CHRONIQUES
Ce livre renferme une chaîne de cLro-
niques (i) , de pay», de mer», des diverse, espèces de poissons. y trouve anssi un
tableau de la sphère et des choses merveilleuses de ce monde, ainsi que de la situation approximative des villes et de la partie habitée de la terre, des animaux, de ce que la terre contient de singulier, et autres choses du même genre* C'est uu livre précieux.
Voici la description de la mer qui est située entre Tlnde et le Sind, des pays de Gouz et de Mftgouz , de la montagne de Caf , du pays de Serendyb et de la victoire d'Abou-Hobaysch* Abou-Hobaysch est le s.
nom d'un homme qui vécut deux cent cinquante ans. Une année, il se rendit
a CHAINE DES CHAONIQUëS*
dans le Mâgouz ei y vit le sage Al-saouah , avec lequel il se forià vers la mer (3). fls y remarquëren^ un poisson (sur le dos du*
bleà uue voile de navire. Quelquefois/ce poisson levaitla téte (3) et offrait une masse énorme. Quand il rendait de Teau par la bouche, on voyait, pouc ainsi dire , s'élever un haut minaret. Au moment oà la mer était tranquille, lorsque les poissons se ramassaient sur un même point, il les enlevait avec sa queue; ensuite il ouvrait la bouche, et on voyait les poissons se précipiter dans son ventre et disparaître comme au fond d un puits. Les vaisseaux qui naviguent dans cette mer redoutent beaucoup ce poisson. La nuit, les équi* pages font sonner des cloches semblables aux cloches des chrétiens (4) ; cest afin d^empécher ce poisson de s'appuyer sur le navire et de le submerger (5).
Cette mer renferme un autre poisson que nous péchâmes; sa longueur était de vingt coudées. Nous lui ouvrîmes le
venire » et nous en tirâm^ un poÎM>n de
la même espèce; puis, oumint le ventre à celui-ci, nous y trouvâmes uu troisième poisson ûn même genre. Tous ces poissoni élaient en vie et se remuaient; ils se ressemblaient pour la figure les uns aux autres.
Ce grand poisson se nomme a/-oad^«
Malgré sa grandeur, il a pour ennemi un poisson qui n a qu une coudée de long et qui se nomme aI40$chds* Lorsque le gros poisson, se mettant en colère, attaque les antres poissons au sein de la mer, et qu il les maltraite, le petit poisson le met à la raison : il s attadie à la racine de son
oreille et ne le quitte pas qu 11 ne soit mort. Le petit poisson s attache aux navires , et alors le gros poisson n*ose pas en approcher, à cause de ia crainte que lautre lui inspire*
On trouve dans la même mer nn poisson dont la face ressemble à la fiiee humaine , et qui vole au-dessus de Teau. Ce poisson se nomme id*me^d/. Un autre pois- 5
4 GUAilifi DE& CHBONIQUES.
son y qui se tient sous Teau, lobserve, et, si le premier tombe, Tautre Tavale. Celuici s appelle al-anketous. Eu général» les poissons se mangent les uns les autres (6) .
La troisième mer porte le nom de mer de Herkmd (7). Entre cette mer et la mer Al-larevy il y a un grand nombre d'îles; leur nombre s'élève » dit-on, à mille neuf cents (8) . Ces fies forment la séparation des deux mers Âl-larevy et ilerkend; elles sont gouvernées par une femme. La mer jette sur les côtes de ces iles de gros morceaux d^ambre; quelques-uns de ces mor> ceaux ont la forme d'une plante (9) ou
la mer, comme les plantes; quand la mer est très-agitée, elle rejette l'ambre sous forme de citrouilles et de truffes (lo).
Ces iles, qui sont gouvernées par une 6. femme, sont plantées de palmiers coco* tiers. La distance qui sépare les îles Tune de l'autre est de deux, ou trois, ou quatre parasanges. Elles sont toutes habitées, et toutes portent des cocotiers* La monnaie
CUAhNL DES cliiiONigLh6. 5
y connste en eauris; 1a reine amasse cea
cauris dans ses magasins. On dit qu il n'euste pas de peuple plus adroit que les habitants de ces iles. lis fabriquent des tuniques tisanes d'une seule pièce, avec leurs manches, leurs parements el leur bordure. Us construisent leurs navires et leurs maisons , et se chargent de tous les travaux du même genre. Les cauris se rendent à la surface de la mer, et renfer> ment une chose douée de vie. On p<^end un irameou de cocotier et on le jette dans Teau ; les cauris s'attachent au rameau. On appelle le cauri al-kahtadj (i i).
La dernière de ces îles est Serendyb, sur la mer de tierkend; c est la principale de tontes : on donne à ces lies le nom de % Dybadjal (12). Auprès de Serendyb est la pêcherie des peries. Serendyb est environnée tout entière par la mer On remarque dans Tlle une montagne « appe* lée AUrohoan, sur laquelle fut jeté Adam»
sur lui soit la paix (1 4) i La trace de son pied est marquée sur le roc qui couronne la
e CHAINE DES CHRONIQUES.
montagne, gravée dans la pierre, au sommet de la montagne. On n'y remarque qu^un seul pied; il est dit qu'Adam plaça son autre pied dans la mer. On ajoute que le pied dont la trace est empreinte au haut de la montagne est d*environ soixante et dix coudées de long. Autour de cette mon* tagne est la mine de rubis rouges et jaunes et d'hyacinthes* L'ile est soumise à deux rois. Èile est grande et large « et elle produit de laloès , de Tor et des pierres précieuses. On trouve dans ses parages la 8. perle, et le schenek, mot par lequel on désigne cette grande coqiùiie qui sert de trompette , et qui est ti«ès*reclierchée.
La même mer renferme « dans ia même direction que Serendyb, quelques iles qui ne sont pas nombreuses, mais qui sont très-vastes, et dont on ne connaît pas Tétendue précise. Au nombre de ces îles est celle qu on nonmieili-ramii;^ ^) î ^tte île est partagée entre plusieurs rois; son étendue est, dit-on, de huit ou neuf cents parasanges (i 6) . Il s'y trouve des mines d'or;
on y remarque auni des plaotalioDS appelées/autour et d'où l'on tire le camphre de première qualité (17).
Ces lies ont dans leur dépendance d'autres iles, parmi lesquelles est celle de Alneyan (18). Ces îles abondent en or, et les habitants se nourrissent du fruit du cocotier. Ils s^en servent dans la préparation de leurs mets, et ils se frottent le corps avec son huile. Quand Tun d'eux veut se marier, il ne trouve de femme qu'autant qu'il a entre les mains le crâne de la tête d'un de leurs ennemis; s'il a fiu^ deux (rentre les ennemis, il peut épouser deux femmes; sHI en a tué cinquante , il peut épouser cinquante femmes, suivant le 9.
nombre des crânes. L'origine de cet usage vient de ce que les habitants de cette ile sont entourés d^ennemis; celui donc qui se montre le plus hardi dans les combats est le plus estimé de tous.
L'île de Ramny produit de nombreux éléphants, ainsi que le bois de Brésil [haceam) et le bambou {khg^zoran)* On y
8 ghahib des chroniques.
remarqué une peuplade qui mange les
hommes. Cette ile est mouiliée par deux mers , la mer de Herkeod et celle de Scbelaheth (19).
Après cela viennent les iles nommées Lendjehâlous (20). Ces îles nourrissent mi peupla nombreux. Les hommes et les femmes t<mt nus; seulement, les femmes couvrent leurs parties naturelles avec des feuilles d'arbre. Quand un navire passe dans le voisinage, les hommes s'approchent dans des barques, petites ou grandes « et se font donner du fer en échange d'ambre et de cocos. Us n^ont pas besoin 10. d'étoffes, vu que, dans ce climat, on n éprouve ni froid ni chaud.
Âu delà sont deux iles\ séparées par une mer nommée Andàfudn (21). Les habitants de ces iles mangent les hommes vivants ; leur teint est noir, leurs cheveux sont crépus, leur visage et leurs yeux ont quelque chose d'effirayant. Ils ont les pieds longs; le pied de Tun d'entre eux est d'environ une coudée (22). Us vont nus et
GHAINB DBS CHRONIQUES* 9
n ont pas de barques. S'ils avaient des barques, ils mangeraient tous les hommes qui passent dans le voisinage. Quelqueibîs, les navires sont retenus en mer, et ne peuvent continuer leur voyage à cause du vent. Quand leur provision d*eau est épuisée, Féquipage s'approche des habitants et demande de Teaa; quelquefois les
hommes Je Fequipage tombent au pouvoir des habitants, et ia plupart d'entre eux sont mis à mort
Au delà de cette île se trouvent des montagnes qui ne sont pas sur la route , et qui renferment, dit-on, des mines d'argent. Ces montagnes ne sont pas habitées, et il n'est pas au pouvoir de tout navire il, qui veut y aborder, d'atteindre son but.
Pour y arriver» Ton est gui (1(5 par un pic nonaaé Al-khoschnamy, Un navire, passant dans le voisinage, Téquipage aperçut la montagne et se dirigea de son côté; le lendemain matin , il descendit dans une barque, et, coupant du bois, il alluma du feu; aussitôt l'argent entra en fusion :
10 GUAllIË DES CUAOBiiQUfiS.
voilà commeni oo reooimat la mine* Oa emporta autant Jargent quon voulut; mais, dèa quon fut remonté dana le navire, la mer commença à s'^iter; on iiit obligé de jeter tout Targent qu'on avait pris* En vain on a voulu retourner vers la montagne; il a été impossible de la retrouver. Ces sortes de cas sont firéquents sur la mer; on ne saurait dénombrer les lies qui sont d'un accès difficile et cfue les marins ont de la peine à reconnaître ; il y eu a même où ils ne peuvent
Quelquefois on aperçoit à la surface de cette mer un nuage blanc qui couvre les vaisseaux de son ombre ; il sort du nuage une langue longue et mince qui 12. vient s'attacher à la surface de Teau de la . mer. Aussitôt Teau entre en ébullition et présente Timage d'un tournant* Si le tournant atteint un navire ^ il l'absorbe. Ensuite « le nuage s'élève dans les airs, et
11 verse une pluie à laquelle se trouvent mêlées les impuretés de la mer. J'ignore
si ce nuage s'alimente avecf les eaux de la
mer et comment cela s'opère (23).
Chacune de ces mers est eiqposée à un vent qui l'agite et la soulève au point de la faire bouillir comme une marmite.
Alors Teau rejette les corps qu elle contient dans son sein sur les côtes des îles qui y sont enfermées; les navires sont fracassés, et le rivage se couvre de poissons morts d'une grandeur énorme. L eau jette même quelquefois des blocs de pierre et des montagnes» comme Tare envoié la flèche. Pour la mer de Herkend, elle est exposée à un vent particulier. Ce vent vient de louest, en tirant vers les étoiles de TOurse (24) ; quand il souffle, Teau de la mer entre en ébullition comme Teau d'une marmite» et elle vomit une grande quantité d'ambre. Plus la mer est 13.
wm
tu
Quand lea vagues de la mer de Herkend se soulèvent, Teau présente Tapparence d'un feu qui brûle. La même mer nourrit
un poisson nommé, al-lokliam (2 5). C*est
12 CBÀWE D£S CHBONIQUES.
une espèce de monstre qui dévore les hommes
Les niarcliaudises [venant de la Chine) soni en petite quantité (et chères ^ à Bas-
50 r a et h Ragflad). Une des causes de cette petite quantité, ce sont les incendies qui ont lieu firéquemment à Khanfeu (27).
Cette ville sert d'échelle aux navires; c est f entrepôt des marchandises des Arabes et des habitants de la Chine. Les incendies y dévcnrent les marchandises; ils viennent
de ce que les maisons y sont bâties en bois et avec des roseaux fendus (28). Une autre cause de la rareté des mardiandises , ce sont les naufrages des navires , soit en revenant, soit en allant; ajoutez à cela que les navires sont exposés à être pillés, ou bien sont forcés de*faire un long séjour dans certains endroits, ce qui oblige les voyageurs à se défaire de leurs marchan- 14. dises hors des provinces arabes. D'autres fois, le vent pousse les navires dans le Yémen ou dans d^autres contrées, et c'est là qu on vend les marchandises. Enfin on
est quelquefois obligé de s'arrêter pour faire radouber le uavire, sans compter d^aiitres obstacles.
Le marchand Soleyman rapporte (fa à, Khanfou, qui est le rendez-vous des marchands, un musulman est cliarge par le aouveram du paya de juger les différends qui s^élèvent entre les bommes de la même religion arrivés dans la contrée* Telle a été la volonté du roi de la Chine.
Les jours de fête, cet homme célèbre la prière avec les musulmans; il prononce le Ichotba et adresse des vœux au ciel pour le sultan des musulmans (ag). Les marchands de Tlrac ne s'élèvent jamais contre ses décisions; en effet, il agit daprès la vérité, et ses décisions sont conformes au livre de Dieu (rAIcoran] et aux préceptes de l'islamisme.
A régard des lieux où les navires abordent , et qui servent d*échelle, on rapporte que la plupart des vaisseaux chinois par- 15. te ni de Syraf (sur les côtes du Far es). Les marchandises sont apportées de Bassora,
14 GHAUfS DBa CHRONIQUES.
de rOman el d'autres eoBirées à Syraf
même; on les charge à Syrai sur les vaisseaux chinois. Cet usage vient de ce que les vagues sont très-fortes dans cette mer (le golfe Persiquc) et que Teau manque en plusieurs endroits. La distance, par eau, entre Bassora et Syraf» est de cent vingt parasanges. Quand les marchandises ^ sont embarquées à Syraf, on s approvisionne d eau douce et on «nttoa; c'est le mot employé par les mariniers pour dire meUre à la voile. On se rend à Mascate, à 1 extrémité de TOman. La distance de Syraf à Mascate est d'environ deux cents narasânges.
Dan^s la partie orientale de cette mer, entre Syraf et Mascate, se trouve, entre la. autres villes, Syf (le port), des Benou- Al-safac, ainsi que l'île du fils de ikaouan. La même mer mouille les montagnes dé rOman. De ce c6té est le lieu nommé Al^ dordour; c'est un lieu resserré entre deux montagnes, que traversent les petits navires, mais où ne peuvent s'engager les
CHAINB DBS GHIIOffK^ES. 15
navires diiaoîs. Là sont les deux rochers
appelés Kossayr et Ouayr; une petite partie seoiemeiit des roehers se montre audessus Je Feau (3o].
Quand nous eûmes dépassé ces montagnes, nous nous rendîmes au lieu nomme Sahar d'Oman ; ensuite nous nous approvisionnâmes d'eau douce à Mascate , à un puilâ qui se trouve là (3i). On peut se procurer en cet endroit des moutons de rOman. De ce lieu, les navires mettent à la voile pour Tlnde, et se dirigent vers
Koulam-Malay (3 2) ; la distance entre Mas-
eate et iCoulam-Maiay est d'un moia de mardie, avec un vent modéré. A Koulam- Maiay ii y a un péage (33) , qui sert pour la contrée, et où les navires chinois ac- 17. quittent les droits ; on y trouve de Teau douée fournie par des puits. Chaque navire cliinois paye mille dirhems; pour les autres navires (qui sont moins lourds), ils payent depuis un dinar jusqu'à dix (3/i).
Entre Mascate, Koulam-Malay et (la mer de) Herkend, il 7 a environ un mois
16 GUAUfE DES CHRONIQUES.
de marche. On s'approviaionne d'eau douce à Koidam-Malay ; puis on met à la voile pour la mer de HerLeud. Quand on a dépassé cette mer^ on arrive au lieu nommé Lendjebâlom (35}. Les habitante de ce lieu ne comprennent pas la langue
arabe, ni aucune des langues parlées par les marchands. Les honunes ne portent pas* de vêtement; ils sont blancs et ont le poil rare. Les voyageurs disent n avoir jamais vu leurs femmes. En effet, les hommes se rendent auprès des navires , dans des canots faits avec un seul tronc d'arbre, et 18. ils apportent des cocos , des cannes àsucre» des bananes et du vin de cocotier (vin de palmier) ; celte liqueur est d'une couleur blanche. Si on la boit au moment où elle vient d^étre extraite du cocotier, elle est douce conune le miel ; mais, si on la conserve une heure , elle devient comme le vin ; et , si elle reste dans cet état pendant quelques jours*, elle se convertît en vinaigre. Les habitants échangent cela contre du fer. Quelquefois il leur vient un
peu d'ambre , qu ils cèdent aussi pour quel* ques objets en fer. Dn reste » les échanges se font uniquement par signes, de la main à ia main y vu qu'on ne s entend pas.
Ces hommes sont tr%s4ialiHes à la nage; quelquefois ils dérobât le fer des mardiands sans leur rien donner en échange.
De là, les navires mettent à la voile pour un lieu nommé Katàh-Bàr. Le mot bar (36) sert à désigner h ia ibis un royaume et une côte. Kalah-Bar est une
dépendance du Zâbedj {AUzâhedj) ; la situation du Zâbedj est à droite des provinces de nnde , et la régira entière obéit à ] un seul roi (37). L'habillement des habitants cpnsîste dads le pagne : grands et petits, tous portent un seul pagne (38). Les navires trouvent dans le Kalah-Bâr de Teau douce provenant de puits. On préfère Teau des puits à l'eau de source et à
Teau pluviale. La distance entre Koulam , qui est situé dans le voisinage de ia mer de Herkend et Kabh-^àr, est un mois de route (39).
Ensuite les navires se rendent clans un lieu nommé Betoumah (4o} , où ii y a de Teau doQce pour les penonnes «fui en veulent. Le temps nécessaire pour y arriver est dix journées.
Après cela, les navires se dirigent vers le lieu nommé Kedrendj , et y arrivent en dix journées. On y trouve aussi de l'eau douce, U en est de même des îles de Tbide; en y creusant des puits, on trouve Teau douce. A Kedrendj est une montagne élevée où quelq[uefcii$ 9'enfiiient les es* claves et les voieurs« 20. Les navires se rendent ensuite au lieu nommé Senef, situé à une distance de dix journées; il s'y trouva au$si de Teau douce ; on exporte de ce lieu Faloès appelé (d'Set^y* Ce lieu forme un royaume.
Left habitants sont bruns > et chacun d'eux se revêt de deux pagnes [ki]*
Quand les navires se sont pourvus d*eau douce, ils mettent à la voile pour un Heu nommé Sender^Foalai. Sender-Foulat est le nom d'une ile; on met di;^ journées
pour y arriver et il s'y trouve de l'eau douce.
De là , les navires entrent dans une mer
appelée Sandjj, puis ils frauckissent les portes de la Chine. Ces portes consistent
dans des montagnes baignées parla mer; entre ces montagnes est une ouverture par laquelle passent les navires.
Quand, par un eilet de la faveur divine, les navires sont sortis sains et saufs de Sender-Foulat, ils mettent à la voile pour la Chine et y arrivent au bout d'un mois. Sur ce mois, sept journées sont employées à traverser les détroits formés par les montagnes. Lorsqu'ils ont franchi ces portes, et qu ils sont arrivés dans le golfe , 21. ils entrent dans l'eau douce, et se rendent dans la ville de Chine oh Ton a coutume d'aborder : cette ville se nomme KJumfou.
Khanfou et les autres villes de Chine sont pourvues d'eau douce, provenant de rivières et de ruisseaux. ChÂpie contrée a aussi SCS péages et ses marchés. Sur la côte, il y ^ le flux et reflux deux ibis chaque jour
10 OHAINE mS GHRONIQDBS.
el chaciue nuit ( Dans ie golfe Persique) depuis Bassora jusquà Tîle des Benoukaouaa , le flux a lieu quand la lune se trouve au milieu du ciel , et le reflux au moment où la lune s élève sur rhorîzoïi et lorsqu'elle se eouche« En GUnet et jusqu'auprès de rUe des Benou-Kaouan , ie flux a lieu au moment où la lune se lève.
Quaiul la lune occupe le milieu du ciel,
la mer se retire , et elle revient quand la lune se couche. La mer se retire de nouveau lorsque la lune se trouve du côté opposé » au milieu du cid.
22. On raconte que, dans une île appelée Molkm, entre Setmdyb et Kalah (à2)^ dans la mer de rinde» du côté de Torient^
11 y a une |>euplade noire et qui est nue.
Quand il lui tombe cutre les mains un honmie d'un autre pays, elle le suspend la tête en bas, le eoiq»e en morceaux, et le mange presque cru. Le nombre de ces^ noirs est considérable; ils habitent une même île, et n'ont pas de roi. Leur nourriture est le poisson > la bànane , le çoco ^
GHAIHE DBS CHBONIQOES. SI
la cume à sucre, fis demeurent dans des
espèces de bois et au milieu des roseaux.
U y a, dit-on, dans la mer, un petit pcHSBOD volant; ce poisson , appelé la saa* ierelle deau, voie sur la surface de Feau.
On parie d*an autre poisson de mer qui, sortant de Teau, monte sur le cocotier et boit le suc de la plante; ensuite il retourne à la mer. On fait encore mention d^un ani- S3. mal de mer qui ressemble à Técrevisse; quand cet animal sort de la mer, il se convertit en pierre. On ajoute que cette pierre fournit un collyre pour un certain mal d'yeux (43).
Près du Zabedj , il y a , dit-on , une montagne, appelée la nu}nt<igne ia fm, dont il n'est pas possible d'approcher. Le jour, on en voit sortir de la fiunée, et, la nuit, des flammes. Au pied est une source d'eau froide et douce; il y a une autre source d*eau chaude et douce (44) •
Les Chinois, grands et petits, s habillent en soie, hiver et été. Les princes se réservent la soie de première qualité;
St CHAIHB DBS CfiRONIQUBS.
quant aux penonnea d'un ordre inférieur, ^ elles usent d'une soie en proportion avec leur condition. L'hiver, les hommes se couvrent de deux, trois, quatre, cinq ca- 24. leçons, et même davantage, suivant leurs moyens* Leur but est uniquement de
maintenir la chaleur dans les parties inférieures du corps, à cause de la grande humidité du climat et de la peur qu'ils en onL Mais , Tété , ils revêtent une seule tu- . nique de soie, ou quelque chose du même genre. Ils ne portent pas de turban.
La nourriture des Chinois est le rix.
Quelquefois ils versent sur le rit du kouschan cuit (45)» et le mangent ensuite.
Quant aux princes, ils mangent du pain de froment et de la viande de toute espèce d^animaux, tds que cochons, etc.
Les fruits que possèdent les Chinois sont :1a pomme, ia pêche, le citron, la grenade, le coing, la poire, la banane, la canne à sucre, le melon, la figue, le raisin , le concombre, le kheyar (46)* le lotus, la noix, Famandc, raveiine, la pistache.
la prune, l'abricot, la sorbe et le coco.
Le palmier ne^i pas commun eu Chine; on voit seulement des pafamer» chez quel- 25. ques particuliers. Le vin que boivent les Chinois est fait avec le riz (47) ; ils ne font pas de vin de raisin « et ou ne leur en porte pas du dehors; Us ne le cofnnaissent donc pas et n en font pas usage. Avec le riz, ils se procurent le vinaigre, le nabyd (48) « le natbif (espèce de confitures), et autres compositions du même genre.
Les Chinois ne se piquent pas do proprêtée £n cas d'impureté , ils ne se lavent pas avec de f eau; ils s'essuient avec le papier propre à leur pays (49)* Us mangent les corps morts et autres objets du même genre, comme font les mages (les idolâtres) (5o) ; en effist, leur religion se rapproche de celle des mages. Les femmes sortent la tête découverte et portent des pdignes dans leurs cheveux. On compte quelquefois» sur la tête d'une femme, vingt peignes d'ivoire et autres objets analogues. Pour les hommes, ils se couvrent
la tète avec quelque chose qui ressemble à un bonnet L'usage en Cbine est de mettre à mort les voleurs, quand on iea atteint (5 1 ) .
20. OBSERVATIONS SDR LES PAYS DE L'INDE ET DE LA GHllIE ET SUE LEURS SOUVEEAINS.
Les habitants de flnde et de la Chine
s accordent à rlire que les rois du monde qui sont hors de ligne sont au nombre de quatre. Celui quMls placent à la tête des quatre est le foi des Arabes (le khalife de Bagdad). C^est une chose admise parmi eux sans contradiction, que le roi des Arabes est le plus grand des rois, celui qui possède le plus de richesses et dont la cour a le plus d'éclat, et, de plus, qu'il est le chef de la religion sublime au-dessus de laquelle il n existe rien* Le roi de la Chine se place lui-même aprës le roi des Arabes. Vient ensuite le roi des Ror mains. Le quatrième est le Balhara, prince des hommes qui ont Toreille percée (52)* Le Balhara est le plus noble des princes de rinde; les Indiens reconnaissent sa supé-*
riorîté. Chaque prince, dans l'Inde, est 27, maître dans ses États ; mais tousren dent hommage à la prééminence du Bdhara.
Quand le Balhara envoie des députés aux autres princes « ceux«ci » pour lui faire honneur» prodiguent les égards aux députés* Il paye une solde i se» troupes, comme cela se pratique cliez les Arabes ; 11 a des chevaux et des éléphants en abondance , ainsi cpie beaucoup d^argent. La monnaie qui circule dans ses États consiste en pièces «Targent» qu'on nomme thatherya (53).
Chacune de ces pièces équivaut à un rhem et demi , monnaie du souverain. La date qu elles portent part de l'aimée où la dynastie est montée sur le trône (54) ; ce n'est pas, comme chez les Arabes, Tan née de Thégire du Prophète, sur lui soit la paix! Tëre des Indiens a pour commencement ie règne des rois, et leurs rois vivent longtemps ; souvent leurs rois régnent j)endant cinquante ans. Les habitants des États du Balhara prétendent que, si leurs rois régnent et vivent longtemps , c est uni-
76 GBAIH DBS GBBÛNIQOBS.
gaetneal à cause de l'aUaeheiiieDt quîk portent an Arabes. Ea effet, il n^esiste pas, pumi les souveratns, un prince qui n. «me plue lea Arabes que le Bidliara, et
ses sujets suivent son exemple (55).
BaÛiara est le titre que prennent tons les rois de cette dynastie. H revient à celui de Cosroès (chez les Pecsans, de César ches lea Romains) , et ce n'est pas un nom propre. L'empire du Baibara commence à la eMe de Im mer^ lài oà est le pays de Konikam (Concan) , sur la la»gne de terre qtû se prdlpnge jusqu en Chine. Le BaUiani a autour de lui plusieurs pffinces» avec iescpteis il est en guerrot mais qu'il surpasse de beaucoup* Parmi eux, est le prince nommé roi du Al-<Qorx (56). Ce prînoe enti^nt dea troupes nombreuses, et aucun autre prince indien n a une aussi belle cavaleriow II a de l'aversiott pour les Arabes; néanmoins, îi reconnaît que le roi des Arabes est le plus grand dea rois. Aucun prince indien ne b^t pkis que lui Tisia^
mùme. Ses Étals forment uiie langue de terre. Il possède de iprandes richesses; ses ehameanx et ses cbevaui sont en grand
nombre. Les échanges se font, dans ses Etats, avec de l'argeat (et de IW) en poudre (57); le pays renferme, dit-on, des mines (de ces métaux) • Il ny a pas» daos toute rinde, de oontrëe mieux garantie S9.
contre les voleurs.
A côté de ce royatune est cdui du Thafec ; son territoire est peu considérri>Ie ; les femmes y sont blanches et plus belles que dans le reste de Tlnde. Le roi vît en paix avec ses voisins , à cause du petit
au même degré que le Balliara (58).
A ces trois États , est contigu un royaume appdlé Rohmy (Sg) » et qui est en guerre avec celui de Al-djorz. Le roi ne jouit pas d*une grande considération. Il est aussi en guerre avec le Balhara, comme avec le roi de Al-djorz; ses troupes sont plus nombreuses q[ue celles du Balhara , du roi de Al-djorz et du roi de Thafec. On dit que»
» CHAIHB DES CBBOmQUES.
loraqu il marche au comhal» il est accompagné d*en?iron dncpiaiile mille éléphants (6o)« 11 ne »e met en campagne f hiver: en e&t, les éléphants'ne aop> portent pas la soif; ils ne peuvent donc sortir ^e Thiver. Ou dit <{ae, dans son armée t le nombre des hommes occupés à fouler le drap et à le laver s élève de dix i 30, ouinse mille (61). On ftbrique dans ses États des étoffes qui ne se retrouvent pas ailleurs; une robe faite avec cette étoffe peut passer, tant Tétoffe est légère et fine, À travers Tanneau d'un cachet. Cette éioSe est en coton; nous en avons vu un échantillon (62]. Les échanges se fout» parmi les habitants, avec des cauris; c^eai la
monnaie du pays, c'est-à-dire sa richesse.
On y trouve cependant de i or, de l'argent, de Taloàs, ainsi que Tétoffe nommée saiiiara, avec laquelle on fait les medsabh (63). Le même pays nourrit le bos-
chan marqué, anlrcment appelé kerhedem{6h). Cet animal a une seule corne au milieu du front, et dans cette corne est
GHÀINË DES CHRONIQUES. 20
une figure dont la forme est smnblable à celle de rhomme; la corne est noire cFun bout à Tautre ; mais la figure placée au milieu est blanche. Le kerkedenn est inférieur pour ia grosseur à TéléphaDt, et sa couleur tire vers le noir; il ressmible au 91. buffle, et est très-fort; aucun animal ne l'égale pour la vigueur. Il n'a point d'articulation au genou ni à la main ; depuis le piedjusquàraisselie, ce n'est quun morceau de cbair; Télt^phant le fuit; il m* mine comme le bœuf et le chameau. Sa cbair est permise ; nous en avons mangé.
11 est nombreux dans celle contrée ; il vit dans les bois. On le trouve dans les autres provinces de Hade; mais ici la corne en est plus belle; car die oiire souvent une figure humaine, une figure de paon, une figure de poisson, ou toute autre figure.
Les habitants de la Chine font avec cette corne des cdntnres, dont le prix s'élève, en Chine, jusqu'à deux et trois mille dinars, et même au delà, suivant la beauté de la figure dont on y trouve Timage.
30 CHAaifi D£S CfiROIliQUBS.
Toutes ces cornes sont achetées dans les États do Rolmiy, avec cUs cauris, qui sont
la monnaie du pays (65).