen-si, dans lesré^

gioDS occidentales. La première ruutc , qui naenait au pays de Ta^tsin ou des Romains »

passait par Hami , Turphan , Talas , sar les bords du Yaxar te , et se prolongeait au nord des côtes de la mer Caspienne. Cette route se développait, ce'me semble, le long du lac Yssikoul« La dewdème route passait par Hami, Turphan, Kasgar et Sainarcand, puis conduisait, à travers lOxus, dans le Khorassan; c'est probablement

lion fiaii^aisc , tom. P', pag. 3(j(j. Sur les mines de sel ammoniac qui se trouvent dans la Tartane, et sur les volcans en général, voyez Too-

passim.

Ml

If LU

cilti DISCOURS PAÉLiMlNAlRË.

celle qu'ont en vue le marcliand Solcymaii et Massoudi. Enliu, la troisième route conduisait en Perse, par Cha-tcheou, Yarkendt les environs des sources de l'Oxus et le pays de Badakachan K C'est le chemin que parail avoir suivi le grand Marco-Polo quand il se rendit de Perse en Chine ^.

On jugera de raclivlle qui régnait jadis daus ces cootréesi par des débris d'é* tablissements qoi remontent sans doute à uue haute antiquité, il existe encore au pays de Turphan des tables de marbre où de pierre qui indiquent les anciens noms de la contrée; on y conserve le souvenir de temples et de forteresses bâtis à l'époque de la dynastie Thang» Près du lac

* Comparez YHistoire de la dynatîk Thang, par le P< Gaubil, tom. XVI des Mémoires sur la Chine, pag. 385, et les Tableaux historiques de l'Asie, par Klaproth, pag. 2o5.

^ Marco-Polo 9 édition de la Société de géographie , pag. &6 et suiv. M.de Humboldta discuté cette partie du voyage de Maroo-Polo, Asie centrale, lom. U , pag. Sgo et suiv.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE. cixfu

Lop est le lieu où campait la horde des Turks Cha-ilio« Toute la route esl couverte de vestiges d'anciennes villes et de lours coa:»truiles autrclois, soit par Chinois, Boit parles tnhus nomades qui y faisaient errer leurs troupeaux

Ces mêmes coulrécs reçurent une nouvelle vie dans le cours des xiii* et xî\* siècles de notre ère, lorsque Djcugiskhan et ses enfiints eurent ouvert TAsie centrale à Tactive curiosité des Européens* Il n était pas rare alors de rencontrer des marchands, îles fruerricrs et des missionnaires qui, bien que nés sur les bords du Rhin , en France ou en Italie , avaient bu do Teau de i Oxus et du Yaxartes, et avaient firanchi la grande muraille.

Maintenant encore ces régions sont iraversées par des caravanes de marchands indigènes. Le thé et la soie de la Chine arrivent par cette voie à Samarcand et i

' Histoire de la dynastie thanq* par ie père Caubil, tom. XVI des Mémoires de la Chine, [vig. 386et$uiv.

c&ifui DISCOURS PRÉUMnrAIRE.

Bokhara ; aux caravanes do ia Perse et de

la Transoxianc se sont jointes les coravanes russes qui parteot d'Orembourg^ de Semipolatinsk et de Kiakta^ et qui sont devenues de puissaais mtermédiaires entre la Chine et TEurope occidentale ^ Le marchand Soleyman et Massoudi s^accordent à dire que ia mer de Saadjy«

qui baigne los côtes de la Chine, prolongeait à i Orient à des distances inconnues»

Suivant eux , il n'existait au delà de la Chine que quelques iles nommées Syia (Alsyia) ; les habitants avaient le teint bianc et vivaient en paix avec le gouvernement chinois. On trouvait dans ce pays des faucons blancs. Du reste, au rapport de Soleyman ^ , aucun Arabe ne s'était avancé aussi loin. Suivant Massoudi , au

1 Comparez le Voyage de i' embouchure de flndos à Bokhara, pvr Alexandre Bornes, tradnctiDn firançaise, tom* III «p. t7& et 3^7$ et Vonvrage de M. de Humboldt intitulé AsU centrale, tom. ili.

* Voyei pag. 6o.

DISCOURS PRËLIMINAIUE. cliu

contraire , quelques Arabes avaiefit pénétré dans ces îles; mais presque tous y avaient été retenus par la douceur de l'air et rabondance des biens de la terre. Mnssondi ajoute que la population de ces îles

c'iail venue de la Clûiu^ , (^t (|irelle appartenait à la race d'Amour» dont il a déjà été parlé ^. Par Syla , il faut probablement entendre le Japon, dont les habitants entretenaient depuis longtemps des rapports de commerce avec la Chine

Telle est la suite des remarques qui m'ont paru propres à jeter du jour sur lensemble de la relation du marchand Soleyman et desobservationsd'Abou-Zeyd.

Soleyman et Abou-Zeyd n'étaient pas des hommes savants ; tout porte à croire quHls étâieot restés étrangers aux systèmes enfantés par la docte curiosité des Grecs et des Romains, systèmes qui s ciaient maintenus chez les Arabes* Alx>a-Z^d parle ^

' Voy. l extraitde Massoudi, tom. II , p.

* Pag. 90.

* /onniol omlif ne d*aoAt i837« pag.

DISCOURS PHÉLIMINAIRE.

comme d'un fait auquel jusque-là per** sonne u avait jamais songé , cruti récit d'après lequel la mer de ilnde et de la Chine aurait comiimniqué par le nordest avec la mer Caspienne , la mer Moire et la mer Méditerranée. Ces opinions, snr lesquelles je m étends longuement dans mon introduction à la géographie d'Al)oulféda, se retrouvent pourtant dans les récits des Grecs les plus anciens. Pour Massoudi , qui , sans avoir des idées pariaitement nettes sur la conCguration du globe, avait lu dans des traductions arabes les principaux, traités des Grecs et des Romains, il rapporte le même récit, sans s en montrer étonné.

* Mais c'est précisément cette absence

de toute idée préconçue, de toute théorie savante 9 qui^ à mon avis, donne le plus de valeur au récit de Soleymau etd Abou- Zeyd. Soleyman parle en général d après ses observations personnelles. Abou-Zeyd/ qui n'était pas sorti de Tenceintc du goile Persique , répèle ce que disaient de plus

DISCOURS PRéUMIMAlRB. cMt

plausîUe les personnes «pi avaienl navî*

gué dans les mers orientales. L'un et 1 autre d ailleurs oui làit preuve de beaucoup de bonne foi et de bon sens; Tun et l'autre» à la différence d autres écrivains plus instruits « se sont affranchis de tout système et de tout préjuge religieux.

Rien ne montre mieux Tavantage du point de vue où, dès Tabord, se sont placés Soleyman et Abou-Zeyd, que les erreurs fatales où est tombé un auteur bien plus habile et plus érudit; je veux parler d^Édrisi. Édrisi , pour la composition de sou traité, s entoura de tous les secours dont on pouvait disposer de son temps; le patronage d'un prince zélé pour les sciences ne Ait pas de trop pour ie monu^t

ment qu^Edribi a élevé à la géographie.

Je ne pense pas quÉdrisi ait connu la relation de Soleyman et les observations qui raccompagnent; mais ii eta dans les mains le Monudj-al-dzeluè ^ de Massoudi , et le Kelab-al'adjayb, auxquels il empi unie des pages entières; de plus, il profita de

certains ouvrages qui ne nous sont point parvenus^ par eiempie, le traité d'Àl« djayhâny Avec tous ces secours, et tout eu faisant un livre d'un usage indispensable, Édrisi, en quelques pointe, fit plutut reculer la science géographique qu il ne Tavança. Mon obBervation s^applique surtout à la description de l'Afrique orientale et du midi de TAsie, avec les îles qui les bordent. Edrisi était imbu de Tidéc, jadis émise par Hipparque et Ptolémée, diaprés laquelle le continent africain se prolongerait indéliuimcnt du côté du midi et de Torient. Suivant Edrisi, ce prétendu prolongement se développait dans le même sens que Téquateur, k une dbtance plus ou moins rapprochée de la ligne équinoxiale, et formait de la vaste mer de rinde un grand lac qui ne communiquait que par un canal avec la mer extérieure.

Or, Ptolémée avait dit que la mer de Tlnde renfermait près de quatorze cents îles, dont

^ Voyez la préface de Touvrage dÉdrisi*

DiSCOLAS PRELUiUUIAE. cLixiti

quelques-unes étaient fort grandes. La relation de violeyman et ies remarques d' A* bottnZeyd, dont l'équivaleiit se retrouye dans les écrits de Ma&soudi« eu Mipposaicnt un nombre encore plus consîdénble. Où

trouver, dans un espace ainsi resserré, une place suilisaute pour une si grande quantité dalles? Ajontet à cette diflBcdté rembarras auquel donne lieu, dans la langue arabe t ^absence d*an mot particulier pour désigner une ile , ce qui fait (pi' en général , en arabe comme dans la langue grecque »

on se sert du même mot pour désigner une ile et une presqu ile^ Édrisi, voulant mettre d*acGord Topinion de Ptolémée et le récit des Arabes, et se trouvant gêné par le prétendu continent, qui ne lui permettait pas de s^étendre beaucoup au delà de Téquateur, a lait de certaines lies des continents, et de certains continents des îles* 11 place les iles du Zabedj, qui correspondent à Java et Sumatra, sur la

€LuiT D1SC0UB5 PEÈUliilNAlRE.

cule tlu Zanguebar*. D un autre côté, des pays situés su^ le golfe du Bengale et dans la presqu'iie de Mdaka sont rejetës, 8UUS forme d'iles, dans la mer delà Chine ^ Ces erreurs déplorables furent reproduites par Ibii-Sayd, et elles se sont perpétuées en Orient jusque dans ces derniers temps.

11 faut rendre cette justice à Aboulféda; son ouvrage, considéré sous le point de vue de la rédaction, est, en général, inférieur à celui d'Edrisi ; mais Aboulféda avait rinstinct géographique , et , dans toutes les grandes questions, il s est ren* contré avec la vérité K

^ Edrisiytrad. française, tom. I, p. 696160.

1 Ëdrisi, trad. franç. tom* P% pag. 88 et suiv.

* M» Quatremère a consacré, dans le Journal des savants, de Taimée i843, deux articles à une appréciation d^Édrisi et des autres géographes arabes ; mais les considérations que je viens d'indiquer paraissent avoir échappé à M. Quatremère. Je renvoie, à cet égard, à mon introduction à la Géographie d* Aboulféda.

DISCOURS PKELIMI^AIBE. cioxy

Je ne puis terminer cette préface sans dire quelques mots sur uue relatiou arabe qui a beaucoup d^analogie avec la présente relation, mais qui, par sa forme romaoesqae, et surtout par lea libertés que se sont permises les copistes, présente plus d'une fois des coniradictioni difficiles à concilier. C'est le récit des voyages d'un personnage appelé Sindebad, qui est censé vivre au temps du khalife Haroun-AIrasclild, et qui, poussé par une curiosité insatiable , visita successivement les mers du Zanguebar, de l'Inde et de la Malaisie.

Cette relation fut tirée, par Galland, d^un maimscril arabe, et insérée dans sa belle traduction des Mille et une Nuits; plus tard, elle a été retrouvée dans des recueils manuscrits de ces contes charmants, et elle a été reproduite, soit en original \ soit

' ilfilb et une Nuiti, en arabe, édition de

Calcutta, i8i/ï, tom. II; édition deBrcslau, par MM. Uabicht et Fleischcr, tom. lil , in- 1 2 , pag. 367 et sniv. ; édition du Caire , tom. II , in- 4", au commencement.

ci^ DISCOURS PAÉLlMiNAIRE.

dans les dillérentes langues de l'Europe \ n est certain que le récit de Siadebad sacoordç pour le Ibud avec les récits du BUffcliaiid Soleyinan et d'Abou-Zeyd ; on y trouve aussi quelques détails qui relisent dans le Ketab-al'âdjayb. Évidemment le point (le vue de ces trois écrits, au cadre romanesque près, est le même; mais les manuscrits de la relation de Sindebad

^ Ou trouve dans la Grammaire arabe de ba-.

vary une reprodaction du texte des Voy^^ de Sindebad, avec une' traduction française et des notes, par M. Langlès, Paris» 181 3» în-i*.

M. Lancés a reproduit cette même édition dans le fimnat in-i3« Parmi les antres versions en

langues europrcnnes , l'on peut citer celle qui &ît partie de la traduction anglaise des Mille et une Nmts, par M. Lana^ ton* III » an conunen* cernent. L^édition de M* Langlès ofire une &ate grave, j>ag. !\-]f\, lip:. <)• et sui\ . de l'édition in-A% Au lieu des mots: «Nous nous embarquâmes snr la mer orientale, eirconscrite à droite par le Garb ou les côtes de Barbarie,» il faut lire : «Nous nous embarquâmes sur la mer orientale, circonscrite à droite par*rArabie. s

DISGOUBS PRÈLUimAIRE* ci.xxni

diffèrent beaucoup. Le texte <{ui a été publié par M. Langlès^ et qui se retrouve

dans l'édition des MUle et une nuits de Calcutta, renferme des données gt^^grapliiques plus étendues que le texte imprimé à Bresiau et au Caire* On peut induire de là que la première rédaction a été retoucliée par un homme versé dans les notions scientifiques. Du reste* les variantes étaient inévitables dans des ouvrages d un cadre laissé à l arbitraire, et dont le texte n*était pas fixé d'une manière définitive par la voie de la presse.

A quelle époque remonte la rédaction des voyages de Sindebad? On a vu quelle grande part les Persans prirent à la navigation orientale sous les rois arsacides et sassanides. L'auteur du MoJjmelHi'te^ varjlilt cite, parmi un certain nombre d ouvrages rédigés au temps des princes arsacides , un livre intitulé SindebaJL Ce passage a été emprunté au traité deHamza d'Ispahan, dont le texte vient d^étre publié

CLXXfiu DISCOURS PRÊLiMINAmE.

à Satnt-Pétersbouii; ^ Quelques savants

ont ioduit de ce témoignage, que la relation de Sindebad est du temps des rois

ar&acides, au cadre près, qui a été arrangé plus tard par les Arabes ^ Mais Massoudi

parle, dans son Moroudj al'dzeheh ^ d^un

ouvrage qui portait le même titre , et qui

est le romaii dvs sept sages, quon sait avoir été composé primitivement dans rinde. Il s agît, dans ce livre, d*un roi de la Chine, de ses sept vizirs, de la reine, du fils du roi et de son précepteur \ Il y a plus : dans le témoignage en question ,

* Voyez pag. Ai du Traité, et le Journal analiqnede mai i8â3, pag. 396; eitraiU du Moijmel par M. MoU.

* Mold , Le livre des Rois , préiace , p. tviil.

' Ce passage a été publié par M. Silveslre de Sacy, i^scBeîl des notices si extraits, Um. IX» pag. 4o4.

* Loiseleur-Desloiigcharaps a donné des détaik intéressants sur cet ouvrage, dans son Essai sur les fables indiennes, Paris,

pag. 80 et suiv.

DISCOURS PRËLIMINAiaB. ttmt

de Hamza rt de Taiiteur du Modjmfl'ul' tevarykh, ii est iàit meaûon à ia ibis de livres grecs, persans et indiens* Il y a donc lieu de croire que le livre de Siadêbad, cité par Hanaia et Tautenr du Modjmel, n a rien de commun avec les voyages de SindeiMid.

Le livre indien de Sindebad fut traduit de bonne heure en langue arabe , et on Ta inséré dans quelques recueils des MilU êt une JSuits Les biographes et les bibliographes persans font mention, sous le titre deSindibad-nameh, d'un livre de Sindebad cpii t d'abord rédigé en prose « fut mis en vers. Il existe en persan plusieurs poëmes de Sindebad; une de ces rédactions a été récemment publiée, en abrégé , en langue anglaise ^ ; mais ces poèmes ne sont, pour

^ MUU €t une Naiis, édition de Bredau, tom. XII, pag. 237-38g; édition da Caire, tom. H, pag. 0 2-86.

' Analytical accoimt of ihe Sindibad-Namek , par M. Forbes Falconer, Londres, i8ii, in-8^ M. Defrémery a rendu compte do cette pnblica-

c&siK DISCOUBS PBÉUMIRAIRE.

le fond, qu'ime reprodaction du traiié iodien, faite d'aprà une yersion arabe accommodée aux croyances musulxnaDes»

Ces oonsidëcatioïkfl me font penser que le livre des vovages de Simlebad est d'une origine arabe, et (jae cest un reflet des récits qui avaient cours chei les mosnlmans au moyen âge. Quoi qu il en soit, ce litre, malgré son cadre peu sérieux, a attiré , dans ces derniers temps , Taltention des géographes. Richard Uole publia « en 1797, à Londres, une dissertation inti* tulée iRemarks on ihe AraMaa nights' entertabmmUSp in whieh tiie angfn of Siadbad's voyages and otJicr Oriental fictions is parti" colarij considered. Un illustre géographe , M* Walckena^, a composé sur le même sujet un mémoire dont il a paru un extrait, en i83a, dans les Nouvelles Annales des Vojages.

tum dans la Journal anatique de janvier i8ia, pag. io5. Voyez aussi Tédît. in- 12 des Voyages de Sindebad, par M. Lang^ès, pag. 139.

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