Après cela vient un royaume placé
dans l'intérieur des terres» et qui ne s'étend pas jusqu'à la mer; on le nomme royaume des Kaschibjn (66). C'est un peupie de couleur blanche « qui a les oreilles percées, et qui est remarquable pour sa beauté. Il habite les champs et les montagnes.
Vient ensuite une mer sur les bords de laquelle est un roi nommé Al-kyrendj (67).
C'est un prince pauvre et orgueilleux, qui
également des denU d'éléphant. Dans ses États on mange le poivre encore vert, à
cause de sa petite quantité.
Après cela, on rencontre plusieurs royaumes; Dieu seul, quHl soit béni et qui! soit exalté! en connaît le nombre* Psrmi As royaumes est celui des Moudjali (68); c'est le nom d'un peuple d'un (eint blanc, qui se rapproche des Chinois
pour i'habillement On trouve chez lui du musc en abondance (69]. Le pays est cou* ronné de moatagues blanches d'une longueur sans exemple. Les habitants ont à combattre plusieur^^ rois qui les entourent.
Le musc qui se trouve dans le pays est bon
et d'un eiïet énergique.
Au delà se trouvent les rois du Mabedt qui comptent un grand nombre de vil- 33.
les (70]. Leurs Etats s étendent jusqu au pays des Moudjah; mais ils sont plus considérables , et les habitants se rapproclieut davantage des Chinois. A Texemple de ce qui se passe en Chine, les dignités les plus considérables sont occupées par des eunuques, et le pays touche à la Chine. Les princes vivent en paix avec le roi des Chinois; mats ils ne lui prêtent pas obéissance. Tous les ans, les rois du Mabed envoient des députés au roi de la Chine avec des présents (71). Le roi de la Chine fait aussi des présents aux souverains du Mabed ; car cette contrée est fort vaste. Quand les députés du A^ahed arrivent en Chine »
32 CHAINE D£S GUA0NIQU£5.
ils sont surveillés , de peur qu'ils ne cherchent i Ae rendre maitres du pays, vu le grand Jiomfare de leurs compatriotes. On ne trouve entre les deux régions que montagnes et montées.
On dit que le roi de la Chine compte dans ses États plus de deux cents métro- 34. pôles. Ghaomie de ces métropoles a à sa tête un prince {malek) et un eunuque; du reste, elle a d'autres villes sous sa dépendance. Au nombre de ces métropoles est Khanfou , rendez-vous des navires , et ayant vingt autres villes sous sa dépendance. Le nom de vilU ne se donne qu'aux cités qui ont le djadem, et l'on entendpar djademnne espèce de trompette. Le djadem est long et assez épais pour remplir les deux mains à la fois; on Tenduit de la même manière que les autres objets qui nous viennent de , Chine. Il a trois ou quatre coudées de longueur; mais sa tète est mince , de manière à pouvoir être emboudiée. Oii entend le son du djadem à prës d'un mille de distance.
Chaque vîUe a quatre portes» et à chaque
poite il y a cinq de ces djadenit dont on sonne à certaines heures de la nuit et du jour* Chaque ville a également dix lam<* bours, dont on frappe en même temps qu on sonne du djadem. C*esi une manière de rendre hommage au souverain.
De plus , les habitants se rendent compte 55. par là des heures de la nuit et du jour; du reste, ceux-ci ont des signes et des poids pour connaître les heures (72).
Les échanges, en Chine, se font avec des pièces de cuivre (73), Les princes ont des trésors, comme les princes des autres pays; mais seuls, parmi les princes, ils ont des trésors de pièces de cuivre ; car c*est la monnaie du pays. Ce n^est pas quHls ne possèdent de i or, de l'argent, des perles, de la soie travaillée et non travaillée; bien au contraire, tout cela abonde chez eux: mais ces objets sont considérés comme marchandise; c^est le cuivre qui sert de monnaie.
On importe en Chine de Tivoire, de Tencens, des lingots de cuivre, des cara-
54 ClUaiB DES GfiB01flQD£S.
paces de lorUieft de mer{']i)9 eofin, le boidian ou kerkede&n , dont mus avmis
donné la description, et avec la corne duquel les Chinois font des eeistnres.
Les bétes de somme sont nombreuses ehes les Chinois ; ils ne connaissent pas le cheval arabe; mais ils ont des éheraui d'une autre espèce; ils ont aussi des ânes et des chameauK en grand nombre; leon chameaux ont deux bosses.
U y a en Chine une argile très-fine âvec SO» laquelle on fait des vases qui ont la transparence des bouteilles ; l'eau se voit à ttSr vers* Ces vases sont faits avec de IVur* gile (75).
Quand un navire arrive du dehors, les
agents du gouvernement se font livrer les marchandises et les serrent dans certaines maisons* Les marchandises sont soumises au dork pendant six mois (76) , jusqu'à ce (pie le dernier navire soit entré (7 7) • Alors
les Chinois prennent les trois dixièmes de chaque marchandise et livrent le reste au propriétaire. Ce que le stiltan de la Chine
CHAINE DES CHMIflQUES. 35
désire se piocvrer, ii le reçoit au taux te
plus élevé et le paye comptant; il ne se permet à cet égard aucune inju&tice. Au nomère des objets que le souverain prélève, est le camphre , qWil paye au prix de cincpiante fakkoudj le manna , et le fakkoudj équivaut à mille pièces de cuivre.
Le camphre cfvà n'est pas mis à part pouv le sultan^ se vend la moitié de cette valeur, et on le met dans la c^culation générale*
Quand un Chinois meurt, il n'est enterré qpie le jour anniversaire de sa mori, dans une de» années sûbséquentes. On 37.
place le corps dans une bière, et la bière est^ gwdée daae la msBs6n;'0n met sur le corps de la chaux, qui a la propriété d'absorber les parties aqaenses; le reste cb corps se conserve. Quand il s*agit des princes, on emploie i'aloès et le c^nphre. On pleure les morts pendant trois an»; celui qui ne pleure pas sur ses parents est battu de verges; hommes et femmes, tous sont soth mis à ce châtiment ; on leur dit : a Quoi ! la
dé GHAINB DBS CHRONIQUES.
mort de ton parent ne t'afflige pas? » Ensuite, les corps sont enterrés dans une tombe* comme chez les Arabes. Jusque-là, on ne prive pas le mort de sa nourriture ordinaire; on prétend que le mort continue à manger et à boire. En effet, la nuit, on place de la nourriture à côté, et le lendemain on ne trouve plus rien. Il a mangée se dit-on.
On continue à pleurer et à servir de la nourriture au mort, tant que le corps est dans la maison. Les Chinois se ruinent pour leurs parents morts; tout ce qui leur reste de monnaie ou de terres, ils remploient à cet objet (78). Autrefois on en- SS, terrait avec le prince tout ce qu'il possédait, en fait de meubles , d'habillements et de ceintures ; or les ceintures , en Chine , se payent à un prix très élevé. Mais cet usage a été abandonné parce qu'un cadavre fut détorré, et que des voleurs en* levèrent tout ce qui avait été enfoui avec lui (79).
En Chine, tout le monde, pauvre et
riche, petit et grand, apprend à dessiuer et à écrire.
Le titre que Ton donne aux fonctionnaires varie suivant la dignité dont ils sont revêtus , et i importance des villes qui leur sont confiées. Le gouverneur d'une ville d'un ordre inférieur porte le titre de tonsêendj, mot qui signifie il a mainienu la ville. On donne au gouverneur d'une ville de rimportance de Khanfou le titre de djjoa. Les eunuques sont appelés du nom de thoueam: les eunuques sont nés en Chine même (80) ; le cadi des cadis (grand juge] est appelé lacchy'mânuÊkoua: et ainsi des autres titres , que nous ne reproduisons pas, de peur de les écrire incorrectement (8 1 ) . Aucun de ces fonctionnaires n'est promu avant Tâge de quarante ans. C'est alors, disent les Chinois, d9« que rhomme a acquis une expérience suflisante.
Les gouverneurs d'un ordre inférieur, quand ils siègent, s'asseyent sur un trône, dans une grande salle; un autre siège
3S CHAm DBS CHBOIIIQUBS.
est plaeé devant eoz. Od letir préseate les
écrits où sont exposés les droits respectifs des parties; derrière ie gouverneur est un kcniine debout, désigné par le titre de l^khom; si le gouverneur se trompe dans qoetipi^niie de aea décisioiis, et fidt mie
méprise, cet homme le reprend. Il n'est tenu aucun compte de ce que disent les parties; ce qu^elles eut i dire dans leur intérêt doit être présenté par écrit (8 a).
Lonqu^une peracmiie demande â poursuivre une affiiire devant le gouverneur, un hommci qui se tient à la porte, litd'abord I^écrit^et, s'il y remarque une irrégularité, il le rend à la personne. Les requêtes adressées au gouverneur doivent être rédigées par un écrivain qui connaisse les 40« lois. Ûécrtvaiu ajoute au bas : c Rédigé par un tel , fils d*un tel. » Si quelque irrégula» rité se trouve dans Técrit, la iaute retombe sur le rédacteur, et on le luit des verges (83). Le gouverneur ne siège qu*après avoir mangé et bu; c'est afin qu'il apporte aux affaires plus d'attention. Cba-
CHAWB DBS CHRONIQUES. 39
ipie gouverneur est payé sur les revenus
de la ville où il commande.
Le roi suprême ne se montre qu*une fois
tous les dix mois. «Si, (&t-il, le peuple me voyait firéquemment, il n aurait plus de considération pour moi. Les formes du gouvernement doivent être despotiques; en efiet, le peuple n'a aucune idée de la justice; la force seule peut lui apprendre à nous respecter. »
Les terres ne payent pas d'impôt; mais on eiige une capitation de tous les mâles t
chacun suivant ses moyens (84). Les Arabes et les autres étrangers payent un droit 4]. pour la oonservatkm de leurs marchandises.
Quand les denrées sont chères > le sultan fait tirer des vivres des magasins publics» et on les vend à un prix inférieur à celui du marché; par conséquent, la cherté ne peut pas se prolonger (85)«
L'argent qui entre dans le trésor public provient uniquement de Timpôt levé sur les têtes. Je suis porté à croire que Targent
40 CHAINE mS CHRONIQUES.
cpii entre chaque jour dans la caisse de
Khanfou s'élève à cinquante mille dinars ; et, pourtant, ce n'est pas la ville la plus considérable de Tempire (86).
Le roi se réserve, entre ies substances minérales « un droit sur le sel ^ ainsi que sur une plante (le thé) qui se boit infusée dans de Teau chaude. On vend de cette plante dans toutes les villes, pour de fortes sommes \ elle s appelle le sàkh. £lle a plus de feuilles que le trèfle (87). Elle est un peu plus aromatique , mais elle a un goût amer. On fait bouillir de Teau , et on la verse sur la plante. Cette boisson est utile dans toute espèce de circonstances (88).
Tout l'argent qui entre dans le trésor public provient de la capitation , de 1 im- 42, pot sur le sel, et de l'impôt sur cette plante.
Dans chaque ville , il y a ce qu^on appelle le dard: c'est une cloche» placée sur la tête du gouverneur, et qui est attachée à un fil , lequel s'étend jusque sur la voie publique » afin qu elle soit à la portée de
toutle monde indistinctement Quelquefois ce fil a une parasange de long. Il suffit que quelqu'un remue tant soit peu }e fil pour que la cloche se mette en mouvement. Celui donc à qui on a fait noe in* justice, remue le fil, cL la cloclie s agile sur la téte du gouverneur. Le plaignant est admis auprès du gouverneur, afin qu'il expose lui*méme ce qu il désire, et qu a!
fasse connaître le tort qu'on lui a fait. LV sage de la cloche existe dans toutes les provinces (89).
La personne qui veut voyager d'une province à Tautre se fait donner deux billets, l'un du gouverneur et Tautre de l'eunuque. Le billet du gouverneur sert pour la route , et contient les noms du voyageur et des personnes de sa suite , avec son ftge , l'âge des personnes qui raccompagnent , et la tribu à laquelle il appartient. Tonte personne qui voyage, en Chine, 43.
que ce soit une personne du pays, un Arabe, on tout autre, ne peut se dispenser d'avoir avec elle un écrit qui i^ei ve à la
faire reconnaître. Quant au billet de Teu-
Qucjue, il y est fait mention de l'argent du voyageur et des objets qu'il emporte avec lui. Il y a sur toutes les routes des hommes chargés de^se faire présenter les deux billets; dès qu un voyageur arrive, les préposés demandent à voir les billets; ensuite ils écrivent : i A passé idt un tel^ fils dun tel, telle profession, tel jour, tel mois, telle année, ayant tels objets avec lui. » Le gouvernement a eu recours à ce moyen, afin que les voyageurs ne
courussent pas de danger pour leur argent et leurs marchandises. Que si un voyageur essuie une perte ou meurt, on sait tout de suite comment cela s'est fait, et on rend ce qui a été perdu au voyageur^ ou à ses héritiers, après sa mort (90].
Les Chinois respectent la justice dans leurs transactions et dans les actes judiciaires. Si un homme prête une somme d'argent à (juelqu'un, il écrit un billet a ce sujet; Temprunteur, à son tour, écrit 4i4. un billet, quil marque avec deux de ses
doigts réunis , le doigt da milieu et Tindex. On met ensemble les deux billets. On les piie i un avec Tautre « on écrit quelques caractères sur Tendroit qui les sépare; ensuite t on les déplie et on remet au préteur le billet par lequel Temprunteur reconnais* saitsa dette. Si , plus tard, lemprunteur nie sa dette, on lui dit : «Apporte- le billet du préteur. » Si Femprunteur prétend n'avoir point de billet , qu'il nie avoir écrit un billet accompagné de sa signature et de sa marque « et que son billet ait péri , on dit à Temprunteur qui nie la dette : « Déclare par écrit que cette dette ne te concerue pas; mais, si, de son côté, le créancier vient à prouver ce que tu nies, tu recevras vingt coups de bâton sur le dos, et payeras une amende de vingt mille fakkoudj de pièces de cuivre (91).» Or, comme le fakkoudj équivaut à mille pièces de cuivre, cette amende fait à peu près deux mille dinars (9 2) . D ua 45. autre côté, vingt coups de bâton suffisent pour tuer un homme. Aussi personne, en Chine, n'ose faire une déclaration par
44 CUA1N£ DES CUK0NIQUE5.
écrit, de peur Je perdre à la fois la vie et la fortune. Nous n'avons jamais vu qui ({ne
ce soit consentir à faire cette déclaration.
Les Chinois se conforment, dans leurs rapports respectifs, à la justice; personne n*est privé de son droit; ils n'ont pas même recours aux témoins ni aux serments.
Quand un homme fait faillite, et <[ue les créanciers le font mettre « à leurs finds , dans la prison du sultan, on exige une déclaration de lui. Après qu'il est resté un mois en prison, le sultan le fait comparaître en public, et Ton proclame ces mots : « Un tel , fils d'un tel , a emporté l'argent d'un tel , fils d'un tel. » S U reste au failli une somme placée chezqudqu'un, ou s'il possède ({uelque champ , ou des esclaves, en un mot, quelque chose qui puisse faire face à ce qu'il doit , on le fait sortir tous les mois , et on lui applique des coups de bâton sur Tanus , parce qu'il est resté en prison , mangeant et buvant, bien 16. qu'il lui restât de l'argent. On lui applique les coups de bâton , que quelqu'un le dé-
nonce ou ne le dénonce pas ; il est battu dans tous les cas, et on lui dit : a Tu n'as cherché qu'à frustrer les autres de ce qui leur appartenait et à t^emparer de leur bien. • On lui dit encore : « Tâche de iiaire droit aux réclamations de ces personnes. »
S'il n en a pas les moyens » et s'il est bien constant pour le sultan qu^ii ne reste au failli aucune ressource, on appelle lés créanciers, et on ies satisfait avec l'argent du trésor du Baghoan, titre que porte le roi suprême. Bagboim est le seul titre qu^on donne au souverain , et ce mot signifie du ciel; c'est le mot dont nous avons fait nuybmn (gd). Ensuite on proclame ces mots : c Quiconque entretiendra des rapports d'affaires avec cet homme sera mis à mort » Ainsi personne n'est exposé à éprouver des pertes de ce genre. Si on apprend que le débiteur a de l'argent placé chez quelqu'un , et que le dépositaire n^aîl pas fait de déclaration au suj et de cet argen t, on tue celui-ci à coups de bâton. L^on ne dit rien pour cela au débiteur; on ^ con-
te GHAIRB DES CHROmQUES.
lente de prendre Targenl, quon partage
aox créanciers; mais, à partir de ce moment» ie débiteur ne peut piua entretenir de rapports d'affaires avec personne.
47. On dresse, en Chine» des pierres d'une longueur de dix coudées et gravées' en creux. L'inscription présente un tableau des diverses maladies et de leurs remèdes.
Pour telle maladie, y est-il dit, il y a tel remède* Celui qui n^a pas les moyens d'a<* cheter le remède ie reçoit aux frais du trésor public.
Les terres ne payent pas d*impôt; Tîmpôt se paye par téte , suivant la fortune de dbacun et IHmportance de ses propriétés (94).
Le nom de tout enfant mâle qui nait
est écrit dans les registres du sultan (gS) . Dès que Tenfant est parvenu à Tége de dix-huit ans, on exige de lui la capitation ; mais , lorsqu'il a attemt sa quatre^vingtième année, il ne la paye plus; au contraire, on lui donne une pension aux frais du trésor public , et Ton dit à ce sujet : « Nous
GHAINB DBS CHRONIQUES. 47
avons reçu de loi une pension qusnd il était jeune; il est juste que noub la lui rendions f maintenant qu il est vieux (96). t
Dans chaque ville, il y e des hommes de plume et des maîtres , qui instruisent les pauvres et leurs enfiudts aux fiais du trésor public (97]. Les femmes sortent les cheveux exposés à Tair ; pour les hom- 4S. mes, ils se couvrent la téte.
On trouvedansles montagnes un bourg, nommé Tâjou, dont les habitants sont courts de taille. Tous les hommes qui , en Chine, sont courte taille, sont censés venir de ce bourg. Les Chinois , en général, sont bien faits, grands, d'un blanc clair, mais coloré de rouge. Ce sont, de tous les hoidmes, ceux qui ont les che^ veux du noir le plus foncé. Les femmes laissent pousser leurs cheveux (98).
Dans l'Inde, quand un homme intente à un autre une action qui doit entraîner la peine de mort, on dit au demandeur :
tt Veux-tu soumettre le défendeur à Yéjmuve du feu?» SHl répond oui, Ton fait
chaiiffer jusqu'au rouge une barre de fer; ensuite oo dit au défendeur : t Présente ta main.B En même temps, Ton étend sur sa main sept feuilles d un certain arbre du pays « et on pose la barre dessus.
L'homme se met à marcher en avant ei en arrière; après cela» il jette la barre et on lui présente une bourse de cuir dans la- 40. <jueile il introduit sa main; la bourse est immédiatement scellée avec le sceau royal. Au bout de trois jours, on apporte du riz dont le grain est encore dans sa balle , et on dit à Thomme : « Frotte les grains, afin d'en détacher ia pellicule.»
Si sa main ne présente aucune trace de brûlure, le défendeur obtient gain de cause et n'est pas mis à mort. Pour le demandeur, il est condamné a payer un manna d or, que le souverain se réserve pour lui-même (gg).
Quelquefois, on fait bouillir de l'eau dans une marmite de fer ou d'airain , de manière à ce que personne n'ose en approcher. On y jette un anneau de fer,
CHAINE DEb CHRONIQUES. 49
puis on dit au défendeur: «Introduis ta main dans la marmite* » Il faut alors que le défendeur retire Tanneau. JTai vu un homme introduire sa main dans la marmite et la retirer saine et sauve. En ce cas, comme pour Tautre, le demandeur est obligé de payer un manna d'or (loo).
Quand le roi de Serendyb meurt, on le traîne sur un char, très-près du sol ; le corps est attaché au derrière du char de manière à ce que Tocciput de la téte traîne par terre et que les cheveux ramas- 50. sent la poussière./ En même temps, ime femme , tenant un balai à la main , chasse la poussière sur la figure du mort et crie ces mots : t O hommes ! cet homme était encore hier votre roi; il vous gouvernait, et ses ordres étaient exécutés par vous.
Voilà où il en est réduit; il a dit adieu au monde, et l'ange de la mort s'est saisi de son âme. Ne vous laissez donc plus séduire par les plaisirs de cette vie; » et autres paroles analogues. Cette- cérémonie dure trois jours; ensuite, on apporte du
boit de aandal , du camphre et du safniR ,
et on brûle le corps au milieu de ces aromates; apràs quoi on jette les cendres au vent. Tous les Indiens brûlent leurs morts ^toi). Seiendyb est la piusaTancée
des îles (102) qui dépendent de l'Inde, Qaelque&Ms, lorscpion brûle le corps du roi , ses femmes se précipitent sur le bûcher et se brûlent avec lui ; mais il dépend d*eUes de ne pas le faire (io3)*
Dans llnde, il y a des personnes qui font profession d^errer dans les bois et les montagnes, et qui communiquent rare^ 51. ment avec le reste des hommes. Ces per^ sonnes n'ont quelquefois à manger que* rberbe des champs et les fruits des bois.- Elles s'attachent un anneau de fer au bout de la verge , aûn de se mettre dans* rimpossibililé d'avoir commerce avec les* feuunes. Parmi ces hommes il y en a qui vont nus. Quelques-uns se tiennent nus, la
face tournée vers le soleil , et n'ayant pour toute couverture que quelque peau de panthère. Je vis, dans un de mes voyages, ua
de ces hommeft , dans Véiat que je viens de décrire; srize ans après, je retournai dans le même pays , et je retrouvai cet homme dans la même situation. Une diose qui m'étonna, ce fut que sa personne ne se fût pas fondue de chaleur.
La noblesse, dans chaque royaume, est censée ne faire qu*une seule et même famille ; ia puissance ne sort pas de son sein » et les princes nomment eux-mêmes leurs héritiers présomptifs; il en est de même des hommes de plume et des médecins; ils forment une caste particulière, et la profession ne sort pas de la caste (io4)*
Du reste, les princes de Tlnde ne reconnaissent pas Tautorité d*un même souverain (io5). Chacun d'eux est maître chez lui. Néanmoins, le Balhara porte le titre de roi des rois. Quant aux Chinois, ils ne se 52. nomment pas d avance des héritiers.
Les Chinois sont des gens de plaisir ; mais les Indiens réprouvent le plaisir, et ils s'en ahstiennent; ils ne hoivent pas le vin (to6), et ne mangent pas le vinaigre
58 CiiÀlf(£ DEâ CHAQfiiQUKS.
c[ui est fait avec le vin. Ce n est pas lefiet d'un scrapule religiem^ c'est par dédain.
«Tout prince, disent-ils, qui boit du vin, n'est pas un prince véritable. » Les Indiens sont entourés d^ennemis qui leur font la guerre et ils s expriment ainsi : « Comment administrera-t^il bien les affidres de ses États, celui qui s enivre (107) ?»
Quelquefois, les Indiens se font la
guerre clans un esprit de conquêtes \ mais ces cas sont rares. Je n'ai pas vu de peuple se soumettre à Tautorité d^un autre, si ce n'est dans ie pays qui fait suite au pays du poivre (108). Quand un roi fait la conquête d'un État voisin , il met à sa tête un homme de la famille du prince déchu, lequel exerce Tautorité au uom du vainqueur. Les habitants du pays conquis ne souffriraient pas qu il en fût autrement (109).
53. Quant à la Chine, il arrive quelquefois qu un gouverneur de province s écarte de Tobéissanee due au roi suprême. Alors on régorge et on le mange* Les Chinois man-
CtiAlN£ D£S CtiAONlQU£S. M
gent la chair de tous les hommes qui sont tués par Tépée (no).
Dans rinde et dans la Chine, quand il est question de faire un mariage, les deui familles s'adressent des compliments et se font des présents; ensuite, elles célèbrent le mariage au bruit des cymbales et des tambours. Les présents qu on se fait à cette pccasîon sont en ai^nt, cbacun suivant ses moyens. Si une femme mariée est /convaincue d'adultère, là femme et rhomme sont mis à mort; voilà ce qui se pratique dans toutes les provinces de rinde; mais, si l'homme a fait violence à la femme, i'homme seul subit la peine.
Tontes les fois qu*il y a eu concert entre Thomme et la femme , on les tue tous les ^eux.
Dans rinde comme dans la Chine, la Clouterie, pour un objet léger ou considérable, est un cas de mort (in)- En ce qui concerne Tlnde, quand un filou a volé 54. une obole et une somme au - dessus, on prend un long bâton, dont on façonne
reilrémité en pointe ; ensuite on fait as* seoir ie filou sur le bftton, de manière que la pointe lui entre par 1 anus et lui sorte par le gosier.
Les Chinois commettent le péché du peuple de Loth avec des garçons qui font métier de cela, en place des courtisanes attachées aux temples d'idoles (112).
Les murs ch s maisons en Chine sont en bois; mais les Indiens bâtissent avec des pierres, du plâtre, des briques et de largile^ du reste « il en est quelquefois de même en Chine.
Dans rinde et dans la Chine, ie (irasch n'est pas admis (ii3); chacun est libre d'épouser la femme qu'il veut (mcnic lorsqu'elle est grosse d un autre homme).
La nourriture des Indiens est le riz ; dans la Chine, la nourriture est le blé et le riz ; les Indiens ne connaissent pas le blé. Ni les Indiens ni les Chinois n'usent de la circoncbion.
Les Chinois sont idolâtres; ils adres- ^nt des vœux à leurs idoles et se proster-
GHAIIi£ DES CHRONIQUES. 55
nent devant elles; ils ont des livres de 55.
religion (i i4)*
Les Indiens laissent pousser leur barbe.
J'ai vu des Indiens qui avaient une barbe de trois coudées. Ils ne se coupent pas non plus la moustacbe; mais la plupart des
bommcs en Chine n'ont pas de l)arbe; et cbez eux c est , en générai, un effet naturel* Dans rinde, quand il meurt un bomme, an lui rase la tête et la barbe (i i4 his).
Dans rinde ^ quand un bomme est mis en prison ou condamné aux arrêts, on lui retire le manger et le boire pendant sept jours. Les Indiens peuvent se faire mettre aux arrêts les uns les autres.
En Chine, il y a descadis qui jugent les différents entre particuliers , de prélérenoe aux gouverneurs; il en est de même ^ans ilnde.
On trouve dans toute Tétendue de la Cbine la panthère et le loup. Quant au lion, on ne le rencontre ni dans lune, ni 4ans 1 autre contrée.
Qn tue l^s vpl^urs de grand chemin.
5e CHAINE DES CHRONIQUES.
Les Chinois et les Indiens s'imaginent que les iioddes (i i5) leur parient; ce sont plutAt les ministres des temples cpii trent en conversation avec le public*
Les Chinois et les Indiens tnent les.
56. animaux quib veulent manger; ils n'égorgent pas ranimai , maië ils le frappent
sur la tnte jusqu'A ce qu'il metire (i 16.)
m les Indiens ni les Chinois ne prati* quent les ablutions pour se purifiw de leurs souillures. Les Chinois s'essuient avec du papier; pour les Indiens, ils se lavent chaque jour avant le lever du soleil ; c'est après cela qu ils mangent (1 1 7*)
Les Indiens n approchent pas de leurs femmes au moment de leurs règles; ils.
les font même sortir de la maison , do peur de contracter quelque impureté* Pour les Chinois , ils ont commerce avec leurs femmes dans cet état» et ils ne les envoient pas ailleurs.
Les Indiens se servent du cure-dents « et aucun dVux ne saurait manger avant de s être nettoyé les dents et de s être
lavé. Les Chinois ne suivent point cet usage (i 18).
L'inde est plus étendue que la Chine :
ses provinces feraient plusieurs fois les provinces de la Chine. On y compte également un plus grand nomhre de principautés; mais les provinces de la Chine sont mieux peuplées.
Ni la Chine ni Tlnde ne connaissent le palmier; mais ces deux contrées possèdent d'autres espèces d'arbres et de firuits qui manquent à nos pays. L'Inde est privée du raisin; mais il se trouve, à la vérité en petite quantité, dans la Chine. Tous les autres fruits abondent dans ces deux régions; la grenade surtout est abondante dans rinde.
Les Chinois n'ont pas de science proprement dite. Le principe de leur religion (1 1 g] est dérivé de i Inde. Les Chinois disent que ce sont les Indiens qui ont importé en Chine les hoddes, et qu ils ont été les véritables maîtres en religion du pays. Dansl une ^fautre contrée» on admet
5» CUAiW DES GiiAO£UQU£&.
la méiempaycose; mais ou diffère dam les oonséqueDoes de certains fMinc^es (i so).
La médecine et la philosophie fleurisrisseoi dans llade* Les Chinois ont aussi une médeeiiie; le procédé qui domine dans cette médecine c'est la cautérisation.
Les Ghinoia ont des notions en astio-
nomie; mais celte science est plus avancée ches les Indiens (ira i) . Du reste je ne connais personne, ni parmi les uns ni parmi les autres , qui professe TisUmisme, ni qui parle la langue arabe.
Les Indiens n'ont pas beaucoup de chevaux (132). Les chevaux sont jdus nombreux en Chine.
Les Chinois n ont pas d'éléphants » et ils 58« n^en laissent pas entrer dans leur pays, regardant la présence de cet animal com* me une chose fâcheuse (ia3).
Les troupes du roi des Indes sont nombreuses , mais elles ne reçoivent pas de solde. Le souverain ne les convoque que pour le cas de ia|;uerre sacrée (isi); les troupes se mettent alors en mouvement;
CHÂLNE DES CHRONIQUES. 59
mais elies s'entretiennent h leurs propres irais, sans que le roi ait rien à donner pour cela ( i s 5) . Quant à la Chine j la solde des troupes est établie sur ie même pied «pie eliez les Arabes»
Les provinces de la Chine sont plus pittoresqpuea et plus belles. Dans Tlnde , la plus grande partie du territoire est dépourvue de villes ; en Chine , au contraire , on rencontre , à chaque pas , des villes for* tifîées et considérables. Le territoire chinois est plus sain , et les maladies y sont plus rares ; l'air y est si pur» qu on n y rencontre presque pas d^aveugles, ni de boi^ gnes» ni de personnes frappées de quelque infirmité. Il en est de ménie dans une grande partie de l'Inde.
Les fleuves de l'une et de 1 autre contrée sontconsidérables \ ils charrient beau<coup plus d'eau que nos fleuves. Les pluies dans l'une et rautre région sont abondantes.
L'Inde renferme beaucoup de terres dé- 59.
séries. La Chine, au contraire, est partout cultivée. Les hommes de la Chine sont
ÔO CHAINE DES CHBOMQUËS.'
pluâ beaujL que ceux de Tlnde, et se rapprochent davantage des Arabes pour les vètemenb et les moutures. Les Chinois, eu costume et dans une cérémonie publique , ressemblent aux Arabes; ils portent le caba (i a6) et la ceinture; pour les Indiens, ils portent deux pagnes, et se décorent de bracelets d or et de pierres précieuses, leshommes comme les femmes (137).
£n deçà de la Chine sont le pays des^ Tagazgâz, peuple de race turkci et le khakan du Tibet. Voilà ce qui termine la Chine du côté du pays des Turks (128)^
Du côté de la mer, la Ciiine est bornée par les îles des Syla (Al-syia) ; ce sont des. peuples blancs qui vivent en paix avec le souverain de la Chine, et qui prétendent que, s^ils ne lui envoyaient pas des présents, le ciel ne verserait plus ses eaux sur leur territoire. Du reste , aucun de nos compatriotes n'est allé les visiter, de manière à pouvoir nous en donner des nouvelles. On trouve dans ce pays des.
fiiucons blancs (129).