‹ Relation du choléra-morbus épidémique de LondresChapitre 6 sur 16 · CAUSES OCCASIONNELLES · texte numérisé non relu

CAUSES OCCASIONNELLES

PRÉDISPOSANTES.

Le choléra s’est d’abord déclaré, à Londres, dans les quartiers les plus peuplés et les plus misérables, sur les bords de la Tamise. Là, sont entassés des hommes de peine qui servent à transporter à terre les marchandises apportées par les bâti mens. Ces hommes ont des familles nombreuses réunies dans de misérables cahutes, où l’air et le jour ont peine à attester leur présence. Une seule chambre sert souvent à donner l’abri à une famille de quatre à cinq personnes. Ces chambres sont dégoûtantes de malpropreté; les lits participent de cet abandon, et les maisons sont tellement rapprochées l’une de l’autre, que les rues peuvent à peine laisser passer deux ou trois personnes

de front. Indépendamment des brouillards et des vapeurs de charbon qui s étendent sur toute la ville de Londres, ces quartiers sont continuellement infectés d’une odeur particulière, due aux émanations d’une fange bourbeuse, qui, tantôt découverte, tantôt recouverte par le flux et le reflux de la Tamise, les met dans une situation semblable à celle des

villages voisins des marais.

La nourriture de ces habitans est toujours la même : elle se compose de bière dont ils boivent à l’excès, de viandes rôties, de charcuterie abondamment, et d’un usage immodéré du gin, dont l’emploi seul rend communes, chez le peuple anglais, les entérites chroniques. Je ne parle ici que des ouvriers, qui, pour la plupart , sont misérables ; c’est surtout dans la classe pauvre et mendiante qui habite ces quartiers, que le choléra a fait des ravages. Ces hommes, que je pourrais appeler, avec M. Brière , la matière première des épidémies, sont dans un état de misère dont on ne peut donner aucune idée par le récit que l’on pourrait en faire. Qu’on se figure, cependant, des familles et des milliers d’enfans entassés dans les réduits les plus insalubres, n’ayant pas le ■moyen de changer de vêtemens, ne faisant jafmais usage de bains, allant nu-pieds dans les

rues; des femmes n’ayant qu’une robe trouée pour se garantir de l’air, et avoir le droit de dire qu’elles ne sont pas nues. J’ai vu de ces malheureuses portant dans leurs bras des enfans sans vêtemens , qu’elles recouvraient seulement par les angles de leurs schalls. Enfin , cette classe est accablée de la misère la plus atroce et de l’insalubrité la plus funeste. Quelle transition pour l’observateur qui, après avoir passé des journées à visiter ces retraites de la pauvreté , va ensuite fréquenter les salons du West ! Les extrêmes en sont réellement trop tranchés; l’humanité en souffre; la dignité de l’homme s’en trouve insultée.

Il y avait donc mauvaise alimentation, mal- j propreté dans les vêtemens, et abus des liqueurs fortes, que ces malheureux regardent comme la seule distraction qui leur soit permise lors- ! qu’ils ont satisfait aux rudes travaux qui leur procurent une existence toujours déplorable. Je vais en donner une idée. J’étais allé faire l’ouver-

ture d’un individu mort à la suite du choléra, a Limehouse. Une femme vint se plaindre à moi j de ce que des hommes de peine qui logeaient à l’entresol étaient d’une malpropreté qui lui faisait craindre pour elle Je développement de la maladie dans la maison qu’elle habi-

tait. Je descendis, et, ayant frappé à une porte , on m’ouvrit. Il était neuf heures du soir. J’entrai dans une chambre infecte dans laquelle étaient , couchés sur des paillasses , quatre hommes. Tous étaient ivres : celui qui m’ouvrit l’était moins que les autres. Ces malheureux , sans chandelle , dans l’obscurité la plus profonde, que faisaient-ils? Ils buvaient du gin dans un pot qu’ils se repassaient de l’un à l’autre. C’était un dimanche , et la seule distraction à laquelle ils se livrassent en pareil jour. Leur ayant fait quelques observations sur leur intempérance et leur malpropreté, dans un moment où le choléra faisait des ravages dans leur quartier, celui qui m’avait ouvert la porte me répondit qu’ils ne se portaient jamais mieux que quand ils avaient fait usage de la boisson que je leur voyais prendre. Que répondre à de pareils argumens? Nous voyons que les malheureux hahi l fins de ces quartiers ont offert toutes les prédispositions possibles pour être sous l’influence de l’épidémie , étant tous soumis «à toute espèce de causes débilitantes.

J’ai cependant à observer que la terreur imprimée par la présence d’un fléau aussi cruel que Je choléra a été sans résultat à Londres. Le peuple, alimenté par les gazettes,

crut toujours qu’il n’existait aucune épidémie. Il n’est pas de sarcasmes et d’injures qu’il n’ait lancés contre les médecins en général , et en particulier contre ceux composant le conseil de santé. Il a toujours été persuadé que les membres du Board étaient entre eux d’accord pour certifier J existence du choléra, par l’appât des honoraires qu’ils en retiraient :cet aveuglement , que j’ai toujours regardé comme salutaire , a été poussé à un tel point que , le comité ayant envoyé une voiture pour chercher un homme qui avait succombé à la suite de la maladie, le peuple s’y opposa, brisa la voiture , maltraita les employés , leur jeta des pierres, et blessa même à la tète le cocher, disant que les médecins étaient des imposteurs, et que le choléra n’existait à Londres que dans leur imagination , comme instrument de leur avarice.

La position géographique de Londres est à 5i° 3i’ N., et à 5/| 37’’ O., en plaçant le premier degré de longitude à l'observatoire de Greenwich.

Cette grande capitale est située à environ soixante milles ouest de la mer, sur les bords de la Tamise : elle occupe une pente douce du côté du nord de cette belle rivière, et du côté du sud elle s’étend sur un terrain presque en-

tièrement plat et uniforme. Le sol de cette partie de la ville est tout à fait sablonneux et argileux : c’est sans doute à cette abondance d’argile et à la facilité qu’elle procure de faire de la brique, que l’on doit attribuer en partie la rapidité avec laquelle on y voit ses constructions s’y multiplier.

On ne saurait trop admirer l’heureuse position de Londres, qui, plaçé sur les bords d’une rivière vaste et étendue, se trouve réunir tous les avantages indispensables à la salubrité et à la commodité d’une grande capitale; en outge, le flux et le reflux, dont la Tamise éprouve la force non - seulement jusqu’à Londres, mais jusqu’à quinze milles plus loin, est un avantage bien précieux, et fait qu’il ne reste à celte grande ville rien à désirer de ce qui peut favoriser son commerce. A Londres , la Tamise a environ un quart de mille de largeur , et ordinairement douze pieds de profondeur. Sur ■ lü rive du comté de Middlesex, les maisons suivent les sinuosités de la rivière, et forment une espèce d’amphithéâtre , de l’est à l’ouest , qui est produit par l’élévation douce que subit le terrain en s’éloignant du lit de la rivière. La ' rive du comté de Surrey qui, autrefois, n’était qu’un marais, est naturellement plate; mais elle 1 est aujourd’hui couverte d’une suite non inter-

rompue de bàtimens qui, depuis le Wauxhall jusqu’à Deptfort, présente une étendue de sept milles, et forme une réunion d’habitations dont le nombre n’a jamais été' surpassé que par l’aneienne Rome lorsqu’elle était florissante, mais qui, de nos jours, est, sans contredit, la plus considérable du monde entier.

Londres, considéré comme la capitale de la Grande-Bretagne, comprend non-seulement la cité et sa banlieue, mais aussi les quartiers de Westminster , Soutwark , et plusieurs villages , tant dans le comté de Middlesex que dans celui de Surrey. Sa longueur de l’est à l’ouest, ou de Knightsbridge à Poplar , est d’environ sept milles et demi ; sa largeur du nord au sud, ou de Newington-Butts à Islington, est à peu près de cinq milles; sa circonférence , eu égard à plusieurs inégalités occasionées par l’irrégularité de certaines rues à ses extrémités , est au moins de trente milles. On peut donc , d’après cela, estimer à dix-huit milles carrés au moins la surface que couvrent les bàtimens de cette capitale : il faut en déduire cependant l’espace qu’y occupe la Tamise, c’est-à-dire sept milles en longueur, sur environ un quart de mille en largeur.

Indépendamment de plusieurs divisions locales et civiles, on peut dire que Londres est

composé de cinq parties distinctes, et presque de cinq villes différentes : le quartier de l’ouest de la ville ( West-End ), la Cité, le quartier de l’Est ( Westminster ), et le bourg de Southwark, qui se trouve aujourd’hui en faire partie.

Dans le quartier de l’ouest se trouvent plus sieurs belles places ( squares ) et de grandes rues, formées par la réunion des hôtels de la noblesse et des gens riches; on y voit aussi les boutiques les plus élégantes de la ville. C’est la partie la plus salubre; l’air y circule avec aisance dans les rues, qui y sont d’une largeur extraordinaire; et, de plus, les squares, où se trouvent des jardins, et les parcs de Saint-James, Régent et Hyde ,, font de cette portion de la ville l’endroit le plus sain et le plus aéré; aussi n’y a-t-il eu qu’un nombre très-exigu de personnes affectées du choléra.

La Cité comprend la division centrale et la plus ancienne de la capitale : c’est pour ainsi dire l’entrepôt du commerce et des affaires de toute espèce ; on n’y trouve que des boutiques, des magasins, des bureaux publics et les maisons des négocians.

Le quartier de l’Est est consacré au commerce maritime; ses habitans s’occupent de la construction des vaisseaux, et de tout ce qui se rattache au grand négoce. Cet arrondissement

de Londres a pris, dans le courant du siècle dernier, un caractère tout nouveau par ses grands chantiers de commerce et les magasins qu’on y a établis.

Southwarket toutela rive au sud de la Tamise, depuis Deptford jusqu’à Lambeth , ont quelque rapport avec le quartier de l’est , puisqu’ils sont aussi occupés par des personnes intéressées dans les entreprises commerciales et maritimes: cependant cette partie de Londres a un caractère qui la distingue des autres, c’est qu’on y trouve rassemblée une quantité prodigieuse de manufactures de toute espèce , de fonderies de fer , de verreries , de savonneries , de teintureries , de fabriques de chapeaux, de balles de plomb, etc., etc., et de beaucoup d’antres établissemens de cette nature. Le grand nombre de feux nécessaires dans ces établissemens, et les exhalaisons malsaines que produisent plusieurs de ees fabriques, rendent ce quartier pernicieux pour la santé de ceux qui y résident, aussi n’est-il habité, en général, que par des artisans et des ouvriers; aussi avons-nous vu l’épidémie faire de grands ravages parmi les habitans de cette partie de la ville.

Lequartier deWestminster renfenneles deux chambres législatives, les tribunaux et plusieurs administrations du gouvernement ; il estasses

salubre, attendu qu’il ne s’y trouve aucune manufacture et que les rues en sont vastes et très-aérées.

Une autre partiè de la capitale , et que l’on peut regarder comme son agrandissement le plus récent et le plus symétrique dans la disposition de ses squares et de ses rues ; est le côté du nord de la ville , qui comprend une grande masse de bâtimens nouveaux, entre Holborn et Somers’Town, et dans les arrondissemens de Mary-Lebone et Paddington.

L’accroissement qu’a subi , depuis quelques années, la capitale de l’Angleterre dans son étendue et sa population , est réellement étonnant : on compte que Londres contient aujourd’hui soixante-dix squares,' huit mille rues, ruelles, places, etc.; le nombre des maisons est, dit-on, de cent soixante mille ; et la population s’élève à plus d’un million deux cent mille âmes , auxquels il fant ajouter à peu près quatre-vingt mille filles publiques.

Une chose digne de remarque , c’est qu’il existe à Londres deux suites principales de rues qui établissent une communication d’une extrémité de la ville à l’autre. Celle qui est le plus au sud se trouve , dans la plus grande i partie de son étendue, à un quart de mille de la 1 amise; elle commence au palais de St-James

dans Pall-Mall, se prolonge à travers ieStraml, Fleet-Street, St-Paul’s-Church-Yard, Watling- Street, Cannon-Street, Eastcheap, et aboutit à la tour (The-Tower), La ligne des rues , du côté du nord, commence à Bayswater; passe par Oxford-Street, Holborn , Skinner-Street , Newgate-Street, Cheapside , Cornhill , Leadenhall-Street et Whitechapel, et se termine à Mile- End, ce qui forme une longueur de six milles au moins , où il se trouve très-peu de sinuosités; ces deux grands passages , que nous pourrons appeler, l’un la ligne du sud, l’autre la ligne du nord de la ville , ont un cours presque parallèle, et dans quelque quartier de Londres que se trouve un étranger, il ne peut jamais être bien éloigné de l’une ou de l’autre, car les rues , qui vont du nord au sud , et qui établissent une communication entre elles, sont trèscourtes en comparaison; celles qui descendent du Strandàla Tamise le sont également; celles qui commencent à la ligne du nord et qui aboutissent à ce qu’on appelle la Nouvelle- Route ( Nevr-Road ) , etc. , sont un peu plus étendues, mais cependant d’une longueur médiocre.

Toutes les rues de Londres sont pavées avec beaucoup de régularité , et ont toutes des trottoirs en dalles , élevés de quelques pouces au-

dessus de la chaussée. En i8*i3 , on commença à paver les rues d’une nouvelle manière, sous la direction de M. Adam ; presque toutes sont éclairées par le gaz, amélioration qui ne date que de quelques années.

Londres ne frappera pas de beaucoup d’admiration quiconque ne s’est formé l’idée de la beauté et delà magnificence d’une grande ville que d’après les descriptions des restes d’architectures grecque et romaine. La triste uniformité que présente une suite de maisons bâties en briques, qui ont toutesîa même forme, la même apparence extérieure, est peu séduisante pour la vue ; mais, pour ce qui est de l’intérieur des maisons, on ne peut rien leur comparer pour la splendeur, l’élégance et la commodité, selon les rangs des personnes qui les habitent ; en un mot , tout y concoure à donner une haute idée de l’opulence , de l’industrie et du goût qui règne dans cette grande capitale.

On voit, par cette description rapide de la ville de Londres, qu’elle présente toute les dispositions capables de s’opposer aux progrès de l’épidémie qui nous occupe; on ne sera plus étonné que dans une ville aussi populeuse, il n’y ait eu qu’un petit nombre d’affectés; et, en effet , l’épidémie n’a eu de force et d’intensité que dans ces portions de quartiers où

est reléguée la classe saie el misérable; ces quartiers ne sont que des points exigus dans l’immensité d’une ville aussi vaste; et l’on doit attribuer la cause du peu de développement de la maladie à ce que , parla disposition des rues qui régnent dans toute l’étendue des diamètres de la ville, l’air peut y circuler aisément, balayer toutes les exhalaisons funestes. Indépendamment de la largeur considérable des rues, il n’y a, dans celles-ci, ni ruisseaux, ni égouts, ni tas d’ordures; bien loin de-là, de distance en distance s’observent des fontaines jaillissantes, espèces de sources artificielles qui, suivant la volonté, arrosent les rues les plus vastes dans toute leur étendue; de plus , bien que vastes, elles sont bordées de maisons dont la hauteur est à peine la moitié de celles de Pains, ce qui favorise le libre accès de l’àir. Ajoutez à cela une propreté sans exemple de l’intérieur des maisons, vous pourrez alors concevoir pourquoi l’épidémie afait peu de ravages à Londres , aucun , pour ainsi dire , dans les beaux quartiers de cette capitale.

Il est encore un usage, en Angleterre, auquel je dois attribuer le petit nombre d’individus affectés du choléra à Londres. On sait que tout Anglais prend, à son lever, une lasse de thé; après son dîner, il en fait autant. Cette

coutume, sanctionnée par le temps , est également consacrée par le bon ton. C est le soir , en offrant du thé, que la dame ou la demoiselle de la maison déploie toute son élégance; c’est également à cet instant que tout homme du monde se délasse des fatigues du jour. Non -seulement les maîtres ne pourraient se passer de cette boisson dans l’après-dîner, mais encore les valets y sont habitués. A cet instant de la journée, la cuisine est transformée en salon : là , les domestiques prennent le thé avec autant de gravité et de délices que leurs maîtres, s’y livrent avec autant d’abandon , et cela à un tel point, qu’on se garderait bien de sonner ou de les interrompre; l’étranger qui ignorerait ce respect religieux pour tout domestique qui prend son thé , aurait de lui , pour toute réponse : I am taking tea , Je suis prenant le thé. Si des domestiques nous passons à la classe ouvrière , nous la voyons mettre autant d’exactitude clans l’observation de cet usage; et le pauvre le refuse une nourriture plus substantielle jour prendre son thé et le faire partager à sa amille. , L’usage du thé est de la plus haute mportance , et qui ne s’y soumet pas n’est >oint regardé comme tenant aux bonnes tralitions.

Or, je considère encore cet usage comme ayant empêché le choléra d’avoir autant d’intensité sur le peuple ; non que je regarde le thé comme un préservatif spécifique : mais n’a-t-on pas observé que , dans une ville où l’épidémie se fait sentir , les premières personnes qui sont atteintes sont celles qui sont affectées de quelque maladie du tube intestinal? N’a-t-on pas constaté également que les individus qui avaient des indigestions, soit par suite de l’emploi de mauvais aliinens, soit par excès , étaient les premiers attaqués par l’épidémie. ]N’a-t-on pas remarqué, en Angleterre et en France, que le nombre des malades était considérable les jours où le peuple est habitué à se livrer à la bombance? Or, si toute digestion imparfaite donne une susceptibilité de plus à contracter la maladie, l’usage de la substance qui devra accélérer la digestion, et s’opposer à ce qu’elle soit mauvaise, agissant en sens contraire, devra nécessairement préserver des indigestions, et par cela même du choléra, non d’une manière exclusive, mais donnera au moins des chances de plus pour ne point être attaqué par l’épidémie. Enfin , l’usage de cette boisson chaude , prise à la fin du repas, le soir ou le matin, détermine une transpiration qui ne peut être que salutaire, en excitant

le système cutané, et en débarrassant crantant la muqueuse intestinale.

Le docteur Baillie, chirurgien de Poplar, considère les premiers symptômes alarmans comme dépendant d’un état de congestion de la membrane muqueuse de l’estomac et des intestins, laquelle donne lieu par la transsudalion à une abondante quantité de la matière la plus fluide du sang, ce qui prive le ^naïade de toute énergie et le cadavérise sur-le-champ. L’indication qu’il donne est de chercher à rétablir la circulation par l’usage des stimulans intérieurs (la moutarde vomitive et V eau-de-vie). Si l’on ne parvient à exciter l’action du cœur avant que le sang soit assez fluide pou»' passer dans les vaisseaux capillaires, qu’a-t-on à attendre, dit-il , si ce n’est la mort par apoplexie ou congestion des poumons ?

Voici l’opinion de Hufeland, publiée à Berlin le 3i décembre i83i,sur l’origine et la propagation du choléra. «(Le choléra, dit-il, est originellement le produit d’une réaction atmospliérico-terrestre ; mais, dans son plus grand degré de développement, il produit une contagion qui est susceptible de se communiquer d’une personne à une autre. Ainsi, cette maladie se trouve le produit des miasmes et de la contagion , de l’infection aérienne et animale:

elle se propage d’un lieu à un autre par deux voies : l’une par l’infection progressive de l’air, en suivant le cours des rivières, comme cela a été prouvé récemment par l’invasion de lamalad ie à Berlin , où elle ne se déclara pas en pleine terre , mais le long des eaux du Warte, du canal Finnow et du Havel; l’autre par les personnes et les choses infectées : mais il a été surtout observé que cette dernière voie d’infection est très-conditionnelle , et par conséquent rare, car peu de malades éprouvent à un si haut degré la faculté de communiquer cette maladie, et peu de personnes possèdent la susceptibilité requise pour la contracter.

Poin moi. Hit M. Hufeland , je ne puis concevoir comment, sur ce point, les médecins peuvent être en litige, ou comment ils peuvent être divisés, comme sur une infinité d’autres sujets, en deux partis, en contagionistes et non contagionistes, étant dans une opposition hostile l’un contre l’autre. C’est une vérité reconnue depuis peu de temps, qu’une maladie peut devoir sa source première à des influences épidémiques, et être ensuite propagée par l’atmosphère et par contagion. Il n’y a pas de doute qu’un catarrhe peut être épidémique dans un moment où la température est froide et humide; et pour peu qu’un individu soit

sous l'influence de ce catarrhe au plus haut degré d'intensité, il peut le communiquer à un autre par un baiser., N'esl-ce pas aussi le cas de la fièvre scarlatine, avec dyssenterie et une violente toux, etc., etc. ? Prenant en considération ce qui a été observe' en Prusse et a Berlin , le tout peut être résumé dans les conclusions suivantes:

i° L'invasion du choléra peut avoir lieu par l'influence de l'air ou par infection.

2° Le premier mode de communication est plus fréquent que le dernier.

3° De telle manière que l'infection ait lieu , une susceptibilité de constitution est nécessaire.

4° Cette susceptibilité peut être produite ou favorisée par certaines influences qui sont sous notre dépendance ; telles sont les surcharges d'estomac , l’usage des alimens et des boissons aigres, flatueux, fermentescibles, froids et indigestes; l'habitude des liqueurs spiritucuses, les fruits, l’humidité , l’habitation dans un lieu frais; enfin , les émotions tristes de l’âme. L’expérience a montré dans une foule de circonstances qu’immédiatement après l’action de tels agens, le choléra s'est déclaré lui-même; tandis, au contraire, qu’il n’existe aucun exemple dans lequel le choléra se déclare sans telles ou telles causes prédisposantes.

Pour prévenir le choléra en éloignant les matières infectées , c’est une mesure qui n’est possible qu’en partie ; car la communication par l’atmosphère ne peut être empêchée que partiellement ; néanmoins les mesures adoptées parle gouvernement méritent des éloges. Enfin, la méthode la plus efficace pour se mettre à l’abri de cette maladie est de prévenir les causes prédisposantes, en évitant ce qui peut leur donner naissance. »

Faut-il recourir à la viciation de Pair pour assigner la cause du choléra - morbus épidémique? Hippocrate et, depuis, Hoffmann, Sennert, Fernel et beaucoup d’autres, expliquaient. de cette manière tout ce qui, pour eux, était inexplicable; et , en effet, le choléra a existé sous des circonstances opposées , soit pendant la sécheresse , soit sous l’influence de l’humidité, ainsi que sous divers vents. On ne l’a point observé, avant son apparition, là où existaient des émanations putrides ou méphitiques; ce n’est pas au froid qu’il faudra l’attribuer , puisque dans l’Inde il existe sous des températures très-élevées. Quelles sont les conséquences que l’on doit tirer d’opinions aussi contraires, par lesquelles on a cherché à déterminer la cause de cette épidémie? C’est que les auteurs, ayant voulu trop généraliser des faits qui avaient

paru sous certaines circonstances, ont pensé que ces faits se reproduiraient sous l'influence de ccs mêmes circonstances , et ils se sont trompés. Dirons - nous qu’il y a une cause cachée du choléra-morbus, et la nommeronsnous comme les anciens quid divinum ? Avouonsle, n’est-il pas extraordinaire que des médecins, des physiciens , qui ne basent l’explication des phénomènes naturels que sur des faits susceptibles d’être appréciés par les sens, se soient si facilement payés de mots , et de les voir, par une expression vague, vouloir personnifier une cause inconnue qu'ils n’ont pu découvrir? La cause première du choléra épidémique nous échappe; mais connaît-on mieux celles des autres épidémies? Pourquoi exiger plus de la. médecine pour le choléra que pour d’autres maladies? La cause première de tous les effets, même susceptibles d’être calculés par les sciences exactes , n’échappe-t-elle point? La cause de la variole est-elle fixée P l’action de la vaccine a-t-elle été expliquée? Et, en supposant qu’on pût trouver un spécifique pour le choléra, il agirait comme les autres médicamens de cette nature, maissans dévoiler l’essence delà maladie. Quels sont doncles motifs qui feraient désirer la découverte dclacause du choléra? Ce serait d’en prévenir les attaques. Mais on préserve de plu-

sieurs affections sans que pour cela on en possède mieux les causes. Je pense que le médecin doit se borner à observer quelles sont les individus, les tempéramens, les états, les circonstances qui paraissent favoriser l’action de la cause cholérique. Ces circonstances déterminantes connues, les faisant disparaître, l’épidémie aura moins d’empire , et ces causes déterminantes tiennent moins à la viciation de l’air, à l’alimentation malsaine , qu’à la misère qui enfante tous ces désordres: ce sera donc moins le médecin que le législateur qui devra améliorer le sort des malheureux, alléger leurs souffrances et les faire participer, par des combinaisons administratives bien dirigées , à cette tranquillité morale, cette propreté de tout ce qui les entoure, que la misère repousse, si celleci n’est pas neutralisée par les secours d’un gouvernement éclairé.

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