TRAITEMENT
Aux premières atteintes du choléra , à Londres , les malades furent traités avec crainte et incertitude par des médecins isolés qui se trou-
vaient dans les quartiers où les premiers accidens parurent; mais, l’autorité ayant jeté les yeux sur les graves inconvéniens qui résulteraient si on les livrait à l'impéritie des médecins qui ne peuvent être requis que par la classe misérable, on confia la conduite du traitement aux gens de Part qui avaient observé ce cruel fléau dans l’Inde. Le comité Whitechapel et le conseil de santé, ayant fait connaître leur opinion sur la maladie, publièrent une note dans laquelle ils exposèrent les bases sur lesquelles on devait asseoir le traitement. Le voici :
Board médical. Comité de fVhitechapel .
Après les premiers symptômes. Emétique , bine pills , ou calomel combiné avec petite dose d’opium, pendant la nuit. Le matin , une potion composée de rhubarbe , gingembre et magnésie.
Si la diarrhée continue , mixture de chaux, teinture catechu. Changement de diète : les farineux avec les aromatiques chauds. Chaleur aux extrémités, tranquilité de corps et d’esprit.
Pour le choléra prononcé.
Première période. Emétiques , et pour cela le sel et la moutarde préférés; saignées avec
précaution , même s’il y a fermeté dans le pouls. Calomel en fréquentes et petites doses. Pendant les crampes, lavement de semoule, de graine de lin, d’eau d’orge et laudanum. Fomentations sèches sur le corps et aux extrémités.
Traitement de la période bleue et du froid.
Frictions avec des flanelles chaudes, sacs de sable chaud, boite de fer blanc remplie d’eau chaude dans le creux de la main. Stimulans, comme ammoniaque , eau-de-vie ; 2 g de calomel avec 1/6 ou 1/8 d’opium toutes les dix minutes pendant quatre heures; ensuite le calomel seul jusqu’à déjections féculentes. Lavemensdeliquides chauds avec laudanum ou eaude-vie répétés fréquemment. Si les déjections séreuses continuent, ou que la réaction paraisse commencée , on donnera des lavemens avec une petite quantité d’amidon seul avec eau chaude.
Traitement de la fièvre consécutive.
Saignées , avec précaution et suivant les circonstances , à la quantité de 3 ou 4 onces. Sangsues et vésicatoires aux tempes , au cou et à l’estomac ; application de teinture de cantharides ou dissolution de mouches dans
l’acide acétique. Calomel avec jalap trois fois par jour, blue - pills pendant la nuit. Une potion de rhubarbe et de magnésie pour le matin suivant. Lavement légèrement purgatif ou émollient, s’il y a irritation. Le jus de citron a quelquefois soulagé les maux de cœur dans cette période.
Mais ce qui fut remarqué en Pologne, par M. Briere de Boismont, s’observa également à Londres. On fut obligé d’abandonner presque totalement saignée; et, dans les derniers temps, on n’en faisait usage que chez les individus jeunes, forts et vigoureux; autrement, ou elle ne donnait que très-peu de sang , et aloi s elle devenait inutile , ou elle était mortelle quand on obtenait du sang dans les proportions qui, dans le principe de la maladie, avaient donné de favorables résultats. On attribua aussi la longueur de la convalescence à l’emploi de l’opium et surtout du calomel, dont les Anglais sont les grands partisans, puisqu’il n existe aucune maladie où il n’en croient J’usage salutaire. Ils administrèrent, dans quelques hôpitaux , 1 ammoniaque liquide dans un peu deau, dont les doses variaient; ainsi, on en donnait 5 à 6 gouttes aux adultes , et une
311 2 8ouües P°ur les enfans, et cela tontes les retires. Dans presque tous les cas , j’ai vu sup-
primer, par ce moyen , les vomissemens et les déjections alvines , et lorsque cet effet était obtenu, on diminuait progressivement les doses de l’ammoniaque, et l’on terminait par administrer 6 à 10 gouttes de teinture d’opium dans une infusion légère et très-chaude de thé. Vers le commencement de mars, tous les malades atteints du choléra succombaient avec une rapidité réellement effrayante : on espéra obtenir quelques avantages en employant la méthode du docteur Léo, et voici comme on administrait : toutes les trois heures, ou à desépoques plus rapprochées, suivant l'intensité du mal, on donnait 3 grains de sous-nitrate de bismuth, mêlé avec îo grains de sucre; avec cela, on administrait une infusion légère de thé, boisson que les Anglais prennent avec plaisir, et qu’ils * préfèrent à toute autre tisane, dont ils ne font jamais usage. Indépendamment de cela, on pratiquait des frictions avec une once d’ammoniaque et 6 onces d’esprit d’angélique. Quand la langue était chargée , on administrait le nitrate de bismuth avec 3 grains de rhubarbe torrifiée. Dans le cas de pléthore , on pratiquait une saignée de quelques onces; et si les douleurs au creux de l’estomac étaient trop vives, on appliquait une douzaine de sangsues à 1 epigastre. Plusieurs médecins, et entre autres
MM. Kiernan et Hamy , furent témoins de quelques succès. Pour moi, j’ai vu employer cette méthode cinq fois , et toujours les individus ont succombé; et j’ai trouvé des altérations du tube intestinal que je ne puis faire autrement que de rapporter à l’emploi du médicament qui fait la base principale de la méthode *du docteur Léo.
Je dois également parler de l’emploi de la poudre de moutarde, dont on a lait un fréquent usage à Southwark. M. Witing, dans le Icoüapsus profond, l’administrait ainsi : il donnait une forte cuillerée à bouche de poudre de moutarde dissoute dans un verre d’eau tiède. Presque toujours il obtenait, par l’emploi d’une seule dose, des vomissemens abondans; mais ; s’ils n’avaient pas lieu , il répétait la dose : je le lui ai vu faire jusqu’à quatre fois. Après cet emploi, il donnait quelques gouttes d’ammoniaque, et terminait par administrer une petite quantité d’eau-de-vie. Ce docteur obtint quelques succès; d’autres fois il échoua. Mais, quoi iqu’il en soit, j’ai toujours observé qu’après nl’emploi de la moutarde, les malades restaient 1 pendant très-long -temps affectés d’une douleur épigastrique très-aiguë; tous ceux qui ont 'Ué traités avec succès par ce moyen ne purent rien digérer pendant long - temps , affectés
qu’ils étaient d’une diarrhée continuelle. Chez ceux qui succombèrent , je remarquai une injection considérable de la muqueuse gastrique, injection que je ne trouvai jamais dans d’autres circonstances.
Mais il faut l’avouer, les progrès du eholéramorbus ne peuvent être arrêtés par aucun médicament Spécifique. J’ai vu employer toutes les substances qui ont été regardées comme jouissant de propriétés particulières dans le traitement de cette maladie , et toutes je les ai vues échouer. Dans le traitement du choléra , on doit s’en tenir à l’emploi de îa médecine physiologique ; on doit administrer seulement les substances dont l’action sur l’économie animale est bien reconnue ; et ceux qui veulent agir autrement sont ou excités par l’envie de se singulariser, ou nullement initiés dans les principes de la physiologie; ils sont incapables de pouvoir traduire les intentions de la nature, et de la rappeler à son rhytme naturel. Je ne dirai point que l’on ne peut pas avoir de spécifique pour le choléra, parce que la cause de cette épidémie est inconnue; car nous ignorons l’origine de toutes les maladies pour lesquelles le hasard ou des recherches ont lait connaître des spécifiques. Mais comment anir avec un seul médicament sur une 'maladie
qui va ébranler tous les systèmes de l’économie? Ce n’est donc point un spécifique qui devra ni être conseillé, ni employé, ni recherché, mais une méthode, méthode qui variera suivant les différentes périodes dans lesquelles on l’emploiera, et dans les différentes phases de la maladie; méthode qui échouera encore souvent par la rapidité avec laquelle les symptômes se succéderont, symptômes qui jettent le médecin peu habitué an traitement de celte affection dans une espèce de tourbillon par lequel il se laisse entraîner, et qui l’emporte.
Or, voici le cercle dans lequel je me suis toujours circonscrit : lors des premiers symptômes de la maladie, c’est-à-dire lorsqu’il y a hébétude, vertiges, concentration fébrile du pouls, horripitaticns et frissons vers la peau, et qu’enfin on ignore ce qui va avoir lieu, mais que l’on se sait être dans une ville, dans un établissement ou dans un quartier où l’épidémie s’est développée, indépendamment de toutes les règles hygiéniques, et de l’importance de transporter le malade, si cela est possible, hors du cercle de développement de l’épidémie , je me contenterais , s’il y avait des symptômes de pléthore sanguine, de pratiquer i une saignée de l\ à 5 onces, plus ou moins, i suivant la force du malade. S’il y avait diar-
vhée, j’emploierais tous les' moyens possibles pour la calmer, et je prescrirais la diète la plus sévère. Pour faire disparaître l’horripitation cutanée, je plongerais le malade dans un bain très-chaud, et j’administrerais, dès que j’aurais établi la diète, une infusion très-légère de thé, que l’on prendrait par demi-tasse, bien chaude, toutes les heures, et dans laquelle j’ajouterais 4 gouttes de teinture d’opium.
Mais aussitôt que des symptômes plus graves se développent, le médecin doit employer une médication des plus actives, mais bien dirigée, et elle ne pourra l’être qu’autant qu’il connaîtra parfaitement les phénomènes sous lesquels se présente la maladie; et, en effet, quels sont les faits les plus frappans , les plus saisissabîes et en mêm temps Ceux qui entraînent toute ^économie dans le désordre le plus affligeant, et contre lesquels on doit sévir? C’est la concentration extraordinaire de toutes les forces vitales vers l’intérieur; et j’entends par forces vitales, celles qui président à l’accomplissement de toutes les (onctions de l’économie. Je veux parler, comme on doit le prévoir, de la sensibilité et de la circulation : en effet, ces deux fonctions nes’exécutent plus à l’extérieur, elles se sont retranchées vers les organes profondément situés, et pourquoi? parce qu’elles
sont totalement suspendues a la périphérie; et, en ce sens, le choléra est soumis aux règles ordinaires de toutes les autres maladies. La sensibilité de la peau est anéantie, ainsi que sa fonction sécrétoire : alors la sensibilité du tube intestinal est augmentée, modifiée, aberrée à un tel degré , que la sécrétion de la muqueuse est aussi frappée de cette aberration. La circulation ne se ramifie plus à la périphérie. La peau est sèche , froide , teinte en bleu livide par la stase du sang $èine.ux dans le tissu capillaire sous-muqueux ; la circulation devient plus active au centre; et, de plus, le poumon et le cœur participent à l’innervation qui préside au système cutané extérieur. Ces symptômes n’indiquent-ils pas assez quelle est la conduite et la marche que le médecin doit tenir?
Les indications sont donc : i° de rappeler la (sensibilité des tégumens, afin de rétablir la chaleur et la transpiration cutanée ; 2° d’irtriter fortement le système cutané , pour y jrappeler la vie, y rétablir la circulation, et ("aire diversion à la tendance qu’a cette dernière de se porter dans les organes intérieurs et parenchymateux. En irritant fortement la peau ft y déterminant une transpiration abondante,
on obtiendra une reaction qui s’opposera à la concentration des forces vitales sur le tube intestinal, et, par cela même, on diminuera cette tendance qu’a la muqueuse de cette partie de sécréter la matière séreuse et albumineuse que nous avons observée dans les autopsies.
Mais n’est-il pas important d’indiquer les moyens propres à entraver la maladie, lorsque celle-ci n’étant pas encore développée, les individus présentent ces symptômes précurseurs si fugaces, que j’ai signalés, et à la connaissance desquels j’ai apporté la plus grande importance , puisqu’ils peuvent donner au médecin la consolation de protéger, contre la maladie , les individus qui recourent à ses conseils avant l’invasion complète. Dans ces cas, ce n’est point à des préservatifs semblables au camphre et à toutes ces panacées par lesquelles on exploite la crédulité et la crainte du public, que l’on doit recourir; mais il convient de réduire la nourriture, de prendre quelques tasses de thé léger tous les soirs; | de maintenir le corps et l’esprit dans un état parfait de tranquillité ; d’éviter l’impression du froid après avoir été soumis à une haute température , et , s’il est nécessaire , se soumettre à une diète rigoureuse.
Quand le dévoiement a commencé , plusieurs voies peuvent faire arriver le médecin au même but. C’est ainsi que, dans cette seconde période, j’ai employé les narcotiques, les excitans diffusibles, les antiphlogistiques, les vomitifs , la diète ou même une bonne nourriture. Je parle d’une bonne nourriture ; ce ne sera certainement pas pour les gens riches : c’est la diète qui leur sera imposée ; mais chez les gens du peuple, chez les malheureux surtout, qui ne vivent que de misère, pour ceux-là, les alimens sains, succulens peuvent s’opposer au développement d’une maladie qui n’a eu de prise sur eux que par le mauvais régime et les privations sans nombre auxquels ils sont constamment soumis. En effet , j’ai vu des malheureux qui , depuis plusieurs jours, n’ayant mangé que quelques croûtes depain, qu’ils avaient obtenues de la charité ou disputées aux animaux, auraientinfailliblement péri si je les avais soumis à une diète rigoureuse. De bons bouillons^ des viandes convenablement cuites et de bonne qualité , dissipaient cet état de langueur, supprimaient le dévoiement et rendaient aux organes de ces malheureux l’energie dont l’absence les avaient placés sous les coups de l’épidémie. C est d après de pareilles observations que l’on
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floit conclure qu’en donnant à la classe misérable quelques soulagemens, et en lui facilitant les moyens de suivre un régime plus sain, on s’opposera aux ravages que fera toujours sur le peuple la maladie , lorsque celle-ci le trouvera sans cesse aux mains avec la misère, la malpropreté et la faim!
Mais si l’on traite des hommes qui n’ont point été étiolés par le malheur , la diète , le repos et la tranquillité du corps et de l’esprit sont indispensables; mais ces moyens, seuls, seraient sans résultats. C’est alors que la médecine doit être active, raisonnée et bien conduite. Si le creux de l’estomac est douloureux, qu’il y ait des tranchées, et surtout si l’individu est jeune, vigoureux, fort et robuste, on peut pratiquer une saignée, mieux encore appliquer un bon nombre de sangsues à l’épigastre ou à l’anus , surtout s’il a des hémorrhoïdes , et si le malade est habitué à un flux de sang vers cette partie. J’ai souvent employé simultanément des sangsues à l’épigastre et à l’anus, quand toute la continuité du tube intestinal me paraissait entreprise. Dans les cas où les évacuations sanguines ne paraissent point arrêter les symptômes, il convient d’administrer l’ipécacuanha à la dose de quinze à trente-six grains dans un demi-verre d’eau donné par cuillerées, dont
on facilite faction vomitive par remploi de petites quantités d’eau tiède. Si rien ne resuite de cette médication , on administre les lavemens composés d’eau de graine de lin , d’amidon avec addition de cinq a dix gouttes de laudanum de Sydenham, répétés plusieurs fois par jour.
On voit donc que, toutes les lois que les dispositions du malade sont favorables, tous les moyens employés jusqu’ici se dirigent vers le même but, et y arrivent par des voies diverses, puisque les uns tendent à agir et a émouvoir l’excitabilité du cœur, d’autres la diminuent, soit en agissant directement sur cet organe , soit par moyen de sympathie. Enfin , lorsque l’on a déterminé la réaction , il faut encore diriger celle-ci , l’augmenter s’il est nécessaire, la diminuer si elle se développe avec une vigueur trop considérable ; et, en effet , il est souvent facile d’obtenir une réaction , mais c’est autre chose quand il s’agit de la conduire à bien. S’il en était autrement, on guérirait souvent, et malheureusement on n’est point encore arrivé à ce degré de certitude. C’est alors que l’on a recours soit aux antiphlogistiques , soit aux révulsifs. Quand cette réaction est enfin obtenue, il n’existe plus de crampes, plus de vomisseinens,
la voix reprend son timbre naturel ; mais la diarrhée, la suspension de la sécrétion urinaire persistent ; et , malgré la faiblesse qui provient de la persistance de la diarrhée, il est rare que ce soit d’épuisement que le malade périsse. Le plus ordinairement la mort est la suite des lésions organiques locales. Le coma se développe, persiste pendant plus ou moins de temps; le délire arrive , et la lin du malade ne dépasse jamais le sixième jour , phénomène que j’ai observé soit après l’emploi de l’eau-de-vie, de l’opium , soit après l’admistration des purgatifs et des émétiques.
Dans plusieurs circonstances , la diarrhée met une persistance au-dessus de tous les moyens ; elle abat , affaiblit les malades , les plonge dans une espèce de marasme. La fièvre se développe avec tous ses accidens , et la mort survient après une faiblesse extrême; c’est ce qui s’observe surtout après l’emploi peu mesuré des purgatifs.
D’autres fois, la maladie se termine par des symptômes véritablement typhoïdes. La langue est sèche, âpre, et recouverte, ainsi que les dents , d’un enduit plus ou moins noirâtre; les pulsations de la radiale sont rapides ; le malade reste immobile en supination ; des taches typhoïdes se développent sur le corps , et la
diarrhée se supprime Lors de la terminaison complète de ces symptômes. J’ai observé ce genre de terminaison , surtout à Whitechape! , où l’on employait , de préférence , les boissons alcooliques, et surtout le vin de Porto, avec parties égales d’eau dans laquelle on faisait bouillir du gérofle et de la cannelle.
J’ai vu des malades se plaindre, à la suite du choléra , de fortes douleurs vers la région épigastrique : ces douleurs ne duraient jamais assez pour entraîner des accidens fâcheux, et elles ont toujours disparu à la suite d’un régime doux , et par l’éloignement de tout excès dans l’alimentation.
Ces différentes terminaisons, que j’ai souvent vues se terminer par la mort, sont d’autant plus à craindre, que les malades ont présenté des symptômes plus tranchés ; mais , si l’on n’a eu à traiter qu’un choléra bénin, ces accidens ne s’observent point; deux ou trois jours suffisent pour que le malade reprenne son appétit et ses forces; on ne doit cependant permettre, dans les premiers jours , que de légers potages et une décoction de riz. Si, au contraire, les pulsations du pouls prenaient du développement; si la lace devenait animée , on aurait à craindre 1 exaltation du système encéphalique, et il convient d’avoir de suite recours
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** saignée. Parce moyen, on entrave les ac~ cidens cérébraux, on établit une sorte d’harmonie entre les organes et la circulation qui doit les alimenter.
Mais à quels moyens recourir lorsque, la réaction étant très— faible et pour ainsi dire passagère , le sang se refuse à sortir par les ouvertures qui ont été pratiquées aux vaisseaux? Non-seulement j’ai vu ydes cas dans lesquels le sang ne sortait point des veines, mais encore où les artères ouvertes ne donnaient issue qu’à quelques gouttes de sang. Aussi la mort est inévitable. Cependant, dans quelques occasions où on peut obtenir une évacuation sanguine quelconque, l’état d’assoupissement du malade continue : il convient alors de rubéfier la peau , surtout de l’abdomen et des extrémités inférieures, par tous les moyens qui sont à la disposition de l’homme de l’art; dans des situations semblables , ayant remarqué que la diarrhée avait été supprimée tout à coup, je la rappelai avec desîavemens d’huile de ricin et de sulfate de soude, et quand le délire ne s’était point encore déclaré, j’ai eu souvent des chances de succès, sans quoi le médecin ne doit avoir aucune espèce d’espérance; cette diarrhée, que l’on est obligé de rappeler dans certains cas, se prolonge quelquefois indé-
Animent, et s'oppose complélemenl au rétablissement du malade. Il convient alors de recourir aux astringens; on peut administrer dans leslavemens, de l’alun, et en potion, i5 grains de ratanhia , avec des boissons de riz et de décoction blanche. Enlin , dans l’état typhoïde , j’ai vu employer, avec succès, les préparations de quinquina , les lavemens purgatifs; d’autres fois , les boissons adoucissantes et les lavemens de même nature ont suffi.
Quand la fièvre de réaction s’est emparée des malades, ils sont loin d’être hors de danger : si elle donne les apparences de se développer avec trop d’intensité, on emploie alors la saignée générale ou locale, mais de manière à obtenir une évacuation sanguine suffisante. En me rappelant toujours que la diarrhée n’est nuisible que par ses excès, dans les cas même où elle a été trop rapidement arrêtée, soit naturellement , soit par les médications qu’on applique dans de telles circonstances, il m’a été utile de la rappeler, et, à cet effet, j’ai souvent employé avec succès des lavemens composés avec 12 onces de décoction d’avoine, 1 once de sulfate de magnésie, et 1 once d’huile d’olive.
Dans cette période de réaction, les malades se plaignent d’une douleur oppressive qui les
étouffe et qu’ils éprouvent vers l'épigastre; ces douleurs persistent quelquefois au point de déterminer des voinissemens d’autant plus fatigans pour les malades, qu’ils n’ont rien dans l’estomac. Dans ce cas, l’ipécacuanha , administré à des doses vomitives, déterge la langue, fait disparaître l’oppression , et même fait cesser les hauts-le-corps.
Plusieurs fois, j’ai observé que la réaction ne se bornant pas à rétablir l’harmonie entre toutes les sécrétions, le tissu capillaire général entre dans une sorte de turgescence , tous les organes semblent congestionnés, les malades tombent dans une sorte d’assoupissemen t ; l’oppression épigastrique existe également dans ce cas, mais en même temps l’innervation encéphalique paraît jouer un grand rôle. J’ai toujours, dans ces circonstances, obtenu les meilleurs effets par l’emploi d’une large saignée, que quelquefois j’ai été obligé de répéter, pour diminuer la trop grande intensité de la circulation artérielle.
C’est surtout la terminaison typhoïde ou adynamique qui est la plus funeste ; c’est elle qui offre le plus d’obstacles à vaincre aux médecins les plus habitués au traitement de la maladie qui nous oecupe, et cela, parce que le malade doit tout attendre des moyens thé-
rapeutiques, qui restent sans efficacité par l'espèce de torpeur dans laquelle se trouvent plongés tous les systèmes de l’économie, auxquels la nature refuse les secours secondaires. Dans ce cas, les dents et la langue sont fuligineuses, le regard du malade est fixe, ses yeux sont ternes; les selles, supprimées, acquièrent quelquefois une odeur insupportable ; le pouls est irrégulier, et quant à la fréquence et quant à l’intensité; il y a oppression et assoupissement complets. Si la saignée pouvait être pratiquée, ce serait la seule ressource à laquelle on dût recourir; mais malheureusement j’ai presque toujours observé que la veine piquée ne laissait sortir que quelques gouttes de sang. J’ai souvent employé avec succès, et simultanément , les sangsues à l’épigastre et à l’anus ; mais , dans la plupart des cas , ces animaux tombent de suite, parla difficulté qu’ils éprouvent à sucer le sang lorsque les malades sont dans cet état de torpeur. C’est alors que, n’ayant aucune ressource ni dans la saignée, ni dans les sangsues , je recourais à tous les moyens capables d’exciter la sensibilité de la peau , par les irritans de toute espèce appliqués à sa surface ; mais , je dois le dire , dans la plupart des cas , mes efforts ont été sans résultat.
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Evacuations sanguines . Les évacuations sanguines ont été généralement peu employées à Londres; j’y ai recouru dans une multitude de cas, et en ai obtenu toujours des résultats qui variaient quant à la durée, qui en était la conséquence. Mais encore ici, de même qu’à l’égard de tout autre moyen, ce n’est point exclusivement que devra être ordonné ce moyen thérapeutique ; et , je le repète, il existe des indications dans lesquelles sont applicables les évacuations sanguines , et il n’est pas indifférent de recourir aux évacuations générales ou locales. Quand il y a pléthore générale , congestion marquée d’un organe parenchymateux , il est évident pour tout le monde que c’est à la saignée générale seule à laquelle on devra recourir. Si, au contraire, il y a des douleurs dans les cavités splanchiques, et qu’elles attestent une espèce de concentration locale, ce sont les évacuations sanguines locales qui seules devront avoir une heureuse issue; ajoutez à cela que l’on doit avoir recours aux saignées quand elles sont indiquées; mais toutes les fois qu’elles le sont, il n’est pas toujours possible de les effectuer : que faire alors? Recourir aux bains que nous avons mentionnés; et s’ils ne réussissent point? Malheureusement , ces circonstances se sont souvent re-
nouvelées dans la pratique , et je me suis vu alors dans l’impossibilité de (aire jouir aux malades du bénéfice d’un moyen thérapeutique que je regarde comme héroïque. La saignée est d’autant plus urgente dès le début de la maladie , que l’excitation générale est plus considérable , et l’individu plus fort et doué d’un tempéramment pléthorique. La saignée in’a toujours réussi dans ces cas, et surtout quand fai pu la faire largement et qu’on n’avait point attendu le commencent du collapsus. Bien que le pouls soit faible, il ne faut pas s’en laisser imposer : quelques minutes écoulées après la saignée, on sentira les pulsations se relever, les nausées se calmeront , et le malade se trouvera soulagé. Les saignées ocaîes ne peuvent guère être déterminées par ’application des sangsues ; celles-ci , dans la ■période du froid , refusent trop souvent de mordre. Les ventouses scarifiées sont préférables ; je les ai employées, comme je l’ai dit plus haut , lors des congestions vers un organe quelconque, et souvent par leur moyen ’ai dissipé l’anxiété épigastrique dont se plaignaient plusieurs malades.
Frictions. J’ai toujours regardé les frictions, ;oit sèches et simples , soit sèches et aromatiques, soit humides et aromatiques, comme un
moyen puissant pour ramener la chaleur aux extrémités, dissiper la stase veineuse à la périphérie du corps qui constitue la période bleue; mais ces frictions doivent être continuées avec une patience à toute épreuve. J’ai souvent vu des malades succomber à la suite de ce froid et de cette stase veineuse dans les capillaires, parce que les personnes qui avaient été chargées de frictionner les malades s’étaient lassées : elles avaient été découragées par le peu de succès qui couronnait leurs efforts, et les avaient discontinués. J’ai souvent fait frictionner pendant des heures entières des personnes chez lesquèlles il n’y avait aucune espérance de ranimer ni la sensibilité , ni la circulation , et quelquefois ma patience a été couronnée de succès. Deux individus ont même , palmes conseils, été rappelés à la vie; car cette patience que j’ai souvent mise à pratiquer des frictions n’a malheureusement pas toujours réussi. Cependant, je le répète, c’est un moyen excellent auquel on doit toujours avoir recours , et dont on augmente certainement l’efficacité par la patience avec laquelle on doit le mettre en usage.
Sinapismes. A côté des frictions dont je viens de parler , on doit placer les sinapismes , qui agissent de la même manière, mais
nvec beaucoup plus d’énergie; il est important que la farine de moutarde soit très-pure et sans aucune espèce de falsification. Je l’ai employée avec les plus grands avantages dans cette période de torpeur où la sensibilité devient pour ainsi dire nulle, que la transpiration est totalement supprimée et que la chaleur a disparu pour ne laisser après elle que ce froid glacial qui peut être seulement perçu par les assistans et auquel le malade est insensible, ressentant, au contraire, dans l’intérieur de son corps, une chaleur brûlante qui lui fait demander , avec instances, des boissons froides et même glacées. Mais il convient, en employant des sinapismes , de les appliquer aussi larges que possible. J’ai toujours réussi à augmenter la transpiration , à ranimer la sensibilité et la circulation , en les appliquant très-larges. Je commence par en placer un très-vaste sur le ventre, puis le second dans toute la longueur du dos ; puis, enfin , un à chaque membre, et toujours à la partie interne , qui est celle qui est douée de la plus grande sensibilité. Si leur action est nulle , vers la fin de la dernière période , j’ai eu recours aux moxas térébenthines.
Vésicatoires. Leur action est absolument la même que celle des sinapismes , avec cette dif-
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lerence , cependant, que ces derniers, quand ils doivent agir, déterminent sur la peau la rubéfaction avec une rapidité beaucoup plus grande que les vésicatoires. J’ai vu un médecin anglais, le docteur Ramadge , attacher la plus grande importance à l’emploi du vésicatoire posé sur la colonne vertébrale: ce moyen m’a paru bon. Plusieurs fois , par son emploi, j’ai vu cesser les vomissemens et même la diarrhée, et commencer une réaction rapide; mais je le répète , l’action du vésicatoire est lente, celle du sinapisme est plus prompte, et j’ai obtenu, par ce dernier, des résultats semblables à ceux que l’on cherche à obtenir par le moyen des vésicatoires , mais plus rapidement.
Moxas térébenthines. Dans le^ cas où les frictions et les sinapismes n’avaient produit aucun effet, et lorsque les individus étaient atteints du choléra dans toute son intensité, j’ai fréquemment fait usage de moxas térébenthinés. Voici de quelle manière je les employais. Je roulais dans le creux de la main cinq ou six morceaux de coton, de manière à les rendre plus compacts et plus durs , et afin que leur volume n’excédât point celui d’unegrosse noisette ; je trempais ces boulettes de coton dans de l’essence de térébenthine. Après les avoir ainsi préparées, je les^appliquais une à
une sur Je creux de l’estomac et les y maintenant par une pince à pansemens, j y mettais le feu; il en résultait tantôt une brûlure superficielle ou quelquefois une escarre profonde, mais toujours une douleur très-vive et une excitation plus ou moins longue de la circulation. Lorsque l’effet était produit par l’incandescence d’une boulette, j’en appliquais une seconde , puis une troisième, et, dans certaines circonstances , jusqu’à six. Beaucoup d'individus succombèrent à la suite de l’emploi de ce moyen, mais parceque jenel’ai appliquéqu’en désespoir de cause, quandl es maladesne donnaient plus au. cune espérance et qu’ils n’offraient aucune ressource. Je puis cependant rapporter plusieurs guérisons réellement extraordinaires que j’ai obtenues par l’emploi de ces moxas ; entre autres , je dirai qu’une femme qui , depuis deux fois vingt-quatre heures, était plongée dans le coma le plus affreux , et qui était abandonnée des médecins, me fut livrée près de l’hôpital de Bethleem; j’employai sur elle ce moyen qui ranima la circulation, excita la i sensibilité à un point tel, que trois fois vingtquatre heures après, elle était debout guérie , et n’eut plus, qu’à rester quelque temps pour obtenir la cicatrisation des plaies qui
résultaient à l’épigastre des moxas que je lui avais appliqués.
Air chaud. M. le docteur Cuming publia Inobservation d’un cas très-grave de choléra qu’il parvint à guérir. Il attribue ce résultat à l’application de l’air chaud , qui permit de faire une saignée copieuse. La chaleur du lit était si forte, que le malade demandait en grâce d’en être débarrassé; ce n’est qu’au bout de trois heures de persévérence qu’on parvint à le réchauffer.
Bains. Les bains très-chauds ont eu souvent les plus grands avantages, et je me suis surtout félicité de les avoir employés, en y ajoutant une certaine quantité de farine de moutarde , chez, les individus forts et vigoureux, dans cette période de la maladie où les crampes ayant cessé, le malade est envahi par un froid glacial de toute l’habitude du corps, et par cette stase du sang veineux dans le tissu capillaire de la peau, qui lui donne la teinte livide et marbrée. Les effets que j’obtenais par l’emploi de ce moyen étaient d’irriter rapidement , et sur toute son étendue, le système tégumentaire , d’y rappeler la circulation capillaire et d’y déterminer la chaleur. A la suite de l’usage de ce moyen, je pouvais ex-
traire une quantité suffisante de sang , que je n’aurais pas pu obtenir autrement. J ai meme observé que l’action de ces bains se faisait ressentir par voie de continuité de tissu et d’identité de structure, sur la muqueuse intestinale, et plusieurs fois j’en ai vu la preuve dans le changement subit et instantané, à la suite du bain , dans la nature des matières rendues par les selles, le pouls se relevait d’une manière notable. Cependant je dois avouer que l’effet déterminé par l’emploi des bains sinapisés quelquefois ne se continuait pas, et alors les symptômes pour lesquels je les avais mis en usage se renouvelaient. Mais j’ai attribué cette fâcheuse circonstance au peu de soin qu’avaient les infirmiers de parfaitement essuyer les malades, au peu d’attention qu’ils avaient de s’opposer à ce qu’ils ne fussent ^urpris par le froid de l’air extérieur , et le peu de précautions qu’ils mettaient à échauffer convenablement le lit dans lequel ils reportaient les cholériques. Cependant j’ai toujours regardé ce moyen comme un de ceux dans lesquels le médecin peut puiser de grands secours pour obtenir les effets que j’ai mentionnés plus haut.
Galvanisme. Je fus témoin de deux cas dans lesquels le galvanisme fut employé sans succès ; mais l’application n’en était pas indiquée, et,
par conséquent, ne prouvait rien ni en faveur, ni contre la vertu de ce moyen, d’autant plus que les individus sur lesquels on l’appliqua n’offraient aucune chance de succès. Sur ces
malades une forte congestion avait lieu dans les principaux organes ; et comme le galvanisme n’agit que comme stimulant des vaisseaux, il ne pouvait avoir aucun effet sur eux, leur excitabilité étant perdue; aucune fonction animale ne pouvait être remplie dans les organes, si l’on n’excitait les vaisseaux de manière à se débarrasser de la congestion du sang veineux. Lorsque cette congestion a eu lieu à un certain degré, l’influence nerveuse, dans l’état normal, serait également insuffisante, car elle n’agit aussi que comme stimulant des vaisseaux, ne suppléant à aucune des fonctions qui dépendent de leur propre mécanisme.
L’innervation ne peut agir que comme coopération de la circulation. Lorsqu’elles sont entièrement perdues , leurs fonctions cessent nécessairement, et les succès du galvanisme ne pourraient avoir lieu que d’après ce principe: qu’il supplée au manque d’innervation dont les fonctions ont tout à fait cessé.
Maintenant , comme il arrive que dans les cas les plus graves de choléra, un grand nombre d'organes essentiels à la vie se trouvent
congestionnés à la fois, quel résultat peut-on attendre du fluide galvanique dont on dirige le courant vers la poitrine? La terminaison fâcheuse pourrait-elle être évitée en rétablissant la fonction d’un de ces organes, s’il était possible d’en rétablir une pendant que les autres resteraient inactives et éteintes? Pour être couronné de succès, le 'galvanisme doit être employé avant l’état de congestion des organes essentiels, et son application doit être génei ale , non bornée a un seul organe, mais (“tendue a tous. Cependant j’ai vu ce moyen réussir a Haddinghton , ainsi que dans un cas
rapporté par M. Finlayson; mais elles furent faites suivant l’indication que j’ai signalée plus haut, et sans laquelle ce moyen n’est d’aucune utilité, et d’ailleurs d’une application toujours difficile.
Matelas d'étain. M. S. G. Lawrence préconisa l’usage de matelas d’étain pour rendre plus expéditive et plus aisée l’application de la chaleur sèche sur les malades affectés du choléra, matelas qui, à Londres, pouvaient être laits pour 38 shelings( 4; francs. )
C est une plaque d’étain de cinq pieds et t eim de long sur deux pieds de large, de trois pouces d’épaissèur sur les bords , s’amincissant graduellement jusqu’à deux pouces dans
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le milieu , ce qui la rend plus concave et plus propre à recevoir la portion dorsale du corps. Cette plaque est terminée à sa partie inférieure par une autre de douze pouces de largeur et dix de hauteur, destinée à recevoir la plante des pieds. Ces matelas sont très-légers et trèsportatifs. On les place sur un lit en bois, de préférence à tout autre ; car le bois est un mauvais conducteur du calorique. Le malade doit y être couché revêtu de couvertures échauffées; on y fait ensuite arriver de beau chaude, de la vapeur ou de l’air chaud. Ces deux derniers gaz peuvent être promptement dégagés à l’aide d’un appareil contenant une lampe à esprit de vin. On peut employer ces deux moyens en attendant que l’eau chaude soit prête : une chaleur forte et régulière est alors communiquée à l’épine dorsale et aux pieds du malade, tandis que des frictions peuvent lui être faites sur les autres parties du corps. A Edimbourg , le docteur Christison s’est servi de ce moyen avec succès.
Des Purgatifs et Vomitifs. Dans le début du choléra, si l’on administre les vomitifs, les premiers demi-verres seront de suite rejetés, maisles suivans restent dans l’estomac et produisent ensuite d’autres vomissemens qui ont la propriété de faire cesser ceux dépendant de la maladie.