‹ Relation du choléra-morbus épidémique de LondresChapitre 2 sur 16 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

Il s’était répandu que le choléra avait été importé à Londres par un bâtiment venant de Glascow; mais cette nouvelle ayant été' soumise à l’examen des personnes chargées, à cet effet, de prendre tous les renseignernens, fut controuvée. On avait fait également courir le bruit, par les journaux, que le choléra s’était emparé depuis long-temps de Londres : ces nouvelles étaient fausses ; mais du i3au i4 février i832, l’épidémie se développa à Rotherhite, Limehouse et Southwark , chez, plusieurs indivi-

dus (1). A cette époque les vents étaient variables , celui de nord-est était le plus fréquent;

(i) Extrait du Times du i3 fev. i832. — Cases of suspected choiera. i— We regret to lcarn tîiat some cases (in ail sevcn) of so alarmiug a nature liave lieen reported frora Rotlierhithe and Limeliouse, tliat t lie central board of Health hâve been induccd to send députations from their body to investigate the nature of these cases, and, of if ne.cessary, to carry into execution such measures as may be requisite for the préservation of the public hcalth.

Du i\fev. Ten cases af a highly suspicions nature have been reported to the central board of Health Within the last two days.

Three of these cases areulready dead, and two others are reported desperate.

Threeof the casesoccurredat Rotlierhithe; onea coaldredger, one a ship scraper, and one a sailor out of employ.

Three took place atLimeliouse; one aWoman of Loose character; two, a mother and her child nine years of âge.

One case; a Woman in the Borough; a child is illin theSamehouse.

One manonboard th eAugusta, from Invernest; eight daysin London. The man is now en board the Dreadnought.

On man on board the Eradford , hying at Depford creek, the medical gentlemen deputed by the board to inquire into the nature of these cases have as yct been able to see no more than three during Lif— viz.

On at Rotherhithe, the sailor, the man belouging to the ship Augusta ; and the child in the Borough.

One examination after death was made by these gentlemen and from their reports the board regret to State, thnt they consider themselves bo ann to déclaré tliat there seetns butlittle doubt tliat the majority of the above cases have been affected with genuine spasmodic choiera.

le thermomètre marquait de 3o à /\i° , et le baromètre était de 3o. 02 a 3o. 00. Les premiers individus atteints avaient été pris subitement de douleurs de ventre, de vomissemens et d’évacuations alvines très-abôndantes. Quatorze personnes avaient été attaquées le i3.

Counceill-oJJîce , half part. 2. Since writing the above, official reports bave becn rcccived of the cleath of the three cases at Limeliouse.

Alarming cases ofsuspected choiera at Limehouse.

The central board of Health and the district board of Health met at the Workhouseyestcrday morning, at io o’clock, and a few minutes befose n o’clock the following notice was exhibited at the Workhouse gâte, in churcli brow, and distributed about the parish :

« St. -Anne, Middlesex.

The vestrymcn of this parish are earnestly requested to meet the churchwartlens and overseers at the Tôwnhouse this day, at 12 o’clock precisely, to adopt such measures as may recoinmcnded by the London medical board, in conséquence of three » suspected cases of asiatic choiera which baye recently occured in this parish. — Monday, fey. i3. »

AWoman named Ferguson was attackcd on~Suuday morning, and conveyed to the Workhouse : shc dicd in 8 hours. Anothcr Woman andher daughter, of the name ofSha or Shey, were also conveyed to the Workhouse on sonday, and the both died yesterday morning. The former résidé d in While’s-rcnts , and the two lattcr in Walnut-trce- court, immediately contagions and the filthiest places in Limehouse. They were very poor and destitute, the report of the notice spread like wildfirc, and lias created the greatest consternation in Limehouse and its vicinity.

Ces malades rue présentèrent les symptômes suivans : la face avait éprouvé une altération profonde, l’anxiété la plus pénible était peinte sur leurs figures, les pupiles étaient fortement dilatées. Chez la plupart , les orbites étaient entourés d’un cercle d’un bleu livide ; les crampes qu’éprouvaient les malades leur faisaient dire qu’ils ressentaient des angoisses semblables à celles qu’ils auraient éprouvées si on leur eût coupé les membres , et se faisaient ressentir jusqu’à l’estomac. Les vomissemens étaient violens et souvent répétés en peu d’espace de temps*, les malades, après avoir rendu des alimens , expulsaient, par les vomissemens , un liquide séreux, blanchâtre, trouble; les extrémités devenaient froides et bleuâtres; la peau de la paume des mains et de la plante des pieds était ridée comme chez les personnes qui ont long-temps savonné. Le pouls était filiforme, quelquefois insensible; la langue était très-rouge sur les deux bords , mais d’un rouge livide; le centre en était empâté par une substance blanche, épaisse, quelquefois jaunâtre; la soif était excessive; le seul mot qu’avaient ces malades à la bouche était : drink (boire); les facultés intellectuelles étaient toujours intactes, et les malades tombaient dans stupeur dont rien ne pouvait les tirer

une

De ces quatorze malades sept moururent. J’as* sistai à deux autopsies cadavériques qui furent faites en ma présence par des médecins envoyés par le conseil de santé, dont quelques-uns avaient été dans l’Inde. Ils constatèrent l’identité de l’affection avec le choléra de ce pays. Le i5 février, le choléra se développa sur la rive gauche de la Tamise, très-près des Docks de Londres et à Lambeth , dans les environs de l’hôpital de Bethlem; le 16 février, sur plusieurs bâtimens de la Tamise ; à Whitechapel un cas fut déclaré le 21 ; le 23 ^ à Marylebone. Enfin le choléra se développa dans toutes les parties de la ville, comme je l’ai marqué sur la carte que j’en ai fait dresser. Ce fut surtout à Southwark que la maladie prit un caractère effrayant, puisque vers le commencement de ce mois il y avait eu seulement en ce point de la ville deux cent trente-sept malades , sur lesquels cent vingt-deux avaient succombé.

Je me transportai à Southwark , où je vis trois malades fortement affectés de l’épidémie. Lun était une fille de 17 ans. Lorsque je la vis, elle était en proie aux douleurs les plus insupportables 5 les spasmes qu’elle éprouvait existaient surtout dans les membres supérieurs. L autre malade était un petit garçon de 12 ans, qui expirait ; et le troisième était un autre

enfant de i4, qui était également en proie aux mêmes douleurs. Je ne parlerai point du traitement qu’on leur fit subir, ou plutôt je dirai que les médecins anglais qui étaient présens au moment où j’y étais , se contentèrent de discuter sur la contagion ou non contagion de la maladie. Ils administrèrent cependant, plus tard, la moutarde à haute dose à la jeune fille et à l’enfant de i4 ans; mais ces malades moururent, et je ne pus obtenir d’en faire l’autopsie, l’autoritc ayant prétendu que, par mesure sanitaire, il fallait les enterrer surle-champ.

Je retournai, le même jour, à Rotherhite, où j’eus à observer un cas dont l’issue a été favorable. Le voici:

Le nommé John Richards, âgé de i5 ans, matelot, avait été, le 4 mars , dans une maison dans Joines-Street , où il resta cinq minutes dans une chambre où était un homme mort du choléra; il retourna à son bord, et fut pris de douleurs à l’épigastre, de vomissemens suivis d’une débilité extraordinaire, qui l’obligèrent à se mettre au lit. Le lendemain matin, les vomissemens recommencèrent; il eut des spasmes dans les mains et dans les jambes. Il prit cependant une tasse de café noir, qu’il rendit. Le capitaine lui administra alors un

mélangé d’eau-de-vie et de rhubarbe qui détermina des selles fréquentes. La débilité augmentant, on le transporta à l’hôpital de GayV, où on le refusa, et il fut dirigé, à trois heures, dans le Choiera- ffospital de la paroisse Saint- Sauveur. Voici les symptômes qu’il présentait : d était froid et. sans pouls; la respiration était froide, Je système musculaire d’une faiblesse extraordinaire, au point de ne pouvoir marcher; face d’un noir livide; les yeux caves, enfoncés; oreilles livides, ainsi que les mains et les pieds; langue jaunie par la rhubarbe qui avait été administrée, etc.

f i*pres l’avoir placé dans un lit convenablement préparé, on lui administra trois cuillerées de poudre de moutarde dans de l’eau chaude, et répétées deux fois à quatre minutes d intervalle , ce qui détermina des vomissemens violens. Dix minutes après, on donna du carbonate d’ammoniaque, g x, avec j ij. d eau-de-vie. On commença, dès ce moment a sentir les pulsations de l’artère radiale: la’ face devint moins livide et plps chaude. On 'epe a e carbonate d’ammoniaque trois fois apces lesquelles on administra , par petitei doses, de 1 eau-de-vie pendant une demi-heure.

Le malade fut placé ensuite devant un grand

feu; et Payant entouré de boules d’eau chaude,

on lui fit des frictions , pendant trois quarts d’heure, avec huile d’olive, 5 ij, huile caryophle, 5 j. La respiration devint plus libre, le pouls continua de se développer, la sueur commença à reparaître sur les différentes parties du corps, et surtout vers le sternum et sur l’épigastre. On lui administra un lavement composé d’eau chaude, 5 viij; hydrochlorate de soude, 5 B.; eau-de-vie , 5 ij. Ce lavement fut rendu immédiatement, mêlé avec un liquide brunâtre , tenant en suspension des flocons de mucus d’une odeur très-nauséabonde. Après un instant de repos, on lui fit dans la vessie une injection ainsi composée : eau chaude, % viij; hydrochlorate de soude, g vj ; liq. potasse, gutt. v. Ôn répéta cette injection trois fois à une demi-heure d’intervalle, et toujours elle fut expulsée immédiatement. Les symptômes continuèrent de plus en plus à s’amender; cependant ils parurent vouloir renaître; mais ils disparurent de nouveau, sous l’influence des frictions et de l’administration d’une once de magnésie calcinée dans une demi-once d’eau, avec addition de 10 gutt. de teinture d’opium. Le mieux continua. Le médecin , M. Whiting , voulut faire inspirer au malade de la vapeur d’eau chaude ; mais il s’y refusa, ayant une répugnance invincible

pour tout ce qui était chaud, etun plaisir extrême à percevoir la sensation du froid. A cetteépoque, il y avait 92 pulsations par minute ; la langue était blanche, rouge sur les bords; la couleur livide avait disparu de tous les endroits où on l’avait observée ; la tête était sans douleur , les pupilles bien contractiles; les pieds étaient encore froids; les déjections alvines peu abondantes, muqueuses, brunes, de peu d’odeur. Les urines commencèrent à paraître, et le malade marcha rapidement vers la guérison , si ce n’est qu’il garda une douleur épigastrique qui tint certainement à l’emploi de la moutarde, comme je l’ai observe' sur d’autres malades qui ont succombé.

Le 8 mars, j’allai à Limehouse, accompagné de MM. Kiernan et Ramadge, médecins anglais , pour faire l’autopsie d’un homme qui succomba en six heures, à la suite des symptômes du choléra tellement développés , que l’on ordonna de faire l’inhumation immédiatement après la mort. J’obtins, avec la plus grande peine, qu’on en fit l’exhumation pour en faire l’ouverture. La putréfaction s’était emparée déjà de toutes les parties qui, au début de la maladie , avaient été d’une couleur livide. Nous ne trouvâmes rien, absolument rien dans 1 intérieur des organes: tous étaient sains; mais

le système veineux était développé à l’excès, et les artères presque vides. L’estomac seul nous présenta une phlogose très-considérable de la membrane muqueuse : celle-ci était rouge , injectée , gorgée de sang. Cet état de la muqueuse gastrique doit être attribué à l’emploi démesuré de la moutarde qui avait été administrée au malade. Après cette autopsie, M. le docteur Barnette me proposa d’aller visiter une frégate qui stationnait du côté des Docks de Londres, et sur laquelle étaient plusieurs hommes affectés du choléra. Nous nous embarquâmes, et après un court trajet, nous arrivâmes à bord de la frégate le Dover, où je fus reçu par le chirurgien-major, M. le docteur Imlay.

Deux marins, venant de Glascow, s’étaient engagés sur cette frégate ; ils furent attaqués du choléra presque en même temps; et deux jours après , deux matelots en furent également affectés. De ces deux matelots, que j’ai vus , l’un était affecté de manière à ne donner aucune espérance ; l’autre était en convalescence. Des deux marins venant de Glascow, l’un était guéri, et l’autre mort le 8, à cinq heures du matin , après dix-huit heures de maladie. M. le docteur Imlay m’ayant proposé d’en faire l’autopsie, j’allai dans la partie du

vaisseau où le corps était déposé, et voici ce que j’observai :

Extérieur. Le corps était d un bel embonpoint; mais' la figure était livide, les muscles du visage fortement contractés , les mâchoires serrées l’une contre l’autre, les yeux renversés par le grand trochléateur et les droits supérieurs , la cornée transparente terne , la sclérotique injectée et comme contuse , les veines jugulaires externes très-gonflées, tous les muscles d’une raideur extraordinaire, les mains, les pieds et les oreilles livides.

Thorax. Le cœur dans l’état naturel, mais cependant paraissant très-dur; l’oreillette droite fortement distendue par une grande quantité de sang noir et très-liquide; les veines caves ,

| supérieure et inférieure, également très-distendues par le sang; dans le péricarde, deux onces d’un liquide jaunâtre épanché; les poumons gorgés de sang noir, distendant les artères pulmonaires ; peu de sang dans les veines de cet organe ; la section du poumon donnait issue à une quantité très-considérable de sang; le canal thoracique était dans l’état normal , ainsi que la portion thoracique du tri-splanchnique.

Abdomen. Foie dans l’état normal , vésicule «très-developpée , rate gorgée de sang et pré—

sentant quelques points tuberculeux; veinecave inférieure très-volumineuse; grand sympathique, ganglions sémi-lunaires , plexus et nerfs stomachiques dans l’état naturel. Le tube intestinal, météorisé, présentait dans toute sa longueur une teinte rouge brunâtre, surtout très - prononcée dans le jéjunum ; l’estomac était plein d’un liquide nauséabonde d’uu brun très-clair, sa membrane muqueuse était épaisse et piquetée d’une multitude de points rouges; l’intérieur de l’intestin grêle ne présentait rien de remarquable : il contenait un liquide peu abondant et plus foncé que celui de l’estomac. Le gros intestin était pâle, sa surface muqueuse contenait une grande quantité de liquide absolument semblable à la décoction de riz; la vessie était fortement contractée, ne contenant pas d’urine : les parois en étaient épaissies par la contraction de la membrane musculaire.

Crâne. Les membranes encéphaliques étaient rouges, les vaisseaux en étaientinjectés. L’encéphale était dur; le cerveau, coupé horizontalement , me présenta un phénomène bien curieux : de la substance médullaire sortit une multitude de petites gouttelettes de sang provenant de la section de ses vaisseaux par l’instrument tranchant; dans les ventricules se trou-

vait un ëpanchement assez considérable; les veines de Galien, les plexus choroïdes étaient injectés d’une manière extraordinaire; le pont de varole était piqué également de points rouo-es; le cervelet était dans l’état normal; enfin la moelle épinière contenait un épanchement, et les veines nombreuses de ce canal étaient distendues comme par une injection artificielle.

A cette époque j’écrivais à l’Académie:

i° Tout ce que j’ai observé chez les malades affectés du choléra, soit au moment de l’invasion de la maladie, soit dans ses differentes périodes, soit après la mort, se rapporte exactement avec ce qu’ont observé à Varsovie MM. les docteurs Foy et Brière de Boismont ; je puis dire que tout ce qu’ils ont écrit coïncide mot à mot avec ce que j’observai à Londres.

2° Le choléra de Londres est-il réellement le choléra de l’Inde, ou seulement une épidémie suigeneris comme le veulent les journaux anglais? J’ai pu, par hasard, éclaircir cette question. Etant au Cholera-Hospital de Southwark j’y vis M. le docteur Johnson qui , devant moi, reconnut l’identité du choléra de Londres avec celui de Sunderland qu’il a observé; à l’instant même vint M. Imlay, chirurgien-major de marine qui, ayant été plusieurs fois dans

Lîiule , nie dit : que les malades affectés, «à Londres, du choléra présentaient absolument les mêmes symptômes que ceux qu’il avait observés dans les Indes (a Calcutta) de cette manière la question pour moi est résolue.

3° Les médecins anglais ont adopté , pour le choléra , un traitement incendiaire par la quantité de moutarde qu’ils emploient. Je doute qu’un homme en bonne santé, qu’on soumettrait à cette thérapeutique, pût y résister. De plus, ils apportent dans le traitement cette lenteur inhérente à leur sol; ils ne continuent pas assez long-temps ces moyens dérivatifs sur lesquels on doit surtout compter dans le traitement du choléra : je crois, en un mot, que la moutarde, qu’ils administrent à l’intérieur avec tant de prodigalité , devrait être appliquée à l’extérieur.

4° Les médecins anglais ne perdent tant de malades que parce que ceux-ci sont amenés trop tard dans les Cholera-Hospitals , et cette inconvénient est augmente' par la lenteur apportée , dans la suite , pendant le traitement.

5° J’ai cherché à établir si les ganglions semi-lunaires du grand sympathique et leurs plexus étaient particulièrement affectés , je n’ai rien vu qui puisse me conduire à admettre que ce système de nerfs fût le premier organe at-

laque dans le choléra; j’ai même disséqué plusieurs personnes mortes à la suite de maladies autres que le choléra, et j’ai trouvé tant d’anomalies dans la densité, dansla grosseur et la couleur du système ganglionnaire, que je ne pense pas que l’on puisse affirmer, quand on trouve rougeur, etc., dans cette partie, sur un cholérique, que c’est la cause ou l’effet de la maladie , ou même si c’est antérieur à elle.

Le 20 mars, à onze heures, étant allé avec MM. Hamy et Kiernan, Miskin et Ramadge, au Cholera-Hospital St. Johns, nous fûmes demandés pour visiter un homme affecté chez lui de symptômes alarmans.

Daniel Burkley-Tille Morriscourt, Agé de 46 ans, avait depuis quinze jours un flux diarrhéique. Travaillant dans une brasserie, il était obligé de passer rapidement d’un lieu très-chaud dans un autre très-froid. Nous le vîmes couché dans une chambre située à l’entresol ; cette chambre était très-petite, malsaine; il y restait avec sa femme et quatre enfans. Le pouls n’existait plus; il y avait un froid général répandu sur tout le corps; la cavité buccale était d’un froid de glace, des crampes se faisaient sentir dans les mollets avec des douleurs horribles qui arrachaient des cris au malade; les artères carotides donnaient des

baüemens faibles el irréguliers. Il avait eu deux ou trois vomissemens pénibles par les efforts; les mains avaient tous les caractères des cholériques , etc.

On lui administra 2 g d'extrait de belladone , puis on lui appliqua un large sinapisme sur le ventre et sur le dos; ensuite, on lui donna des pilules de calomel et d’opium. La réaction n’ayant point lieu, M. Miskin injecta dans la veine céphalique un mélange de parties égales d’eau et d’eau-de-vie. Le malade mourut à six heures du soir : nous ne pûmes en faire l’autopsie.

Vers le commencement d’avril, l’épidémie J de Londres paraissait se ralentir, puisque, pendant plusieurs jours, le nombre des malades avait sensiblement diminué ; mais , quelque temps après, la maladie sévit avec plus d’acuité; et cependant les médecins anglais étaient encore dans la plus grande indécision sur la méthode à suivre dans le traitement du choléramorbus. Cette incertitude différait peu de ce qu’elle était dans les premiers jours de l’invasion de la maladie. Ainsi, à Saint-Johns- Workhouse, Southwark in the Bourough, M. le docteur Miskin, qui eut l’occasion, d’observer le choléra dès sa première apparition à Londres, suivit de point en point la méthode du

docteur Ilarry; mais, fatigué du peu de succès qu’il en retirait, il eut recours au tiaitement suivant , auquel il attache les plus gi andes espérances, bien que je 1 aie vu échouer dans beaucoup de cas.

Il avait recours à l’emploi de la belladone , prétendant, par ce moyen , guérir dix malades sur douze, s’il était appelé dans les premiers momens du développement de la maladie. V oici sa méthode :

Dans la première période, pour dissiper les crampes et l’état nerveux, il administrait:

Extrait de belladone g ij.

Teinture de gingembre 3 j.

Si cette dose ne produisait aucun effet , il la récidivait au bout d’une demi-heure.

En même temps il appliquait sur l’abdomen et sur la poitrine un large sinapisme, qu’il laissait en contact aussi longtemps que le malade pouvait le supporter, jamais cependant plus de douze à quinze minutes. Si ce premier sinapisme ne produisait aucun effet, on en posait un second sur toute l’étendue du dos, et enfin un troisième sur les membres supérieurs et inférieurs. Aussitôt que la réaction était opérée, il donnait des pilules ainsi composées :

Calomel . ] g- üj

Opium g S.

qu’il répétait deux ou trois fois à une heure d’intervalle, pour déterminer un changement dans la sécrétion intestinale. Il laissait ensuite

les malades en repos pendant six ou dix heures.

Si la réaction ne s'opérait pas, avant d'employer ces pilules, il faisait prendre du vin avec une décoction de fleurs de gérofle, à laquelle il joignait quelquefois de la cannelle.

Si les pilules de calomel ne produisaient aucun effet, il avait recours au lavement suivant :

Hydro chlorate de soude cuillerée, j.

Sucre brut q. s.

Eau de gruau pinte, j.

Ou , par la bouche :

Rhubarbe g viij.

Teinture de gingembre 3 S.

Huile de croton-tiglium gut. ij.

Si les pilules avaient trop opéré, il donnait un lavement d’eau d’amidon avec laudanum , 3 S.

Le traitement antiphlogistique était ensuite employé, s’il y avait trop de réaction.

Tel est le traitement qu’employait M. Miskin, traitement auquel il attribue quantité de réussites. Pour mon compte, je le lui ai vu appliquer en six cas différens , et quatre malades sont morts.

J’avais eu l’honneur d’écrire à l’Académie que j’espérais obtenir la faculté de traiter des cholériques. Mon espérance se réalisa, favorisé que j’ai été par M. le docteur Kiernan. Je voulais d’abord observer par moi-même les résultats que je pourrais obtenir par l’emploi de la méthode dont je parlerai quand je m’occuperai du traitement. J’eus donc à traiter plusieurs malades, et par cette méthode j’obtins le succès le plus marqué. Ainsi , sur dixsept individus soumis à ce traitement, j’en perdis six, qui avaient été apportés à l’hôpital dans un état si déplorable, qu’on ne pouvait en avoir la moindre espérance. De ces dix-sept observations, en voici une qui, je crois, présentera de l’intérêt:

Le 21 mars, la nommée Burnes, âgée de 48 ans, d’un tempérament bilieux et d’une forte constitution , vint, à dix heures et demie, a Saint-George-Cholera-Hospital ; elle présentait les symptômes suivans:

Faiblesse générale, suivie bientôt de crampes dans les avant-bras, et surtout dans les mollets; douleurs dans le bas-ventre vers l’épigastre, partie vers laquelle la malade porte continuellement la main ; les yeux sont hagards , et de temps à autre renversés convulsivement en haut, de manière à faire dis-

paraître la cornée transparente ; les orbites sont caves, entourés d’une auréole bleuâtre; le nez est froid, ainsi que les oreilles ; la langue est jaune au milieu , rouge sur les bords, qui sont froids, ainsi que l’haleine ; la face a une teinte bleuâtre générale; les pieds et les mains surtout sont livides, froids. La malade cependant se plaint d’une chaleur intérieure insupportable ; le pouls est filiforme, à peine sensible ; les battemens du cœur sont lents, sourds, et semblent s’arrêter de distance en distance. La malade avait déjà vomi chez elle, mais elle est reprise par des vomissemens aussitôt son arrivée : le liquide rendu est semblable à de l’eau trouble dans laquelle sont suspendus des flocons brunâtres; elle rend, par les déjections alvines, un liquide parfaitement transparent, suspendant des flocons très -légers, très-rares , mais blanchâtres.

La malade est d’abord placée dans un lit dépourvu de draps qu’on remplace par des couvertures de laines; des boules de fer-blanc remplies d’eau chaude sont placées aux pieds et le long des côtes du corps jusqu’aux aisselles; on fait arriver dans le lit de l’air chaud au moyen d’une lampe à esprit de vin munie d’un conducteur.

On découvre seulement l’épigastre, sur lequel

on applique vingt sangsues qui, tombées, fournissent encore du sang au moyen de plusieurs ventouses placées sur les piqûres.

Au moment même d’appliquer les sangsues, je lui fais boire une tasse d’une décoction de têtes de pavots , dans laquelle on fait une infusion de thé très légère. La malade est prise de vomissemens et rend les liquides qu’elle avait bus. Lorsque les accès convulsifs de l’estomac ont cessé, j’administre de nouveau une tasse de la même boisson ; un quart d’heure après une autre petite tasse de la même infusion est gardée, ainsi que quatre autres que je fais administrer à un quart d’heure d’intervalle ; les vomissemens ayant cessé , la malade fut attaquée d’un dévoiement que l’eau de riz , la décoction blanche , les lavemens d’eau de lin, de pavots, l’amidon, le ratanhia ne peuvent arrêter. Je fis alors administrer de quart d’heure en quart d’heure une large cuillerée à bouche de solution d’une once de sulfate de soude dans une livre d’eau.

La malade rendit une selle différente de la première et par l’odeur et par la couleur : cette selle , d’une odeur très-désagréable , est couleur chocolat. Je fais continuer les mêmes moyens; une autre selle fut poussée, mais encore différente, non par la densité, mais beau-

ronp moins forcée. A midi, la malade est dans un assoupissement complet; le corps se couvre d’une sueur générale, et acquiert sa chaleur primitive. Les yeux deviennent vifs; la face reprend son teint habituel. Les crampes ont disparu; la douleur à l’épigastre continue; le pouls bat plus fort. Je fais toujours boire à la malade les mêmes boissons, en les alternant, mais en les administrant à des intervalles plus éloignés. A huit heures du soir, les vomissemens reparaissent; je fais alors diminuer les intervalles dans lesquels on administrait les boissons , et j’appliquai un sinapisme à chaque mollet et aux bras , et deux autres très larges, l’un sur toute l’étendue du dos, l’autre sur tout l’abdomen. La malade continue à transpirer; le lendemain elle est pendant toute la journée dans un état de torpeur qui lui laisse à peine la force de répondre aux questions que je lui adressais. Vers le soir, les forces renaissent, la tête est pesante, le pouls, régulier, est plus développé, la langue est encore chargée. Sur la fin de la journée du 22 mars, la malade urine très fréquemment; son urine est comme huileuse; il n’y a eu aucune déjection alvine. Le 2,3 au matin , la malade est assez bien, mais dans un état de somnolence et de pesanteur extraordinaire; le soir du 23, on lui donne du

petit-lait, et, dans la nuit, de l’eau de gomme seulement. Le ^4, a midi, elle était auprès du feu, en convalescence.

Des dix-sept cholériques que j’ai traités, sur trois je n’ai pu obtenir de réaction; j’ai alors appliqué sur l’épigastre six moxas trempés dans la thérébenthine. Dans quatre autres cas, les malades rendant toujours les boissons par les vomissemens, j’ai étéobligé de les leur administrer , et cela avec succès , par le rectum. Enfin, j’ai bien observé qu’en même temps que l’on soumet la muqueuse intestinale à l’action sédative du sulfate de soude , il faut aussi établir sur toute l’étendue de la peau une excitation très-rapide et soutenue avec les excitans les plus actifs ordinairement employés à cet usage.

Vers le i5 mars, la maladie commença à diminuer, non par le nombre, mais par l’intensité des symptômes ; ceux-ci ne se présentaient plus avec cette rapidité qui devançait le médecin , maigre tous ses efforts. Dans ce cas, les moyens thérapeutiques purent être appliqués plus méthodiquement ; on eut le temps de pouvoir observer les effets des médications employées, chose qui n existaitpoint dans le commencement del invasion; car, à peine avait-on employé un médicament, qu’on observait que le symptôme

pour lequel on l’avait ordonné avait déjà disparu et fait place à un autre pour lequel on était obligé de recourir à un moyen different avant que l’effet du premier ait eu lieu. Aussi , à cette époque, la mortalité diminua t— elle de beaucoup par les succès que purent obtenir les médecins. Quant à l’influence delà température et des vents sur l’intensité de la maladie, je n’ai rien pu constater de certain. Qu’il y ait eu de l’humidité, que des pluies ou des beaux jours se soient manifestés, jamaisje n’ai pu saisir la moindre différence dans l’intensité de la maladie capable d’être attribuée à l’influence de l’atmosphère : seulement il a été constaté que le nombre des cas était toujours plus considérable chez le peuple, le lendemain ou le surlendemain des jours consacrés au repos, et parconséquent , pour cette classe, à l’ivrognerie et à la débauche.

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