SYMPTOMES
S’il ne s’agissait que d’énoncer les symptômes pathognomoniques du choléra, ce serait chose facile, et plus facile encore d’établir le diagnostique de cette maladie. Ce n’est point là où gît la difficulté ; celle-ci réside dans la véritable appréciation des symptômes , qui , pour les gens du monde, paraissent être de peu d’importance, et qui, négligés, font que les malades ne sont apportés dans les hôpitaux que lorsque les individus sont déjà au pouvoir de la maladie, et au-dessus des ressources de l’art. Pour les médecins peu habitués à traiter I celte maladie, ces symptômes précurseurs peuvent ne leur paraître que de peu d’importance, et leur laisser ainsi échapper le seul moment où leurs conseils pourraient arracher des mains de la mort les individus, qui, plus tard, leur sont toujours abandonnés. Je puis en donner un exemple frappant dans l’histoire des phénomènes que me présenta M. le docteur
Talrich : j’ai cru leur donner plus d’intérêt en priant ce médecin de les retracer lui-même.
«Les mars, à quatre heures et demie, je me rendis en face de l’hôpital de Londres, avec M. Halma-Grand , le docteur Ramadge et plusieurs élèves, pour fairel’autopsie d’un cholérique et en exécuter le moulage : cette opération dura cinq heures. Le cadavreétait placé surun misérable bois de li t,aufondd’une alcôve ne recevant de jour et d’air que par une petite fenêtre encombrée d’objets ayant appartenus au malade; l’accès de l’air en était intercepte'. En entrant dans ce triste réduit, je me sentis presque défaillir, et comme pris de vertiges qui me forcèrent à m’assoir; je n’en continuai pas moins mon opération , durant laquelle je fus obligé d’aller respirer plusieurs fois l’air vers la porte de l’escalier. De retour chez moi, pressé par le besoin , je satisfis un peu trop rapidement mon appétit , sans excès cependant. Vers minuit , je me sentis réveiller par des frissons et une chaleur extrême à la peau; j’eus deux selles claires sans coliques; il me survint une transpiration abondante qui dura vingt-quatre heures consécutives ; je ne puis définir les frissons que j’éprouvai pendant l’accès, ainsi que les horripilations partielles plus particulièrement vers les lombes, le siège, et vers l’hypogastre. A
j Ti oui lever, le lendemain, je îus un peu mieux, et pus vaquer a mes affaires.
«Mon pouls cependant était d’une fréquence extrême, il donnait cent trente pulsations par minute 5 ma bouche n'était point mauvaise, mais malangueétait froide. Les jourssuivans, je ne sentis rien de particulier, si ce n’est une espèce d’hébétude , d’énervation assez sensible. Mais le 8 mars, à mon coucher, les frissons me reprirent ainsi que les sueurs. Le même jour, j’avais été visiter et toucher des cholériques avec le docteur Halma-Grand, dans les hôpitaux de Southwark,Limehouse etWhithechapel;la nuit fut très-agitée, mon pouls était à peine sensible et cependant fréquent ; la langue sèche et froide. Je voulus me lever pour satisfaire à mes travaux , les jambes fléchissaient sous moi ; aux extrémités, j’avais un froid que le feu soulageait instantanément. Une défaillance extrême m’obligea à 111e coucher; peu à peu j’eus des envies de vomir, et cependant je ne rendis rien. Tous ces phénomènes se passaient sans coliques, sans douleurs d’estomac, mais avec des borborygmes accompagnés d’une chaleur extrême, d’une agitation extraordinaire dans le. tube intestinal. Je fus néanmoins tenté do sortir vers les dix heures , malgré une grande ■ prostration. En arrivant à la maison où je me
rendais, jefus forcé de prendre un siège, et l’état de faiblesse dans lequel j’étais me contraignit à rentrer aussitôt chez, moi. Je pris immédiatement une tasse de thé bien chaud avec dix gouttes de teinture d'opium. Une heure après j’étais mieux. Je me rendis aussitôt auprès des docteurs Halma-Grand et Rainadge , qui habitaient la même maison. Le premier était à faire l’autopsie d’un cholérique à bord d’une frégate. Le docteur Ramadge, effrayé de mon état, me fit prendre immédiatement vingtcinq grains de magnésie dans du vinaigre , et six gouttes de teinture d’opium : ce mélange produisit chez moi un calme parfait. Au bout de deux heures, je me sentis très-bien; dans le courant de la journée, je fis encore usage de la teinture d’opium avec le meilleur succès. Les borborygmes et les frissons cessèrent ; je passai une bonne nuit. Mais le 10 au matin , la faiblesse était grande, quoiqu’il un moindre degré que la veille; les borborygmes reparurent, mais faiblement; le pouls était petit et fréquent ; des vomissemens et des maux de cœur étaient sur le point de me prendre. A mon lever, l’énervation était extrême; le froid aux extrémités extraordinaire, ainsi que les frissons , et ce n’est qu’en me couvrant de quatre pantalons d’hiver, et en me tenant
constamment rapproché d’un leu très-ardent, qu’ils purent cesser. Les mêmes symptômes se renouvelèrent le lendemain , et principalement le soir à cinq heures, heure à laquelle ne pouvant plus supporter cet état d’anéantissement, je me (is transporter chez le docteur Haîma-Grand qui me saigna. Le sang ne coulait pas et se coagulait immédiatement à sa sortie.
« Cependant, à force de frictions, nous obtînmes une saignée de quatre à cinq onces. Je pris immédiatement une tasse de thé bien chaud , avec quatre gouttes de teinture d’opium. Je revins un peu à moi, et, à mon retour, je me lis faire des frictions sur les diverses parties du corps, particulièrement sur la colonne vertébrale et aux extrémités inférieures. J’appliquai un large sinapisme sur la région de l’estomac, et d’autres aux ext rémités inférieures. Mon pouls devint immédiatement plus fort. Pendant, le développement de ces symptômes , ma langue était constamment blanche, de la couleur du papier gris, la bouche un peu sèche; les glandes isalivaires sécrétaient à peine, les tégumens de l’abdomen étaient comme aplatis, des soupirs profonds et entrecoupés semblaient me soulager; j’avais fréquemment de petits raouvemens convulsifs de la peau, particulièrement des ex- 1 rémités inférieures, accompagnés de frissons
rapides. Etant couche , mon décubitus était horizontal de préférence , et je me surprenais toujours les mains fléchies sur la face interne des avant-bras. Dans le moment des paroxysmes, surtout le malin , les veines dorsales des mains et des pieds étaient aplaties; lorsque j’étais dans le calme , elles se gonflaient et se dessinaient sous la peau. Je remarquai que lorsque je souffrais , j’éprouvais une douleur particulière vers le releveur de l’anus. Le scrotum était souvent affecté de frissons fugaces, et les cordons spermatiques étaient très-douloureux. Les urines étaient extrêmement rares, déposant un sédiment blanchâtre très-abondant; elles reparurent vers le i5 : le 16, elles ne déposaient déjà plus. Le i5 , nous fûmes d’avis, avec le docteur Halma-Grand , d’appliquer un long vésicatoire dans la direction des portions lombaire et dorsale de la colonne vertébrale, moyen qui a produit le plus heureux résultat; et je dois attribuer la disparition de tons les symptômes à ce remède, que je regarde comme très-énergique. J’ai attentivement observé que mon estomac ne pouvait supporter aucun corps gras, tel que bouillon non dégraissé, beurre, lait, etc. Si je mêlais dans du thé un peu de ce dernier, mes attaques se renouvelaient , et ma faiblesse était extrême. J’ai
enfin pris le parti d’observer la diète Ja plus rigoureuse, sans cependant me priver de bouillons coupes et d eau roug'ie. 1 enu»«a ce régime chaudement, et souvent stimulé par des sina-
pismes que j’avais l’attention de ne laisser en contact que douze minutes , mon rétablissement ne s est pas fait long-temps attendre.
« Depuis deux mois environ, ma santé était altérée par une affection des muqueuses pulmonaire , gastrique et vésicale. Mon appétit était dépravé ; j’étais sensiblement affaibli , lorsque j’eus l’imprudence de mouler le cholérique mentionné plus haut, et ce jour -là j’étais presque à jeun.
« La veille du jour de mon rétablissement, M. Halma-Grand eut la bonté de me faire trois frictions générales avec une brosse rude et ensuite avec une flanelle imbibée d’un liniment excitant. Des sinapismes de moutarde furent placés sur les bras, les avant-bras, ainsi qu’aux cuisses, aux jambes et aux pieds; ils furent gardes plus long-temps qu’à l’ordinaire : nous les aissames huit heures. J’éprouvai cejour-là une excitation générale de la peau : les veines en et aient gonflées, et cette membrane , auparavan îvi e et plombee, acquit bientôt une couleur rosee. Enfin je ressentis un bien-être que je
ne pourrais définir: tues membres étaient moins
raides. Je pris plusieurs fois du bouillon , de l’eau sucrée faiblement rougie; je suçai des tranches d’oran^s: mon estomac recevait toutes ces substances avec plaisir. Je n’éprouvais plus ce malaise que je ressentais lors de la présence du moindre liquide dans mon estomac; enfin je fus parfaitement rétabli le 21 mars. »
On voit donc que les premiers symptômes du choléra sont : un malaise indéfinissable, une exaltation extrême de la sensibilité, une sensation douloureuse, mais vague, vers l’épigastre et la circonférence de l’ombilic , des selles diarrhéiques, dont la couleur varie depuis le brun obscur jusqu’à la couleur blanchâtre. Les malades ressentent des frémissemensdans tous les membres; ces frémissemens • suivent la direction des cordons nerveux. A ces ■ symptômes succède une faiblesse extrême qui rend aux malades la possession de la vie indifférente ; les oreilles bourdonnent; la tête est pesante et douloureuse , souvent en proie aux vertiges ; la peau est halitueuse et froide; les pulsations sont rapides, faibles, et se laissent facilement déprimer. La durée de ces symptômes varie d’une manière extraordinaire. Je les ai vus durer quarante-huit heures, trois et quatre jours, et d’autres fois n’avoir d’existence que quelques heures.
Il est à remarquer qu’en même temps que le pouls s’affaiblissait , les vomissemens diminuaient , et finissaient par disparaître totalement avec les pulsations de la radiale : on doit en conclure que si , par un moyen quelconque, on parvient à ranimer un de ces deux phénomènes, on excitera l’autre, de même que celuici a disparu sous l’influence de la disparition du premier. C’est, d’après ce raisonnement qu’on est conduit à employer les vomitifs; c’est surtout dans ces cas où j’ai vu administrer l’ipécacuanha de 25 à 4o grains avec avantage, en ce que ce médicament entraînait avec lui des vomissemens, puis le développement secondaire du pouls, puis enfin une réaction heureuse, qu’on était obligé quelquefois de modérer, plus tard, par les évacuations sanguines.
Après ces symptômes précurseurs, tranchés ou inaperçus, rapides ou lents, voici les symptômes secondaires qui les suivent, et qui sont réellement pathognomoniques de la maladie: les évacuations alvines se déclarent, donnant pour résultat un liquide blanchâtre comparé, avec raison, à l’eau de riz trouble et bourbeuse, tenant en suspension des flocons albumineux, quelquefois inodore, variant à l’infini, et offrant, chez quelques individus, des stries san-
guiuolentes. C’est ;t la suite de ces premières selles que les vomissemens commençaient à se déclarer, et alors les malades rendaient d’abord des matières non digérées, ensuite aqueuses, blanchâtres, et très- rarement bilieuses. Ces vomissemens avaient une durée variable : chez des individus, il y avait seulement envies de vomir, sans qu’il y eût la possibilité d’y satisfaire ; chez d’autres , ils se prolongeaient si long-temps, que les malades, n’ayant plus rien à rendre, s’épuisaient en efforts inutiles.
Les spasmes s’observaient à des époques variables , mais le plus ordinairement trois ou quatre heures après l’invasion -, ils affectaient les mains, les pieds, les membres dans toute leur étendue, et enfin arrivaient au tronc. Chez les hommes, les testicules étaient souvent douloureusement rapprochés des anneaux inguinaux ; les malades éprouvaient une sorte de constriction dans le releveur de l’anus. Ces spasmes ne leur faisaient éprouver quelquefois aucune douleur; d’autres fois les malades ressentaient des angoisses indéfinissables. J’en ai vu souvent me tendre les bras comme pour les délivrer d’un mal qui les accablait, les torturait; ils me présentaient cette expression d’une douleur obtuse et concentrée. Us semblaient être soulagés en se frictionnant
eux-mêmes Jes avant-bras. Cet instinct naturel de leur part me poussa à les imiter*, souvent je les frictionnais moi-même, simplement avec ma main : ils paraissaient alors soulagés pour un moment, et même e'prouver une sensation véritablement exquise.
J’ai parlé du froid qu’éprouvaient les malades, mais il leur était insensible. Si on les touchait , ils étaient glacés , et cependant ils se plaignaient d’une chaleur interne dévorante. J’ai vu plusieurs fois ces malheureux demander à mains jointes qu’on leur épargnât la peine qu’ils éprouvaient par l’action des bains d’air chaud qu’on leur administrait. Leur langue était froide , la respiration l’était aussi ; plusieurs fois, ayant respiré l’air qui sortait de leur bouche, je fus frappé d’un froid presque glacial qui s’introduisait dans la mienne. Indépendamment de cette fraîcheur, la langue était chargée , le plus ordinairement sèche, mince , et d’une couleur de papier gris ; il y avait sentiment de strangulation dans le pharynx , ce qui forçait le malade à porter ses mains vers la gorge. La pesanteur et la sensation d’un feu brûlant à l’épigastre leur faisait demander avec instance des boissons froides. Les sécrétions étaient suprimées; l’urine cependant, quelquefois très-rare, déposait un
sédiment blanchâtre. Les muscles du bas-ventre étaient rapprochés de la colonne vertébrale, et j’ai apprécié la vérité de l’observation de M. Boismont, qui, le premier avec M. Legallois, constatèrent la matité du son de l’abdomen , caractère qui est toujours constant chez, les cholériques.
Dans les derniers instans le corps se couvrait d’une sueur épaisse, gluante, quelquefois aqueuse, mais toujours froide. La voix, qui s’était affaiblie, peu à peu devenait rauque, caverneuse et finissait par être un hoquet qui se terminait insensiblement par de fortes inspirations qui, diminuant successivement, laissaient périr le malade de suffocation. C’est alors que le patient était pelotonné sur lui-même, immobile, marbré, d’une couleur livide; les endroits de la peau correspondant aux éminences osseuses étaient d’un blanc terne, les ongles d’un bleu luisant, la paume des mains et la plante des pieds ridées ; à la main , les fléchisseurs étaient tendus; aux orteils, c’étaient les extenseurs , et. la peau de ces parties ressemblait à celle des personnes qui ont trempé leurs mains long-temps dans l’eau de savon. La figure ne restait pas étrangère à tout ce désordre, les malades perdaient rapidement l’embonpoint de cette partie; les pommettes devenaient
saillantes et d’un rouge livide, les orbites excavés, les yeux étaient convulsivement renversés, la circonférence en était d’un brun livide, la cornée opaque injectée comme à la suite d’une plaie contuse. Enfin, il s’imprimait sur la physionomie le cachet de l’anxiété la plus profonde ; les soupirs sourds et entrecoupés se succédaient avec rapidité; il y avait un sentiment de strangulation; le malade poussait des cris plaintifs et de souffrance, quelquefois de fureur et de désespoir. C’est alors que, bondissant sur le lit, tous les membres obéissaient aux mouvemens les plus désordonnés. Dans cesmomens, les malades portaient toujours leurs mains vers les régions qui étaient surtout douloureuses : vers le cou, la poitrine et l’abdomen. La durée , l’époque des spasmes variaient; on les observait avant , pendant ou après le vomissement; leur durée ne dépassait jamais huit ou dix minutes et jamais moins de cinq ou de quatre.
Chez plusieurs individus, au moment de la période nerveuse, le pouls devenait petit et rapide ; mais aussitôt que les spasmes et les vomissemens survenaient , les pulsations se déprimaient peu îï peu, ou disparaissaient tout a coup ; les arlères temporales ne donnaient aucune pulsation , les carotides ne se
contractaient point, et le cœur était dans un état de torpeur, n’attestant ses fonctions par aucun battement sensible. J’ai vu des malades rester plusieurs heures dans cette situation, et c’était alors que les membres étaient ployés dans la flexion, et marbrés d’un bleu livide. C’est cette manière d’être que M. Magendie a caractérisée, non moins comme profond observateur que comme écrivain spirituel. C’est à cette époque que la maladie cadavérise , dit-il; en effet, le malade est mort, il ne donne plus aucun signe de vie : absence de chaleur, peu de mouvemens, respiration et pouls insensibles. Quelques-uns sortirent tout à coup de cet état, et imprimèrent une sorte de surprise aux assistans, qui voyaient le mort se lever, parler, et répondre aux questions qu’on lui adressait.
C’est ainsi que la mort s’emparait d’un cholérique. Cette mort hâtive laissait sur le cadavre un cachet qui tient du désordre produit par la foudre; et cependant jusqu’au dernier instant les malades répondaient parfaitement aux questions qu'on leur faisait.
Mais il en était du choléra comme de toutes les autres maladies, tous ces symptômes ne se montraient pas en entier , ou s’ils le faisaient, ce n’était pas toujours avec la même intensité.
Chez les femmes, ces désordres n’a menèrent aucune altération dans la sécrétion du lait. Plusieurs faits de ce genre ont été observés à Saint-Pétersbourg, où deux enfans ont pu sucer le lait de leur mère. J’ai vu un cas semblable à Saint-Saviour’s-Southwark, chez une femme qui vint mourir dans cet hôpital , à la suite d’une récidive. J’ai observé un autre casàSaint- Johns-Workhouse ; et un troisième est consigné dans le n« 5 de la Gazette du Choléra, rapporté par le chirurgien Fernandez : c’est celui de la femme Hawkins morte à Saint-" Andrew’s-IJolborn .
On peut avoir facilement remarqué les degrés par lesquels la maladie passait, depuis ses premières atteintes jusqu’à ses résultats les plus funestes. On a vu que les symptômes se groupaient les uns autour des autres en augmentant de nombre et d’intensité , à mesure qu’ils paraissaient à une époque plus éloignée de l’invasion de la maladie. Ces symptômes se succédaient souvent avec une rapidité désastreuse qui plongeait le médecin dans le désespoir, en anticipant, par sa rapidité, sur ses moyens et ses prévisions; d’autres fois ils se succédaient lentement en laissant à l’homme de Part le temps d’observer et d’en attaquer toutes
les phases. Quelquefois enfin < es symptômes étaient isolés ou incomplets; le malade était hors de danger avant d’avoir présenté tous les phénomènes que j’ai notés plus haut. C’est d’après ces différences que M. Brière-de-Boismont a admis trois périodes dans la maladie : la première, torpeur ou oppression ; la deuxième, ■excitation générale ou partielle , et la dernière te. eollapsus : distinctions qui sont excessivement importantes pour le traitement, et divisions qui ont été parfaitement signalées par MM. Brière de Boismont. et Foy, et que j’ai observées telles qu’ils les ont indiquées.
Mais, je le répète, et comme a pu le prouver l’observation du docteur Talrich, le choléra - morbus ne frappe jamais inopinément; il n’attaque jamais tout-à-coup ses victimes: celles-ci , au contraire, présentent des phénomènes précurseurs qu’il est de la plus haute importance de connaître, et c’est à cette étude particulière que j’ai faite de ces symptômes précurseurs, que j’ai pu souvent m’opposer au développement de la maladie chez plusieurs personnes , qui eurent aussi la prudence de me faire appeler à temps. Dans ces préludes si importans à connaître, les individus s’aperçoivent que leur digestion devient pénible, que
les repas pèsent sur leur estomac. Ils éprouvent une anxiété , une faiblesse , dilïiciles a décrire, vers la région du cœur, anxiélé qui se propage vers le creux de l'estomac; quelques heures apres le repas, Je ventre est fatigué de borborvgnies continuels , le sommeil
est entrecoupé de rêves plus ou moins fatigans ; des douleurs vagues parcourent rapidement , et sans en laisser la conscience à l’individu, toutes les parties du corps. Le lendemain , le corps et les membres sont comme brisés, rompus. Si les malades n’attachent aucune importance à ces premiers phénomènes, les nausées ne tardent pas à se manifester, et les vomissemens les suivent bientôt; le creux de l’estomac devient douloureux ; cette douleur se propage vers le larynx, et détermine une sorte de strangulation; les frissons pren- : nent une fréquence et une acuité dont ils avaient jusqu’alors été dépourvus ; les malades éprouvent de la difficulté dans la manifestation de leurs idées ; ils tombent dans une espèce de torpeur qui leur rend le repos indispensable , i et toutes les questions qu’on leur adresse , imiportunes. C’est à cette époque de la maladie que se manifeste le dévoiement à la suite de coliiques ; des selles commencent à être biliformes et deviennent aqueuses ; les déjections se suc-
cèdent et se reproduisent rapidement de quinze à vingt fois par jour; c’est alors que la face prend une teinte bleue, les yeux se creusent, s’entourent d’un cercle bleuâtre, et enfin se dessine tout le cortège des symptômes que j’ai énumérés plus haut.