‹ Relation du choléra-morbus épidémique de LondresChapitre 8 sur 16 · IJ · texte numérisé non relu

IJ

Les mêmes phénomènes s’observent quant à l’action et aux résultats dus à l’administration des lavemens. J'ai souvent observé que les vomitifs provoquaient des sueurs qui se continuent si on a l’attention de les exciter par des petites tasses données de cinq minutes en cinq minutes, et composées d’infusion légèrede thé, de mélisse, de camomille, etc., ou par des bains généraux. Il en est de même relativement à l’action des purgatifs , mais ils déterminent moins facilement les sueurs ; cependant Ton ne peut réellement guérir le choléra par l’emploi des vomitifs que dans le premier début de la maladie , autrement , j’ai toujours vu qu’ils étaient sans action sur la muqueuse gastrique,quand la maladie avait déjà fait quelques progrès , époque à laquelle la muqueuse de cet organe est recouverte d’un enduit gélatineux, qui, formant une sorte de vernis , est capable , suivant moi , d’émousser la sensibilité de la muqueuse, et de s’opposer à l’action des médicamens sur elle.

Calomel . Peut-être s’attend - on , m’occupant de l’administration du calomel dans le traitement du choléra, a ce que je m’étendrai longuement sur l’emploi de ce médicament , ayant été témoin, a Londres, de l’usage continuel que 1 on fait de cette substance. Mais

j'avouerai que je ne puis attribuer à cette préparation l’efticacité qui lui est reconnue par les médecins anglais, qui, en elle, ont trouvé une panacée universelle, puisqu'ils sont convaincus que, par ce moyen thérapeutique , ils guérissent toutes les affections; ils le croient, puisqu’il n’existe pas de maladie dans laquelle ils n’en fassent un usage fréquent , considérable et continuel; ils ordonnent cette substance dans l’intention de déterminer un changement quelconque dans la sécrétion de la muqueuse intestinale; ils l’administrent tantôt associée à l’opium , tantôt à l’acide nitrique, tantôt au carbonate de soude. M. le docteur Barry regarde le calomel comme la base du traitement du choléra. J’ai donné, plus haut, la manière suivant laquelle le docteur Searle employait ce médicament ; le fait est que j’ai , par ce moyen , observé un changement notable dans la nature des évacuations alvines; mais je n’ai vu que cela , et encore pas toujours. Rien n’a pu me déterminer à regarder le calomel comme spécifique du choléra, et à en faire une application exclusive. Il est un cas dans lequel son emploi m’a paru indiqué, c’est lorsque les vomissemens et la diarrhée ont cessé, et que l’on veut, quandle malade entre en convalescence , rappeler les selles et exciter la sécré-

tion biliaire. Dans ces circonstances, je donne des pilules que l’on continue jusqu’à la production d’un effet convenable , et qui se compose de trois grains de calomel , un demi-grain d’opium, si l’opium est indiqué, et. un grain de savon médicinal. Mais, est-ce une raison pour l’employer aveuglément , et ne croire qu’il n’y aura de salut pour les malades que lorsqu’ils auront le calomel dans l’estomac ?

Huile de Cajeput. De six malades sur lesquels on me permit d’employer l’huile de Cajeput, trois moururent; mais sur ces trois individus, deux m’avaient été livrés presque expirans, de manière à rendre le dernier soupir avant que l’effet de ce médicament ait pu attester sur eux son administration. Voici ce que j’ai obtenu à la suite de l’emploi de cette substance, administrée à la dose de i5, t8, 20, 28 gouttes dans du thé léger : les individus m’ont toujours fait part d’un sentiment de , cuisson qu’ils éprouvaient dans le pharynx, sentiment de chaleur qui se faisait ressentir ensuite dans toute l’habitude du corps. Les vomissernens et les selles cessèrent après l’administiation du médicament seulement sur deux malades; mais bien que cette substance ait diminué d une manière notable, sur trois individus, les phénomènes du choléra, que le pouls

se tût relevé d’une manière même assez marquée, que la peau ait été' dépourvue de son froid glacial, de sa teinte bleue livide; que les crampes, les selles et les vomissemens aient cessé, j’ai toujours observé qu’à la suite de l’emploi de ce moyen, il persistait toujours un sentiment de gêne, de pesanteur et même d’excitation vers la région épigastrique. Dans un de ces cas, il y eut une inflammation considérable des bronches; et dans un autre, une entérite des mieux caractérisées, dont je parvins à arrêter les progrès par l’emploi des moyens thérapeutiques applicables en pareilles circonstances.

Je crois cependant que c’est un moyen qui , dans des mains exercées, doit avoir des résultats très -marqués de réaction dans la période de collapsus : les fonctions s’en trouvent ranimées , la circulation se rétablit insensiblement, la peau se couvre d’une douce chaleur, les reins reprennent leurs fonctions, les vomissemens et les selles ne se font plus ressentir, et le faciès des malades présente une altération moins profonde dans tous les traits qui le composent. C’est évidemment un des médicamens stimulans, diffusibles et. diaphoniques des plus actifs. Mais, je le répète, des inflammations profondes et très - intenses sont souvent la

suite de l'administration de celte substance , qui demande, par conséquent, à être dirigée avec la plus grande sagesse et la prudence la mieux conduite.

Huile de croton liglium. M. le docteur Tegart , ancien inspecteur des hôpitaux dans les Indes occidentales, a vu de bons effets produits par l'huile de croton tiglium , dans la plupart des maladies du tropique, lesquelles, parcoui rant rapidement leurs périodes, exigent le traitement le plus expéditif, parce que cette huile tend à diminuer les spasmes qui accompagnent i les maladies endémiques , et surtout de quel- ; ques-unes appelées dans ce pays, the dry bellyache , le mal de ventre, sans aucune espèce d'évacuation. Un autre avantage que présente ce médicament, c’est qu’on peut l'administrer lorsque tous les autres n'ont pu être avalés, ou qu’ils ont été' rejetés par le vomissement. M. James Bartlet, qui l’a vu employer sur des milliers de personnes affectées du choléra, affirme qu’on en obtient de grands avantages. U associait à ce moyen les làvemens de tabac , pour combattre les spasmes et les crampes. Pour moi , voici ce que j’ai observé dans l’hôpital de Whithechapel , à la suite de 1’ emploi de 1 huile de croton tiglium : l’administration, soit en pilule, soit dans une cuillerée de sirop

( ia4 )

ou rie tisanne, à la dose d’une goutte, faisait éprouver aux malades une sorte de cuisson dans la direction de l’œsophage , cuisson qui se continuait dans l’estomac pendant l’espace de quelques minutes; quelquefois les malades éprouvaient des envies de vomir qu’il était rare de voir réaliser. Au bout de quarante à cinquante minutes, ou après une heure, le malade commence à ressentir des borborygmes dans le ventre, et bientôt les évacuations alvines se succèdent avec une rapidité extraordinaire, et font chasser avec impétuosité les matières contenues dans le gros intestin; ces selles se renouvellent douze, quinze et même vingt fois dans l’espace de vingt-quatre heures ; mais le lendemain , elles ne se reproduisent plus , et il est rare qu’il persiste à leur suite aucune douleur dans le tube alimentaire. Quant à la propriété de ce médicament , soit d’accélérer la circulation, soit d'exciter la sécrétion des urines, je ne l’ai jamais observé; seulement, dans quelques cas , j’ai cru reconnaître que la perspiration cutanée en était augmentée.

Appliquée à l’extérieur sur la peau, l’huile de croton tiglium pure, à la dose de 4 a $ gouttes, détermine le développement de petits boutons rouges qui, augmentant-, se présentent sous la forme de pustules qui offrent quel-

que analogie avec celles de la variole ; ces pustules mettent un temps variable à se sécher, ce qui ne dépasse jamais le douzième jour. Par le moyen de l’absorption, les effets purgatifs de cette substance ne se manifestent jamais; mais il en est autrement si on verse une ou deux gouttes de ce médicament sur la plaie d’un vésicatoire : par ce moyen on détermine des selles assez nombreuses.

J’ai vu employer l’huile de croton tiglium à l’intérieur ou sur des vésicatoires par le docteur Ramadge; mais ne partageant pas l’opinion de ce médecin sur l’excellence de ce médicament pris à l’intérieur, dans le traitement du choléra, je l’employai trois fois pour déterminer une irritation de la surface tégumentaire, et m’opposer à une congestion des organes thoraciques, la saignée et les sangsues n’ayant été d’aucun résultat. L’action de ce médicament est plus prompte que celle de la pommade stibiée ; mais pour en rendre l’application plus facile, et en même temps pour en restreindre l’activité, j’en formais une pommade composée de 1 5 gouttes d’huile de croton tiglium, avec 1 gros d’huile d’amandes douces.

Nitrate de Bismuth. Ce médicament, tant vanté par le docteur Léo, a été administré à la dose de 3 ou 5 grains d’heure en heure,

jusqu’à 3o ou [\o par jour, et réellement je n’ai rien vu qui, à mes yeux, pût justifier la réputation que l’on a cherché à donner à ce moyen thérapeutique. Ainsi , sur dix-sept malades auxquels on administra, devant moi, le nitrate de bismuth, treize moururent, et quatre seulement guérirent*, tandis que sur le même nombre de malades traités suivant la méthode du docteur Barry, par le calomel, huit guérirent. On doit concevoir que, d’après ces résultats, je ne fus point tenté de recourir à l’emploi du nitrate de bismuth , qui , du reste , n’a jamais été employé que comme essai dans les hôpitaux de Londres.

Sulfate de Quinine. Quelques médecins ont essayé l’emploi du sulfate de quinine , sans en obtenir un résultat qui pût seulement leur indiquer que ce médicament eût la moindre action sur l’économie.

LaBelladone. J’ai tellement été heureux par l’emploi de l’extrait aqueux de belladone pour dissiper les crampes, que je dois mentionner ce médicament comme un de ceux qui m’ont été les plus utiles. Dès l’apparition des crampes, j’en administrais 3 grains dans une cuilleree de boisson ordinaire; si, au bout de quinze à vingt minutes, les crampes se faisaient encore sentir, je faisais administrer une nouvelle dose,

et il est rare que celle-ci n’ait point suspendu les douleurs nerveuses.

L’opium. J’ai droit de regarder l’opium, dans le choléra-morbus , comme un des moyens les plus utiles pour détruire les effets fâcheux de cette maladie. Par l’administration de ce médicament, soit en pilules, soit en potions ou en lavemens, j’ai toujours été à même de reconnaître l’efficacité de cette substance végétale sur les systèmes nerveux et gastro-intestinal , qui , une fois modifiés, réagissent bientôt à leur tour sur tous les autres appareils. Immédiatement après l’administration de l’opium, dans la première et la seconde période du choléra , les malades m’ont toujours paru tomber dans une sorte de défaillance. J’ai toujours diminué, et le plus souvent arrêté pour plusieurs heures, les déjections alvines les plus abondantes, surtout lorsque je dirigeais sur le rectum ce médicament. Immédiatement après l’effet de l’opium sur la muqueuse intestinale, j’ai observé que les malades se plaignaient d’une sorte de somnolence, d’insensibilité qui i toujours engourdissait, diminuait ou faisait disparaître en totalité les crampes et les spasmes auxquels les malades étaient en proie. Les pupilles se contractaient fortement, la face devenait moins livide , et la contraction des

membres disparaissait ; mais ils étaient accablés d1 une pesanteur qui s’opposait à ce qu’ils pussent obéir à l’excitation de l’organe encéphalique. Le visage se couvrait d’une moiteur et quelquefois d’une sueur qui se continuait dans toute l’étendue des membres et vers le tronc , en faisant ressentir aux malades une sorte de picotement dans tout le système cutané. J’ai pu même observer que le système capillaire entre dans une sorte de turgescence à la suite de l’emploi des préparations opiacées. En général , par le moyen de l’opium, j’ai toujours réussi à pervertir la sensibilité exaltée, chez certains cholériques, dans le développement des spasmes affreux qui les torturaient. Toujours , par son moyen, j’ai pu influencer, diminuer les sécrétions de la muqueuse intestinale , et en même temps augmenter l’action de la peau, et déterminer une transpiration insensible , quelquefois une sueur assez abondante. Plusieurs fois j’ai arrêté rapidement, et je pourrais dire instantanément , les vomissemens et les déjections alvines , par l’emploi de l’opium administré à haute dose.

C’est surtout après l’emploi de la saignée que j’ai regardé l’opium comme un des méd ica mens sur lesquels on doit le plus

compter dans le traitement du choléra-morbus épidémique. Cepen dan t les accidens vers 1 en céphale sont toujours à craindre à la suite de l’administration de cette substance: aussi le médecin qui y a recours, à haute dose, doit diriger toutes ses vues vers cet organe, et porter toute son attention à ce qu’il ne s’y développe aucune congestion; par celte prévoyance, on peut s opposer aux accidens qui pourraient survenir, accidens qui s’évanouissent devant le médecin qui sait recourir à temps à la saignée générale.

Acétate d ammoniaque. L’acétate d’ammoniaque doit être rangé au nombre des médicamens offrant de grandes ressources dans le traitement du choléra. Les Allemands en font un grand usage, et le docteur Miskins, à Londres , en a obtenu les résultats les plus favorables dans le traitement de cette maladie. J’ai toujours. remarqué qu’administré à la dose d’une demi-once à deux onces par jour., soit en potion , soit uni aux tisannes ordinaires ou mêlé aux lavemens , son action se portait spécialement sur la peau, dont elle augmente l’exaltation d’une manière remarquable: c’est un médicament essentiellement diaphorétique et sudorifique. Mais son emploi ne m’a jamais j paru bien indiqué, et ne réussir, qu’autant

que les individus ne présentaient aucune trace d’inflammation. De plus, j’ai bien observe' que son action doit être aidée par l’usage des boissons chaudes, des frictions et de l’emploi des excitations cutanées qui tendent à e'tablir une sorte de révulsion vers la surface extérieure du corps. C’est surtout lorsque les malades sont arrivés à une température très-basse et qu’ils donnent , à la main qui les touche, la sensation d’un froid glacial , que ce médicament peut-être employé avec le plus grand succès. Indépendamment de l’excitation du système cutané, j’ai vu la sécrétion urinaire sensiblement augmentée par l’emploi de cette substance, qui offre donc encore ce grand avantage de faire disparaître la suppression de la sécrétion urinaire, que j’ai toujours observée chez les individus affectés du choléra, et qui, si elle persiste, est toujours le signe précurseur d’une terminaison fatale. Enfin, l’acétate d’ammoniaque est un médicament précieux employé dans une potion pour ranimer les contractions du cœur, et il offre moins de danger que l’opium et le punch qui, quelquefois, produisent des accidens cérébraux.

Ozigcne. J’ai été témoin de tentatives faites par l’inspiration du gaz oxigène. A St-Jonhs Workhouse-Hospital , on l’a employé trois fois

en ma présence sans aucun résultat avantageux : les trois malades sont morts quelques minutes après l’administration de ce gaz. Cependant j’ai observé que la circulation en était momentanément activée d’une manière très-sensible; mais je crois que, par ce moyen thérapeutique , les malades consument en une heure le reste de vié qu’ils auraient prolongée pendant trois ou quatre heures de

plllS. :• .

Eau chaude. Cette substance a été employée devant moi de diverses manières à l’hôpital de St-Saviours : i° injectée dans l’estomac; 2° injectée dans la vessie et dans le rectum ; 3° injectée dans les veines , simple, ou mêlée avec un tiers d’eau-de-vie. .

Suivant lepremier mode, on administrait aux malades, en trois heures, i5à 18 verres d’eau i aussi chaude qu’elle pouvait être supportée i sans déterminer la brulûre, après trente ou i quarante minutes de repos , on recommençait une nouvelle administration du même moyen, i qui m’a paru ne devoir point arrêter l’obi servation des médecins : je l’ai vu réussir certainement, mais d’autres moyens n’auraientils pas réussis ? Tandis que , si les symptômes marchaient avec rapidité, cette méthode n’a jamais pu enrayer un seul instant la maladie.

Injêction dans les veines. Elle fut tentée trois fois seulement, sans jamais obtenir aucun sticcès ; les malades périrent immédiatement après l’emploi de ce moyen; elle fut pratiquée à St-Jonhs-hospital Workhouse, par les docteurs Miskins, Hamy et moi. Sur deux malades nous injectâmes de l’eau simple ; sur un troisième , Un mélange de deux parties d’eau sur une d’eau-de-vie. Les résultats fâcheux qui en furent la suite ne nous engagèrent pas à recommencer de nouvelles tentives. Les individus sur lesquels nous employâmes ces moyens étaient des hommes athlétiques qui présentaient lès symptômes du choléra au plus haut degré d’ititensité arrivés à la troisième période , au commencement du collapsus. Nous pratiquâmes les injections chez Ces deux individus, sur la veine médiane, et nous y poussâmes environ 4 à 6 onces 172 d’eau simple ou mêlée à de l’eaude-vie, et à une terilpérature de 3o à 35 degrés, thermôtnètre de Réaumur. Voici comme nous y procédions : Nous soustrayons, par une saignée, Urie quantité égale en poids au liquide que nous avions l’intention d’y injecter ; pendant le temps nécessaire à l’opération , nous tenions la veiné du bras, du côté opposé, ouverte, avec l’attentluti de ne laisser introduire aucun globule d’àir. Lés tnàlades étaient fortement agi-

lés pendant l’injection; mais ces trois tentaliy<e$ furent tellement malheureuses , que nous n’eûines pas le courage de les récidiver.

Injection d'eau chaude dans la vessie. J’ai vu employer ce moyen plusieurs fois à St. - Saviours-Hospital, sans que j’aie jamais remarqué qu’il ait déterminé un effet quelconque chez les malades.

Tels sont les moyens thérapeutiques que j’ai vus employer ou que j’ai employés moi-même ; ce que j’en rapporte est le produit de ma propre observation. J’ai cherché à indiquer les differentes ressources qui m’ont été utiles. Les médecins pourront, dans leurs observations particulières, juger de la validité des faits que j’ai mentionnés, par ce qui se passera sous leurs yeux, à la suite de l’emploi des moyens thérapeutiques dont je viens de m’occuper.

^MXVimiWWVUWMWmMUMMAMMMIItVIlVUIVVIIlU IVMVUIVMMUtMtu

Page 1